ÉTAT DU JONGLEI, Soudan du Sud – « Je suis partie en pleine nuit, en rampant pour éviter les feux croisés », témoigne Rachiel, une mère de sept enfants de Baidit, dans l'État du Jonglei, au Soudan du Sud. « Il m'a fallu deux jours pour me mettre en sécurité, je suis arrivée avec ma vie pour seul bagage. »
Après avoir fui un regain de violence dans les conflits qui ont éclaté ces derniers mois, Rachiel, 55 ans, et sa famille, sont hébergées par des proches à Pagook.
Depuis le début de l'année, quelque 370 000 personnes du Soudan du Sud ont été contraintes de quitter leur foyer, dont plus de 280 000 rien qu'à Jonglei. La plupart ont pris la fuite avec uniquement leurs vêtements sur le dos et n'ont ni nourriture, ni refuge, ni accès aux soins de santé ; au cours de la semaine passée, au moins 16 établissements de santé ont été pillés, détruits ou forcés de fermer, entravant davantage l'accès à une aide critique.
Grace, une mère de cinq enfants âgée de 45 ans, décrit la terreur vécue alors que le chaos explosait autour de chez elle. « Nous avons pris la fuite sans rien emporter », raconte-t-elle à l'UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l'agence de l'ONU chargée de la santé sexuelle et reproductive.
« Sans ce centre, de nombreuses familles n'auraient nulle part où aller » – Nyalueth
Les deux femmes attendaient leur consultation au centre médical de Pagook, à Baidit, où l'UNFPA travaille avec ses partenaires pour assurer des services essentiels de santé sexuelle et reproductive et fournir du matériel médical vital.
L'UNFPA estime à 440 000 le nombre de femmes enceintes au Soudan du Sud, la plupart ne pouvant pas bénéficier d'un suivi prénatal ou d'une aide à l'accouchement. L'absence d'une telle prise en charge fait peser un risque accru de décès, de maladies et de complications sur les femmes et leurs nouveau-né·e·s, d'autant plus que les conditions de vie se dégradent.
Devant la clinique, la file d'attente ne cesse de s'allonger. « Sans ce centre, de nombreuses familles n'auraient nulle part où aller », explique Nyalueth, âgée de 30 ans et mère de six enfants, qui attend également de voir un·e agent·e de santé.
Les services de santé poussés au bord de la rupture
Alors que la région s'enfonce dans la crise, quelque 26 000 personnes sont également arrivées à Mingkaman, dans l'État voisin des Lacs, à la recherche d'un refuge.
« Je n'ai ni savon, ni lait pour mon bébé, ni moustiquaire, ni natte de couchage », déplore une jeune maman de 30 ans qui a fui le Comté de Twic East, dans l'État du Jonglei. « Mon enfant ne va pas bien, mais je ne sais pas où se trouve l'établissement de santé. »
Les trois quarts de la population du Soudan du Sud vivent déjà sous le seuil de pauvreté, et deux tiers ont besoin d'une assistance humanitaire. Outre la famine et les épidémies de choléra, de graves inondations isolent fréquemment des communautés entières, ce qui signifie que les femmes enceintes doivent traverser des zones détrempées pour recevoir des soins. Au cours des derniers affrontements, des ambulances et du matériel médical ont été saisis et les humanitaires ont été empêché·e·s de venir en aide aux personnes dans le besoin, tandis que les arrivées continues de réfugié·e·s et de personnes rentrant du Soudan voisin fragilisent d'autant plus un système de santé en détresse.
« Nos stocks ne tiendront peut-être même pas deux mois » – Agent·e de santé, Mingkaman
« Nous voyons actuellement entre 80 et 90 femmes enceintes par jour à la clinique prénatale, avec près de huit accouchements par jour », détaille un·e agent·e de santé à Mingkaman.
« Ce n'était pas le cas avant la crise à Jonglei ; la hausse [du nombre de patientes] surcharge le peu de personnel que nous avons et pèse sur nos ressources limitées. Nos stocks ne tiendront peut-être même pas deux mois. »
Martha* a fui avec ses cinq enfants vers Mingkaman et campe actuellement dans les locaux d'une école primaire. « Nous avons échappé aux horribles coups de feu, mais nous nous retrouvons sans rien. Il n'y a ni nourriture, ni abri, aucune hygiène. Je suis inquiète pour le bien-être de mes filles », raconte-t-elle à l'UNFPA.
« Nous sommes installées sous des arbres. Les enfants souffrent de la faim et ont de la toux et de la fièvre. »
L'UNFPA intervient malgré de fortes contraintes
L'UNFPA aide à l'acheminement de fournitures médicales par pont aérien vers Akobo, Bor, Pibor et Mingkaman, et l'ensemble des établissements de santé financés par l'UNFPA dans ces régions sont opérationnels. Malgré le danger et les difficultés, trois équipes de santé mobiles parviennent à se rendre auprès de communautés isolées pour y assurer des services vitaux de santé maternelle et reproductive, et sept espaces sûrs pour femmes et filles offrent aux survivantes de violences un lieu de guérison.
« Les services ne s'interrompent pas en cas de conflit » – John
Alors que les mécanismes de protection s'effondrent et que les femmes et les filles sont privées des réseaux de soutien, le nombre de signalements de violence basée sur le genre à leur encontre est en hausse. L'UNFPA se coordonne avec ses partenaires pour garantir intervention et protection dans le nord de Jonglei, en envoyant du personnel de santé qualifié et en fournissant des kits de traitement post-viol et d'autres articles essentiels.
« Les services ne s'interrompent pas en cas de conflit », explique John, 45 ans, directeur des interventions en matière de violence basée sur le genre à la clinique de Pagook. « Nous ne nous arrêtons pas de travailler, même pendant le conflit en cours, nous continuons. »
Le conflit au Soudan du Sud est l'une des crises humanitaires les plus sous-financées du monde, affectant de façon à la fois immédiate et durable la réalité de chaque femme et fille du pays. À mesure que les centres de santé et les espaces sûrs ferment, les options pour accoucher en toute sécurité et assurer la sécurité des survivantes s'amenuisent, et les chances que les filles décident de leur propre avenir se réduisent.
La réponse de l'UNFPA à la crise est possible grâce au soutien du Fonds central d'intervention d'urgence de l'ONU, de la Protection civile et opérations d'aide humanitaire de l'Union européenne (ECHO), de l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA) et du Fonds humanitaire du Soudan du Sud géré par l'OCHA.
* Le prénom a été changé pour garantir l’anonymat et la protection