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Soudan : femmes et filles ont déjà subi six mois de conflit, et aucune résolution ne se dessine

Depuis que le conflit a éclaté au Soudan, l’UNFPA a déployé des cliniques mobiles dans tout le pays, où femmes et filles peuvent bénéficier de services de santé sexuelle et reproductive. © UNFPA Soudan
  • 15 Octobre 2023

KHARTOUM, Soudan – Lubna se souvient encore du bruit des bombardements il y a six mois à Khartoum, la capitale du Soudan. Cette femme de 34 ans était alors enceinte et déjà mère de six enfants. « Je me suis demandé comment je pourrais garantir la sécurité de mon enfant à naître, celle de mes six enfants et la mienne », raconte-t-elle à l’UNFPA, l’agence des Nations Unies en charge de la santé sexuelle et reproductive. « Qui allait m’aider dans ces circonstances si terribles ? Je ne savais pas quoi faire. »

Sa famille faisait partie des 3 millions de personnes contraintes à abandonner leur foyer à Khartoum, après la flambée de violence le 15 avril 2023 entre les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapides. Depuis le début de ces combats, près de 6 millions de personnes ont fui leur domicile, cherchant un abri dans d’autres régions soudanaises ou dans les pays voisins.

Parmi les 4,55 millions de personnes déplacées à l’intérieur du Soudan, on estime que 1,092 million sont des femmes et des filles en âge de procréer, et que 108 740 d’entre elles sont actuellement enceintes et ont besoin d’un accès rapide à des services de santé reproductive essentiels et même vitaux.

Des besoins toujours plus élevés

Depuis le début du conflit, l’UNFPA a déployé des cliniques mobiles dans les sites pour personnes déplacées de tout le pays afin de répondre aux besoins en matière de protection et de santé reproductive des femmes et des filles affectées par cette crise. Des milliers de services, dont des soins prénatals, des dépistages et traitements d’IST, des dépistages du cancer du col de l’utérus, des soins post-partum et néonatals, ont pu être proposés aux communautés de personnes déplacées mais aussi aux communautés d’accueil.

Les cliniques sont constituées d’un·e médecin, d’un·e technicien·ne de laboratoire, de sages-femmes et d’un·e pharmacien·ne. Quatre de ces cliniques ont été déployées au Darfour-Occidental, au Nil Bleu et au Nil Blanc. L’UNFPA est également en train de déployer des cliniques provisoires dans les états de Kassala, d’Al-Qadarif, d’Al-Jazirah, du Nord, du Darfour du Sud, du Nil et de la Mer Rouge, où de très nombreuses personnes déplacées sont installées. 

Les besoins humanitaires ne font cependant qu’augmenter. 

Les seules fournitures médicales qui entrent dans le pays aujourd’hui sont livrées par les organismes d’aide, qui ne sont pas en mesure de suivre le rythme de la demande. Avec la dégradation de la situation économique, l’accès aux services essentiels de protection et de santé est en chute libre. 

De plus, les risques de sécurité, notamment les menaces de violences sexuelles, de harcèlement, d’abus et d’exploitation, sont en hausse. On signale de la violence basée sur le genre à la fois dans les zones de combat et dans les régions qui accueillent des personnes déplacées.

Une femme est assise, un bébé sur les genoux.
Les sages-femmes du Soudan ont une mission : assurer que tous les accouchements se déroulent sans risque. Cliquez sur la photo pour découvrir comment l’UNFPA et ses partenaires soutiennent des hôpitaux et des équipes médicales débordées afin de répondre aux besoins des femmes et filles déplacées. © UNFPA Soudan

Accoucher sans risque en plein chaos

Pour Lubna comme pour tant d’autres, les hostilités n’ont été que le début d’une terrible épreuve.

Elle n’a pu fuir Khartoum avec sa famille qu’à la fin juin. Son mari, Omar, avait passé plusieurs semaines à rassembler suffisamment d’argent pour payer le transport. Le trajet jusqu’à Kosti, dans l’État du Nil Blanc, a pris 15 heures et a été très difficile. Lubna était alors enceinte de sept mois. 

Lorsque toute la famille a enfin atteint Kosti, elle a été dirigée vers le site pour personnes déplacées d’Ezzedine. Dans les semaines qui ont suivi, elle s’est installée dans une école convertie en refuge.

Vivre dans ce refuge provisoire a été difficile, mais au moins Lubna n’a pas eu à se faire de souci pour ses soins de santé reproductive. Dès son arrivée, elle a pu être examinée dans une clinique mobile soutenue par l’UNFPA, y recevoir des médicaments ainsi qu’une aide psychosociale. Par la suite, elle y a bénéficié de soins réguliers.

« Lubna a eu des consultations de suivi fréquentes pour sa grossesse », indique Aisha, sage-femme à la clinique mobile. Elle a également reçu un kit d’accouchement stérile, qui contient du matériel pour faciliter un accouchement sans risque. Ces kits sont distribués dans les contextes de crise humanitaire, au cas où les femmes se retrouvent contraintes à accoucher chez elles ou dans des structures mal équipées.

Heureusement, Lubna a pu accoucher à la clinique mobile. Le 12 septembre, à 10 heures du matin, elle donnait naissance à une petite fille en bonne santé. 

Pour l’équipe de la clinique mobile, l’accouchement en toute sécurité de Lubna a été particulièrement réconfortant, une parenthèse joyeuse au milieu du chaos généré par le conflit. « Lubna a été l’une des premières patientes admises dans notre clinique de santé mobile », raconte le Dr Ruaa, qui y travaille également. « Nous espérons que toutes les femmes enceintes de ce site pourront accoucher sans risque. » 

Les besoins s’accroissent de jour en jour

L’UNFPA travaille en étroite collaboration avec ses partenaires, parmi lesquels l’Aide humanitaire de l’Union européenne, le Canada, la Commission européenne, les États-Unis, le Fonds central pour les interventions d’urgence, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède, afin de renforcer les soins de santé reproductive disponibles pour les populations touchées par le conflit.

Les besoins s’accroissent cependant de jour en jour.

« Nous sommes très fier·e·s d’avoir aidé Lubna et de fournir des services à des centaines de femmes et de filles grâce à cette clinique mobile », déclare Mohamed Lemine, réprésentant de l’UNFPA au Soudan. « Toutefois, nous devons garder à l’esprit qu’il y a d’autres situations où les mêmes besoins existent, mais où nous n’avons pas les moyens d’offrir les mêmes services, soit à cause de contraintes logistiques, soit en raison d’un manque de financement. ».

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