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Au Brésil, les femmes sont la force motrice derrière les progrès des droits et de la santé sexuelle et reproductive

Au Brésil, les femmes sont la force motrice derrière les progrès des droits et de la santé sexuelle et reproductive
Carol Nascimento, qui promeut la santé des femmes et des filles, a participé à l'initiative Driving Force de l'UNFPA et du Fonds Elas pour autonomiser les dirigeants communautaires de l'État de Bahia, au Brésil. © UNFPA Brésil / Carol Garcia
  • 03 May 2021

ÉTAT DE BAHIA, Brésil – Carol Nascimento avait 21 ans quand elle a quitté sa ville natale de Belo Horizonte pour trouver sa voie. C’est à Vale do Capão qu’elle l’a trouvée, dans la communauté rurale de Chapada Diamantina, où elle a fondé Alevante da Terra (Earth Rising), un collectif de femmes.

Lorsque la cofondatrice du collectif a eu un enfant, elle l’a aidée à accoucher et est devenue une fervente défenseure des accouchements sûrs et traditionnels. « Pendant très longtemps, les femmes qui détenaient des savoirs populaires traditionnels comme les benzedeiras [femmes sages], les sages-femmes, et les curandeiros [guérisseuses] étaient reconnues mais pas valorisées », souligne Mme Nascimento, aujourd’hui âgée de 29 ans et en apprentissage professionnel après avoir suivi une formation au métier de sage-femme et des cours sur l’accouchement naturel. Pour elle, aider à l’accouchement, c’est « l’extase de la vie. C’est là que je me sens la plus présente au monde, la plus connectée. C’est comme si un portail s’ouvrait ».

Elle dirige un programme qui apprend aux femmes et les filles à s’occuper de leur corps ; c’est l’un des huit projets soutenus par l’UNFPA (en collaboration notamment avec Elas Fund) pour favoriser l’autonomie des cheffes communautaires de Bahia. Ces projets, qui ont permis d’aider en tout plus de 3 000 personnes de 12 à 96 ans, sont appelés « Initiative Force Motrice », car les femmes sont la force motrice qui transforme leurs communautés. 

Les projets Force Motrice se concentrent sur la santé des femmes, la maternité et d’autres questions auxquelles l’UNFPA rend hommage ce mois-ci. Le mois de mai devient ainsi l’occasion de souligner ces réussites.

Des idées révolutionnaires

Ce mois-ci, des dizaines de pays célèbrent la Fête des mères. Le 5 mai est également la Journée internationale des sages-femmes. En plus du travail de Mme Nascimento pour rendre hommage aux sages-femmes et à la santé des femmes, Mameto Laura Borges, responsable religieuse, organise « Leaders matriarcales : le pouvoir des Yabas et de la Force créatrice ». En s’inspirant de la sagesse matriarcale des Yabás, ou Orishas femmes (des déesses), elle a mis en place un terreiro (un lieu de culte pour les Afro-brésilien·ne·s) à Salvador, où les femmes cis et transgenres apprennent à prendre soin d’elles, et s’informent sur la santé procréative et sur leur corps. « Les femmes doivent être autonomes, jouir de leur liberté et avoir conscience de leurs capacités », déclare Mme Borges, 52 ans. Elle voit son travail comme une forme de maternité. « Je suis mère de plus de 70 filles, et c’est magnifique. »


Le projet de caravane de Patricia Santana, Lesbi Saúde, a apporté des informations sur la santé sexuelle et reproductive aux communautés LGBTQI dans six États bahianais. Cliquez sur l'image pour voir plus de femmes de l'initiative Driving Force. © UNFPA Brésil / Carol Garcia

Le 15 mai est la Journée internationale des familles. Une famille doit être un lieu de protection et de soutien, mais elle est bien trop souvent la source de violences et d’injustices. Luzitânia Silva, 31 ans, a subi des violences familiales dans son enfance, à Presidente Tancredo Neves. Elle a utilisé la narration pour travailler sur son traumatisme et encourage aujourd’hui les autres à faire de même. Son projet « Autonomisation : le choix appartient aux filles », destiné aux adolescentes, comprend des ateliers d’écriture créative, des conférences et des discussions sur l’autonomisation des femmes. 

Le 17 mai, le monde célèbre la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Patricia Santana connaît bien l’oppression, étant une femme noire, lesbienne et pauvre. Son projet de caravane Lesbi Saúde (santé lesbienne) permet de faire de l’information itinérante sur la santé procréative auprès des personnes LGBTI dans six municipalités de Bahia. Elle a entendu d’innombrables histoires de négligence, de discrimination et même de décès. « Nos vies et notre santé ne sont pas une priorité », explique Mme Santana, qui a 37 ans. « Peut-être que c’est ça, la révolution ».

Droits de la personne et santé sexuelle

La Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale a lieu le 23 mai. La fistule obstétricale, qui est une blessure traumatique due à l’accouchement, se produit lorsque les femmes vulnérables n’ont pas accès à des soins qualifiés. Les corps trop jeunes, qui ne sont pas prêts pour accueillir une grossesse, sont particulièrement à risque. Cette blessure peut être évitée en donnant l’autonomie nécessaire aux femmes et aux filles pour décider de retarder leur maternité, et pour qu’elles aient accès à des soins de santé sexuelle et reproductive de qualité.

À Itacaré, Samaha Monteiro veut agir sur ces deux fronts avec son projet « Yes, We Can ! », qui vise à prévenir les grossesses précoces et à aider les jeunes femmes à échapper à des relations violentes. Mme Monteiro, âgée de 36 ans, a elle-même connu une grossesse précoce ainsi qu’une marginalisation extrême en tant que survivante de violences. « Avec chaque fille et chaque femme que j’aide, j’ai l’impression de guérir un petit peu plus », remarque-t-elle. L’initiative de Sueide Kintê aide également les personnes marginalisées à reprendre le contrôle de leur corps et de leur santé. « Ce corps, c’est mon corps » diffuse des messages à la télévision ainsi que sur les réseaux sociaux sur les droits de la personne et la santé. « Nous parlons de personnes qui ont subi une hystérectomie parce qu’elles n’ont pas été informées sur les soins possibles, de personnes qui ont subi des violences physiques et des viols, et qui s’en sentent responsables », explique Mme Kintê, qui a 36 ans et vit à Salvador. L’émission télévisée de Dina Lopez “Conversa de Preta” (Conversations noires) permet elle aussi d’informer près de trois millions de téléspectateurs et téléspectatrices sur la santé sexuelle et procréative. « Nous devons utiliser le pouvoir que nous avons de décider de nos propres vies », explique cette éducatrice de 55 ans.

Enfin, la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle a lieu le 28 mai. C’est une occasion rare d’attirer l’attention du monde entier sur des questions qui, bien que passées sous silence, sont une réalité pour des millions de personnes. Lara Carvalho, 28 ans, souhaite que les personnes menstruées puissent mieux connaître leur corps. « Je parle de comprendre comment fonctionne le corps et comment fonctionnent les cycles », souligne-t-elle. Son projet Nossos Ventres (Nos ventres) est dédié à l’information sur la santé sexuelle et procréative, en particulier la menstruation, la sexualité et la grossesse, grâce à des documentaires, des podcasts et des e-books gratuits. 

Pour les personnes de Bahia, de mieux en mieux informées sur leurs droits et leur santé sexuelle et procréative, ces projets Force Motrice ouvrent de nouvelles perspectives.

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