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« Les hommes ne feront plus d’elles ce qu’ils veulent » : au Brésil, les femmes autochtones disent stop à la violence basée sur le genre

Lutana Ribeiro est la seule femme à être devenue cheffe de Parque das Tribos, un quartier autochtone de Manaus, capitale de l’État brésilien d’Amazonas. ©UNFPA Brésil/Isabela Martel
  • 10 Janvier 2023

MANAUS, Brésil – « J’ai vu les changements chez des femmes qui n’avaient autrefois pas de courage, qui pleuraient, terrifiées, dans un coin », déclare Lutana Ribeiro, originaire de Manaus, la capitale de l’Amazonas, le plus grand État du Brésil. 

Mme Ribeiro est une figure de sa communauté : c’est une fervente défenseure des droits de la personne, et la seule femme devenue cheffe de Parque das Tribos, le premier quartier autochtone officiellement reconnu à Manaus.

Membre du groupe ethnique Kokama, qui est l’un des 35 représentés à Parque das Tribos, Mme Ribeiro a récemment animé une série d’ateliers de l’UNFPA à destination des survivantes de violences basées sur le genre, qui ont réuni 50 femmes de la région. Elle raconte à l’UNFPA : « Le premier jour, très peu ont parlé. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles s’est exprimée ».

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Des femmes participent à des discussions animées par une équipe de l’UNFPA, au cours du deuxième jour de l’atelier. ©UNFPA Brésil/Isabela Martel

Ces ateliers ont exploré différents type de violences et expliqué comment avoir accès aux réseaux locaux d’entraide sociale ainsi qu’aux mécanismes de protection juridique. Ceux-ci comprennent la loi Maria da Penha, qui a changé le code pénal brésilien en 2006 pour permettre d’arrêter les agresseurs pour tout acte de violence commis envers une femme ou une fille, mais aussi de les détenir si l’on estime que le risque qu’ils passent à l’acte menace la vie de quelqu’un.

Des taux de violence en hausse

Faiblement peuplé et relativement peu accessible par les voies aériennes, routières et maritimes, l’État d’Amazonas fait face à des difficultés particulières dans l’accès aux services publics, notamment en matière d’aide à la santé sexuelle et reproductive et de lutte contre la violence basée sur le genre. 

Mme Ribeiro explique à l’UNFPA que les violences faites aux femmes ne sont pas rares à Parque das Tribos, où habitent près de 4 500 personnes. « En tant que leader, j’ai vu et entendu beaucoup de choses. Des femmes viennent frapper à ma porte pour demander de l’aide. » 

En 2021, au moins une personne appelait chaque minute le numéro d’urgence de la police pour signaler des violences domestiques. Entre 2016 et 2021, le taux de féminicides dans le pays a augmenté de 44 % selon un rapport, et l’on comptait une victime morte de féminicide toutes les sept heures en moyenne. Dans l’État d’Amazonas, sur la totalité des cas de femmes tuées volontairement, un sur cinq était un féminicide.

Le féminicide est défini comme le meurtre intentionnel d’une femme, avec une motivation liée au moins en partie à son genre. C’est la forme la plus extrême de violence basée sur le genre, qui découle bien souvent de normes sociales néfastes, de stéréotypes préjudiciables et de dangereuses inégalités de genre. 

Mme Ribeiro raconte comment dès le deuxième jour de l’atelier, les femmes ont été avides de partager leur expérience avec les autres et avec l’équipe de l’UNFPA. « Après la première conférence, les femmes se sont senties plus fortes. Le lendemain, toutes ont dit stop à la violence. Ces hommes ne feront plus ce qu’ils veulent d’elles désormais, car aujourd’hui, elles sont plus autonomes, plus émancipées. »

« Nous n’avons pas peur »

Cette initiative vise à former les femmes des communautés autochtones afin qu’elles diffusent des informations vitales parmi leurs ami·e·s, les membres de leur famille et leurs pair·e·s. les enfants ont aussi rejoint des activités de loisir pour permettre à leurs mères d’assister aux ateliers. « C’était très important pour nous de continuer à devenir plus fortes, et de proposer ce soutien par le dialogue et l’expérience », souligne Mme Ribeiro.

Débora Rodrigues, responsable du bureau de l’UNFPA à Manaus, ajoute : « ces ateliers ont créé un espace au sein duquel les femmes sont en sécurité pour réfléchir ensemble aux diverses formes de violence qui affectent leur vie quotidienne, et aux stratégies d’adaptation qui passent notamment par le renforcement des services garantissant protection et droits à toute la communauté de Parque das Tribos, et de l’accès à ces services ».

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Des enfants ont pris part à un programme de loisirs spécial pour permettre à leurs mères de participer à l’atelier. ©UNFPA Brésil/Isabela Martel

Grâce au soutien financier de l’Agence des États-Unis pour le développement international, l’UNFPA met en œuvre des projets dans les États d’Amazonas et de Roraima, dans le nord du Brésil, pour renforcer les capacités locales de prévention et de lutte contre la violence basée sur le genre. En 2022, plus de 36 000 femmes et filles ont pu bénéficier de cette initiative, notamment par un accès à des refuges et à des espaces sûrs, ainsi qu’à des ateliers qui font aussi participer les hommes et les garçons. 

Mme Ribeiro explique que les participants de l’atelier de Parque das Tribos se sont senties plus fortes ensemble, déclarant : « Nous, les personnes autochtones, nous n’avons pas peur ».

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