Actualités

« Nous n’avons pas à tout supporter » : maternité, vulnérabilité et place du racisme dans l’accouchement

calendar_today04 Septembre 2026

une mère est vue de profil, souriant à son nouveau-né.
Sur les deux continents américains, les femmes d’ascendance africaine présentent des taux de mortalité maternelle plus élevés que les femmes de toute autre origine raciale, selon un rapport récent de l’UNFPA. © UNFPA République dominicaine

BRASILIA, Brésil – « Les femmes noires constituent la majorité des femmes vivant dans des conditions précaires dans notre pays », déclare Isabela Cristina Correia de Lima Lima, une chanteuse et autrice-compositrice brésilienne, connue professionnellement sous le nom d’IZA. « Et bien sûr, cela s’étend à la grossesse, jusqu’au moment de l’accouchement. »

Sur les deux continents américains, les femmes d’ascendance africaine présentent des taux de mortalité maternelle plus élevés que les femmes de toute autre origine raciale, selon un rapport récent de l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence des Nations Unies chargée de la santé sexuelle et reproductive. Les attitudes et pratiques racistes persistent dans les soins de santé, allant des violences verbales et physiques jusqu’au refus de prodiguer des soins de qualité, en passant par des procédures médicales coercitives ou non consenties, le refus d’administrer des médicaments contre la douleur et les violations de la vie privée.

Au Brésil, depuis la contraception jusqu’à la grossesse et à l’accouchement, les inégalités sont très présentes dans les soins de santé reproductive. En 2024, au Brésil, les femmes noires présentaient un taux de mortalité maternelle de 55 % supérieur à celui des femmes blanches. La même année, près de 85 % des femmes blanches enceintes avaient au moins sept visites prénatales, contre 77 % des femmes noires.

Une femme portant un T-shirt blanc et un corset vert et jaune est sur scène, tient un micro, le bras gauche levé. Derrière elle, des danseurs et danseuses visibles de dos portent des tenues bleu vif.
Isabela Cristina Correia de Lima Lima, chanteuse et autrice-compositrice brésilienne, connue professionnellement sous le nom d’IZA, milite pour la santé maternelle et contre le racisme dans le cadre de la campagne Across Borders de l’UNFPA. ©duoimage

IZA est devenue une défenseure de l’accès à des soins de maternité complets pour les femmes noires au Brésil, en collaborant avec la campagne Across Borders de l’UNFPA. « J’ai bénéficié de tout le soutien, de toute la patience, de tous les soins que mérite une femme enceinte », explique IZA, 35 ans, à l’UNFPA, décrivant sa propre grossesse. « Ce n’est pas ce qui arrive à la plupart des femmes vivant dans une situation différente. Je pense qu’à ce moment-là, le plus vulnérable de ma vie, j’ai prêté encore plus attention à ce problème. »

Soins, temps et choix pour toutes

Deux femmes assises dehors sourient à la caméra ; derrière elles se trouve une affiche de l’UNFPA sur la réduction des grossesses chez les adolescentes
Florencia Gonzales et Eva Esther Bernárdez, deux femmes garifunas honduriennes, représentent différentes générations travaillant à prévenir la grossesse chez les adolescentes, dans le cadre du projet « Ne laisser personne de côté » de l’UNFPA dans leur territoire. © UNFPA Honduras

Le Brésil est l’un des trois seuls pays en Amérique latine et dans les Caraïbes – avec la Colombie et le Suriname – qui collectent et rapportent des données sur la santé maternelle ventilées par origine ethnique ou raciale. Grâce au soutien de l’UNFPA, 18 pays d’Amérique latine et des Caraïbes incluent désormais des caractéristiques ethniques et raciales dans leurs recensements nationaux, une étape cruciale pour élaborer des politiques et des systèmes de santé sexuelle et reproductive inclusifs et axés sur l’équité.

Les données de l’UNFPA montrent que les jeunes filles afrodescendantes ont 1,5 fois plus de chances de tomber enceintes à l’adolescence que leurs paires non afrodescendantes. Près de 20 femmes meurent chaque jour de causes liées à la grossesse ou à l’accouchement, et pour les femmes autochtones et afrodescendantes, le risque est jusqu’à trois fois plus élevé – des statistiques qui indiquent que les schémas historiques de discrimination reproductive fondée sur l’appartenance raciale sont encore présents aujourd’hui.

« Il est important que nous ayons pleinementle contrôle et que nous soyons autonomes, en particulier sur les décisions qui concernent notre santé et nos corps », affirme Edna Liliana Valencia, journaliste, écrivaine et militante colombienne, à l’UNFPA. « Les responsables des politiques publiques au niveau mondial doivent prendre des mesures concrètes pour protéger la vie des filles et des femmes afrodescendantes. »

IZA partage ces points de vue. « Nous devons parler des politiques qui viennent en aide à cette population, qui lui donnent accès à un traitement de qualité, afin que ces femmes puissent avoir le choix, [...] qu’elles aient accès à des soins psychologiques, qu’elles bénéficient d’un soutien pendant l’allaitement, qui est un moment très délicat. Et cela ne devrait pas être limité aux personnes ayant des moyens financiers, cela devrait être une réalité pour nous toutes. »

Des soins complets, un élément essentiel au bien-être

Une femme enceinte est allongée sur un lit de maternité et sourit, tandis qu’une agente de santé en tenue bleue et masque chirurgical blanc s’occupe d’elle.
Leonor Pinheiro est sage-femme à Casa Angela, une maternité soutenue par l’UNFPA à São Paulo (Brésil). © FNUAP Brésil

IZA évoque aussi les problèmes de santé mentale que la maternité peut engendrer. « Il y a cette idée fausse que nous sommes fortes, que nous sommes des guerrières, que nous pouvons tout supporter. Nous n’avons pas à tout supporter, nous n’avons pas à être fortes tout le temps, et la société ne devrait pas l’exiger de nous. »

Son opinion a été façonnée par la naissance de sa fille, Nala. « Après être devenue mère, il est devenu très clair pour moi que la vulnérabilité était en réalité une grande force », souligne-t-elle.

« Je pense qu’il est important que Nala voie à quel point cela fait partie de ce que nous devenons. Alors je me suis permis d’être plus vulnérable, je prends mieux soin de moi, car plus je prends soin de moi, meilleure mère je suis. »

Le rôle crucial de l’égalité et de l’accès aux soins

Une femme enceinte vêtue d’un haut violet foncé et d’une jupe à motif rouge et blanc porte un masque chirurgical rouge. Elle est appuyée contre l’encadrement rose pâle de la porte d’un bâtiment en bois de couleur turquoise
Une femme enceinte se tient à la porte de sa maison en République dominicaine. ©2020/Bayoan Freites

Grâce à des initiatives telles que Ne laisser personne de côté en Amérique centrale, l’UNFPA collabore avec les gouvernements et les communautés pour élargir l’accès à la planification familiale, offrir une éducation à la sexualité respectueuse des diverses cultures et renforcer les services adaptés aux adolescentes pour les filles afrodescendantes et autochtones.

« En tant que femme noire et mère, je sais que la maternité peut apporter une immense joie, mais aussi révéler de profondes inégalités », déclare Florbela Fernandes, représentante de l’UNFPA au Brésil. « Des soins dignes, respectueux et exempts de racisme doivent être un droit pour chaque femme, jamais un privilège. »

Pour démanteler les obstacles systémiques auxquelles les femmes marginalisées sont confrontées, l’UNFPA soutient des initiatives inclusives en matière de santé et de politiques dans toute la région Amérique latine-Caraïbes. Ainsi, en Colombie, Partera Vital équipe les sages-femmes de technologie mobile pour enregistrer plus facilement les naissances au sein des communautés afrodescendantes – où les accouchements à domicile sont plus fréquents – et les forme à identifier les risques liés à la grossesse. En République dominicaine, les équipes médicales mobiles parcourent de longues distances pour atteindre les femmes enceintes dans les communautés afrodescendantes et autres communautés marginalisées.

UNFPA Global share