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Une réfugiée ukrainienne de 72 ans raconte l'histoire de sa vie détruite par la guerre

Une réfugiée ukrainienne de 72 ans raconte l'histoire de sa vie détruite par la guerre
Valentina Ejova, une réfugiée de 72 ans originaire de Mykolaiv (sud de l’Ukraine), parcourt des photos de sa vie d’avant, alors qu’elle est temporairement installée à Moldexpo, un centre d’hébergement pour réfugié·e·s à Chișinău (République de Moldavie). © UNFPA Moldavie/Adriana Bîzgu
  • 11 Avril 2022

MYKOLAIV, Ukraine – « Il y a eu des explosions dehors, ça sentait la fumée. Nous étions presque encerclé·e·s, des avions volaient au-dessus de nos têtes. Il y avait tellement de bruit que je ne m’entendais plus parler. Nous avons décidé de partir le lendemain, si nous survivions jusque-là… »

En plein bombardement russe de sa ville natale de Mykolaiv, dans le sud de l’Ukraine, Valentina Ejova, âgée de 72 ans, a fait un choix qui se révélerait décisif. En quelques heures, elle a rassemblé ses affaires dans deux petites valises, et a quitté son pays, ses ami·e·s et le monde qu’elle avait connu jusqu’alors. 

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, un quart de la population de l’Ukraine a dû quitter son foyer depuis l’invasion qui a commencé le 24 février. Parmi ces personnes, plus de 4,5 millions ont quitté l’Ukraine et 6,5 millions sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays. En date du 9 avril 2022, près de 400 000 personnes étaient déjà entrées en République de Moldavie depuis le début de la crise – la majorité d’entre elles sont des femmes, des enfants et des personnes âgées.

« Mon cœur saignait de devoir partir, mais j’ai quitté mon pays sans me retourner – j’ai décidé que ma vie valait plus que les biens matériels que j’ai laissés derrière moi », explique Mme Ejova. 

Femmes, filles et personnes âgées sont les plus susceptibles d’être exploitées en cas de crise, particulièrement si elles sont en déplacement, se trouvent à des points de passage aux frontières ou bien sont hébergées dans des centres surpeuplés, souvent peu sécurisés. Pour les personnes âgées surtout, les problèmes de santé ou de mobilité rendent difficile l’accès à des services de santé et d’aide psychosociale déjà rares, notamment si elles voyagent seules et traversent des zones de conflit.

Avant même la crise actuelle, les personnes âgées vivant dans les zones de conflit en Ukraine représentaient un tiers de celles ayant besoin d’une aide humanitaire – elles constituaient la plus grosse part de personnes âgées du monde étant affectées par une crise. L’Ukraine présente également l’un des écarts d’espérance de vie les plus marqués entre les hommes et les femmes, ces dernières vivant en moyenne plus de dix ans de plus : de nombreuses femmes âgées fuient ainsi seules, ce qui les expose à un risque plus élevé de violences et d’abus physiques ou sexuels.

Une femme agée s'assied sur le lit regardant des photographies
Mme Ejova évoque ses souvenirs en regardant des photos de famille avant de prendre son vol pour l’Autriche, où elle espère construire une nouvelle vie après avoir fui sa maison en Ukraine. © UNFPA Moldavie/Adriana Bîzgu

Le voyage le plus long de sa vie

Habituellement, le trajet depuis Mykolaiv jusqu’à Chișinău, la capitale moldave, prend environ une demi-journée ; 24 heures après avoir fermé sa porte d’entrée pour ce qui pourrait bien être la dernière fois, Mme Ejova a atteint la frontière. Elle a d’abord rejoint des ami·e·s de sa famille pour se rendre en voiture jusqu’à Odessa, puis, après avoir longuement cherché un moyen de transport, a trouvé un minibus qui se rendait à Chișinău. La route a été difficile, la plus grande partie s’est déroulée dans le froid et la promiscuité, et pourtant en solitaire vers une destination incertaine.

« J’ai toujours eu une vie très active, mais ce voyage m’a épuisée – pas physiquement, mais émotionnellement. La peur de traverser des champs de mines ou d’être arrêtée ne m’a jamais quittée », raconte Mme Ejova.

Elle a pourtant enfin pu se sentir soulagée une fois la frontière franchie. Une fois en République de Moldavie, elle a été accueillie dans un centre d’hébergement temporaire, où elle était déjà depuis plusieurs jours lorsque l’UNFPA a pu s’entretenir avec elle. Elle nous a expliqué que ce pays représentait pour elle la paix, l’assistance et la bonté.

En Ukraine comme dans les pays voisins qui accueillent les réfugié·e·s, l’UNFPA fournit des équipements médicaux et une orientation vers des unités de santé, distribue des kits dignité contenant des produits d’hygiène personnelle et menstruelle, déploie des équipes mobiles de santé, et propose des places d’hébergement ainsi qu’une ligne téléphonique d’assistance aux survivantes de violence basée sur le genre.

« La vieillesse n’est pas une maladie : je suis prête à affronter les difficultés dans un autre pays »

Mme Ejova était très reconnaissante de l’aide qu’elle a reçue en Moldavie et devait se rendre en Autriche en avion quelques jours après – l’Autriche accueille actuellement les réfugié·e·s arrivant d’Ukraine, qu’ils s’installent ou soient seulement de passage. Cela devait être son premier voyage à l’étranger, et bien qu’elle ne connaisse personne là-bas, elle était tout à fait certaine d’y trouver sa place.

« Oui, j’ai 72 ans, mais je suis prête à apprendre une nouvelle langue. Je suis prête à travailler pour me remettre à flot. La vieillesse n’est pas une maladie, je me sens pleine de force et d’énergie, et je suis prête à affronter les difficultés qui se présenteront dans un nouveau pays. »

En parcourant des clichés du monde qu’elle a quitté, sa voix tremble tandis qu’elle explique : « je dois choisir quoi prendre avec moi et quoi laisser. Je peux abandonner habits et chaussures, mais je n’abandonnerai pas mes photos – elles sont toute ma vie. »

Après la mort de son mari il y a de nombreuses années, Mme Ejova a vécu avec son fils de 39 ans, qui est resté à Mykolaiv, une ville presque complètement privée de communications et d’internet. Quelques jours plus tôt, son fils avait réussi à l’appeler pour lui dire qu’il voulait partir ; elle n’a pas eu de nouvelles depuis.

Mme Ejova est bien arrivée en Autriche, avec seulement l’équivalent de 78 dollars en poche : la veille de son départ d’Ukraine, elle avait tenté de retirer de l’argent dans plusieurs distributeurs, mais tous étaient vides. Elle n’est pas sûre de revoir un jour sa terre natale, mais elle garde espoir et est déterminée à trouver le repos et la paix en Autriche.

« Je veux faire tout mon possible pour que mon fils me rejoigne. Il est comme son père, il prend rarement des décisions sur un coup de tête. Il est jeune, et d’habitude les jeunes sont plus enclins à prendre ce genre de décision. Dans son cas, c’était l’inverse, et je prie pour le revoir un jour. »

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