Au Rwanda, des innovations portées par la jeunesse se mettent en place grâce à la République de Corée et au PNUD

26 Juillet 2019
L’application mobile Tantine, développée par l’une des équipes gagnantes de la Phase 1 du programme iAccelerator de l’UNFPA, propose des informations sur la santé sexuelle et procréative destinées aux jeunes, dans un format accessible et ludique. « Nous avons pensé à l’utilisation des TIC pour créer un lien », explique la co-fondatrice Sylvie Uhirwa, « pour sensibiliser des jeunes qui n’ont peut-être aucune autre source d’information fiable ». © UNFPA Rwanda
L’application mobile Tantine, développée par l’une des équipes gagnantes de la Phase 1 du programme iAccelerator de l’UNFPA, propose des informations sur la santé sexuelle et procréative destinées aux jeunes, dans un format accessible et ludique. « Nous avons pensé à l’utilisation des TIC pour créer un lien », explique la co-fondatrice Sylvie Uhirwa, « pour sensibiliser des jeunes qui n’ont peut-être aucune autre source d’information fiable ». © UNFPA Rwanda

Un nouveau partenariat avec la République de Corée et le PNUD a donné un coup de pouce à l’UNFPA et à son travail de soutien aux jeunes innovateurs rwandais, qui conçoivent et mettent en œuvre de nouvelles façons ingénieuses d’informer les jeunes sur la santé sexuelle et procréative et sur les droits qui s’y rapportent.

Avec ses 600 000 dollars de financement supplémentaire apportés par l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA), ce partenariat vise à élargir l’initiative YouthConnekt au Rwanda au cours des quatre prochaines années (2019-2022). 

Cette initiative se concentre sur l’amélioration de l’accès des jeunes à un emploi correct, ainsi que sur la promotion de leur santé sexuelle et reproductive. Pour donner plus d’ampleur au projet, le PNUD et l’UNFPA travailleront avec le ministère rwandais de la Jeunesse et la Fondation Imbuto (soutenue par la Première dame du Rwanda), ainsi qu’en collaboration avec deux institutions du secteur privé : Liquid Telecommunications et l’Agence Nationale pour la recherche industrielle et le développement.

« Le programme ne reposera pas uniquement sur la création d’emplois », a déclaré la ministre de la Jeunesse, Rosemary Mbabazi, lors de la signature de l’accord au mois de mai. « Il s’appuiera également sur d’autres composantes comme l’inclusion des jeunes dans la mise en place des politiques et de l’éducation civique, ainsi que l’augmentation de l’accès des jeunes aux services de santé et l’adoption de pratiques saines. C’est dans ce but que le ministère s’associe avec d’autres partenaires comme l’UNFPA, la Fondation Imbuto et le PNUD. »

Cultiver l’innovation chez les jeunes

Cette initiative propose un soutien financier au programme Accélérateur d’innovation (iAccelerator), que l’UNFPA et le Rwanda gèrent en partenariat avec la Fondation Imbuto. L’iAccelerator encourage les jeunes à exercer leur esprit critique et à trouver des solutions créatives aux problèmes touchant à la santé sexuelle et procréative. Il pousse les jeunes innovateurs et entrepreneurs à trouver des solutions portées par la jeunesse, pour encourager leurs pairs à utiliser les services de santé sexuelle et procréative ainsi qu’à adopter des pratiques de vie saines.

L’iAccelerator a commencé au Rwanda par un concours lancé en décembre 2016, suivi d’une série d’ateliers intensifs et d’initiatives de sensibilisation pour former et encourager les jeunes entrepreneurs à tirer profit de cette occasion de présenter leurs propres projets.

Les quatre gagnants du premier concours ont été l’application mobile Tantine, la bande dessinée Girl District, la série télévisée Tubiganire (qui vise à provoquer la discussion sur la santé sexuelle et procréative au sein de l’environnement familial) et la plateforme digitale Umbrella, qui propose aux femmes des informations et des outils sur la menstruation et la grossesse. Chacun des gagnants a reçu une bourse, une formation et une participation à un programme de mentorat pour concrétiser ses idées.

Rendre l’information accessible et pertinente

Le site et l’application mobile Tantine, qui informent les jeunes sur la santé sexuelle et reproductive, ont été imaginées par Sylvie Uhirwa et son frère jumeau Sylvain Muzungu Hirwa.

L’idée de l’application leur est venue lorsqu’un programme de santé publique de leur université les a amenés au camp de Mahama, qui accueille des réfugiés du Burundi, dont plus de 50 000 jeunes. Les jumeaux ont remarqué le fort taux de grossesses non désirées au sein du camp, où les jeunes n’ont que peu ou pas accès à l’information sur leur santé sexuelle et procréative ou sur leurs droits en la matière.

En plus du développement de l’application et du site, ils ont aussi créé un centre équipé du wifi et de tablettes, pour que les jeunes disposent d’un espace calme où utiliser ces ressources. Aujourd’hui, plus de 2 000 personnes utilisent l’application, que Google a récemment référencée. Chaque semaine, plus de 10 000 personnes ont ainsi accès à de l’information sur la santé sexuelle et procréative sur le site Tantine, qui est optimisé pour les mobiles. Les deux co-fondateurs dirigent également un programme de mentorat pour les jeunes.

Girl District est un autre des projets gagnants de la Phase 1. C’est une série de bandes dessinées à visée informative, qui traite de la santé sexuelle et reproductive, dans un format très accessible aux jeunes.

Selon la co-fondatrice Dominique Uwase Alonga, le projet est né de l’expérience du groupe fondateur : « Nous avons grandi en pensant que moins on en savait sur la santé sexuelle, plus on était purs », explique-t-elle. « Je me rends compte aujourd’hui qu’il faut au contraire en savoir le plus possible pour prendre les meilleures décisions possibles. Nous avons dû l’intégrer d’abord en tant qu’équipe, avant de le transmettre aux filles et aux garçons qui nous lisent. »

Les co-fondateurs ont fait le maximum pour rendre leur produit accessible, intéressant et pertinent pour les jeunes qui leur ressemblent. « Nous voulons que cela corresponde aux situations qu’ils connaissent », précise Mme Alonga. « Nous voulons que cela parle à une fille dont le beau-père abuse peut-être à la maison. Nous voulons que cela parle à une fille qui vient de rencontrer quelqu’un… ou qui est en couple depuis plusieurs mois. »

« Nous ne prenons pas les décisions à leur place, mais en les accompagnant », ajoute-t-elle.

Girl District dirige également un programme de mentorat dans les écoles pour sensibiliser les élèves à la santé sexuelle et reproductive, et pour les habituer à en parler.

Investir dans la jeunesse pour soutenir le dividende démographique du Rwanda

Grâce au récent soutien de la KOICA, l’UNFPA et la Fondation Imbuto lanceront la deuxième phase de l’iAccelerator en août 2019, invitant ainsi les jeunes de 18 à 30 ans à proposer leurs idées commerciales innovantes  pour répondre à la difficulté d’élargir l’accès des jeunes à une information et à des soins de qualité en matière de santé sexuelle et procréative.

Réunion des partenaires à la cérémonie de signature : Rosemary Mbabazi, ministre rwandaise de la Jeunesse, et Kim Eung-joong, ambassadeur de la République de Corée (devant, de droite à gauche), en compagnie de Mark Bryan Schreiner, délégué UNFPA au Rwanda ; Stephen Rodrigues, délégué PNUD au Rwanda ; Lee Byung Hwa, directeur du KOICA au Rwanda ; Kampeta Sayinzoga, directrice générale de l’Agence nationale pour la recherche industrielle et le développement ; et Alexi Kabeja, directeur général de Liquid Telecommunications (debout, de gauche à droite). © UNFPA Rwanda

« Nous sommes ravis de ce nouveau partenariat », déclare Mark Bryan Schreiner, délégué UNFPA au Rwanda. « Nous remercions la KOICA d’avoir remarqué l’iAccelerator et d’investir dans cette initiative. Ce financement nous permettra, en collaboration avec la Fondation Imbuto, de soutenir le gouvernement rwandais pour qu’il puisse sensibiliser plus de jeunes, à l’aide de solutions innovantes ».

Dans l’esprit du renouvellement de la Stratégie Jeunesse de l’ONU, ce Programme conjoint One-ONU finance la mise en place du projet Vision 2050 du Rwanda, qui met la jeunesse au centre du développement du pays.

Finalement, selon la ministre Mbabazi, le but du programme est d’encourager les jeunes à jouer un rôle important dans la transformation socio-économique du pays.

Elle remarque que le partenariat et le nouveau financement qui l’accompagne sont arrivés au bon moment, car le pays a pour priorité la réduction du chômage des jeunes, en investissant dans leur subsistance, dans leurs études et dans leur santé, pour que le Rwanda accède à son dividende démographique.