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En République démocratique du Congo, une crise de mortalité maternelle dans l’ombre de l’épidémie d’Ebola

calendar_today26 Juin 2026

Esther Ileli, sage-femme, prend la température d’une femme enceinte dans le camp pour personnes déplacées de Kigonze, près de Bunia, dans la province d’Ituri. Sans aucun vaccin approuvé contre la souche Bundibugyo, la prévention et la sensibilisation communautaire sont les principaux remparts permettant de lutter contre la propagation de l’épidémie. © UNFPA RDC/Junior Mayindu
Esther Ileli, sage-femme, prend la température d’une femme enceinte dans le camp pour personnes déplacées de Kigonze, près de Bunia, dans la province d’Ituri. Sans aucun vaccin approuvé contre la souche Bundibugyo, la prévention et la sensibilisation communautaire sont les principaux remparts permettant de lutter contre la propagation de l’épidémie. © UNFPA RDC/Junior Mayindu

PROVINCE D’ITURI, République démocratique du Congo – « La peur m’a quittée quand j’ai vu les personnes mourir dans ce camp », déclare Francine Evhe, qui travaille dans un centre de santé du camp pour personnes déplacées de Kigonze, situé à Bunia en République démocratique du Congo. « Si je n’agissais pas, les femmes enceintes allaient mourir aussi. »

La dernière flambée de la maladie à virus Ebola (souche Bundibugyo) a été déclarée urgence de santé publique en mai 2026. Son épicentre se situe à Bunia, un hub commercial et de transport, et elle touche toute la province d’Ituri.

Les épidémies précédentes ont montré que la pression sur les infrastructures de santé peut provoquer une vague de décès maternels pourtant évitables, car les services médicaux sont perturbés. L’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive, travaille actuellement dans 29 zones de santé dans l’est du pays pour maintenir opérationnels les services critiques, dont ceux de santé maternelle, pendant cette flambée épidémique.

« Malgré la gravité du virus Ebola, mon devoir de sage-femme est d’aider les femmes et les filles et de sauver des vies », explique Mme Evhe. « C’est ce qui nous motive au quotidien. »

Francine Evhe, sage-femme au centre de santé de Kigonze, à Bunia (province d’Ituri), a supervisé un accouchement qui s’est bien passé au camp pour personnes déplacées. © UNFPA DRC/Junior Mayindu
Francine Evhe, sage-femme au centre de santé de Kigonze, à Bunia (province d’Ituri), a supervisé un accouchement qui s’est bien passé au camp pour personnes déplacées. © UNFPA DRC/Junior Mayindu  

« La peur m’a quittée quand j’ai vu des gens mourir dans ce camp. » - Francine Evhe

Dans la province d’Ituri, les données nationales montrent que les taux de mortalité maternelle ont doublé depuis le 25 mai, avec une moyenne de plus de six décès par semaine.  L’infection à virus Ebola pendant la grossesse induit un risque de perte du fœtus de près de 100 %, et lors de certaines épidémies, plus de 90 % des femmes enceintes sont mortes après avoir contracté le virus

« Même en pleine épidémie d’Ebola, les femmes ne cessent pas d’accoucher, elles ne cessent pas de donner la vie », ajoute Pacifique Kigongwe, spécialiste des questions humanitaires auprès de l’UNFPA en République démocratique du Congo.

« Lorsque les services de santé sont submergés et que la peur éloigne les personnes des soins de santé, ce sont les femmes, les filles et les enfants qui paient le prix fort. »

Des risques de plus en plus élevés pour les femmes et les nouveau-né·e·s

Des agentes de santé transportent des kits dignité destinés aux femmes enceintes d’un centre de traitement de la maladie à virus Ebola, à Bunia. Les femmes enceintes présentent des risques particulièrement graves en cas de contraction du virus, et ces kits leur fournissent des produits d’hygiène pendant leur période d’isolement et de soins. © UNFPA RDC/Junior Mayindu
Des agentes de santé transportent des kits dignité destinés aux femmes enceintes d’un centre de traitement de la maladie à virus Ebola, à Bunia. Les femmes enceintes présentent des risques particulièrement graves en cas de contraction du virus, et ces kits leur fournissent des produits d’hygiène pendant leur période d’isolement et de soins. © UNFPA RDC/Junior Mayindu 

Les conséquences d’Ebola sont catastrophiques, dans une région épuisée par l’insécurité, les conflits et les déplacements répétés, ce qui rend le suivi des cas beaucoup plus difficile. La transmission est malheureusement très rapide, en particulier dans les camps isolés, mais très peuplés, ou dans les zones de fréquents passages transfrontaliers.

« C’est une situation très stressante et nous avons énormément de travail », analyse Esther Ileli, sage-femme, qui travaille elle aussi au centre de santé de Kigonze. « Nous devons évaluer la manière d’encadrer les accouchements tout en assurant la protection contre le virus Ebola, et en effectuant de la prévention. »

« Nous faisons également de la sensibilisation auprès des femmes enceintes sur l’importance de bien respecter les mesures de prévention […], en les encourageant à reconnaître rapidement les signes de danger en ce qui concerne leur grossesse, et à demander immédiatement une aide médicale. »

L’UNFPA a déployé plus de 150 sages-femmes pour mener des accouchements en toute sécurité et souligner l’importance des soins qualifiés.  De nombreuses femmes enceintes évitent les établissements de santé à cause de leurs craintes, de mauvaises informations ou de la stigmatisation associée au virus Ebola, ce qui peut conduire à des complications potentiellement létales au moment de l’accouchement, si elles tentent d’accoucher chez elles et sans assistance.

« Même en pleine épidémie d’Ebola, les femmes ne cessent pas d’accoucher, elles ne cessent pas de donner la vie » - Pacifique Kigongwe

Pour limiter les risques que courent près de 63 700 femmes enceintes dans les zones concernées, l'UNFPA travaille avec des groupes de femmes, des réseaux de jeunes et des associations de sages-femmes de la région, afin de leur prodiguer une aide et des conseils adaptés.

« Informer, écouter et soutenir les femmes est essentiel pour transformer la peur en comportements de protection, et pour renforcer la résilience des communautés face à Ebola », précise Mme Ileli.

De manière générale, les femmes sont très exposées à la contraction du virus à cause de leur rôle d’aidantes principales au sein du foyer, les conduisant à s’occuper des malades, mais aussi d’agentes de santé de première ligne, notamment en tant que sages-femmes et infirmières.  Il n’y a aucun vaccin approuvé contre cette souche : endiguer l’épidémie repose sur la prévention de l’infection, la continuité des services essentiels de santé et la confiance mutuelle de la communauté.

Des financements réduits qui fragilisent l’intervention humanitaire 

Une femme portant son bébé sur le dos se lave les mains à un point établi par l’UNFPA spécialement pour la prise de température et le lavage de mains, à l’entrée d’une clinique mobile
À l’entrée d’une clinique mobile au camp pour personnes déplacées de Kigonze, des points consacrés au lavage des mains et à la prise de température permettent de garder les centres de santé ouverts tout en limitant la propagation de la maladie à virus Ebola. © UNFPA RDC/Junior Mayindu

 

Il s’agit déjà de la troisième plus grosse flambée d’Ebola jamais enregistrée, et la crise, qui s’accentue de jour en jour, est exacerbée par les récentes coupes budgétaires d’ampleur qui ont touché les opérations humanitaires, rendant encore plus douloureusement tangible le manque de personnel de santé et d’infrastructures sûres d’hygiène et d’assainissement.

Pour garantir la sécurité des agent·e·s de santé et le fonctionnement d’un système de santé surchargé, l’UNFPA fournit aux sages-femmes des équipements de protection individuelle conçus pour les salles d’accouchement, propose des formations sur la prévention de l’infection et les protocoles de contrôle, et aide à installer des points de lavage des mains et des systèmes de gestion sécurisée des déchets.  Des campagnes d’engagement communautaire sont également mises en place pour sensibiliser aux mesures de prévention de la transmission d’Ebola par voie sexuelle.

« Informer, écouter et soutenir les femmes est essentiel pour transformer la peur en comportements de protection » - Ester Ileli

Une partie des initiatives d’intervention de l’UNFPA consiste à distribuer des kits de santé reproductive et des kits dignité aux cliniques et aux hôpitaux. « Ce matériel est essentiel pour atteindre la fin de l’épidémie », explique le Dr Type Ukurfwa, médecin-chef de la Zone de santé de Bunia. « Il ne s’agit pas que d’un soutien logistique : cela incarne un message d’espoir et de résilience, qui nous rappelle que chaque vie compte et que la dignité des femmes et des filles doit être protégée en toutes circonstances. »

La prise en charge d’Ebola en République démocratique du Congo est soutenue par le Bureau de l’aide humanitaire de l’Union européenne, le gouvernement du Royaume-Uni, et le Fonds central des Nations Unies pour les interventions d’urgence (CERF). Grâce à un financement du Japon, une nouvelle ambulance assure le maintien des orientations pour complications obstétricales dans les cinq territoires de la province.

L’UNFPA a lancé un appel à financements de 17,1 millions de dollars (USD) pour sa prise en charge d’Ebola, en travaillant avec ses partenaires locaux et internationaux sur le terrain.  Dix pour cent seulement en ont été obtenus à ce jour : un soutien d’urgence est nécessaire pour empêcher d’autres décès, renforcer la résilience communautaire et contenir l’épidémie avant qu’elle ne s’aggrave.

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