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Échapper au mariage d’enfants en Afghanistan

4 Octobre 2012
Author: UNFPA
Freshta au refuge pour femmes de Kaboul. Photo : Gaia Chiti Strigelli 

KABOUL — Freshta, 15 ans, a échappé au mariage avec un homme deux fois plus âgé qu’elle. Mais elle a été chassée de chez elle et s’inquiète pour sa petite sœur qui pourrait avoir le destin qui lui était réservé.

« J’ai étudié, c’est pour cela que j’ai pu m’opposer à la décision de mes parents. Mais ma sœur n’a que 13 ans et ils vont la marier à ce vieil homme, » dit Freshta, les larmes aux yeux.

Freshta, presque entièrement recouverte d’une burka bleue, répond à nos questions dans un refuge secret pour femmes de Kaboul. C’est la police qui lui a conseillé cet endroit après que sa famille l’ait rouée de coups et jetée dehors pour la punir de s’être opposée à la volonté de ses parents.

Le droit civil afghan fixe à 16 ans l’âge minimum du mariage pour les filles. L’Islam, pour sa part, interdit le mariage forcé ; les époux doivent accéder au mariage en pleine connaissance de cause et mus par un engagement sans faille.

La plupart des mariages sont forcés

Rapport sur le mariage d’enfants disponible à compter du 11 octobre, Journée internationale de la fille.

En Afghanistan, les mariages forcés d’enfants persistent. S’il est difficile d’obtenir des données fiables, les dernières études en date révèlent qu’environ 46 % des femmes afghanes sont mariées avant l’âge de 18 ans et, parmi elles, 15 % avant l’âge de 15 ans. La Commission afghane indépendante des droits de l’hommeestime qu’entre 60 et 80 % des mariages sont forcés.

De nombreux facteurs culturels, sociaux et économiques contribuent à la persistance de la pratique du mariage d’adolescents et d’enfants. Certaines figures religieuses s’appuient sur des interprétations des textes islamiques pour justifier cette pratique traditionnelle. Le mariage forcé, qui résulte souvent d’une pauvreté absolue, est l’une des pratiques discriminatoires affectant le plus les femmes et les filles.

Les grossesses précoces aggravent les risques

L’Afghanistan est l’un des pays les plus dangereux du monde pour les femmes enceintes, et le mariage forcé n’y est pas pour rien : la précocité et la fréquence des relations sexuelles et des grossesses avant que les filles n’aient atteint leur maturité physique et psychologique aggravent les risques de décès ou de handicap (comme la fistule obstétricale) des mères. Une femme afghane sur quatre âgée de 20 à 24 ans est devenue mère avant l’âge de 18 ans.

Le mariage d’enfants contribue également à la violence généralisée à l’égard des femmes. Ces deux violations des droits fondamentaux des femmes sont ancrées dans leur statut inférieur.

Freshta est triste de ne plus être avec sa petite sœur, mais elle tente désormais de prendre sa vie en main. Le prix de la liberté est élevé : elle doit vivre cachée et renoncer à ses relations sociales. Mais au centre, géré par l’organisation HAWCA, un partenaire de mise en œuvre de l’UNFPA, elle est à l’abri et peut poursuivre ses cours d’alphabétisation.

Elle s’intéresse également à la couture ; ce sera peut-être ce qui l’aidera un jour à gagner sa vie lorsqu’elle quittera le refuge pour tenter de retrouver une place dans la société. Son avenir est flou, mais pour l’instant du moins, elle est en sécurité.

Former la police pour une réponse adéquate

L’établissement d’Unités d’intervention familiale ainsi que les programmes de formation et de sensibilisation de la police s’inscrivent dans l’engagement à long terme de l’UNFPA à développer les compétences des fonctionnaires de police sur le terrain afin de prévenir et d’intervenir dans les cas de violence à l’égard des femmes et des filles. L’UNFPA a également mis au point un modèle de réponse coordonnée à la violence sexiste axé sur le secteur de la santé. Le projet vise à introduire des centres d’assistance d’urgence pour les victimes de violence sexiste, y compris des mariages d’enfants et mariages forcés, au sein des structures de santé.

Le recours aux services de santé comme point d’accès est une manière de s’assurer que les femmes peuvent bénéficier de services médicaux, juridiques et psychologiques sans éveiller de soupçons et s’attirer un surcroît de mauvais traitements.

L’UNFPA aide le ministère de la Santé publique à mettre en œuvre ce modèle et collabore avec le ministère de l’Intérieur pour renforcer l’intervention de la police en cas de violence sexiste. En outre, l’UNFPA et d’autres partenaires soutiennent les efforts des Unités d’intervention familiale et des services de police pour répondre de manière adéquate et judicieuse à la violence domestique et aux problèmes des enfants. Ils aident également les femmes accusées de soi-disant « crimes contre la morale », et qui ont survécu à des viols, ont fui des familles maltraitantes, ont été vues en public avec des hommes ou ont commis l’adultère.

Respecter les engagements visant à mettre un terme à la discrimination

Le représentant de l’UNFPA, le Dr Laurent Zessler, souligne que la protection des femmes et des filles doit être au cœur des cadres de sécurité pendant et après la transition en Afghanistan.

« Aux fins de la protection des femmes pendant et après la transition, la police nationale doit accéder à l’ensemble des ressources, formations, équipements et outils de sensibilisation nécessaires pour être en mesure de répondre efficacement aux cas de violence à l’égard des femmes et des filles conformément à la Constitution afghane et à d’autres textes juridiques, » déclare-t-il avant d’ajouter que « l’UNFPA soutient les efforts déployés par le gouvernement pour mettre pleinement en œuvre ses engagements en matière de droits de la personne. »

Il souligne que l’Afghanistan a ratifié la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes en mars 2003 et adhère à d’autres instruments des droits fondamentaux.

Ces engagements n’empêchent cependant pas le mariage précoce forcé d’être toujours répandu dans le pays et ce, en dépit du soutien de l’UNFPA et de ses partenaires aux efforts visant à faire en sorte que le potentiel des filles comme Freshta soit pleinement réalisé.

République islamique d'Afghanistan
Population : 38.9 mil
Taux de fertilité
4.2
Ratio de mortalité maternelle
638
Taux de prévalence contraceptive
18
Population âgée de 10 à 24 ans
35.3%
Inscription des jeunes en enseignement secondaire
Garçons 63%
Filles 37%

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