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ECHAPPER A UN DESASTRE : DES JEUNES EN FUITE

RichardComme Richard, qui a passé une grande partie de son adolescence dans des camps de réfugiés, beaucoup de jeunes du monde entier ont été contraints de fuir leur demeure pour échapper aux horreurs de la guerre, aux conflits civils et à d’autres catastrophes. En 2005, il y avait environ 12,7 millions de réfugiés dans le monde, dont la moitié à peu près étaient âgés de moins de 18 ans(1). Ayant un besoin urgent d’assistance et de protection, les adolescents réfugiés sont exposés à la violence, à l’abandon, à l’exploitation et à des formes diverses d’abus.

Dans une crise, le soutien de la famille si essentiel pour les jeunes s’effondre souvent. Les réseaux sociaux et culturels qui fournissent protection, soutien, information et rôles modèles se désintègrent. Les jeunes réfugiés et déplacés sont profondément affectés non seulement du fait de leur exposition à la violence, aux privations et à des traumatismes personnels comme la perte de membres de leur famille, mais aussi parce qu’ils n’ont plus ni éducation ni emploi et que la voie de l’avenir a cessé d’être clairement tracée.

Même les membres de la communauté, leur famille et leurs pairs peuvent constituer une menace pour les enfants et les jeunes déplacés. Ils peuvent être contraints par leur famille à accepter un dur travail et soumis à diverses formes de violence. Les filles peuvent être contraintes de se marier à un jeune âge afin d’assurer un revenu ou leur sécurité matérielle et celle de leur famille(2). Les adolescents réfugiés ont rarement accès à l’éducation(3). S’ils y ont accès, il arrive que les familles gardent les filles hors de l’école pour aider aux tâches familiales ou parce qu’elles craignent pour leur sécurité.Les jeunes femmes déplacées sont particulièrement vulnérables. La rupture violente de rapports stables et la désintégration de la vie communautaire et familiale balayent les normes sociales régissant le comportement sexuel. En de ­telles circonstances, tout contact sexuel est ­souvent violent et toujours dangereux, surtout pour les femmes qui, outre le risque de lésions physiques et de grossesses non désirées, sont plus vulnérables au VIH/Sida et à d’autres infections sexuellement transmissibles. Les groupes d’insurgents forcent régulièrement les jeunes hommes à commettre des viols, source de ­traumatisme tant pour les hommes que pour les femmes. Les risques courus par les femmes vont au-delà du conflit lui-même, car les partenaires et épouses des anciens ­combattants sont également en danger.

Au Libéria, près de 80 % des filles déplacées ont subi des avortements avant l’âge de 15 ans, ayant été victimes de l’exploitation et de la violence sexuelles(4). En Ouganda, on évalue à 80 % la proportion des filles enlevées par l’Armée de résistance du Seigneur qui étaient séropositives quand elles ont regagné leur communauté(5).

Après avoir atteint la ‘’sécurité’’ des camps de réfugiés, les jeunes femmes ne sont pas nécessairement à l’abri de la violence sexiste. Le viol, les rapports sexuels non protégés et les grossesses non désirées sont chose courante dans les camps de réfugiés. Les filles et femmes violées et ainsi condamnées à des grossesses non désirées sont frappées d’opprobre.

Les jeunes hommes des camps de réfugiés peuvent être des anciens combattants, des victimes d’enlèvement, ou avoir été déplacés par la violence. Ils ont perdu leurs sources de confiance en soi, l’inaction et l’impuissance les remplissent de rage. Ils ont peu de possibilités d’éducation ou d’emploi, et rares sont les moyens d’occuper leur temps. Le résultat est souvent la violence, notamment la violence sexiste et sexuelle, et l’abus des drogues(6).

Les camps de réfugiés sont à l’occasion vulnérables à des attaques de l’extérieur, tandis que les violents imposent leur domination à l’intérieur. Des groupes armés peuvent utiliser les camps comme lieux propices aux enlèvements et au recrutement. Garçons et filles enlevés finissent souvent comme soldats; les filles peuvent servir de servantes et d’esclaves sexuelles.

En vertu d’accords internationaux comme la Convention de 1951 sur les réfugiés, les pays se sont engagés à accorder refuge et secours aux personnes déplacées hors de leur propre pays par un conflit violent, notamment aux enfants et aux jeunes. Avec le soutien de la communauté internationale, les pays d’asile doivent faire l’effort maximal pour comprendre la détresse des réfugiés et demandeurs d’asile et pour y répondre.

La plupart des réfugiés se trouvent dans des pays en développement dont les gouvernements ont souvent une extrême difficulté à leur fournir plus qu’un soutien rudimentaire. Ils ont besoin de l’aide de la communauté internationale pour assister les jeunes réfugiés, protéger leurs droits et aider les mineurs non accompagnés à retrouver leur famille. Ils devraient être en mesure ­d’assurer aux jeunes réfugiés non seulement un secours immédiat, mais aussi l’éducation, la santé et un nouvel équilibre psychologique.

Les jeunes qui ont été rapatriés ont également besoin d’une assistance spécialisée. Dans des pays comme le Libéria et la Sierra Leone, l’UNFPA a aidé des organisations confessionnelles à enseigner aux filles jeunes, dont beaucoup ont été victimes de violences sexuelles durant la guerre, la prévention du VIH et des IST, en même temps que des activités productrices de revenu, comme la culture maraîchère, l’élevage de la volaille et la coiffure, de manière à les aider à ne pas être contraintes de se prostituer pour survivre. Des initiatives analogues sont en cours en Côte d’Ivoire, au Soudan et en République démocratique du Congo.

Outre les programmes qui promeuvent les ­occupations susceptibles d’assurer des moyens de subsistance et qui font face à la violence sexuelle et sexiste, il est d’une importance critique que les jeunes, notamment les anciens réfugiés aussi bien que les ex-combattants, participent aux activités de reconstruction d’après conflit pour reconstituer le tissu économique et social des sociétés et édifier une paix durable.



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