Dangereuses et peu fiables : Méthodes risquées de prévention des grossesses
9 Juillet 2018
Il y a cinquante ans, la planification familiale était reconnue comme un droit humain. Cependant, des centaines de millions de personnes n'ont toujours pas accès à des méthodes de contraception sûres et fiables. Ainsi par dépit, bon nombre d'entre elles ont recours à des méthodes inefficaces voire dangereuses, dont les propriétés reposent souvent sur le mythe et la rumeur. L'UNFPA a recueilli plus de vingt exemples à travers le monde qui illustrent la demande persistante d'un accès à la planification familiale et à l'éducation.
© UNFPA Algérie
Le vinaigre
De nombreuses personnes essaient de prévenir les grossesses en ingérant ou en s'insérant de dangereuses substances chimiques. Ainsi, des agents de santé en République de Moldavie, en Syrie et en Ouzbékistan indiquent que des femmes s'appliquent du vinaigre au niveau du vagin, soit avant ou après un rapport sexuel. Bien que de nombreux cas aient été signalés il y a plusieurs décennies, il est toujours possible de constater cette pratique de nos jours. Le vinaigre n'est pas un moyen de contraception probant. Toutefois, selon le Dr Yasser Joha, gynécologue à Damas, il « est à l'origine d'une perturbation de l'équilibre bactérien naturel du vagin qui augmente les infections vaginales ».
© UNFPA Moldavie/Dan Gutu
L’eau et le savon
De nombreuses femmes se lavent avec de l'eau et du savon après une relation sexuelle afin de prévenir la grossesse. Selon le Dr Su Sandy de Population Services International Myanmar : « Elles espèrent ainsi éliminer le sperme, alors qu'il atteint l'utérus avant qu'elles n'aient l'occasion de le rincer ». Elle ajoute également que cette pratique peut avoir une incidence sur l'acidité vaginale et ainsi entraîner des irritations ou des infections.
© UNFPA Myanmar/Karlien Truyens
Le savon de lessive
Les savons ont déjà fait l'objet d'utilisations détournées. En effet, des agents de santé en Europe de l'Est et en Asie centrale ont expliqué qu'il y a plusieurs décennies, certaines femmes s'inséraient un morceau de savon de lessive dans le vagin avant un rapport sexuel en espérant que l'alcalinité viendrait à bout du sperme. Cette méthode peut donner lieu à des inflammations, des ulcères et d'autres dommages importants. En outre, elle est peu fiable pour prévenir les grossesses. « Il ne fait aucun doute que ce morceau de savon ne va pas résoudre le problème », a déclaré un médecin à l'UNFPA.
© UNFPA Ouzbékistan/Dilora Ganieva
Le désinfectant
Certaines personnes utilisent des désinfectants comme spermicides, soit en douche vaginale, soit en les appliquant sur les organes génitaux externes. Ces désinfectants peuvent donner lieu à des brûlures chimiques, une irritation de la peau, voire une septicémie ou la mort en cas d'introduction dans l'utérus. Par contre, ils n'arrêtent pas le sperme : « Aucun antiseptique introduit dans le vagin n'est en mesure de le déloger. Il en va de même pour les organismes pathogènes », a expliqué Hemantha Senanayake, professeur de médecine au Sri Lanka.
© UNFPA Sri Lanka/Avindi Perera
Le lait et l’iode
Au Kirghizistan, des femmes ingéraient du lait et de l'iode après une relation sexuelle afin de prévenir la grossesse. Bien que cette méthode ait été constatée dans les années 1980 et 1990, elle reste d'actualité dans certaines régions reculées. Une solution iodée est toxique et source d'inflammation, de brûlures des tissus de l'œsophage et de l'estomac, ainsi que de déséquilibres hormonaux. Selon Chynara Kazakbaeva, présidente de la Kyrgyz Alliance of Midwives : « Ce mélange n'a absolument aucune influence sur la prévention des grossesses ».
© UNFPA Kirghizistan/Cholpona Egeshova
Le coca-cola
Dans certaines regions, on estime que le Coca-Cola a des propriétés contraceptives. Par exemple, en Angola, des jeunes buvaient du Coca-Cola avec au moins deux aspirines après une relation sexuelle. Une femme plus âgée a déclaré à l'UNFPA : « J'ai essayé cette méthode il y a longtemps lorsque j'étais adolescente ». Ce mélange mettait son estomac à mal. « J'ai passé un mauvais moment », a-t-elle ajouté. La boisson a également été utilisée sous forme de douche vaginale en Amérique du Nord, en Europe de l’Est et Asie centrale. Cette méthode est elle aussi inefficace et peut donner lieu à des lésions des tissus et à des infections.
© UNFPA Angola/Denizia Pinto
L’alcool
La Rakija, un type d'alcool aux fruits, a été utilisée comme moyen de lavage du vagin en Bosnie-Herzégovine, principalement dans les années 1950 et 1960, et peut-être même encore aujourd'hui. Le contenu hautement alcoolisé peut « être source de sécheresse vaginale et de dyspareunie [relations sexuelles douloureuses] », a expliqué le Dr Tatjana Barišić. La croyance selon laquelle la Rakija peut influencer la grossesse de quelque manière que ce soir « est un mythe et peut être nocive - ce n'est pas son utilisation prévue ».
© UNFPA Bosnie-Herzégovine/Armin Smailovic
L’alun
Dans certains pays, des experts de la santé reproductive ont signalé que, il y a quelques décennies, l'alun était utilisé sous forme de suppositoire vaginal afin de prévenir les grossesses. Cette pratique peut être source d'irritations, de dysbactériose (ou de déséquilibre microbien néfaste) et de risque accru d'infection. « Même les femmes très instruites ont été influencées jusqu'à très récemment », a expliqué Yasmine, une activiste de la défense de la santé des femmes en matière de reproduction en Algérie. En outre, l'alun était utilisé avec de l'armoise et « servait de spermicide dans certaines régions rurales », a déclaré Rachida Fadil, présidente de l'Association nationale des sages-femmes du Maroc.
© UNFPA Maroc
Les tranches de citron
Dans plusieurs pays, des agents de santé ont expliqué que les femmes se plaçaient des tranches de citron ou s'inséraient du jus de citron dans le vagin après un rapport sexuel. Cette pratique peut être à l'origine d'irritations, de dysbactériose et d'autres problèmes. Le Dr Ludmila Bologan, en République de Moldavie, a déclaré : « J'ai été surprise, pour ne pas dire choquée, de constater qu'une femme s'insérait, encore aujourd'hui, des tranches de citron dans le vagin après un rapport sexuel.
© UNFPA Moldavie/Dan Gutu
Le curcuma
De nombreuses personnes font confiance aux herbes, qui sont généralement inutiles pour prévenir les grossesses. Ainsi, des couples plus âgés de l'ouest du Népal ont raconté qu'ils utilisaient du curcuma dilué dans de l'eau comme contraceptif. Un homme a même expliqué à l'UNFPA que sa femme et lui avaient recours à cette méthode après la naissance à un intervalle très rapproché de ses deux premiers enfants. Il a ainsi déclaré : « Je pensais que nous n'aurions pas de troisième enfant l'année suivante ». Sa femme et lui ont pourtant connu 10 grossesses dont une produit un enfant mort-né et une autre, un décès en bas âge. Huit enfants ont survécu.
© UNFPA Népal/Santosh Chhetri
Le gingembre
Certains considèrent à tort que le gingembre a des propriétés contraceptives. Ainsi, dans les années 1990 dans certaines régions du Panama, des femmes étaient convaincues que le côté piquant d'un thé au gingembre pouvait modifier le cycle menstruel. D'autres personnes au Cambodge buvaient un mélange de galanga (une plante similaire au gingembre), de poivre noir et d'alcool de riz pour éviter de tomber enceintes. « J'en buvais le matin ou avant d'aller me coucher », a déclaré Chuon, une villageoise cambodgienne. « Après la naissance de mon quatrième enfant, j'ai utilisé la pilule contraceptive moderne ».
© UNFPA/Astrid Marquinez
Le noyau de mangue
Le conflit au Yémen a coupé l'accès aux moyens contraceptifs fiables. Selon Eltaf, une sage-femme yéménite, « certaines communautés se voient interdites d'utiliser des méthodes de planification familiale modernes, les femmes utilisent alors à nouveau des méthodes traditionnelles en secret ». Certaines mélangent un noyau de mangue broyé avec de l'eau, qu'elles boivent le cinquième jour du cycle menstruel. Elles évitent également le miel, le lait et les antibiotiques. Rien ne prouve que la méthode fonctionne, mais si les antibiotiques sont jugés nécessaires sur le plan médical, il peut s'avérer dangereux de les éviter.
© UNFPA Yémen
Les herbes
Au Vietnam, il était fréquent d'utiliser des herbes traditionnelles pour prévenir les grossesses. Cependant, elles peuvent contenir des substances chimiques ou des métaux lourds, ou avoir des interactions nocives avec d'autres médicaments. Par exemple, à Madagascar, on utilise parfois le thé ou l'huile de neem, mais « on ne connaît pas le dosage exact pour garantir son efficacité, a expliqué l'agent de santé Tema Noeline. De même, au Mexique, les femmes faisaient confiance à un thé avec de la rue, une ancienne méthode contraceptive peu fiable. « Je pense même que certains groupes l'utilisent encore », a expliqué Gabriela Rivera, une experte de l'UNFPA.
© UNFPA VietNam/Nguyen Minh Duc
Les sacs en plastique
De nombreuses personnes ont également recours à des méthodes inefficaces, voire néfastes. Partout dans le monde, il a été signalé que l'on utilise des sacs en plastique comme alternative aux préservatifs. Cependant, le risque de rupture est élevé. Au Sri Lanka, certaines personnes ont utilisé des sacs de courses. « Ils ne fournissent aucune protection, que ce soit contre la grossesse ou contre les infections », a expliqué Hemantha Senanayake, professeur de gynécologie au Sri Lanka. Aux États-Unis, un homme a déclaré qu'un ami au lycée utilisait des sachets pour sandwiches au lieu de préservatifs, car ils étaient plus faciles à obtenir et a par la suite mis une camarade de classe enceinte ».
©UNFPA Sri Lanka/Avindi Perera
Les emballages de glace à l'eau
Les emballages de glace à l'eau ont également servi « d'alternative aux préservatifs », selon Nikoli Edwards de Trinité-et-Tobago, à l'occasion d'un forum sur l'amélioration de la santé des adolescents. Ces emballages peuvent entraîner des douleurs, une déchirure et des abrasions des tissus génitaux et ne sont pas des contraceptifs efficaces.
© UNFPA Trinité-et-Tobago/Ella Gaspard
Les ballons
En certains endroits, comme au Sri Lanka, on utilise des ballons à la place des préservatifs. Les ballons ne sont pas hypoallergéniques et peuvent provoquer des rougeurs ou des infections. En outre, leur risque de rupture est élevé. Selon le Dr Senanayake du Sri Lanka, « les ballons ne sont pas comparables aux préservatifs ».
©UNFPA Sri Lanka/Avindi Perera
Deux préservatifs
Certaines personnes utilisent parfois deux préservatifs en même temps, soit deux préservatifs pour homme, ou un préservatif masculin et un préservatif féminin. « Il s'agissait peut-être d'une mauvaise compréhension du concept de double protection. La double protection désigne l'utilisation d'une méthode moderne (pilules, solution injectable, implants, etc.) en plus d'un préservatif, qui est très recommandable et efficace » a expliqué Mme Rivera du Mexique. L'utilisation simultanée de deux préservatifs génère des frictions, ce qui « augmente le risque de rupture du préservatif », et donc celui de maladie et de grossesse.
© UNFPA Mexique/Laima Garza
Les éponges de cuisine
Certaines personnes ont également recours à des éponges de cuisine. Ainsi, au Tadjikistan, une travailleuse du sexe a confié à l'UNFPA que ses collègues s'inséraient fréquemment de petits morceaux d'éponge dans le vagin avant un rapport sexuel, convaincues de leur capacité à prévenir les grossesses. Cependant, les éponges ne constituent pas une barrière fiable et sont susceptibles d'augmenter le risque d'infection, étant donné qu'elles ne sont pas stériles.
© UNFPA Tajikistan/Surayo Abdulloyeva
L’allaitement prolongé
Bon nombre de personnes font également confiance à des pratiques populaires. Ainsi, certaines femmes font confiance à l'allaitement prolongé pour prévenir les grossesses. Bien que l'allaitement exclusif puisse constituer un moyen de contraception temporaire dans les circonstances adéquates, cette méthode ne reste pas fiable très longtemps. En effet, même en période d'allaitement, « une femme peut tomber enceinte seulement trois semaines après avoir accouché », a expliqué le Dr. Hlaing Htaik Hta Khin, du bureau de l'UNFPA au Myanmar, où cette pratique est souvent constatée.
© UNFPA Myanmar/Karlien Truyens
Sauter
L'idée selon laquelle le fait de sauter après une relation sexuelle peut prévenir les grossesses est répandue, mais n'a aucun fondement médical. Ainsi, un expert de la santé au Tadjikistan a indiqué qu'au moins une travailleuse du sexe encourage les autres à avoir recours à cette méthode. À Palawan, une île des Philippines, « on a constaté avec stupeur que 74 pour cent d'environ 5 000 jeunes sondés par Roots of Heath estimaient que le fait de sauter après une relation sexuelle permettait de prévenir les grossesses », a expliqué Amina Evangelista Swanepoel, la directrice exécutive de l'organisation.
© UNFPA Philippines
Le massage utérin
Au Myanmar, les accoucheuses traditionnelles réalisent un massage abdominal, en estimant que cela modifie la position de l'utérus, pour ainsi bloquer le passage du sperme. « C'est une méthode fréquemment utilisée pour prévenir les grossesses », a expliqué Daw Nwet, une accoucheuse qui effectue ce type de massage. Rien ne prouve l'efficacité de cette pratique. Par ailleurs, la pression intense peut s'avérer douloureuse.
© UNFPA Myanmar/Karlien Truyens
Les porte-bonheurs ou prières
Pour prévenir les grossesses, on peut également faire appel aux porte-bonheurs ou aux prières. Ainsi, un expert de la santé reproductive au Malawi a expliqué qu'il y a plusieurs décennies, les femmes appliquaient des pharmacopées traditionnelles sur une corde à nœuds qu'elles portaient autour de la taille. Chaque nœud représentait une année de contraception. Les prières, les porte-bonheurs et les rituels n'ont aucune efficacité pour prévenir les grossesses et peuvent même être néfastes s'ils encouragent les personnes à avoir des relations sexuelles non protégées.
© UNFPA Malawi/Leticia Nangwale
Il n'est pas nécessaire d'avoir recours à ces méthodes.
En effet, il existe de nombreux moyens de contraception très efficaces, tels que les préservatifs, les pilules contraceptives par voie orale, les dispositifs intra-utérins, etc. Aux quatre coins du monde, l'UNFPA s'efforce d'améliorer l'accès à ces méthodes fiables. Cependant, de nombreux efforts doivent être consentis pour veiller à ce que chacun puisse faire valoir son droit à choisir le moment et l'éventualité d’une grossesse, en toute confiance et en toute sécurité.
Olliver Girard for UNFPA