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En Somalie, 100 mères s’engagent à ne jamais faire subir de mutilations génitales à leurs filles

Des filles écoutent une présentation du réseau de jeunes éducateurs Y-PEER sur les méfaits des mutilations génitales féminines dans leur école de Garowe, au Puntland. UNFPA Somalie/Tobin Jones
  • 31 Janvier 2022

MOGADISCIO, Somalie – Lorsque Halima* avait huit ans, elle a subi des mutilations génitales féminines (MGF) des mains de sa propre mère, une accoucheuse traditionnelle. « L’opération a été douloureuse, ça s’est fait sans anesthésie. J’ai saigné pendant des jours », se souvient-elle. « Je suis restée alité pendant plus de trois mois, et uriner est devenu problématique. » À l’adolescence, l’écoulement du sang pendant ses règles était difficile. Jeune mariée, les rapports sexuels avec son mari étaient douloureux. Lorsqu’elle est devenue mère, son accouchement lui a causé des douleurs insoutenables, et le travail s’est éternisé plusieurs jours, mettant ses jours en danger. 

Malgré sa souffrance à elle, elle a laissé son aînée être excisée. « Ma fille a subi une forme de MGF [qui consiste en l'ablation partielle ou totale du clitoris], et elle a connu les mêmes douleurs que moi », raconte Halima. Comme celle-ci n’avait pas opté pour la « circoncision pharaonique » (ou infibulation, c’est-à-dire le rétrécissement par recouvrement de l’orifice vaginal), elle a été insultée et sa fille accusée d’être « sale ». 

Halima, aujourd’hui âgée de 50 ans et mère de cinq filles et cinq garçons, vit dans un camp pour personnes déplacées (PDIP) aux abords de la capitale somalienne, qui abrite 280 foyers ayant fui le village de Danunay, à 250 km de là, en proie à la violence de groupes insurgés. Halima est aussi l’une des gardiennes du camp, c’est-à-dire qu’elle a beaucoup d’influence au sein de sa communauté. À ce titre, elle était la personne idéale pour mettre fin à une pratique néfaste qu’elle et sa fille avaient dû endurer.

Des chiffres éloquents

Selon l’enquête de 2020 sur la santé et la démographie somaliennes, 99 % des Somaliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi des mutilations génitales, entre leurs cinq et leurs neuf ans pour la plupart d’entre elles. L’enquête rapporte aussi que 72 % des femmes sont convaincues que c’est une exigence islamique, bien que plusieurs leaders religieux aient déclaré que l’islam condamne cette pratique. La pandémie de COVID-19 a accentué le risque pour les filles de subir des MGF, car elle a fortement perturbé les programmes de prévention, par ailleurs la fermeture des écoles a pu donner le sentiment aux parents que leurs filles pouvaient bénéficier de temps de guérison plus longs.

En 2020, l’UNFPA a permis à 52 225 femmes et filles somaliennes de bénéficier de services de protection, de prévention ou de soins en lien avec les MGF. Bien qu’aucune législation nationale n’interdise formellement ces pratiques, l’État de Puntland a voté l’an dernier une loi de Tolérance zéro envers les MGF. 

Une nouvelle voie à suivre

Dans le cadre de la campagne Dear Daughter (« Ma chère fille »), menée conjointement par l’UNFPA et la Fondation Ifrah, Halima et d’autres femmes influentes du camp ont pu être informées des effets délétères des mutilations génitales féminines. Halima a eu l’occasion de partager son expérience lors d’ateliers. « Tout au long de la formation, j’ai eu des flashbacks des conséquences dramatiques des MGF à différents moments de ma vie », explique-t-elle.

Il y a trois ans, une jeune fille du camp est morte des suites de MGF. Aujourd’hui, Halima mobilise la communauté pour que cette tragédie ne se répète jamais. Avec l’aide de la Campagne mondiale pour l’élimination des MGF, la fondation a distribué des émetteurs radio fournis par l’UNFPA à 100 foyers, pour que les résident·e·s du camp puissent écouter les campagnes de sensibilisation. « J’ai longtemps rêvé de pouvoir sauver les filles des souffrances et des douleurs évitables que j’ai endurées à cause des MGF », témoigne Ifrah Ahmed, qui a créé la fondation qui porte son nom. « Halima est la preuve que nous pouvons changer l’avenir de toutes les filles de Somalie. »

Une mère avec ses deux filles.
Une fille joue avec sa petite sœur dans un centre de santé maternelle et infantile à Hargeisa, au Somaliland. La campagne Dear Daughter vise à mettre fin aux mutilations génitales féminines en Somalie, où le taux de prévalence de cette pratique est l'un des plus élevés au monde. UNFPA Somalie/Tobin Jones

La campagne, lancée l’automne dernier, « donne de plus en plus de poids aux voix des femmes et des hommes qui veulent éliminer les MGF en Somaile », souligne Nkiru I. Igbokwe, spécialiste de la violence basée sur le genre auprès de l’UNFPA en Somalie. « Elle cible les individus et communautés des zones rurales comme urbaines, qui mettent en place des initiatives extraordinaires au sein de leur sphère d’influence pour changer les choses en matière de MGF. »

Les actions de Halima ne se limitent plus au sujet des mutilations génitales féminines. Elle encourage les femmes enceintes et allaitantes à se rendre dans des centres de santé et fait de la sensibilisation sur le thème de la violence sexuelle et basée sur le genre. Elle remarque que les membres de sa communauté, qui craignaient autrefois la stigmatisation en cas de viol et n’en parlaient donc pas, vont aujourd’hui demander de l’aide.

Grâce à sa position influente, près de 100 mères, dont la propre mère de Halima et d’autres accoucheuses traditionnelles, se sont engagées à ne plus pratiquer les MGF, ce qui permettra à près de 200 filles vivant dans le camp d’y échapper. « Je ne veux pas que mes filles et d’autres jeunes filles aient à subir la douleur que nous avons connue », déclare-t-elle.

*Le prénom a été changé pour garantir l’anonymat et la protection.  

 

  

 

 

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