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Guerre en Ukraine : des répercussions sur les ressources alimentaires dans le monde entier, des vies menacées

Une jeune mère et son bébé sont pesés avant d’être examinés pour malnutrition, à l’hôpital général de Marib (soutenu par l’UNFPA) au Yémen. Le pays dépend beaucoup des importations de nourriture. L’envol des prix des denrées a fait exploser le nombre de personnes ayant besoin d’assistance alimentaire : leur nombre est passé de 16,2 millions en 2021 à 19 millions en 2022. © ONU/Giles Clarke
  • 27 Avril 2022

DISTRICT D’AL MUFTAH, gouvernorat de Hajjah, Yémen – À 16 ans, Thekra Obied n’était qu’une bouche de plus à nourrir pour sa famille très pauvre : elle a été mariée à Ahmed, un ramasseur de bois de 15 ans son aîné. À 19 ans, elle est tombée enceinte de leur premier enfant, mais le salaire d’Ahmed de moins de 5 dollars par mois ne suffisait pas à les nourrir, dans un pays ravagé par le conflit et où le chômage est généralisé.

 « C’est devenu de plus en plus difficile de nous procurer de la nourriture, car le prix des produits alimentaires de base continue à doubler », explique Ahmed. « Je ne trouve plus le sommeil, je me demande sans cesse si ma famille va mourir par manque de nourriture. »

Pendant les neuf mois de sa grossesse, Mme Obied n’a mangé que des tomates et des pommes de terre, ce qui a provoqué une anémie et une sévère malnutrition. Au moment de son accouchement, elle ne pesait plus que 40 kilos.

Un effet domino potentiellement mortel

Les conséquences de la guerre en Ukraine s’exportent toujours plus loin, sur d’autres continents et à des milliers de kilomètres des sirènes et des coups de feu tirés par l’armée, devenus le quotidien des populations sur place.

L’Ukraine et la Russie font partie des greniers du monde, fournissant 30 % du blé et 20 % du maïs mondiaux. Elles abritent également les trois quarts des cultures de tournesol et un tiers de celles d’orge. Un rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 13,5 millions de tonnes de blé et 16 millions de tonnes de maïs sont actuellement bloqués dans ces pays.

Sur 52 pays susceptibles de connaître un accroissement de l’insécurité alimentaire dans les six prochains mois, 18 sont décrits comme présentant un niveau « élevé » de gravité, notamment l’Afghanistan, la Syrie et le Kenya. Sept pays dont le Liban et le Soudan importent plus de 50 % de leur blé depuis l’Ukraine ou la Russie et « sont susceptibles d’être les premiers à connaître les répercussions de la crise en termes de prix ou de pénuries alimentaires ». À long terme, les prix mondiaux des denrées seront amenés à augmenter encore plus fortement, car la Russie est aussi l’un des principaux producteurs d’engrais pour les cultures.

D’après le PAM, 276 millions de personnes dans le monde souffrent déjà d’une grave insécurité alimentaire ; on pourrait en compter 33 millions de plus dans 81 pays même si la guerre se termine d’ici la fin du mois. Si elle s’étend au-delà d’avril, ce chiffre monte à 47 millions. Dans les deux cas, l’Afrique subsaharienne sera la région la plus affectée. Le coût d’un panier alimentaire type a beaucoup augmenté, surtout en Éthiopie (+ 66 %), où près de 6,5 millions de personnes sont en situation de grave insécurité alimentaire, et en Somalie (+ 36 %), où l’on en compte plus de 6 millions.

Depuis le début de la guerre au Yémen en 2015, la majorité de la population dépend d’une aide alimentaire humanitaire. Le Yémen importe plus de la moitié de son blé depuis l’Ukraine et la Russie, et les prix sont en constante augmentation. Entre mi-février et mi-mars, deux produits de base ont beaucoup augmenté : l’huile de cuisson (+ 36 %) et la farine de blé (+ 11 %).

Cette année, près de 19 millions de personnes (soit 59 % de la population totale du pays), dont environ 1,3 millions de femmes enceintes ou allaitantes sont déjà en malnutrition sévère, auront besoin d’une aide alimentaire.

 Une femme assise sur un lit d’hôpital.
Une mère et son enfant dans l’unité dédiée à la malnutrition sévère, à l’hôpital Al-Sadaqah, soutenu par l’UNFPA, à Aden (Yémen). Dans le monde, 276 millions de personnes sont en situation de grave insécurité alimentaire, et on pourrait en compter 47 millions de plus dans 81 pays si la guerre entre la Russie et l’Ukraine se poursuit au-delà du mois d’avril. © ONU/Giles Clarke

Un avenir bien incertain

Lorsque le travail de Mme Obied a commencé, avec quelques semaines d’avance, elle s’évanouissait fréquemment. Elle était trop faible pour supporter la douleur des contractions. Le trajet jusqu’à l’hôpital Bani Al-Shamakh, à 30 kilomètres de chez elle, a coûté 66 dollars qu’elle et son mari ont dû emprunter à un voisin. « Lorsque Thekra est arrivée, j’ai eu très peur : elle était faible, épuisée et dans un état critique », raconte Arzaq, qui est sage-femme.

Mme Obied elle-même était « certaine de ne pas survivre. Sur la route de l’hôpital, je me suis sentie partir. Je n’entendais plus que l’écho de la voix de mon mari. »

L’équipe de soins obstétricaux d’urgence s’est immédiatement mise au travail et a découvert que le cordon ombilical était enroulé autour du cou du bébé, dont le rythme cardiaque ralentissait. « Thekra a connu un travail très difficile », précise le Dr Hadeel, gynécologue-obstétricienne. « Le fœtus avait été fragilisé par une mauvaise nutrition pendant la grossesse, ce qui ralentit beaucoup sa croissance et augmente les risques de mortinatalité. »

L’équipe médicale de l’établissement de santé, soutenu par l’UNFPA grâce à un financement de l’Union européenne, a pu mettre au monde un petit garçon de 2 kilos, mais Mme Obied a fait une hémorragie sévère. « Vous allez vivre et élever votre enfant », lui a alors promis Wafa’a, une autre sage-femme. « Nous n’allons pas vous perdre aujourd’hui. »

Si Mme Obied est ravie d’avoir survécu avec son enfant, l’avenir la préoccupe. « Élever un enfant dans une situation aussi catastrophique est un fardeau supplémentaire », déplore-t-elle. « Parfois, nous ne savons même pas quand viendra notre prochain repas. J’espère que les choses s’arrangeront et que la famine ne s’abattra pas sur nous. »

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