L'Agence coréenne de coopération internationale donne un nouveau souffle de vie aux survivantes ivoiriennes de la fistule

23 Mai 2020
Blandine, avec son mari et sa nouvelle fille. © UNFPA / Didier Djiloni

BOUAKÉ, Côte d'Ivoire – Lors de sa première grossesse, Blandine ne se rendait pas à l’hôpital de façon régulière, pour effectuer des examens prénataux. Le jour de son accouchement, elle a pris son temps pour se rendre au centre de santé. C’est ce qui lui a causé des complications à l’accouchement, et lui a valu une fistule obstétricale.

La fistule obstétricale est l’une des lésions les plus graves et les plus dangereuses susceptibles de survenir lors d’un accouchement. Il s’agit d’une perforation entre le canal de naissance et la vessie et/ou le rectum, causée par un travail prolongé et obstrué, en l’absence de traitement médical rapide et de qualité. La fistule provoque des fuites d’urines et/ou de fèces, et peut conduire à des problèmes médicaux chroniques tels que la dépression et l'isolement social, qui peuvent mener à une aggravation de la pauvreté.

Pour couronner le tout, Blandine a perdu son bébé, puis son mari l’a rapidement abandonnée, à cause de son état.

Blandine a souffert de fistule pendant trois ans jusqu'en 2013. A cette date, elle en a appris davantage sur la maladie grâce une émission de radio, diffusée par la Mission des Nations Unies, qui est chargée du maintien de la paix en Côte d'Ivoire. Elle a finalement compris la cause de sa douleur, et appris à gérer son traumatisme. La mère de Blandine lui a également conseillé de chercher à se faire opérer dans une clinique soutenue par l'UNFPA à Bouaké, à 340 kilomètres au nord d'Abidjan, la capitale ivoirienne.

L'opération a été un succès et a changé la vie de Blandine. Une fois sa fistule complètement guérie elle a eu l'impression de renaître de ses cendres.

« J'ai repris goût à la vie. J'ai rencontré un autre homme et j'ai pu avoir une autre fille », a-t-elle raconté à l'UNFPA.

Blandine a repris ses études et obtenu un certificat de formation professionnelle. Pendant sa recherche d’emploi, elle se porte volontaire pour sensibiliser sur le sujet, en partageant son expérience avec d'autres femmes de sa communauté. Elle les exhorte à subir des examens prénataux réguliers et à toujours suivre les conseils de leur sage-femme ou de leur médecin, pour prévenir les complications potentiellement mortelles à l'accouchement, comme la fistule.

Le traitement de Blandine a été rendu possible grâce à un partenariat de 8 millions de dollars entre l'UNFPA et le ministère ivoirien de la Santé, financé par l'Agence coréenne de coopération internationale (KOICA). Depuis 2012, le programme a réalisé près de 3 400 opérations de fistules gratuites, avec un taux de réussite de 77%.

« Dans la plupart des cas, les survivantes de la fistule font face à la stigmatisation, sont isolés par la communauté et n’ont pas les moyens de se faire soigner », a déclaré Caspar Peek, représentant de l'UNFPA en Côte d'Ivoire. « Grâce à la chirurgie, ces femmes peuvent guérir, être réintégré dans la communauté et donner une nouvelle orientation à leur vie. »

En Côte d'Ivoire, 26% des accouchements ne sont pas assistées par du personnel médical qualifié, ce qui contribue aux taux élevés de morbidité et de mortalité maternelle du pays, y compris par la fistule.

Malgré une forte volonté politique et les efforts des partenaires au développement, le besoin non satisfait de chirurgie réparatrice des fistules est toujours très élevé en Côte d'Ivoire. Les survivantes se trouvent à la fois en milieu urbain et rural, et font face à de nombreux obstacles pour accéder aux soins de santé, qui s’ajoutent à l'isolement et à la perte de dignité.

Pour atteindre l'objectif ambitieux de faire disparaître la fistule d'ici 2030, il faudrait accentuer les efforts de prévention, de traitement, et sensibiliser à propos de son impact sur la vie des femmes.

« La fistule est une condition médicale qui a de graves répercussions sociales et psychologiques, mais aussi sur la dignité humaine. Ses victimes souffrent souvent en silence, et dans un isolement total », a déclaré Seo Dong Sung, directeur de pays de la KOICA en Côte d'Ivoire. « A travers ce projet, KOICA souhaite soutenir ces femmes en les guérissant de la fistule, en les aidant à retrouver leur dignité, et surtout en aidant le système de santé à prendre en charge les femmes enceintes afin d'éviter que la joie de la maternité se transformant en cauchemar. »

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