ÉTAT DU NIL BLEU, Soudan – « Certaines femmes accouchent sur la route », explique Sa’aida, une sage-femme de Bot, dans l’État du Nil Bleu. « Nous avons apporté des secours d’urgence et toute l’aide nécessaire. Sans sages-femmes qualifiées, la situation aurait été extrêmement difficile. »
De janvier à mai 2026, de violents combats ont déplacé des dizaines de milliers d’individus dans l’État du Nil Bleu, en particulier des femmes et des enfants. Alors que de nombreuses personnes trouvent refuge dans des camps de déplacement surpeuplés, la violence continue, les infrastructures endommagées et les fréquentes inondations privent bien trop souvent la population de soins de santé essentiels.
« Les hémorragies auraient pu entraîner des décès », déplore Sa’aida auprès de l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence de l’ONU chargée de la santé sexuelle et reproductive. « La maman aurait pu mourir, tout comme son bébé. »
Elle-même contrainte de fuir son foyer en 2024, Sa’aida travaille désormais dans une clinique de santé mobile soutenue pour l’UNFPA, installée dans le camp de déplacement Al Karama 3 d’Ad-Damazin, le chef-lieu de l’État. Elle exerce aux côtés de 15 sages-femmes, déployées et équipées dans le cadre de l’initiative de l’UNFPA qui vise à former rapidement et à recruter ces agent·e·s de santé indispensables dans les communautés qui en ont le plus besoin.
« La mère aurait pu mourir, tout comme son bébé. » – Sa’aida
« Sans elle, j’aurais affreusement souffert », témoigne Somaya, qui a été assistée par Sa’adia dans le camp. « Nous n’avons pas d’argent, et nous ne savons pas où aller ni comment avoir accès aux services de santé ici. Sans son aide, je n’aurais jamais pu me rendre à l’hôpital. »
« La présence de Sa’adia dans le camp nous confère un certain sentiment de sécurité. »
Se rendre sur place pour répondre aux besoins
Safya, qui a également été déployée par l’UNFPA à Al Karama, tient un registre de toutes les femmes enceintes et de leur adresse. « Si une femme ne passe pas me voir, je pars la trouver où qu’elle soit pour prendre des nouvelles et comprendre pourquoi elle n’est pas venue », explique-t-elle.
Au Soudan, de nombreux établissements de santé ne sont toujours pas opérationnels, entravant l’accès des femmes enceintes déplacées à des soins maternels réguliers et assurés en toute sécurité. Les équipes de l’UNFPA gèrent des cliniques mobiles et offrent des espaces sûrs à travers le pays, mais nombre d’entre eux ont dû fermer leurs portes en raison de coupes budgétaires drastiques.
« La plupart des femmes accouchent ici dans le camp, mais, dans certains cas, elles doivent être orientées vers l’hôpital, en particulier lorsqu’elles sont plus âgées ou qu’elles ont déjà vécu de nombreux accouchements », précise Safya. « Je ne prends aucun risque avec leur vie. Chaque fois que j’identifie un cas compliqué, j’oriente immédiatement la patiente. »
« Elle m’a littéralement sauvé la vie, et je lui suis profondément reconnaissante pour les soins et le soutien qu’elle m’a apportés » – Al Raddyia.
En arrivant au camp à la fin de sa grossesse, Al Radyyia, une mère de 11 enfants, a consulté Safya pour bénéficier de soins prénataux. « Le travail a commencé et j’ai ressenti des contractions pendant toute une journée. Lorsque la douleur s’est intensifiée, je l’ai appelée et elle a accouru. Elle m’a demandé combien d’enfants j’avais déjà mis au monde. Je lui ai répondu qu’il s’agit de mon onzième. »
Après avoir identifié l’accouchement d’Al Radyyia comme étant très risqué, elle a orienté sa patiente vers la maternité d’Ad-Damazin, où la maman a accouché en toute sécurité. « Même après, Safya me rendait visite tous les deux jours pour veiller sur nous », déclare-t-elle à l’UNFPA.
La maman et son bébé se portent bien, mais sans soins spécialisés, la situation aurait pu prendre une tout autre tournure. « Elle m’a littéralement sauvé la vie, et je lui suis profondément reconnaissante pour les soins et le soutien qu’elle m’a apportés », témoigne Al Raddyia.
Sages-femmes : un service de santé rentable
Les sages-femmes peuvent assurer quasiment tous les services de santé sexuelle et reproductive, depuis la promotion de la planification familiale à l’identification et à l’orientation des urgences obstétricales, en passant par le soutien aux survivantes de la violence basée sur le genre et à la contribution à la surveillance des maladies et à l’éducation à la santé.
« Les femmes enceintes viennent régulièrement me voir pour me poser des questions concernant leur grossesse et me demander des conseils pour rester en bonne santé », explique Safya. « Je suis chaque femme de son troisième mois de grossesse jusqu’à ce qu’elle accouche dans de bonnes conditions. »
En outre, l’investissement dans la pratique de sage-femme est connu comme l’un des moyens les plus rentables, efficaces et durables d’améliorer la santé et la survie tant des mères que des nourrissons.
« Aujourd’hui, notre travail n’est plus seulement de prendre soin des femmes enceintes », poursuit Safya. « Nous délivrons également des médicaments essentiels et assurons des soins postnataux pour les femmes choisissant d’allaiter. La saison des pluies constitue l’un de nos plus grands défis. Elle rend la circulation dans le camp très difficile, et entrave encore plus l’accès aux hôpitaux lorsque les femmes ont besoin de soins en urgence. »
Sauver des vies grâce aux compétences et aux connaissances
Trois semaines après leur déploiement, les sages-femmes soutenues par l’UNFPA avaient déjà assisté 140 accouchements sans risques et assuré des soins de suivi auprès de plus de 700 femmes enceintes. Grâce au soutien du gouvernement de Norvège, l’UNFPA forme actuellement 30 sages-femmes supplémentaires dans l’État du Nil Blanc et 30 autres dans l’État du Kordofan du Nord en vue de les déployer pour répondre à la hausse des besoins en matière de santé maternelle et reproductive dans ces régions affectées par la crise.
L’UNFPA oriente également les patientes vers la maternité d’Ad-Damazin pour les césariennes, et propose en outre une assistance sous forme d’espèces et de bons pour soutenir les autres accouchements délicats. Une chambre d’isolement est également disponible pour les femmes enceintes porteuses de l’hépatite E pour assurer des soins spécialisés en toute sécurité malgré la dégradation des conditions d’hygiène dans le camp.
En 2026, l’UNFPA appelle à un financement à hauteur de 129,2 millions de dollars américains pour répondre aux besoins cruciaux en matière de santé sexuelle et reproductive et de lutte contre la violence basée sur le genre au Soudan. En août, seul environ un tiers a été reçu.