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Au Liban, un mois après le début des hostilités, les bébés passent leurs premières semaines de vie en situation de déplacement, dans une école surpeuplée

calendar_today01 Avril 2026

Au Liban, Hawraa était en fin de grossesse et préparait la chambre du bébé lorsqu’elle a dû fuir sa maison, après un ordre d’évacuation des forces israéliennes. © UNFPA Liban
Au Liban, Hawraa était en fin de grossesse et préparait la chambre du bébé lorsqu’elle a dû fuir sa maison, après un ordre d’évacuation des forces israéliennes. © UNFPA Liban

BEYROUTH, Liban – Âgé seulement de quatre jours, Ali est réfugié à l’Université libanaise de Beyrouth. Sa mère, Hawraa, était en fin de grossesse et préparait la chambre du bébé lorsqu’elle a dû fuir sa maison après un ordre d’évacuation des forces israéliennes.

« J’ai perdu le contact avec mon médecin et je n’avais aucun plan [de secours] », raconte-t-elle à l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive. « Tout cela en tentant de gérer le fardeau du déplacement et de la perte de notre maison. »

Via son organisation partenaire AMEL, l’UNFPA a pu lui fournir des soins prénatals, l’orienter vers un hôpital où accoucher, et lui donner les produits essentiels dont elle avait désespérément besoin en tant que jeune mère, comme des couches, des biberons et des produits d’hygiène personnelle.

Après 12 heures de travail, Ali est né. « Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est le protéger et m’assurer qu’il soit en sécurité et en bonne santé », déclare Harwaa.

Après un mois d’escalade des hostilités au Moyen-Orient, plus de 1,2 million de personnes au Liban (dont près de 13 500 femmes enceintes) ont dû quitter leur foyer. Alors que les besoins en matière de protection et de santé s’accroissent, l’UNFPA travaille avec le gouvernement et des partenaires locaux afin d’intensifier rapidement son soutien aux personnes déplacées et aux communautés qui les accueillent. 

 « Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est le protéger » – Hawraa 

Une crise de la santé toujours plus aigüe 

Fatima, la cousine d’Ali, n’avait que deux jours lorsque sa famille l’a enveloppée dans une couverture et a quitté en voiture sa maison de Blida, un village proche de la frontière israélienne, pour rejoindre Beyrouth. Cette famille a elle aussi trouvé refuge à l’université, avec 600 autres personnes entassées dans un bâtiment de quatre niveaux, doté de seulement deux espaces sanitaires fonctionnels.

Fatima, Ali et leurs mères respectives dorment à présent sur des matelas installés à même le sol, dans des pièces partagées avec plusieurs autres familles. Il n’y a qu’une seule fenêtre, aucune douche, très peu d’eau et un espace sanitaire commun qu’il est impossible de maintenir propre. 

 « Mon dos est en miettes, mais c’est la peur qu’elle contracte une infection qui m’empêche de dormir » – Sanaa

« Les toilettes sont atroces », déplore Sanaa*, qui a tenté de nettoyer des canalisations débordantes à l’aide de seaux et de pelles. Après avoir fui sa maison pour la deuxième fois en deux ans, elle est abritée à l’université et fait du bénévolat auprès d’un groupe prenant en charge les besoins sanitaires. « Il y a un espace sanitaire pour environ six pièces, et chaque pièce abrite en moyenne six enfants. Nous avons des nouveau-né·e·s, des enfants de cinq mois ou d’un an, ils et elles peuvent tomber malades. Les produits d’hygiène sont très importants. »

Pour les personnes en situation de handicap, ces difficultés sont encore plus fortes ; beaucoup essaient de s’installer dehors, car il existe très peu de refuges accessibles et tous sont complets.

Nada* a deux filles adultes en situation de handicap, dont l’une est en fauteuil roulant. « Je dois la changer dans un coin, avec un mince drap en guise de cloison, en priant pour que personne ne regarde », explique-t-elle à l’UNFPA. « Il n’y a pas que la guerre qui fait rage dehors qui lui fait du mal, mais aussi la honte qu’elle est contrainte à éprouver entre ces murs. »

« Chaque fois qu’elle doit se soulager, mon cœur se serre. Le sol est humide, les cabines sont étroites, et je dois soulever une femme adulte en tentant de ne pas glisser. Mon dos est en miettes, mais c’est la peur qu’elle contracte une infection qui m’empêche de dormir. »

In shelters across Lebanon, UNFPA is providing reproductive services and psychosocial support and distributing dignity kits containing hygiene and menstrual supplies, as well as baby kits of essentials for pregnant women and new mothers.
Dans les refuges de tout le Liban, l’UNFPA fournit des services de santé reproductive et de soutien psychosocial, et distribue des kits dignité contenant des produits d’hygiène personnelle et menstruelle, ainsi que des kits bébé qui proposent des produits essentiels pour les femmes enceintes et les jeunes mères. © UNFPA Liban

Les sages-femmes, de premières intervenantes cruciales 

Ahlam, une sage-femme soutenue par l’UNFPA, passe une grande partie de son temps à aider les femmes enceintes et les jeunes mères à adapter leur hygiène et leurs habitudes d’autosoins à ces conditions désastreuses. 

Elle a cependant remarqué une tendance très inquiétante : pour éviter d’aller aux toilettes communes, les femmes boivent moins d’eau, ce qui les déshydrate et les expose aux infections urinaires. « Quand il n’y a pas d’eau pour laver ses vêtements, et pas de sous-vêtements propres pour se changer, le risque d’infection fongique augmente. Ces infections sont particulièrement risquées pendant la grossesse », explique-t-elle.

Les sages-femmes ont un rôle particulièrement précieux en temps de crise, non seulement en tant que premières intervenantes, mais aussi parce qu’elles sont très intégrées dans leurs communautés. Maguy Ghanem, spécialiste de la santé sexuelle et reproductive pour l’UNFPA au Liban, précise : « cette intégration profonde leur donne accès aux membres les plus vulnérables et isolées de leurs communautés. Elles font partie d’une sphère plus intime que la plupart des médecins ou du personnel infirmier des hôpitaux. » 

Souvent, les sages-femmes ont aussi des liens forts avec les responsables locales et locaux et avec les centres de santé, ce qui leur permet d’obtenir rapidement des informations sur et pour les personnes ayant le plus besoin d’aide.

Pour éviter d’aller aux toilettes communes, les femmes boivent moins d’eau, ce qui les déshydrate et les expose aux infections urinaires.

L’UNFPA se mobilise

UNFPA has deployed nine mobile health units across Lebanon to provide maternal care and emergency obstetric support in collective shelters. Photo here © UNFPA Lebanon/Georges Roukoz [Alt text:
L’UNFPA a déployé neuf unités mobiles de santé dans tout le Liban pour proposer des soins de santé maternelle et une aide obstétricale d’urgence dans les refuges collectifs. © UNFPA Liban/Georges Roukoz

L’UNFPA a déployé neuf unités mobiles de santé dans tout le Liban pour proposer des soins de santé maternelle et une aide obstétricale d’urgence dans les refuges collectifs. L’agence assure également la prise en charge clinique des cas de viol, offre un soutien psychosocial et distribue des kits dignité contenant des produits d’hygiène personnelle et menstruelle, ainsi que des kits bébé avec des produits essentiels pour les femmes enceintes et les jeunes mères.

Toutefois, les graves perturbations qui affectent les axes principaux de transport retardent la livraison de produits vitaux de santé pour des femmes et des filles concernées par de multiples crises. Pour faire face à la situation, l’UNFPA travaille avec des partenaires locaux afin d’établir des trajets alternatifs, de rediriger les cargaisons entrantes et de déplacer les produits vitaux vers des lieux de stockage plus adaptés. 

Les risques sont encore aggravés par les violences qui ont forcé des établissements soutenus par l’UNFPA à fermer, dans les zones touchées par les conflits, et par le déplacement d’une grande partie des agent·e·s de santé – les services encore opérationnels manquent cruellement de personnel. Les attaques contre les structures de santé, les ambulances et les équipes humanitaires sont de plus en plus nombreuses, et deux hôpitaux soutenus par l’UNFPA ont ainsi été pris pour cibles.

*Les prénoms ont été changés pour garantir l’anonymat et la protection des personnes

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