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Loin de leur foyer, les réfugiées ukrainiennes reconstruisent leur vie

Loin de leur foyer, les réfugiées ukrainiennes reconstruisent leur vie
Ivanna Povchenuik (au centre) a quitté sa maison d’Ivano-Frankivsk (ouest de l’Ukraine) avec ses deux enfants pour rejoindre la frontière polonaise, d’où elle a continué son périple jusqu’en Belgique, ce qui lui a pris 35 heures. © Martin Thaulow
  • 05 Avril 2022

MEDYKA, Pologne – Ivanna Povchenuik était enceinte de quatre mois lorsqu’elle a fui sa maison d’Ivano-Frankivsk, dans l’ouest de l’Ukraine, avec ses deux enfants, laissant derrière elle son père de 65 ans, qui tenait à rester sur place. Leur destination était Anvers, en Belgique, où son mari et père de ses deux enfants vit et travaille depuis cinq ans.

« La peur s’empare de vous lorsque vos rêves et projets sont détruits », dit Mme Povchenuik, âgée de 32 ans. « Lorsque vos proches et vos amis meurent, et que vous n’y pouvez rien. Lorsqu’en quelques minutes, vous devez rassembler tout le nécessaire et vous enfuir vers l’inconnu. »

Elle s’est rendue dans la ville voisine de Yaremche, où elle est montée avec ses enfants à bord d’un bus, qui a mis six heures à les déposer à la frontière polonaise. De là, avec Sniazanna, 12 ans, et Artur, 8 ans, elle a marché pendant quatre heures avant d’atteindre le point de passage de la frontière. Elle a envisagé de faire demi-tour et de rentrer chez elle à cause de la difficulté de la situation, mais après avoir attendu encore cinq heures dans le froid, ils ont enfin pénétré sur le territoire polonais.

« J’ai éclaté en sanglots, car les gens sont tellement gentils », explique-t-elle. « Je n’avais jamais rencontré de personnes qui proposent leur aide comme elles peuvent, en distribuant de la nourriture ou des couches. J’ai été très touchée ». En situation de guerre, ajoute-t-elle, « il y a le camp du bien et le camp du mal. »

Plus de 4,2 millions de personnes ont fui l’Ukraine, et plus de 2,4 millions sont entrées en Pologne. Parmi elles, 41 % comptent y rester. Selon le ministère de l’Éducation sur place, 85 000 enfants ukrainiens ont été inscrits dans les écoles polonaises, et on compte 10 000 inscriptions supplémentaires par jour.

Des pertes qui s’ajoutent les unes aux autres

Après 16 heures de plus de voyage, la petite famille a enfin été réunie à Anvers. Une semaine plus tard, Mme Povchenuik a perdu son bébé. « Le stress, toute cette expérience, le trajet difficile, je crois que c’est tout cela qui a causé la fausse couche », remarque-t-elle.

Au début de la guerre, l’UNFPA a estimé que sur environ 256 000 femmes enceintes en Ukraine, 80 000 accoucheraient dans les trois prochains mois, nombre d’entre elles sans accès à des soins essentiels de santé maternelle. Depuis, nos écrans nous ont montré des images d’enfants nés dans des sous-sols, de femmes enceintes mourant dans des bombardements et de naissances prématurées – selon Jaime Nadal Roig, représentant de l’UNFPA en Ukraine, ces dernières ont fortement augmenté, tout comme les complications liées à l’accouchement. L’UNFPA a livré 13 tonnes de fournitures, de médicaments et d’équipements médicaux pour couvrir les besoins de santé reproductive (notamment pour assurer des accouchements médicalisés) de 500 000 personnes. Trois cliniques mobiles, dont une maternité, ont également été déployées pour assurer des accouchements sûrs.

Une fille avec son ours en peluche.
Sniazanna, 12 ans, à la frontière qui sépare l’Ukraine de la Pologne. Elle est désormais scolarisée à Anvers (Belgique) avec son petit frère de 8 ans Artur, même si leur mère espère que toute la famille pourra rentrer chez elle un jour. © Martin Thaulow

La maison des Povchenuik est devenue un refuge temporaire pour une famille qui a fui les bombardements à Zaporizhzhia, dans le sud-est de l’Ukraine. « Temporaire » qualifie bon nombre de situations ces derniers temps. Bien que Sniazanna et Artur soient désormais scolarisés et que Mme Povchenuik ait trouvé un emploi de femme de ménage dans leur ville d’adoption, à près de 1 700 km de leur ville natale, toute la famille espère que leur séjour ne sera pas permanent.

« Si la paix revient, nous rentrerons. Notre famille, nos amis et l’école des enfants s’y trouvent. Tout le monde nous attend », dit-elle. « Nous rêvons de rentrer dans notre maison, de ne plus entendre de sirènes d’alarme, de nous endormir tranquillement et de vivre une vie paisible. »
 

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