GOUVERNORAT DE HOMS, République arabe syrienne – Des réfugiées syriennes, enceintes ou en période de postpartum, qui ont fui la Syrie il y a plusieurs années, se retrouvent aujourd’hui déplacées à nouveau, cette fois à cause de l’escalade des violences au Liban. Un grand nombre d’entre elles sont dans un état de grande fatigue et de détresse alors qu’elles rentrent dans leur pays natal.
« Perdre son abri atteint le moral avant le corps », explique Nahida Tabaa, thérapeute, à l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive.
L’UNFPA soutient une clinique mobile gérée par l’Association syrienne du Planning familial (SFPA) à Joussieh, un point de passage frontalier entre la Syrie et le Liban. La gynécologue de la clinique, la Dr Rahaf, reçoit entre 70 et 120 femmes par jour avec le passage des réfugiées libanaises et des rapatriées syriennes.
L’épuisement gravé sur les visages
Près de 200 000 personnes ont passé la frontière du Liban vers la Syrie depuis le 28 février. Près de 5 % d’entre elles sont des citoyennes libanaises, et 95 % des rapatriées syriennes.
Sarab, 30 ans, fait partie de cette deuxième catégorie. Déplacée à l’origine de Raqaa, en Syrie, elle avait trouvé du répit dans le sud du Liban, jusqu’à ce que les violences éclatent récemment, la contraignant à fuir alors qu’elle est enceinte de cinq mois.
Avant ces hostilités, elle recevait un traitement pour l’hypertension gestationnelle. « J’ai fui ma maison pour échapper aux bombardements, mais avec la peur et le déplacement, c’était le chaos et j’ai oublié mon médicament », raconte-t-elle à l’UNFPA.
Sarab et ses quatre enfants se sont d’abord réfugié·e·s dans une école de Beyrouth, qui avait été transformée en refuge pour les familles déplacées. De là, leur périple terrestre a été extrêmement difficile jusqu’à Joussieh.
À son arrivée, Sarab souffrait de symptômes très préoccupants : fatigue extrême, vertiges, contractions, douleurs sévères à l’abdomen et saignements. Elle a été conduite à la clinique de la Dr Rahaf, où une échographie a révélé que le cœur du fœtus ne battait plus.
Elle a été conduite à la clinique de la Dr Rahaf, où une échographie a révélé que le cœur du fœtus ne battait plus.
Pour éviter une septicémie, Sarab a reçu des soins médicaux d’urgence et a été transférée à l’hôpital spécialisé le plus proche pour un traitement de la mortinaissance.
« Les signes d’épuisement étaient gravés sur le visage de Sarab », constate la Dr Rahaf.
À la clinique, la Dr Rahaf a vu de nombreux cas de complications de grossesse et de nouveau-né·e·s fragiles. « C’est le prix très élevé du déplacement : les femmes le paient de leur santé et de la vie de leurs enfants », déplore-t-elle.
Eman est aussi une rapatriée syrienne. Elle a également fui les violences au Liban et traversé la frontière à Joussieh. Âgée de 38 ans, elle est déjà mère de dix enfants et enceinte de huit mois.
Elle est arrivée à la clinique mobile dans un état d’épuisement extrême et très essoufflée. « Je ne pouvais plus reprendre mon souffle à cause de mon ventre lourd et de la fatigue du trajet », explique-t-elle à l’UNFPA.
Une échographie d’urgence a révélé qu’elle avait un excès de liquide amniotique, ce qui peut déclencher un travail prématuré ou des complications. Tout comme Sarab, elle a été orientée vers la structure médicale spécialisée la plus proche.
Eman a eu de la chance d’être diagnostiquée à temps. « Dans les cas d’urgence, les interventions rapides pour les mères déplacées peuvent sauver la vie de la mère et de l’enfant », souligne la Dr Rahaf.
Les conséquences de l’épuisement émotionnel
Toutefois, la clinique mobile ne constate pas uniquement des complications physiques. Les femmes sont très affectées par le stress et les traumatismes. « Notre rôle va au-delà des examens médicaux, il s’agit de reconstruire la confiance et la sécurité psychologique de ces femmes », explique Mme Tabaa, thérapeute.
Abeer, 27 ans, a fui les frappes israéliennes dans le sud du Liban. Elle a accouché alors que sa famille était déplacée à Zahlé, et a continué son voyage vers la Syrie, son pays d’origine.
« Nous avons fait l’expérience de toutes les difficultés imaginables juste pour nous mettre en sécurité », souligne Abeer. Allaitant aujourd’hui un nouveau-né, elle subit le poids de l’incertitude, inquiète de ne pas trouver d’abri et de ne pas avoir un accès facile aux soins de santé.
« Notre rôle va au-delà des examens médicaux, il s’agit de reconstruire la confiance et la sé
Mme Tabaa explique qu’il est essentiel de prodiguer des soins aux mères des nouveau-né·e·s, non seulement pour ces femmes, mais aussi pour leurs familles. « Offrir une sécurité psychologique à la mère, c’est la première étape de la bonne santé de l’enfant », affirme-t-elle.
La clinique mobile propose des premiers soins psychologiques ainsi que d’autres services d’aide aux femmes en période de postpartum, comme des services contraceptifs et des kits dignité qui contiennent des produits d’hygiène tels que du savon, des sous-vêtements et des serviettes hygiéniques.
Jawahar, 23 ans, retourne elle aussi en Syrie après avoir été longtemps réfugiée au Liban. Elle s’est rendue à Joussieh pour passer la frontière avec son mari et leur enfant d’un an. Elle aussi est enceinte. Au poste de secours, elle a pu passer une échographie, recevoir des vitamines prénatales et une aide pour lutter contre son anxiété.
« Je me sens déjà soulagée d’avoir pu parler à quelqu’un », déclare-t-elle. « Je suis reconnaissante d’avoir pu rejoindre mon pays en toute sécurité. »