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En Chine, les adolescent·e·s trouvent des réponses à leurs questions grâce à des sessions d’éducation à la sexualité diffusées en direct

En Chine, les adolescent·e·s trouvent des réponses à leurs questions grâce à des sessions d’éducation à la sexualité diffusées en direct
« La puberté, la menstruation, la sexualité… on n’en parle pas », explique Xiaohong Shi, formatrice au sein du projet pilote de l’UNFPA d’éducation complète à la sexualité. « Mais les élèves veulent apprendre. Ils sont tous très curieux, au fond. ». Mme Shi a enseigné l’éducation à la sexualité à plus de 5 000 élèves et adolescent·e·s. Elle est également conseillère certifiée en santé mentale, travailleuse et encadrante sociale dans la province du Qinghai depuis 2015. ©UNFPA Chine
  • 28 Décembre 2021

PROVINCE DU QINGHAI,Chine – « Je n’ai jamais parlé de sexe avec mes ami·e·s ni avec mes parents », raconte Cairen, 15 ans, en classe de troisième dans la province chinoise du Qinghai. « La sexualité est un sujet tabou. »
 
Son expérience est partagée par beaucoup d’adolescent·e·s en Chine, qui ont du mal à aborder leur passage à l’âge adulte. Dans la province du Yunnan, Tu, 14 ans, confie qu’il parlait parfois de sexe à ses amis, mais qu’après un ou deux mots sur le sujet, « la conversation prenait fin ».
 
Derrière ce silence, pourtant, Cairen et Tu ont continué à se poser des questions sur les relations et la sexualité, et c’était aussi le cas pour nombre de leurs ami·e·s. Tu souhaitait savoir comment éviter de contracter le VIH. Cairen sentait qu’elle devait en apprendre plus sur la menstruation.
 
Lorsqu’ils ont eu l’occasion de s’informer, ils l’ont saisie.

Tous deux ont participé à un cours innovant d’éducation complète à la sexualité, décliné en huit sessions en ligne diffusées en direct. Développé par l’UNFPA en collaboration avec Marie Stopes International, ce cours aborde divers sujets qui préoccupent les adolescent·e·s du monde entier : comment fonctionne la reproduction, comment utiliser un contraceptif, comment dire non à une relation ou à un rapport sexuel, et qu’il est acceptable d’être attiré·e par les personnes de même genre.

Students raise their hands, interacting with a course on the large screen in their classroom.
Le projet pilote était composé de huit sessions diffusées en direct, respectant les recommandations internationales, pour donner aux enseignant·e·s et aux écoles le soutien nécessaire. ©UNFPA Chine

« Nous avons eu des réponses à toutes nos questions », affirme Cairen. Elle a notamment apprécié que le cours se tienne en ligne, car dit-elle, « c’est moins gênant lorsque le ou la prof est sur un écran ».

Des lacunes qui renforcent les inégalités

Malgré son développement rapide, la Chine, comme beaucoup d’autres pays, n’a pas tenu le rythme en matière d’information complète et fiable destinée aux adolescent·e·s, au sujet des droits et de la santé sexuelle et reproductive. Il reste très tabou de parler ouvertement de ces questions, ce qui a notamment pour conséquence de forts taux de grossesses non désirées, d’avortements, de prévalence du VIH et d’infections sexuellement transmissibles.
 
Le manque de connaissances renforce également les inégalités de genre. Les filles n’ayant pas conscience de leurs droits sont par exemple vulnérables aux relations violentes. Les jeunes qui ne disposent pas d’informations précises au sujet de leur corps risquent aussi des grossesses non désirées.
 
Certaines des disparités les plus fortes dans l’accès à l’information persistent dans les zones rurales, à l’instar des régions où vivent Cairen et Tu. L’UNFPA a pourtant vu une opportunité dans la modernisation rapide des écoles rurales chinoises. La tendance à généraliser l’apprentissage en ligne était déjà très présente avant même l’arrivée de la COVID-19, et s’est encore accélérée depuis.
 
Il est ainsi devenu possible de concevoir un cours en direct qui puisse atteindre les zones isolées, tout en proposant des supports pédagogiques de qualité. Il a été élaboré suivant un modèle créé et testé par de jeunes innovateurs lors d’un « Camp d’entraînement » à l’innovation de l’UNFPA, en Allemagne. Le projet a ensuite été sélectionné pour être mis en place dans le cadre d’un concours mondial d’innovation sponsorisé par le Fonds d’innovation de l’UNFPA, et s’est avéré correspondre à une volonté de toute l’agence de repenser les façons de sensibiliser les jeunes et d’éliminer les besoins non satisfaits en matière de planification familiale.

Girls in a classroom pay close attention to their instructor.
La première phase du programme a vu le déploiement du cours en ligne dans cinq collèges du Qinghai, du Sichuan et du Yunnan. ©UNFPA Chine

S’adapter aux besoins locaux

Le programme n’a pas simplement été déployé en Chine. Il a au contraire été décliné pour s’adapter aux dynamiques sociales chinoises, grâce à des consultations poussées menées avec des directeurs et directrices d’écoles, des enseignant·e·s et des élèves. Il a ainsi été possible d’élaborer un cours d’éducation complète à la sexualité qui associe exactitude médicale, respect des coutumes et cultures locales, et défense des droits de la personne. C’est le premier cours de ce genre à voir le jour en Chine, et il respecte les normes internationales fondées sur des recherches solides. Il met l’accent sur l’égalité des genres et le développement de compétences concrètes et utiles, comme la communication.
 
Une version pilote du programme en 2020 a concerné 400 élèves de collège dans trois provinces différentes de l’ouest de la Chine. Les élèves qui ont suivi le cours ont tout de suite déclaré mieux connaître leur corps et leurs choix, et avoir plus confiance en eux.

Une élève de quatrième a exprimé son soulagement d’avoir enfin une alternative à la recherche d’informations en ligne. « Les informations qu’on trouve sur internet sont souvent négatives », explique-t-elle. « Pendant le cours, la personne qui nous formait nous expliquait quel type de connaissance est approprié pour tel ou tel âge, [selon] des standards établis scientifiquement. »

Les enseignant·e·s ont aussi accueilli ce cours avec enthousiasme. En tant que professeure de biologie, Xinzhi Hu avait connu des difficultés face aux lacunes en matière d’éducation à la sexualité, et avait tenté de l’enseigner par ses propres moyens.
 
Elle a été ravie d’avoir l’occasion de commencer à répondre aux questions de ses élèves, ce qui leur permettra d’être plus autonomes aujourd’hui et à l’avenir. « J’aimerais que l’éducation à la sexualité se fasse dans toutes les écoles de Chine », souligne-t-elle. Pourquoi ? Parce que « cela fonctionne », dit-elle.

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