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État de la population mondiale 2010

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CHAPITRE CINQ

Les jeunes : avenir des sociétés au lendemain des conflits

En fin d’après-midi et le soir, sur les plages de Dili, capitale du Timor-Leste, des adolescents d’âge scolaire et des jeunes hommes ayant du temps à eux se rassemblent pour aller nager ou pêcher ou simplement pour se promener parmi les vendeurs ambulants et les boutiquiers du bord de mer. Le Timor-Leste, de même que d’autres pays qui entreprennent la tâche de la reconstruction au lendemain des conflits, a beaucoup de jeunes. Le défi consiste à les associer à cette tâche, en partenariat et les deux sexes étant sur un pied d’égalité.

Enfants haïtiens chantant avant le dîner à l’orphelinat du Jardin de Patience à Port-au-Prince (Haïti).  ©VII Photo/Lynsey Addario

Plus d’un tiers des 1,1 million d’habitants du pays ont de 10 à 24 ans, l’âge moyen de la population timoraise se situant aux environs de 22 ans. Le taux de croissance démographique, 3,3 % par an selon les estimations, est du double de la moyenne mondiale.

Au Timor-Leste, qui n’a accédé à la pleine indépendance qu’en 2002, les emplois pour les jeunes des deux sexes devraient occuper une place prioritaire dans les politiques de post-conflit, dit Ameerah Haq qui, en tant Représentante spéciale du Secrétaire général, dirige la mission des Nations Unies dans le pays. En effet, selon un rapport de 2010 du projet EWER (Early Warning and Response – Alerte et riposte rapides), projet établi en 2008 en partenariat entre Belun, une ONG timoraise s’employant au renforcement de la société civile, et le Center for Conflict Resolution de l’université Columbia de New York, le manque d’emplois a provoqué une montée de la criminalité juvénile et les groupes d’arts martiaux se sont transformés en gangs des rues, sévissant dans les marchés et le long des routes.

Le conflit qui a pris fin en 1999 a dévasté, estime-t-on, 70 % de l’économie du pays, qui est toujours fortement dépendante de la petite agriculture. Le Timor-Leste ne manque pas de ressources naturelles : il tire des revenus significatifs des activités d’exploitation pétrolière et gazière dans la mer du Timor qu’il partage avec l’Australie. Mais cela n’a pas créé beaucoup d’emplois ni encouragé la croissance industrielle dans le pays. Mme Haq recherche des moyens d’encourager la petite entreprise, en particulier chez les femmes, dont beaucoup sont jeunes.

[20] Pour le relèvement et la prévention des crises, des moyens d’existence pour les jeunes

L’accès à des moyens d’existence sans danger, dignes et durables pour les jeunes est indispensable pour assurer leur protection et pour réduire les risques d’exploitation et d’abus. La promotion des opportunités économiques pour les gens, par le biais d’une éducation informelle axée sur le marché, d’une formation professionnelle, d’activités génératrices de revenus, de  programmes de microcrédit et de programmes agricoles, peut jouer un rôle important pour encourager les jeunes à contribuer à la société et aider à renforcer leurs capacités.

L’importance de moyens d’existence durables pour les jeunes est soulignée par le fait que le risque de basculer à nouveau dans le conflit pour les pays émergeant de la guerre civile est de 44 % s’il n’y a pas de reprise économique. L’apport de moyens d’existence aux jeunes est une composante intégrale de la consolidation de la paix et du développement économique. Étant donné que la majorité des réfugiés sont, à l’heure actuelle, déplacés en moyenne pendant 17 ans, c’est toute une génération qui pourrait ne pas être en mesure d’acquérir les connaissances théoriques et pratiques nécessaires pour reconstruire les communautés et le pays. Malgré cela, les jeunes figurent parmi les groupes de population touchés par les crises qui sont les moins desservis; la communauté internationale doit déployer des efforts concertés pour veiller à ce que le potentiel dont les jeunes sont porteurs ne soit pas perdu dans les situations d’urgence humanitaire complexes.

Dans une étude, 60 combattants interrogés, représentant 15 forces armées de différents pays d’Afrique de l’Ouest, ont unanimement invoqué la pauvreté débilitante et l’absence d’espoir comme les principales motivations qui les avaient poussés à s’engager. Une étude longitudinale sur 16 ans portant sur d’anciens enfants soldats au Mozambique a constaté que quoiqu’apparemment bien adaptés, tous avaient déclaré que leur situation économique avait été et continuait d’être l’un des principaux obstacles s’opposant à leur transition à la vie civile.

Si la principale préoccupation dans les interventions d’urgence est souvent l’apport d’aliments et de logements, il manque à beaucoup de jeunes des activités productives et intéressantes qui leur offriraient des connaissances pratiques et leur permettraient d’espérer un avenir meilleur. Les interventions intégrées offrant des moyens d’existence font défaut dans la plupart des situations de crise et de relèvement précoce.

Source : Youth Zones, par Governess Films en association avec l’UNFPA et la Women’s Refugee Commission.

Le Timor-Leste n’est pas le seul pays au monde à faire face à un problème démographique tandis que sa population se remet encore des séquelles de l’occupation, dans un contexte de ralentissement économique et de flambées périodiques de violence politique. On compte aujourd’hui sur Terre plus de 1,8 milliard d’habitants de 10 à 25 ans et, selon certains rapports, 3,6 milliards d’habitants de moins de 30 ans, soit plus de la moitié de la population mondiale. Dans les pays en développement en général, et dans ceux qui émergent de conflits en particulier, les jeunes représentent une forte proportion de la population nationale, et l’avenir présente pour eux un immense intérêt. Dans les régions où ont sévi les conflits, leur jeune existence peut avoir été brisée par la violence, la mort de certains de leurs proches, le déplacement et, dans de nombreux cas, le recrutement forcé dans les armées nationales ou les forces rebelles. Les filles n’échappent pas au conflit, enlevées par des combattants armés, certaines portant encore leur uniforme d’écolières, qui en font des esclaves sexuelles, des cuisinières, des porteuses ou leur imposent d’autres travaux particulièrement pénibles pour le corps et pour l’âme.

[21] Accès des jeunes à la planification familiale durant les conflits et les urgences

Il est essentiel de répondre aux besoins de planification familiale durant les urgences. Les jeunes sont touchés par la perte des mécanismes d’appui familiaux et sociaux, et les systèmes en place fournissant des information dans ce domaine risquent d’être perturbés ou inaccessibles. Les jeunes femmes et les filles sont un groupe à risque, notamment dans les situations d’urgence, où elles peuvent être contraintes à des comportements sexuels dangereux, tels que l’échange de rapports sexuels contre de la nourriture ou pour s’assurer leur sécurité, ou pour répondre à leurs besoins ou à ceux de leur famille.

En tous temps, mais particulièrement dans les situations d’urgence, lorsque les besoins de planification familiale ne constituent pas une priorité, les jeunes ont le droit de recevoir des informations exactes et complètes sur la santé sexuelle et reproductive et d’accéder aux services. Cela leur permet d’agir à bon escient et de manière responsable. Mais il arrive souvent que les parents et les autres adultes de la communauté ne veulent pas parler de contraception aux jeunes en raison de normes culturelles ou religieuses interdisant l’activité sexuelle avant le mariage. Les travailleurs de la santé, de leur côté, peuvent également s’abstenir de fournir des informations ou des services de planification familiale aux jeunes, non mariés en particulier, en raison de leurs convictions personnelles ou de pressions sociales.

On sait que, dans tout groupe de population déplacé, environ 4 % des femmes en âge d’avoir des enfants (15 à 44 ans) seront enceintes. Une étude portant sur 575 adolescents dans un camp de réfugiés dans le nord du Kenya a constaté que 70 % d’entre eux étaient sexuellement actifs et avaient des rapports sexuels non protégés et non planifiés. Plus de 60 % des décès maternels enregistrés dans le monde surviennent dans 10 pays, dont neuf sont en situation de conflit ou de post-conflit.

Une étude récente a révélé que les pays affectés par les conflits reçoivent 43 % moins de financements pour la santé reproductive que les autres pays et que les financements accordés à la planification familiale dans ces pays ont accusé une chute considérable, étant passés de 20,1 millions de dollars en 2004 à 1,9 million en 2006.

Source : Youth Zones, par Governess Films en association avec l’UNFPA et la Women’s Refugee Commission.

Le retour à une vie aussi proche que possible de la normale est la première priorité pour les jeunes touchés par la violence. Les agents de l’aide humanitaire disent que les enfants réagissent bien à l’établissement d’un certain ordre dans leur existence, qu’il s’agisse d’une salle de classe, d’activités sportives ou de loisirs organisés ou de repas réguliers. Dans le long terme, une fois que leur réinsertion a été assurée et qu’ils ont bénéficié de services d’éducation et de formation, les jeunes ont toutes les chances de veiller à ce que leur communauté et leur pays se développent en paix. Ils ont devant eux des années pour s’employer à modifier les situations, les attitudes, la culture et parfois les politiques qui ont débouché sur le conflit. Par ailleurs, de nombreux enfants suivront les jeunes d’aujourd’hui dans l’âge adulte et les prendront pour exemple. Les taux de fécondité élevés dans les contextes où les services de santé reproductive ne sont pas toujours accessibles ou lorsque la tradition favorise les familles nombreuses provoquent une explosion de jeunesse qui se manifeste dans le profil démographique national.

Selon la Banque mondiale, lorsque l’on examine les pourcentages des enfants de 0 à 14 ans dans les pays ou territoires en situation de post-conflit retenus comme échantillon pour le présent rapport, seule la Bosnie-Herzégovine a un profil démographique comparable à celui des autres pays développés, 15,7 % de sa population se situant dans cette catégorie d’âge. Au Libéria, en Ouganda et au Timor-Leste, ce groupe représente 40 % de la population totale ou plus. En Haïti, 36,7 % de la population a moins de 14 ans. En Cisjordanie et à Gaza, on estime que 42 % de la population a moins de 15 ans.

Les jeunes peuvent constituer un « dividende démographique » qui sera payant pendant de longues années, en fournissant la main-d’œuvre et les connaissances nécessaires pour la reconstruction des villes, de l’économie et de la vie quotidienne, mais à condition que les pouvoirs publics ne négligent pas d’inscrire la formation et la santé des jeunes au nombre de leur multiples priorités. En effet, c’est en grande partie aux jeunes qu’incomberont, au cours des décennies à venir, les tâches de l’élimination des profonds traumatismes infligés par les conflits, le rétablissement des systèmes d’éducation et la création de nouvelles sources de production et de revenus.

Il n’est pas facile pour les jeunes de travailler alors qu’ils souffrent encore des lésions psychologiques des conflits. En Bosnie-Herzégovine, les tensions ethniques continuent de couver, 15 ans après le retour de la paix en 1995. En octobre 2009, par exemple, un affrontement entre Croates et Bosniaques après un match de football s’est soldé par la mort d’un supporter de 24 ans. Cet incident a profondément peiné Dubravka Salčić-Dizdarević, médecin à l’Hôpital universitaire nationale et l’une des plus grandes psychothérapeutes de la Bosnie, qui a déclaré dans une interview qu’à la vue de jeunes animés par les haines ethniques d’une génération antérieure qu’elle concevait des craintes pour l’avenir d’un pays divisé qui ne s’est pas encore remis des traumatismes des années 1990.

Le Dr Salčić-Dizdarević qui est aussi directrice médicale du Centre de réhabilitation des victimes de la torture de Sarajevo, fondé en 1997, a observé de nombreux cas de transfert des traumatismes aux enfants. « Les victimes ne sont pas seulement les personnes qui ont été torturées pendant la guerre, dit-elle. La torture vise également à victimiser des familles entières. » Une étude bosniaque a estimé que 200 000 personnes avaient été soumises à des tortures pendant la guerre et qu’environ 30 000 en étaient mortes en détention. « Notre centre a admis quelque 10 000 personnes en 13 ans pour les traiter et la durée moyenne de la réhabilitation est d’environ trois ans », dit le Dr Salčić-Dizdarević, qui est restée à Sarajevo pendant la guerre de 1992-1995 et qui a été l’un des premiers spécialistes à entreprendre un travail intensif avec les victimes. Dans le cadre du processus, les enfants et les conjoints des victimes reçoivent également un traitement pour résoudre les traumatismes, certains avec un temps de retard. Le processus de guérison n’est pas terminé.

Saliha Ðuderija, ministre adjointe pour les droits de l’homme et les réfugiés de Bosnie-Herzégovine, note que la question des réparations pour les femmes victimes n’a pas retenu l’attention qu’elle mérite dans les milieux officiels.  ©VII/Antonin Kratochvil

Saliha Đuderija, ministre adjointe pour les droits de l’homme et les réfugiés de Bosnie-Herzégovine, a exprimé les mêmes inquiétudes devant l’explosion de violence des jeunes supporters des équipes de football ainsi que devant le spectacle d’un groupe ethnique qui serre les rangs pour protéger l’agresseur présumé. « La société commence à tolérer cela, a-t-elle déclaré à la presse. Quel sorte de pays sommes-nous où une communauté protège un criminel ? »

En revanche, il y a également eu des développement très positifs. Il existe un festival multiethnique des enfants à Sarajevo, événement annuel qui est un projet de l’UNICEF, appuyé par plusieurs gouvernements. Ce festival rassemble des artistes, des musiciens, des cinéastes et des auteurs de livres pour enfants de toute l’Europe durant quelques jours d’activités culturelles enrichissantes. En 2010, pour la deuxième année, les enfants ont été invités à écrire des messages sur un « mur des souhaits et des exigences » pour faire savoir aux dirigeants ce dont les communautés ont besoin selon eux. On a promis aux enfants qu’ils pourraient prendre part ultérieurement à des réunions avec des adultes influents pour parler de leurs préoccupations. Le gouvernement de la Bosnie-Herzégovine a lancé dans 10 municipalités un projet pilote sur la protection sociale des enfants et a associé ceux-ci aux affaires communautaires, notamment à des activités de plaidoyer en faveur de leurs droits.

Des jeunes de Bosnie-Herzégovine, qui ont voyagé dans toute l’Europe et au-delà, se sont joints aux activités entreprises dans les Balkans pour éliminer les obstacles ethniques. En mai 2010, de jeunes Bosniaques ont assisté au quatrième festival des « Journées de Sarajevo » à Belgrade, capitale de la République de Serbie. Ils ont participé là à des panels sur des sujets d’actualité, tels que la violence lors des rencontres sportives, ainsi que sur des questions plus générales. L’un des panels, réuni au Centre de décontamination culturelle de Belgrade, nom fort bien trouvé, avait pour thème : « Comment éviter de répéter notre passé ». Des productions musicales et théâtrales et une exposition d’œuvres de jeunes photographes illustrant la vie quotidienne des habitants de Sarajevo faisaient partie de l’événement, qui bénéficiait de l’appui de la Bosnie-Herzégovine et de la République de Serbie. Cette manifestation annuelle a pour mission, ainsi que l’ont définie les organisateurs « de promouvoir la communication et la réconciliation entre les jeunes Bosniaques et les jeunes Serbes, en leur offrant un lieu de réunion leur permettant de regarder en face, ensemble, le passé et l’avenir et en contribuant à établir des liens plus solides entre les citoyens des deux communautés ».

Dans le nord de l’Ouganda, où pendant près de deux décennies l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) a enlevé des dizaines de milliers d’enfants et contraint une multitude d’entre eux à commettre des crimes contre leur propre famille et leur communauté, des ONG locales solides appuyées par des programmes d’aide d’organismes internationaux et gouvernementaux œuvrent à l’avant-garde des efforts de relèvement. Plusieurs concentrent leurs activités sur les jeunes.

« Les jeunes sont le pilier du relèvement et du processus de consolidation de la paix en phase de post-conflit dans le nord de l’Ouganda, et aucun programme de reconstruction au lendemain des guerres ne saurait les ignorer », déclare une publication du Youth Leadership Project du Forum des ONG du district de Gulu. Gulu est la ville principale du nord de l’Ouganda et le centre économique d’une région habitée par les Acholi. Le district et ses environs ont été le site d’atrocités commises par la LRA, sous la direction de Joseph Kony, lui-même acholi, qui s’en est pris à son propre peuple et, par des actes d’une extrême brutalité, a causé des souffrances terribles.

« Les jeunes sont le pilier du relèvement et du processus de consolidation de la paix dans le nord de l’Ouganda, et on ne saurait les ignorer. »

Le réseau du Forum de Gulu est ouvert à toute ONG ou organisation de la société civile qui souscrit aux principes du développement axé sur les droits de l’homme. Dans leurs activités avec les jeunes, le réseau et les groupes se sont concentrés sur la résolution des conflits, notamment pour étudier les mécanismes de la justice traditionnelle, et sur la formation des jeunes afin de renforcer leurs capacités en matière de travail de développement dans tous les secteurs de l’économie. Simultanément, le réseau de Gulu encourage les études scolaires par le biais du Youth Leadership Project, en accordant des bourses d’étude aux jeunes du nord de l’Ouganda.

L’un des principaux groupes du réseau de Gulu est la Fondation Straight Talk [littéralement : Fondation franc-parler], organisation nationale ayant son siège à Kampala et des antennes à Gulu et dans quelques autres villes. À Gulu, elle administre le Gulu Youth Centre, centre polyvalent pour jeunes appuyé par l’UNFPA et l’USAID par l’entremise du Civil Society Fund et de l’organisation Save the Children en Ouganda. Ce centre est devenu un important prestataire de soins de santé sexuelle et reproductive pour les jeunes du nord de l’Ouganda : il fournit des tests de dépistage du VIH et des conseils psychosociaux, traite les infections sexuellement transmises, donne des conseils de planification familiale et distribue des fournitures, notamment des contraceptifs d’urgence. Il aligne ses programmes sur les domaines intéressant les jeunes pour mettre en évidence la violence sexiste et les pratiques culturelles néfastes et pour œuvrer à leur réduction; il offre notamment un programme de break dance véhiculant des messages positifs.

Dans ses travaux dans le domaine de la santé reproductive, le Gulu Youth Centre fait face à des réalités inquiétantes concernant l’existence des filles et des jeunes femmes. Chez les adolescents les plus âgés, le taux d’infection par le VIH est considérablement plus élevé dans la population féminine que dans la population masculine. Le centre attribue ce fait à plusieurs facteurs : le mariage précoce de filles avec des hommes plus âgés ayant eu d’autres partenaires sexuelles, le mariage forcé avec des hommes ayant plusieurs épouses et l’échange de faveurs sexuelles de la part de jeunes filles contre de l’argent pour acheter de la nourriture ou se payer des études. La violence à l’égard des femmes est également préoccupante dans le nord de l’Ouganda, où la prévalence du VIH/sida s’établit à environ 8,3 %, bien au-dessus de la moyenne nationale de 6,4 %, niveau déjà très élevé par rapport aux normes internationales. Faith Lubanga, directrice du Gulu Youth Centre, note qu’il n’y a pas de sujets tabous dans les groupes de discussion, où les jeunes demandent souvent des informations sur des sujets tels que les infections sexuellement transmises ou l’alcoolisme, problèmes que le conflit a aggravés chez les hommes. « Nous luttons contre divers mythes, tel que celui selon lequel on peut éviter l’infection par le VIH en se lavant avec du Coca-Cola », dit-elle.

[22] VULNÉRABILITÉ ACCRUE DES JEUNES AU VIH DANS LES CONFLITS ET LES URGENCES

Les populations affectées par les conflits, en particulier les jeunes, sont à risque élevé d’être exposés au VIH et infectés du fait de l’insécurité et des vulnérabilités accrues qui en résultent. La perturbation des services de santé sexuelle et reproductive et le manque d’accès aux informations sur le VIH et aux services de prévention  peuvent accroître la vulnérabilité des jeunes.

Dans les situations d’urgence, les structures familiales et communautaires qui influent normalement sur les comportements sont affaiblies, et la pauvreté, l’instabilité sociale et le manque d’autres options peuvent amener les jeunes à échanger des rapports sexuels contre de la nourriture, une protection ou divers services. Le recours aux actes sexuels en tant que stratégie de survie pendant les situations d’urgence, notamment de la part des femmes et des filles, accroît leur vulnérabilité au VIH.

Des conflits récents ont donné lieu au recrutement de jeunes gens, garçons et filles, dans les forces armées, où ils sont exposés à des risques d’infection par le VIH du fait de violences sexuelles commises par des officiers plus âgés, d’ordres directs qui leur sont donnés de commettre des viols ou de pressions de leurs pairs favorisant les comportements sexuels à risque. On dispose d’une masse croissante de données scientifiques sur la trajectoire du VIH/sida chez les forces en uniforme et les personnels démobilisés, qui risquent davantage de transmettre l’infection étant fortement mobiles, jeunes pour la plupart et ayant les moyens d’acheter des rapports sexuels ou de faire usage de leur pouvoir et de leurs armes pour exploiter autrui ou abuser d’eux. Néanmoins, avec les approches et la formation voulues, les jeunes associés aux forces combattantes ou aux groupes armés peuvent devenir des agents de changements et aider les communautés à mener des activités de prévention de l’infection par le VIH, contribuant ainsi à la solution et non pas au problème.

Au moins 15 millions de jeunes sont touchés par le VIH et le sida dans les conflits et les situations d’urgence qui y sont liées de par le monde. En Afrique subsaharienne, région du monde où l’on relève la plus forte concentration de situations d’urgence au monde, 57 % des adultes vivant avec le VIH sont des femmes. Les femmes de 15 à 24 ans risquent trois fois plus d’être infectées par le virus que les hommes du même groupe d’âge.

Source : Youth Zones, par Governess Films en association avec l’UNFPA et la Women’s Refugee Commission.

Le Gulu Youth Centre reçoit environ 1 350 visiteurs par semaine, signale Mme Lubanga. La convivialité de son environnement, avec ses salles de consultation et ses installations cliniques discrètes, se remarque au premier coup d’œil. Sarah Lanyero, la thérapeute clinicienne du centre établi il y a six ans précise que le service de conseils en planification familiale existe depuis 2006 et qu’il est ouvert aux jeunes de 15 à 24 ans. Dans le passé, la clinique soignait des femmes ayant subi des abortions dans de mauvaises conditions d’hygiène, souvent provoquées par des concoctions d’herbes locales ou des drogues autoadministrées. Ces cas sont plus rares aujourd’hui, dit-elle, les jeunes ayant davantage de connaissances sur les relations sexuelles responsables. Elle dément aussi les mythes entourant la santé sexuelle et reproductive et la planification familiale, selon lesquels, par exemple, la contraception causerait des anomalies congénitales chez les futurs bébés, ou que l’interruption des règles (effet secondaire des contraceptifs injectables) provoque des accumulations de sang dans l’organisme, qui exigent des interventions chirurgicales.

Le Gulu Youth Centre cherche à atteindre les jeunes des deux sexes. En tant que stratégie visant à accroître la participation des hommes aux débats, Mme Lanyero indique que le centre ne présente pas ses programmes publics en tant qu’événements de planification familiale mais comme des sessions d’information générale sur l’économie et la santé de la famille, qui mènent à parler de contraception. « Les hommes commencent à venir se renseigner sur la planification familiale pour leur épouse », dit-elle. Sur une table de la véranda du centre se trouvent des exemplaires de journaux de la Fondation Straight Talk conçus pour plaire aux garçons et aux filles et pour les informer. Straight Talk est un journal pour les adolescents plus âgés et Youngtalk cible les élèves de fin d’études primaires. Des émissions radiophoniques, certaines destinées aux parents, sont diffusées dans plus d’une dizaine de langues dans tout le pays, sur 39 stations FM. Avec une telle panoplie d’instruments médiatiques axés sur les jeunes, les messages de la fondation atteignent un vaste public.

Un phénomène marqué en Ouganda, présent à différents degrés dans d’autres régions émergeant de conflits, est la présence et l’autorité de jeunes professionnels locaux, dont beaucoup sont des femmes, dans les programmes de post-conflit de toutes sortes. Au bureau de Gulu de War Child Canada, organisation à but non lucratif ayant son siège à Toronto, trois de ces jeunes femmes ougandaises se sont réunies pour parler du service de protection juridique qu’elles gèrent pour les femmes et les enfants. « La protection juridique et l’intervention en faveur des femmes et des enfants sont l’un des derniers droits dont l’on se préoccupe, après l’alimentation, l’eau, le logement, la santé et les conseils psychosociaux », dit Vanina Trojan, Canadienne qui est coordonnatrice de la protection juridique à Gulu, qui présente trois jeunes membres de son personnel ougandais. « Nous voulons rétablir le cadre juridique des droits, dit-elle, et ce n’est certainement pas une priorité dans les zones de conflit. »

Annette Okwera, chef des adjoints parajuridiques du district de Gulu, parle de certains dossiers concernant les enfants qui ont été traités par son bureau. Avant la guerre, dit-elle, « notre culture était fermée; la guerre a changé cela. À présent, les gens qui rentrent chez eux se retrouvent seuls, sans l’appui de leur clan. »  Elle indique que les abus sexuels à l’égard des enfants ne sont que trop fréquents et qu’il y a également de nombreux cas de négligence envers les enfants. Mais il peut être frustrant d’essayer d’amener les gens à déclarer les cas à la police ou à se pourvoir en justice dans les familles qui sont accoutumées à s’en remettre aux systèmes de justice des clans, administrés par les anciens, systèmes qui ne font que commencer à réémerger, ou lorsque les pressions sociales empêchent d’émettre des accusations publiques.

Jeunes à Port-au-Prince (Haïti) jouant et acquerrant de nouvelles connaissances au Camp de l’Avenir, camp de jour pour les jeunes déplacés.  ©UNFPA/Trygve Olfarnes

En Haïti, où des gangs de jeunes hommes armés défiaient les soldats de la paix des Nations Unies bien avant le séisme de 2010, de nombreuses organisations sont à l’œuvre pour orienter les jeunes vers des activités communautaires constructives. Ces efforts, bien que toujours de petite envergure, s’accélèrent depuis la survenue de la catastrophe, dans la mesure où les maigres ressources financières le permettent. L’UNFPA, dont le siège a été détruit par le séisme et qui travaille à partir de locaux provisoires rudimentaires, est intervenu promptement pour former des jeunes et les mettre au travail dans des camps de personnes déplacées. Les jeunes de 15 à 24 ans représentent 22,7 % de la population haïtienne et pourraient être une force puissante dans la reconstruction du pays. À l’instar du Programme des Nations Unies pour le développement et d’autres organismes, l’UNFPA a appuyé des initiatives du type travail contre numéraire et a recruté des jeunes pour préparer des « trousses de dignité », contenant des fournitures essentielles pour l’hygiène, savon, brosses à dents, sous-vêtements, serviettes hygiéniques pour femmes et autres objets adaptés à la situation, destinées à être distribuées à la population déplacée.

De jeunes bénévoles soutenus par l’UNFPA, l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial et l’Organisation mondiale de la santé, avec le renfort de la Police des Nations Unies, ont également aidé à distribuer des aliments supplémentaires aux enfants, aux femmes enceintes et aux nouvelles mamans. Dans un autre projet, des jeunes ont accompagné des chercheurs pour déterminer le nombre de personnes déplacées par le séisme et leurs besoins. Les chercheurs ont ainsi rapporté, entre autres, que les femmes estimaient important de disposer de conditions propices au respect de leur intimité et de latrines leur étant réservées en tant que condition nécessaire pour éviter le viol et les crimes sexistes.

Le ministère haïtien de la jeunesse et des sports a pu organiser des camps de loisir pour un millier d’enfants déplacés de 11 à 16 ans, hors de la ville de Port-au-Prince, où ils peuvent passer la journée à pratiquer des sports et à se livrer à des activités créatives dans un cadre campagnard. Des psychologues et des thérapeutes y sont disponibles pour organiser des débats dans le cadre d’ateliers sur toute une gamme de sujets, dont la santé sexuelle et reproductive. Il est prévu pour l’avenir d’implanter dans chaque région du pays des centres intégrés pour jeunes, où continuera d’être appliqué le concept des ateliers. Le ministère espère également créer des réseaux par l’entremise de la télévision et de la radio, pour permettre aux jeunes de se mettre en rapport les uns avec les autres et de se parler.

L’un des legs tragiques des longues décennies de dictature et de troubles politiques est la perte du sens de la communauté, note Witchner Orméus, directeur du service Jeunesse et intégration au ministère de la Jeunesse et des Sports. Le ministère, dit-il, envisage divers moyens de rétablir le travail bénévole et l’action communautaire pour répondre aux besoins de la société après la dévastation causée par le séisme, étant donné l’incapacité de l’État avec ses ressources limitées, et malgré une généreuse aide étrangère, de fournir tout ce dont les gens ont besoin pour refaire leur vie et reconstruire.

« Quand nous parlons de reconstruction, il faut y inclure la reconstruction sociale », dit M. Orméus.  Il précise à ce propos que dans le fonds d’évaluation des besoins créé au printemps 2010, les dépenses consacrées aux jeunes ont été prises en considération pour la première fois et qu’un nouveau projet de loi sur les associations est en cours de préparation. Les gouvernements haïtiens n’ont pas de très bonnes relations avec les organisations bénévoles, dont beaucoup opèrent dans des limbes juridiques, mais à l’évidence, il existe un réel potentiel d’implication accrue des jeunes dans le relèvement, lequel exigera des années sinon des décennies.

« Quand nous parlons de reconstruction, il faut y inclure la reconstruction sociale. »

Il y a de nombreuses organisations de jeunes, d’appartenances très diverses, certaines laïques, d’autres religieuses, à Port-au-Prince et dans les autres villes et localités touchées par le séisme. Elles ont pu apporter une aide limitée, en raison des budgets très modestes dont elles disposent, après la catastrophe, beaucoup d’entre elles ayant aussi perdu leurs locaux et certains de leurs membres. Au moins 1,2 million de personnes se sont retrouvées sans abri du jour au lendemain et beaucoup n’avaient pour toute option que de se trouver une petite place dans l’un des multiples camps de sinistrés.

Les travaux de jeunes bénévoles, apparemment sans coordination officielle des pouvoirs publics, n’ont pas toujours retenu l’attention des médias internationaux, étant donné l’ampleur de la dévastation et les dimensions des camps de personnes déplacées, mais des organisations laïques ainsi que religieuses y prennent part. L’une de ces organisations, la Jeunesse adventiste, dont la formation en temps normal comprend la façon de monter une tente, de faire du feu et de faire cuire les aliments dans des trous creusés dans le sol lorsqu’il n’y a pas d’ustensiles, était présente dans la plupart des camps, dit Jude Bien-Aimé, l’un des dirigeants des Adventistes du septième jour à Port-au-Prince. Son Église a aussi fourni des aliments, notamment par le biais d’une soupe populaire active à la porte de son bureau, qui accueille des gens venus de la rue; elle dispense également des conseils psychosociaux.

Des membres des Boy-Scouts et des Girl-Guides, se sont employés, souvent de leur propre initiative, à aider les victimes au cours des heures et des jours qui ont suivi la survenue de la catastrophe, disent Nicolas Clervil et Gérard-Marie Tardieu, respectivement commissaire et commissaire adjoint du mouvement scout en Haïti. Ils sont particulièrement fiers d’une jeune guide qui, à elle seule, a attiré l’attention du public en s’efforçant d’organiser les apports d’aide à Léogane, ville située près de l’épicentre du séisme. Le siège du mouvement, à Port-au-Prince, a été détruit par le séisme et scouts et guides vivent maintenant hors de la ville, dans un village de toile d’où ils organisent leurs activités.

Un groupe de jeunes, dénommé Kiro (d’après le nom de Jésus Christ en grec), qui sous la direction du prêtre Alexandre Kakolo et avec l’appui de l’Église romaine catholique dominante en Haïti a été particulièrement actif dans les interventions de secours après le séisme, a promptement établi des programmes dans les camps de personnes déplacées, parfois en coopération avec des organismes gouvernementaux. Des camions de l’État, par exemple, ont transporté les ordures ramassées par les bénévoles afin de réduire les risques pour la santé dans les camps surpeuplés et sous-desservis. Des membres de Kiro ont également organisé des activités pour les enfants des camps. « Nous voulons aider les gens à se détendre, améliorer l’atmosphère, leur parler », dit Alexandre Kakolo. Le groupe s’est également préoccupé de trouver de l’eau potable pour les habitants des camps qui n’avaient souvent pas d’eau propre à boire dans la chaleur tropicale.

Kiro s’est attelé à une autre tâche difficile, celle de parler aux garçons du respect des femmes dans les camps de sinistrés, celles-ci faisant l’objet d’agressions sexuelles dans les douches communes et les toilettes, qui ne répondent guère à leurs besoins d’intimité. Les résidents font régulièrement mention des agressions subies par les filles et les femmes dans les camps où la présence de la police est rare, voire nulle. Des dirigeants de certains groupes de jeunes, reflétant les vieilles idées relatives à l’attribution de la responsabilité de la violence sexiste, ont suggéré que si les filles étaient moins légèrement vêtues, elles risqueraient moins de se faire violer. L’un d’eux dit qu’il conseille aux filles de porter des pantalons ou « deux paires de pantalons » au lit. La notion selon laquelle les filles qui se font violer sont fautives a toujours cours dans de nombreux pays.

Au Libéria, une enquête nationale menée en 2008 a constaté que le plus grand nombre de victimes de viol appartenait au groupe des filles et des jeunes femmes de 10 à 19 ans. Et 83 % des personnes interrogées et 84 % des jeunes estiment que les femmes contribuent au viol en portant des vêtements trop révélateurs. Certains étudiants avancent la notion que le viol peut être « accidentel », à savoir qu’il se produit sur l’inspiration du moment, en raison d’une provocation. Le rapport intitulé « Research on Prevalence and Attitudes to Rape in Libéria » [Recherche sur la prévalence du viol et les attitudes y relatives au Libéria] a été commandité par la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) en partenariat avec le ministère libérien du Genre et du Développement pour trouver des explications à la persistance du problème du viol dans un pays émergeant de la guerre civile.

[23] L’impact psychologique des conflits sur les jeunes

Dans les situations d’urgence, les réseaux communautaires et familiaux perdent de leur cohésion et, au niveau local comme au niveau national, les violences subies lors de ces situations s’accompagnent d’un risque accrue de traumatisme psychologique. Les crises et les conflits peuvent aggraver les problèmes psychologiques préexistants et en causer de nouveaux : anxiété, deuil, névrose post-traumatique et dépression. Dans les situations d’urgence humanitaire, les jeunes, en particulier les adolescents, peuvent être exposés à des événements extrêmement stressants et traumatiques, tels que le déplacement, la séparation de leur famille, les violences physiques et sexuelles ou le recrutement forcé dans des groupes armés.

Bien que tout le monde ne connaisse pas de problèmes psychologiques ou sociaux durant les crises, les adolescents y sont plus sujets que d’autres. L’adolescence est une période délicate de développement et de transition, et l’ajustement aux changements sociaux, comportementaux, cognitifs et physiques, difficile en temps normal, peut l’être encore bien davantage en temps de crise. Le traitement des problèmes mentaux et psychosociaux peut aider les adolescents à acquérir de la résistance, à prendre de meilleures décisions et à adopter des comportements plus sains. Il est donc important d’intégrer des appuis à cette fin dans les mécanismes de riposte aux urgences.

Près d’un tiers des survivant(e)s d’actes de violence sexiste développent des problèmes de santé mentale. Des études portant sur des jeunes ayant été exposés à une violence extrême, chez les adolescents cambodgiens réfugiés et les enfants palestiniens, font apparaître une forte prévalence de troubles affectifs. Une étude longitudinale d’enfants soldats au Mozambique révèle que 100 % de ces enfants interviewés, rendus à la vie civile, manifestent des symptômes de troubles psychologiques et que, 16 ans plus tard, 70 % d’entre eux avaient encore des souvenirs récurrents des événements traumatisants et y pensaient périodiquement.

Source : Youth Zones, par Governess Films en association avec l’UNFPA et la Women’s Refugee Commission.

Dans le monde entier, des organismes, fonds et programmes des Nations Unies ont élaboré et/ou développé des projets destinés aux jeunes, en accordant une place particulière à ceux qui vivent dans la pauvreté et dans des situations de post-conflit. L’UNFPA, ainsi que les autres organismes, reconnaît que la meilleure façon d’atteindre les jeunes est de le faire par le biais de leurs moyens d’expression. « Les échanges d’idées, de valeurs, de musique et de symboles qu’effectuent les jeunes par le biais des médias et des technologies électroniques ont abouti à l’émergence d’une culture mondiale de la jeunesse, note le Fonds. Nombreux sont les jeunes qui s’organisent et établissent des relations de réseau par des vecteurs formels et informels. »

Les jeunes sont souvent particulièrement nombreux parmi les personnes affectées par les crises, signale l’UNFPA et « la prise en considération de la diversité des jeunes dans l’offre de programmes permet d’obtenir de meilleurs résultats et d’aider les jeunes à saisir les opportunités et à relever les défis auxquels ils font face ». Cela ne va toutefois pas sans difficultés. « Plus de la moitié des jeunes ont moins de 2 dollars par jour pour vivre, indique l’UNFPA. Ils n’ont souvent pas accès aux technologies et à l’information. Beaucoup font aussi face à l’inégalité sociale, à la discrimination sexuelle et au chômage et ne disposent que d’établissements d’enseignement et de santé de qualité médiocre. Ils méritent mieux. Et un investissement dans les jeunes est un investissement dans les futurs chefs de famille, de communauté et d’État. »

Au Kenya, l’UNICEF a appuyé un projet gouvernemental visant à associer les jeunes à une réflexion sur l’avenir politique du pays, à la suite des violentes émeutes qui ont éclaté après des élections nationales très contestées en 2008. Au lancement de l’édition de cette année du National Youth Situation Analysis Report [Rapport national d’analyse de la situation de la jeunesse], plus de 1 000 jeunes assemblés à Nairobi ont pris part à des célébrations avec chants, productions théâtrales et danse. Beaucoup de jeunes Kényans et Kényanes ont été affectés par les événements de 2008 au cours desquels on estime qu’au moins 1 000 personnes ont péri, victimes de violences interethniques, et où un nombre bien plus élevé de gens ont été chassés de chez eux. L’éducation a également été interrompue, certains établissements d’enseignement ayant été incendiés et détruits.

L’éducation est un besoin essentiel et l’un des principaux piliers de la reconstruction sociale au lendemain des conflits. Elle peut être un investissement clé dans la sécurité à long terme. Pour établir une paix durable une fois le calme revenu après les conflits, femmes et hommes, garçons et filles doivent, par des processus d’apprentissage et d’enseignement appropriés, acquérir ce que l’UNESCO appelle des aptitudes à la vie quotidienne, « apprendre à être et à être ensemble ». L’éducation est également d’une importance en tant qu’investissement dans le développement d’une future génération qui saura résoudre les problèmes, disposera de compétences sociales et professionnelles appropriées et possèdera les connaissances aussi vastes que profondes qu’exige l’élaboration une société dynamique et novatrice.

Selon les derniers chiffres de l’UNESCO (publiés en 2010), il y avait en 2007 72 millions d’enfants qui n’étaient pas scolarisés dans le primaire. Leur nombre devrait se situer à 56 millions d’ici 2015, ce qui est une amélioration mais qui n’atteint pas, tant s’en faut, l’objectif du Millénaire pour le développement de l’éducation primaire pour tous. Dans l’enseignement secondaire, les estimations concernant le nombre de jeunes non scolarisés varient de 71 millions à 266 millions, selon les paramètres définissant le groupe d’âge des adolescents.

[24] Guerres et catastrophes naturelles dévastent les systèmes d’enseignement déjà fragiles

Les conflits armés et les catastrophes naturelles ont des effets perturbateurs voire dévastateurs sur les systèmes d’éducation. Les bâtiments scolaires sont endommagés ou détruits, les enseignants sont déplacés et l’éducation des jeunes est interrompue, souvent pendant plusieurs années. De nombreux jeunes passent toute leur enfance et leur adolescence dans des camps de réfugiés ou des bidonvilles urbains, de sorte qu’ils ne sont plus scolarisés, certains même ne l’ayant jamais été. Illettrés et sans notions de calcul, ils sont également privés de la protection et du soutien psychosociaux d’une importance fondamentale qu’offrent les établissements d’enseignement. À mesure qu’ils vieillissent, les jeunes pris dans les situations de conflit et dans les déplacements de population voient se réduire les probabilités de jamais faire des études. Il en est tout particulièrement ainsi des jeunes femmes, en raison des obstacles culturels, économiques et physiques qui s’opposent à leur éducation.

Formelle et informelle, l’éducation apporte aux jeunes un sentiment de normalité et un espoir en l’avenir, promeut le bien-être et le développement cognitif et réduit les risques de s’adonner à des activités dangereuses. L’éducation est un droit fondamental de la personne, proclamé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et d’autres instruments internationaux; il est toutefois particulièrement difficile de veiller au respect de ce droit dans les situations de conflit, de catastrophes naturelles ou de déplacements de population.

Seuls 20 % des réfugiés en âge de faire des études secondaires sont scolarisés et, en 2007, seuls 30 % de ces réfugiés scolarisés étaient des filles.

L’éducation des jeunes dans les situations d’urgence ne fait pas l’objet d’une attention suffisante de la part de la communauté internationale et des millions de jeunes continuent d’être privés d’options en la matière. L’éducation informelle, en particulier, se voit souvent attribuer une basse priorité dans les programmes des donateurs, des décideurs politiques et des praticiens.

Source : Youth Zones, par Governess Films en association avec l’UNFPA et la Women’s Refugee Commission.

La tendance des filles à disparaître des salles de classe est un problème évoqué presque universellement dans les pays en développement et en particulier dans ceux qui émergent de conflits, où les communautés établies ont subi des perturbations et essaient de se rétablir dans des situations encore instables. Au Timor-Leste, Filomena Belo, ancienne combattante pour l’indépendance de l’Indonésie et aujourd’hui directrice du bureau de la planification, du suivi et de l'évaluation au Secrétariat d’État pour la promotion de l’égalité, estime qu’il faut accorder une attention considérablement accrue au recrutement d’enseignants afin d’assurer aux filles un environnement convivial et sensible aux sexospécificités dans l’enseignement secondaire et supérieur. Les taux d’abandon sont élevés au Timor-Leste, note-t-elle, en raison des mariages précoces, des grossesses chez les adolescentes et de la crainte des agressions dans les salles de classe et les campus ou entre la maison et l’établissement d’enseignement.

Enfants portant de l’eau pour leurs mères dans un marché aux alentours de Monrovia (Libéria). Le marché, construit avec l’appui de l’UNFPA, est un lieu où les femmes et leurs enfants sont à l’abri du harcèlement et des mauvais traitements.
©VII Photo/Marcus Bleasdale

Au Libéria et en Ouganda, des villageoises ayant accédé à des postes d’autorité dans les administrations locales déplorent également le manque d’environnements scolaires conviviaux pour les filles, d’abord dans le primaire mais aussi, chose plus importante, au niveau du secondaire, où les défections de filles sont nombreuses. Les filles ne font plus d’études, en particulier après l’âge de la puberté, pour des raisons aussi simples que l’absence de toilettes privées où elles ne se feront pas agresser. Au Libéria, dans la communauté de Soul Clinic, proche de Monrovia, avec l’aide des Nations Unies, Lucy Page, fondatrice et directrice exécutive du Community Empowerment Program, a pu construire une école à l’intention des enfants des vendeuses de marché locales. À proximité des salles de classe, elle fait remarquer fièrement la présence de deux blocs sanitaires distincts, un pour les garçons, un pour les filles, aux murs en parpaings, reliés à un système septique moderne et avec l’eau courante. Des panonceaux aux murs interdisent l’emploi de tout langage sexuel explicite et tout comportement inconvenant. Parcourant du regard le marché de Soul Clinic, avec sa pompe à eau, ses latrines et ses douches propres, la nouvelle école et un petit moulin à céréales près des étals des vendeuses, Mme Page déclare avec satisfaction : « Nous avons amélioré leur sort. Nous leur avons redonné leur dignité. »

Dans les pays émergeant de catastrophes ou de conflits, la valeur de l’enseignement supérieur peut facilement passer au second plan, derrière les problèmes immédiats que sont la faim et la manque de logement. Mais des dirigeants du monde de l’enseignement plaident publiquement en faveur d’une reconnaissance accrue du rôle de l’éducation dans le rétablissement de la société et pour préparer les jeunes à assumer à l’avenir les responsabilités du développement national. En Bosnie-Herzégovine, Saša Madacki, Directeur du Centre des droits de l’homme à l’université de Sarajevo, indique qu’il existe d’immenses lacunes dans les connaissances qu’ont les Bosniaques de leur société, car peu de recherches ont été menées hors des centres de population et que cela a mené à un déni des réalités. « Nombreux sont les gens qui prétendent qu’avant la guerre, il n’y avait pas de violence domestique, les femmes n’étaient pas maltraitées, les enfants n’étaient pas maltraités, dit-il. Alors qu’en fait, ce qui se passait, c’est que l’on n’en parlait pas en public ou aux autorités. »

Il souhaite que l’université produise davantage de chercheurs et de spécialistes en sciences sociales, maintenant que l’évolution des attitudes autorise des débats plus ouverts sur des questions telles que la situation de la femme dans la culture patriarcale du pays, en particulier en milieu rural. « Le problème est que nous n’avons toujours pas de données sur les régions rurales, les villages isolés, dit-il, pas de recherches anthropologiques. Et on ne peut pas ignorer les réalités sociales dans sa propre maison. »

M. Madacki est très critique du fait qu’une grande partie des recherches effectuées en Bosnie-Herzégovine de l’après-guerre ne l’est pas par des étudiants ou des chercheurs d’universités bosniaques, mais par des gens de l’extérieur pour lesquels l’avenir du pays importe peu. Selon lui, le domaine des études sociales est grand ouvert et il faudra une nouvelle génération de spécialistes locaux pour resituer le passé tragique de la Bosnie dans un contexte historique bosniaque ou balkanique.

Emmet Dennis, qui est devenu président de l’université du Libéria l’an dernier, estime que l’enseignement supérieur devrait être un terrain de formation actif, produisant des penseurs bien éduqués qui s’emploieront à combler les lacunes de la reconstruction et du développement du pays dans un large éventail de domaines, depuis la médecine et le droit jusqu’à l’agriculture et aux affaires. Son université, qui faisait jadis la fierté de Monrovia, capitale du Libéria, a beaucoup souffert de la guerre civile et de l’exode de ses meilleurs professeurs qui l’a laissée avec un personnel enseignant aux compétences inférieures et trop facilement tenté par la corruption dans des temps économiques très difficiles pour les enseignants et les étudiants, dit-il. M. Dennis décrit les projets hardis qu’il a conçus pour mettre fin à la stagnation de l’institution et pour la rendre conviviale pour les jeunes, en partenariat avec de grandes institutions d’enseignement du monde entier. « L’université doit être le leader de notre société », dit-il.

[25] Vision de l’UNFPA pour les jeunes

L’UNFPA promeut et protège les droits des jeunes. Il envisage un monde où les garçons et les filles disposent de possibilités optimales de réaliser leur plein potentiel, de s’exprimer librement, de voir leurs opinions respectées et de vivre une vie exempte de pauvreté, de discrimination et de violence.

À ces fins, le Fonds œuvre dans tous les secteurs et avec de nombreux partenaires pour :

  • Autonomiser les adolescents et les jeunes et les aider à acquérir des aptitudes qui leur permettront de réaliser leurs rêves, d’exercer leur esprit critique et de s’exprimer librement;
  • Promouvoir la santé, notamment en leur donnant accès à des informations sur la santé sexuelle et reproductive ainsi qu’à une éduction, à des fournitures et à des services dans ces domaines;
  • Mettre les jeunes en relations avec des programmes de moyens d’existence et d’emploi;
  • Appuyer les droits des jeunes, notamment des filles et des membres des groupes marginalisés, à grandir de manière saine et sans danger et à bénéficier d’une juste part des investissements sociaux;
  • Encourager l’exercice du leadership chez les jeunes et leur participation aux décisions qui touchent à leur existence, notamment à l’élaboration de plans de développement de la société où ils vivent.

L’approche holistique, plurisectorielle et collaborative de l’UNFPA reflète une vision qui appréhende la vie des jeunes de manière non pas fragmentée mais globale. Au niveau des politiques, le Fonds situe les questions relatives aux adolescents et aux jeunes dans le contexte général du développement et de la réduction de la pauvreté. Au niveau des programmes, il plaide en faveur d’un ensemble essentiel d’interventions de protection sociale des jeunes incluant des services d’éducation, des services de santé sexuelle et reproductive, et des appuis pour leur permettre de se procurer des moyens d’existence. À ces deux niveaux, le Fonds encourage les alliances intergénérationnelles qui unissent l’énergie, les perspectives et la motivation des jeunes à l’expérience et au savoir des formateurs et des facilitateurs adultes.

L’adolescence est une période marquée par de multiples transitions vitales, physiques, psychologiques, économiques et sociales. Au sortir de l’enfance, les pressions qui incitent les jeunes à se forger une identité spécifique et à devenir des adultes responsables s’intensifient. Les transitions qui s’engagent s’accompagnent de défis et de choix, fortement marqués par les attentes des sociétés et des familles pour les membres de l’un et l’autre sexes. Le succès de ces transitions dépend, en partie, de l’appui que les jeunes reçoivent de leur famille, de leur communauté et de l’ensemble de la société.

[26] Rôle des chefs traditionnels et des anciens LORS DES crises et du relèvement

L’un des développements récents les plus remarquables, notamment en certains lieux de l’Afrique et de la région Asie-Pacifique, est la réémergence et l’implication croissante des dirigeants traditionnels et des anciens dans la tâche du relèvement des communautés rurales au lendemain de catastrophes, et leur consentement d’inclure les besoins et les droits des femmes. La plupart des dirigeants traditionnels étant, dans beaucoup de pays, des hommes, cette tendance semble être issue d’une prise de conscience sociale de la part des hommes ainsi que d’une autonomisation accrue des femmes qui ont relevé les défis du conflit et du déplacement et qui ont réintégré leur foyer avec un nouveau sentiment de force qui modifie les rôles dévolus aux deux sexes dans la famille.

Au Timor-Leste, par exemple, des femmes ont été élues au poste de chef de village, dit chefe de suco. À Fidji, en mai 2010, un groupe de 45 hommes, dont des turaga-ni-koros, chefs de village traditionnels, ont suivi un programme de formation sur les droits des femmes et la violence sexiste. Des dirigeants religieux ainsi que des élus locaux et des officiers de sécurité ont également pris part aux débats, menés par Shamina Ali, directrice exécutive du Fiji Women’s Crisis Centre. Le centre, qui s’est fixé pour mission d’éduquer les communautés sur la violence sexiste, a ensuite dispensé des formations et organisé des débats pour les jeunes homes de Tonga.

Lorsqu’un groupe de chefs de clan et d’anciens acholi du nord de l’Ouganda s’est réuni près de Gulu pour parler de leurs institutions culturelles pour le présent rapport, une femme était également présente. Les taux élevés de mortalité maternelle et d’infection par le VIH en Ouganda ont contribué dans une grande mesure à attirer l’attention des dirigeants traditionnels qui voient leur famille et leur communauté décimées. Ces questions ouvrent la porte à un débat sur le problème général des relations entre les sexes. Il y a également du nouveau dans l’air et des organisations de femmes hardies ainsi que des militantes et militants courageux plaidant en faveur de la santé et des droits des femmes commencent à se faire entendre plus largement. On voit se manifester les premiers signes d’une volonté naissante mais croissante de la part d’hommes et de femmes d’œuvrer de concert dans le domaine des responsabilités et des rôles dévolus aux deux sexes. Janet Jackson, représentante de l’UNFPA en Ouganda a été témoin de ce phénomène et a appuyé les efforts. « Une grande partie du travail que nous avons effectué dans le nord a permis aux femmes de se mobiliser, dit-elle; elles en ont assez. »

Dans la ville de Lira, à l’est de Gulu, où vit le peuple lango, Alfred Adeke, ancien comptable dans le secteur cotonnier à l’esprit pratique, chef de clan lango, a aujourd’hui le titre de ministre des finances de la Fondation culturelle lango. Lors d’un déjeuner avec des collègues actifs à Lira dans des projets visant à venir en aide aux victimes de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), il a parlé du rôle coutumier des chefs de clan qui exerçaient jadis leur autorité sur des groupes de familles, autorité qui leur avait été enlevée en 1966, quatre ans après l’accession de l’Ouganda à l’indépendance.

Les dirigeants culturels lango de la région de Lira, ainsi que d’autres peuples du nord de l’Ouganda, voient dans leurs institutions historiques précoloniales rétablies par une nouvelle constitution durant les années 1990, un système de justice et de réconciliation qui pourrait offrir un complément utile aux tribunaux actuels du système judiciaire de l’État, où le traitement des dossiers laisse à désirer. Devant les tribunaux de l’État, les pauvres n’ont pas souvent gain de cause, ne disposant pas des moyens financiers ni de l’expérience et des connaissances qui permettent à d’autres de faire usage de la loi à leur avantage. Dans le système de justice administré par les clans, ils peuvent espérer des résultats plus favorables, la réconciliation étant souvent l’objectif principal visé.

Aux abords de Gulu, capitale commerciale du nord de l’Ouganda, les dirigeants acholi ont publié un recueil de droit coutumier et, plus récemment, un document intitulé « Principes acholis des relations entre les sexes ». Le préambule de ce document reflète les réalités d’une ère nouvelle et les réactions face aux changements d’attitudes et aux influences extérieures. Il évoque notamment « la nature évolutive et dynamique de la culture et la nécessité que celle-ci se conforme aux normes constitutionnelles et aux instruments internationaux des droits de l’homme établis afin de reste pertinente ».

Devant le grand nombre de jeunes Acholi, garçons et filles, qui ont été enlevés et recrutés de force dans l’Armée de résistance du Seigneur et étant donné que ceux qui sont revenus sont souvent gravement traumatisés ou incapables de concevoir la vie sans arme à feu, les anciens pensent que les rituels coutumiers peuvent contribuer à ramener la paix dans les villages et les villes. « Les enfants sont tourmentés, possédés par les esprits du mal en raison de tous les actes qu’ils ont commis, explique Nepthali Ococ, vice-président des anciens acholi. Les filles contraintes à l’esclavage sexuel font face aujourd’hui à une stigmatisation considérable. Les familles sont embarrassées. Certaines filles de familles très pauvres sont revenues avec des enfants. Nous devrions trouver un moyen de traiter le problème des enfants qui ont commis des crimes contre leur gré. » Et il dit aux communautés acholis : « Quiconque est allé dans la brousse a commis un crime ou un autre ».

À Empowering Hands (littéralement, Mains habilitantes), petite ONG survivant tant bien que mal à Gulu, des jeunes hommes qui ont été soldats et des femmes anciennes esclaves sexuelles dans la brousse apportent leur aide à ceux et celles qui ont connu les mêmes situations au moyen de cérémonies acholi de purification. Pour les jeunes traumatisés, ces cérémonies sont accompagnées de counselling et de longues conversations rassurantes. Beaucoup des jeunes traités à Empowering Hands ne trouveraient sans doute pas de services professionnels de conseils psychosociaux ou ne pourraient pas se les payer. Le partage aide tout le monde. « Nous avons tous et toutes été stigmatisés, victimisés » dit une jeune femme qui travaille au centre de l’ONG. L’une de ses collègues décrit comment elle a été battue par les troupes rebelles, forcée de transporter de lourdes charges et exploitée sexuellement. Elle dit avoir eu un bébé quand elle avait 14 ans, en captivité. Quand elle est rentrée chez elle, ses parents étaient partis. Elle élève son enfant et ses quatre frères et sœurs grâce à ses maigres revenus. Le fait de pouvoir parler de ses problèmes avec d’autres qui ont subi ce qu’elle a subi lui apporte un peu de bonheur et de paix, dit-elle. Mais son plus grand regret est de ne pas avoir les moyens de reprendre ses études.

À Kampala, Primo Madra, médecin et administrateur de programme national pour les urgences à l’UNFPA, est préoccupé par le fait que les services sociaux sont encore insuffisants dans le nord et estime que des efforts supplémentaires doivent être déployés par les autorités des districts et le gouvernement national pour consolider la paix et poursuivre la réconciliation.

Le responsable administratif de Gulu a reconnu dans une interview que les services publics étaient dépassés. Plus de 90 % des centaines de milliers de personnes déplacées étant revenues des camps en 2010. « Revenir au pays signifie construire une maison, commencer à produire de la nourriture, trouver de l’eau », dit-il. Les différends relatifs à la propriété foncière entravent le développement, les orphelins doivent encore être hébergés et les 10 % des personnes déplacées toujours dans les camps sont particulièrement vulnérables. Ce sont des vieillards sans ressources et des survivants de familles brisées sans terre où ils pourraient se réinstaller. Les institutions traditionnelles veulent aider, mais les défis à relever sont généralement au-delà de leurs capacités et de leurs moyens.

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