Actualités

Au Kazakhstan, des revendications pour l’autonomie corporelle des personnes en situation de handicap

Une brochure sur la santé reproductive a été éditée en braille et distribuée au Kazakhstan dans les bibliothèques et les écoles pour les personnes atteintes de déficience visuelle. © UNFPA/Kazakhstan
  • 03 Décembre 2021

NUR-SULTAN, Kazakhstan – « Toutes les femmes, sans distinction de handicap, ont le droit de décider d’avoir ou non des enfants, du nombre d’enfants qu’elles souhaitent et de l’espacement des naissances », déclare Lyazzat Kaltayeva, responsable de l’association Shyrak pour les femmes en situation de handicap, au Kazakhstan.

Ce droit est pourtant régulièrement bafoué, et les violations sont rarement signalées. Des études récentes montrent que seules 0,5 % des femmes en situation de handicap au Kazakhstan deviennent mères, et leur taux d’avortement est huit fois supérieur à celui des femmes valides. Ces chiffres reflètent sans doute la hauteur des obstacles à l’information et aux services de santé sexuelle et procréative ; des obstacles qui peuvent être physiques, mais qui peuvent aussi résider dans l’absence de soutien aux personnes concernées pour communiquer leurs besoins, ou dans leur manque de conscience de leurs propres droits fondamentaux.

Une autre cause de cette situation est le manque d’information que les femmes et les filles en situation de handicap reçoivent sur la planification familiale ou sur les possibilités d’éviter une grossesse non désirée, par exemple. En effet, la société les considère bien souvent comme incapables de prendre leurs propres décisions. Les femmes en situation de handicap mental sont particulièrement affectées : on les exhorte souvent à ne pas avoir d’enfant, et nombre d’entre elles sont soumises à une stérilisation forcée, à des avortements non consentis ou à une contraception non voulue.

Changer les choses en matière de handicap et d’égalité des genres

Pour renverser la tendance de ces statistiques peu encourageantes, l’association Shyrak s’est associée à l’UNFPA pour aider les femmes et les jeunes en situation de handicap au Kazahstan à décider librement pour elles et eux-mêmes d’avoir ou non des enfants, combien et à quel moment.

Des supports pédagogiques accessibles dans plusieurs formats, notamment en braille, sous forme audio ainsi qu’avec une interprétation en langue des signes, assurent que leurs droits sont clairement énoncés et que des options d’accès à des services essentiels sont disponibles

Formateurs donnent des cours de santé sexuelle dans une salle de classe
Des formateurs et formatrices de l’association Shyrak proposent un cours sur les droits et la santé sexuelle et reproductive à des jeunes en situation de handicap. © UNFPA/Kazakhstan

L’association Shyrak a également lancé un projet d’École pour une vie indépendante, qui forme les jeunes en matière de droits et de santé sexuelle et reproductive. En évoquant les changements qu’elle constate, Mme Kaltayeva explique : « Nous voyons les attitudes changer, une sensibilité émerger aux droits des personnes en situation de handicap et à leur propre responsabilité dans leur vie et la santé de leurs enfants. Les personnes formées dans notre école sont depuis devenues parents et ont fondé leurs propres familles, qui vont très bien aujourd’hui. »

Les initiatives de l’association Shyrak placent résolument l’autonomie corporelle au centre de leur mission, traitent la question de la violence sexuelle et basée sur le genre, et promeuvent les droits des femmes en situation de handicap à prendre leurs propres décisions à propos de leur corps, de leur santé et de leur maternité.

Très vulnérables à l’isolement, à la stigmatisation et aux préjugés, les filles et les garçons en situation de handicap sont à l’échelle mondiale près de trois fois plus susceptibles de subir des violences physiques, sexuelles et psychologiques – cette probabilité étant la plus élevée chez les filles. Les jeunes femmes et filles en situation de handicap sont celles qui ont le moins accès aux services de prévention, de prise en charge et de soutien, ce qui les rend encore plus vulnérables aux abus sexuels et aux grossesses non désirées.

« Nous constatons régulièrement que des personnes sont discriminées sur la base de leur handicap et de leur genre. Elles n’ont que peu ou pas de contrôle sur leur vie ni sur leurs décisions en matière de droits sexuels et procréatifs. Ces décisions sont prises par d’autres, qu’ils soient des membres de leur famille ou du personnel médical », souligne Mme Kaltayeva, qui est convaincue que la collaboration entre la Shyrak et l’UNFPA permettra de faire des progrès significatifs pour réparer cette injustice

Un couple heureux avec un bébé.
Des anciens élèves du projet École pour une vie indépendante. © UNFPA/Kazakhstan

Ton corps, ta santé, ton choix 

La pandémie a exacerbé les inégalités de genre, la discrimination et la violence sexiste, y compris pour les femmes et les filles en situation de handicap. Dans ces conditions, les mesures de protection et l’information en matière de santé sexuelle sont plus essentielles que jamais.

« Il y a toujours une demande pour ce type d’information », explique Saltanat Tleukenova, bibliothécaire à la Bibliothèque républicaine pour les personnes atteintes de déficience visuelle. « Avec le confinement, nous octroyons des créneaux de deux heures par lecteur ou lectrice. Nous avons déjà des gens qui font la queue pour consulter le livre en braille sur les droits et la santé sexuelle et procréative. J’y moi-même trouvé des informations très utiles. »

La journée du 3 décembre est mondialement reconnue comme la Journée des personnes handicapées. Pour l’UNFPA, c’est l’occasion de sensibiliser le grand public aux droits de toutes et tous à avoir accès à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive, et de vivre sans violence ni discrimination, dans tous les espaces de la vie.

« La société et les décideurs politiques doivent reconnaître que les personnes en situation de handicap ont les mêmes droits que les autres », insiste Mme Kaltayeva. « Leurs voix méritent d’être entendues. 

We use cookies and other identifiers to help improve your online experience. By using our website you agree to this. To learn more, including how to change your settings, see our cookie policy

X