SWOP Report 2021 - Measure

Comment mesure-t-on l'autonomie ?

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Nous ne disposons pas encore d’évaluations précises, mais nous savons que la perte d’autonomie corporelle est généralisée dans le monde entier.

La communauté internationale commence à mettre en place des systèmes de mesure. Elle a ainsi convenu d’assurer le suivi de deux indicateurs (affiliés aux objectifs de développement durable) visant à mesurer la prise de décisions ainsi que les législations relatives aux soins de santé reproductive et aux informations en la matière. Néanmoins, cela n’est qu’un simple point de départ.

Ils doivent savoir comment leur corps fonctionne.

seuls

55%

des filles et des femmes

peuvent en effet prendre leurs propres décisions

Pouvoir de décision

L’indicateur 5.6.1 des ODD s’appuie sur trois questions posées aux femmes :

  • Qui prend généralement les décisions relatives à votre propre santé ?

  • Qui prend généralement la décision de recourir ou non à la contraception ?

  • Pouvez-vous dire « non » à votre mari ou partenaire si vous ne souhaitez pas avoir de rapport sexuel ?

Seules les femmes qui prennent leurs propres décisions dans chacun de ces trois domaines sont considérées comme ayant une autonomie dans la prise de décisions liées à la santé reproductive et comme étant en mesure d’exercer leurs droits en matière de reproduction.

Ces données ne sont disponibles que dans environ un quart des pays, mais elles brossent un tableau particulièrement inquiétant : seuls 55 % des filles et des femmes peuvent en effet prendre leurs propres décisions dans les trois domaines de l’autonomie corporelle.

Des lois autonomisantes

L’indicateur 5.6.2 des ODD s’intéresse aux textes législatifs et réglementaires garantissant aux femmes et aux hommes un accès équitable et sans restriction aux soins de santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’à des informations et une éducation dans ce domaine. Il couvre les éléments suivants :

Soins de maternité

À propos

71%

des pays

ont des lois garantissant l'accès aux "soins de maternité" de manière générale*

  • Soins de maternité

  • Produits vitaux

  • Avortement

  • Soins post-avortement

*Sur 79 pays ayant communiqué des données complètes

Contraception et planification familiale

À propos

75%

des pays

disposent de lois garantissant un accès équitable et sans restriction à la contraception*

  • Contraception

  • Consentement pour accéder aux services de contraception

  • Contraception d’urgence

*Sur 104 pays ayant communiqué des données complètes

Éducation complète à la sexualité et informations en la matière

À propos

56%

des pays

ont des lois garantissant l'accès aux "soins de maternité" de manière générale*

  • Cadre juridique

  • Programme

*Sur 98 pays ayant communiqué des données complètes

Santé et bien-être sexuels

À propos

80%

des pays

sont dotés de lois en faveur de la santé et du bien-être sexuels

  • Test de dépistage du VIH et accompagnement

  • Prise en charge et traitement du VIH

  • Non-divulgation du statut sérologique des hommes et des femmes vivant avec le VIH

  • Vaccin contre le HPV

*Sur 101 pays ayant communiqué des données complètes

Cet indicateur évalue s’il existe une législation favorable et si celle-ci est assortie de restrictions (limites d’âge ou règles relatives à l’autorisation du conjoint, par exemple).

À propos

71%

des pays

ont des lois garantissant l'accès aux "soins de maternité" de manière générale*

  • Soins de maternité

  • Produits vitaux

  • Avortement

  • Soins post-avortement

*Sur 79 pays ayant communiqué des données complètes

Un système de mesure insuffisant

La mesure de ces indicateurs est essentielle, mais n’offre qu’un vague aperçu de l’autodétermination corporelle à travers le monde.

Pour l’indicateur 5.6.1, on dispose seulement des données de 57 pays. De plus, les questions n’ont été posées qu’à un certain groupe de femmes, notamment celles qui vivent en concubinage ou qui sont en âge de procréer. Elles ne permettent donc pas de dresser un panorama complet de la question des décisions des femmes en matière de procréation.

L’indicateur 5.6.2 comporte également des limites. L’existence de textes législatifs ou réglementaires ne signifie pas nécessairement que ces règles sont appliquées ou respectées. En outre, cet indicateur ne tient pas compte des lois régissant d’autres questions majeures, telles que le viol conjugal, l’autodétermination en matière d’identité de genre, les interventions chirurgicales génitales chez les nourrissons intersexués et l’activité sexuelle entre personnes du même sexe.

Par ailleurs, de nombreuses questions liées à l’autonomie corporelle restent extrêmement controversées et ne sont pas tranchées par le droit international et les accords relatifs aux droits de la personne, notamment le travail du sexe volontaire, la gestation pour autrui et l’avortement. Ces activités étant souvent condamnées à la clandestinité, elles sont généralement mal connues des chercheurs et des législateurs.

Reportages

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Mon corps une approche pédagogique

Olga Lourenço fait bien souvent face à des résistances lorsqu’elle dispense des cours d’éducation complète à la sexualité, mais cela ne l’arrête pas.
Illustration originale réalisée par Naomi Vona ; photo : © UNFPA/C. Cesar

Rares sont les parents ou les chefs de communauté à s’opposer à ce qu’un(e) élève ramène à la maison un manuel de chimie ou de mathématiques. Pourtant, les leçons d’éducation complète à la sexualité proposant des informations précises et adaptées à l’âge de chacun sur son propre corps, la santé sexuelle et reproductive et les droits humains, abordent des sujets bien souvent considérés comme tabous. De nombreuses écoles n’enseignent pas cette matière ou ne fournissent que des informations incomplètes. Les élèves sont donc à la fois mal informés des changements que subit leur corps et mal préparés pour se protéger des dangers.

« Nous luttons constamment pour inclure ce sujet dans le programme scolaire », explique Olga Lourenço, coordinatrice pour le Projet CAJ, un programme soutenu par l’UNFPA qui aide les jeunes Angolais à développer des compétences pratiques et leur prodigue une éducation complète à la sexualité. « Presque rien n’est dit sur la santé sexuelle et reproductive à cause de nos tabous et préjugés. »

Les opposants à l’éducation complète à la sexualité prétendent souvent que celle‑ci favorise l’activité sexuelle, même si des études ont infirmé cette hypothèse. Les faits indiquent plutôt que cette éducation, lorsqu’elle est dispensée selon les normes internationales, enrichit les connaissances des jeunes et constitue une stratégie à la fois essentielle et peu coûteuse pour prévenir les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH. Certaines études montrent qu’elle pourrait même contribuer à retarder les premiers rapports sexuels des adolescents (UNESCO, 2016).

Olga Lourenço raconte que, faute d’informations précises lorsqu’elle était jeune, elle s’était sentie obligée de s’engager dans des relations sexuelles avant d’être prête, à l’âge de 15 ans. « Mes copines avaient déjà des petits amis. Elles étaient déjà actives sexuellement. Elles se moquaient de moi parce que j’étais la “pucelle du groupe” », poursuit‑elle. « Cela m’a en quelque sorte affectée psychologiquement... Je pense que, d’une certaine manière, cette expérience a porté atteinte à mon autonomie corporelle. »

Dipika Paul, chercheuse de longue date sur la santé sexuelle et reproductive et conseillère chez Ipas à Dhaka, au Bangladesh, a pu constater les conséquences du faible accès à l’éducation sexuelle dans sa propre communauté. « Pendant ma scolarité, lors de ma septième année, il n’y avait qu’un seul chapitre consacré à l’éducation sexuelle : celui sur la menstruation », se souvient‑elle. « Le professeur lui‑même ne se sentait pas à l’aise pour nous enseigner cette section. »

En l’absence d’une éducation complète à la sexualité, les jeunes sont exposés aux fausses croyances et à la désinformation. Les garçons et les hommes en particulier « [...] ont des lacunes et entretiennent des idées fausses », affirme la chercheuse, expliquant qu’elle a vu des hommes interdire à leurs femmes d’utiliser des moyens de contraception en raison de la croyance selon laquelle « [...] un stérilet se déplace dans le corps... ils pensent pouvoir ressentir des douleurs à cause d’un stérilet. C’est faux. »

Les élèves qui bénéficient d’une éducation complète à la sexualité sont non seulement en mesure de faire des choix plus sains en matière de sexualité, mais sont également mieux équipés pour demander de l’aide en cas de besoin. « Les informations que je transmets peuvent radicalement changer la vie d’une personne », affirme Olga Lourenço.

Elle se souvient d’une fille qui, alors qu’elle suivait un cursus d’éducation sexuelle dans le cadre d’un programme de mentorat, a révélé qu’elle avait une plaie chronique à la poitrine, ce qu’elle considérait comme une source d’embarras mais pas comme une urgence. Une autre jeune femme a révélé qu’elle vivait avec un oncle qui avait abusé d’elle sexuellement : « La jeune fille vivait enfermée et ne pouvait parler à personne de peur d’être expulsée du foyer et de se retrouver à la rue. » Les mentors ont réussi à mobiliser des services auprès des deux filles, mais Olga Lourenço reste hantée par ce qui aurait pu se produire : « Si nous n’étions pas intervenus, que seraient‑elles devenues ? »

L’éducation complète à la sexualité peut également jouer un rôle dans la prévention de la violence basée sur le genre. Lorsqu’elles sont enseignées selon les normes internationales, les leçons comprennent en effet des messages sur les droits fondamentaux, l’égalité des genres et le respect dans les relations (UNESCO et al., 2018). Et les experts sont de plus en plus nombreux à appeler à ce que ces informations abordent la prévention de la violence sous l’angle de la responsabilité des auteurs de violences potentiels, et non de celle des victimes et des personnes survivantes (Schneider et Hirsch, 2020).

« Les filles doivent avant tout connaître leurs droits et leurs devoirs au sein de la société », affirme Olga Lourenço, expliquant que cela constitue le fondement de l’éducation complète à la sexualité telle qu’elle l’enseigne. « Il leur faut ensuite comprendre comment fonctionne leur corps afin qu’elles prennent des décisions pour elles‑mêmes et ne laissent pas les autres décider à leur place. »

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