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« Chaque minute semblait durer une éternité » : au Liban, les femmes enceintes déplacées continuent à porter la vie en pleine crise

calendar_today06 Mai 2026

Une femme coiffée d’un foulard sombre et d’un gilet clair de l’UNFPA sur un sweat à capuche bleu foncé est debout au milieu de morceaux de béton, de pneus et de bâtiments détruits
Au Liban, l’UNFPA distribue des kits bébé aux femmes enceintes et en postpartum dans les refuges pour personnes déplacées et les communautés d’accueil. Ces kits contiennent une couverture, des vêtements pour bébé, des produits d’hygiène, des couches, des serviettes, des crèmes apaisantes et des coussinets d’allaitement, entre autres produits essentiels. © SALAMA

GOUVERNORATS DU SUD, Liban – À sept mois de grossesse, Rima*, 26 ans, a quitté sa maison du sud du Liban à cause d’intenses bombardements.  « Nous avons pris la fuite à la hâte, avec seulement les vêtements que nous avions sur le dos », raconte-t-elle.  « Nous n’avions pas le temps de réfléchir.  Nous étions terrifié·e·s. »

Malgré un cessez-le-feu officiel, les hostilités continuent au Liban, et les déplacements généralisés aussi. Les infrastructures et les routes de transport principales ont été détruites, ce qui isole les femmes enceintes et les autres populations vulnérables et empêche l’aide humanitaire d’arriver.  

Des milliers de civil·e·s ont été tué·e·s ou blessé·e·s et plus d’un million de personnes, soit un cinquième de la population, sont déplacées à l’intérieur du pays.  La grande majorité a trouvé refuge dans des camps informels sans aucun accès aux soins de santé ni à une protection contre la violence basée sur le genre. 

Le périple de Rima a duré plus de 16 heures, en voiture. « Je suis restée assise si longtemps que j’avais mal partout. J’avais peur d’accoucher sur la route sans aucune aide médicale », explique-t-elle à l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive.

« Chaque minute semblait durer une éternité. Je n’arrêtais pas de toucher mon ventre en priant pour que mon bébé soit en sécurité. »

Une attaque contre les soins de santé 

Rima partage actuellement une petite maison avec 13 autres personnes dans la ville de Saida. « Je voyais ma médecin régulièrement, mais désormais ce n’est plus possible », précise-t-elle. « J’ai dû trouver une autre médecin ici, et je n’ai aucun produit ni matériel pour bébé : pas de vêtements, pas de berceau, rien. »

L’UNFPA, qui l’oriente pour un suivi prénatal, estime qu’il y a près de 325 000 femmes déplacées en âge de procréer, dont 13 500 sont enceintes. Parmi elles, 1 500 devraient accoucher dans le mois qui vient et ont urgemment besoin d’une aide vitale en santé sexuelle et reproductive.

« Je n’arrêtais pas de toucher mon ventre en priant pour que mon bébé soit en sécurité » – Rima 

Depuis le 2 mars, on a enregistré quelque 149 attaques contre des établissements de santé au Liban.Quatre hôpitaux restent entièrement fermés, et ceux qui sont encore opérationnels sont débordés, ce qui limite leur possibilité d’accueillir des grossesses à haut risque. Comme les établissements désormais fermés proposaient aussi des services de prise en charge de la violence basée sur le genre, des milliers de femmes et de filles ont perdu du même coup leur accès à la santé et à la protection. 

Les femmes et les nouveau-né·e·s font face à de multiples risques

Une femme coiffée d’un foulard sombre, et portant un gilet clair de l’UNFPA sur un sweat à capuche bleu foncé, tend un sac gris floqué du logo blanc de l’UNFPA à une femme que l’on voit de dos, portant une tenue sombre.  Derrière elles, on voit des débris de béton et des bâtiments en ruine
Depuis début mars, l’UNFPA a pu aider plus de 80 000 personnes déplacées au Liban en leur fournissant des services de santé sexuelle et reproductive et de prise en charge des cas de violence basée sur le genre. © SALAMA

Lorsque la première frappe a touché Dahieh, dans la banlieue de Beyrouth, Laya*, 27 ans, a porté ses deux enfants pour fuir le chaos. « Il était trois heures du matin quand nous avons entendu l’explosion », dit-elle. « Nous sommes parti·e·s tout de suite et nous avons marché dans le noir jusqu’à nous rapprocher de l’hôpital Al Zahraa. Nous avons attendu des heures avant de trouver un moyen de transport jusqu’à Al Ain, [dans la vallée de] Bekaa. »

Enceinte et épuisée, Laya raconte sa terreur d’accoucher sur la route.  « La distance était grande, et je sentais mon corps s’affaiblir.  Je n’arrêtais pas de penser “et s’il arrive quelque chose au bébé ?” »

En plus du stress lié au déplacement, les femmes enceintes sont aussi exposées à des risques dans les refuges surpeuplés. Très peu d’entre eux disposent de couchages corrects, de sanitaires ou d’espaces où allaiter en toute intimité, ce qui fait craindre aux femmes la propagation d’infections.

« Je n’arrêtais pas de penser “et s’il arrive quelque chose au bébé ?” » – Laya

Certaines femmes refusent d’être dirigées vers des hôpitaux publics, préoccupées par les pénuries de matériel et de personnel, ainsi par le contrôle des infections. Beaucoup d’entre elles ont peur de ce qui pourrait arriver en cas de complications.

« Je suis dans l’incertitude et je me sens anxieuse », précise Laya à l’UNFPA, qui l’oriente pour des soins prénatals. « Je ne sais pas quand la guerre prendra fin ni quand nous pourrons rentrer chez nous. J’ai peur des complications lors de l’accouchement, surtout maintenant que je suis loin de ma médecin. » 

« Je voudrais être en sécurité et retourner chez moi avec mes enfants. »

L’espoir dans les épreuves

Une femme vêtue de noir, vue de dos, lave des vêtements dans une machine blanche, près d’un évier en métal, à l’extérieur d’un bâtiment en béton peint en gris et blanc. On voit des barreaux rouillés aux fenêtres et beaucoup d’eau au sol
L’Université libanaise de Beyrouth abrite des personnes déplacées, mais dans des conditions catastrophiques : toilettes inondées, salles aux murs moisis, et presque aucune intimité. © UNFPA Liban

Ces sentiments sont partagés par les femmes avec lesquelles l’UNFPA s’est entretenue – elles les ont confirmés les unes après les autres.

Dana*, 19 ans, est originaire de Rashaf, près de la frontière israélienne. Enceinte de quatre mois, elle a pris la fuite pour la maison familiale dans la vallée de Bekaa. « Nous n’avions pas de nourriture et les magasins étaient fermés », explique-t-elle. « J’avais besoin d’aller aux toilettes, mais je n’ai pas pu. Je suis restée assise des heures dans la voiture, et mes douleurs au bas-ventre sont devenues insupportables. J’avais tellement peur pour mon bébé. »

Aujourd’hui, sa famille fait face à un avenir bien incertain. « Notre maison a été détruite, et nous n’avons nulle part où aller. « Les gens de la région m’ont donné des vêtements pour bébé, car je n’avais rien pour mon futur accouchement. »

Son seul souhait, c’est la sécurité. « J’espère seulement que mon accouchement se passera bien, et que mon bébé et moi serons en sécurité. Rien d’autre n’a d’importance. »

Sara*, 20 ans, a quitté Beyrouth avec son mari et leurs enfants lorsque la guerre a éclaté. « J’étais enceinte de six mois et je craignais que le long trajet ne soit dangereux pour mon bébé », dit-elle à l’UNFPA. 

Elle s’est récemment rendue dans une clinique mobile d’Al Ain, soutenue par l’UNFPA, où elle a pu bénéficier de services de santé et de soins prénatals. « Le personnel a été très gentil et m’a soutenue », témoigne Sara. « Cela m’a aidée à me sentir un peu plus en sécurité, mais la peur ne me quitte pas. Je veux que mon bébé naisse dans la paix. »

L’intervention de l’UNFPA

Depuis début mars, l’UNFPA a pu aider plus de 80 000 personnes déplacées en leur fournissant des services de santé sexuelle et reproductive et de prise en charge de la violence basée sur le genre. Cela a pu se faire dans 200 refuges collectifs et communautés d’accueil, grâce à des établissements de santé, à des équipes mobiles et à des espaces sûrs pour femmes et filles. 

« Je veux que mon bébé naisse dans la paix » – Sara

L’intervention de l’UNFPA bénéficie du soutien du Fonds central pour les interventions d'urgence (CERF), du Fonds d’urgence des Nations Unies, de la République de Corée, de la Suède et de l’Union européenne. L’UNFPA a lancé un appel à financements à hauteur de 12 millions de dollars (USD) afin de répondre aux besoins urgents de 225 000 personnes sur la période mars-mai 2026, mais à ce jour, seule une maigre part a été recueillie.

*Les prénoms ont été changés pour garantir l’anonymat et la protection des personnes

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