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État de la population mondiale 2010

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CHAPITRE TROIS

Les femmes aux premières lignes du relèvement

Le panonceau indiquant le bureau de la juge Evelina Quaqua ne dit que « Tribunal E ». Elle siège « en chambre », sans public ni médias, dans une salle bien éclairée où les témoins et les survivantes peuvent faire leurs dépositions dans des cabines à parois en verre Argus qui leur permettent d’assister à l’audience sans être exposés à la vue des accusés ou du jury. Mme Quaqua est présidente d’un tribunal unique au Libéria, ayant pour seule  domaine de compétence les crimes de violence sexuelle et sexiste.

Femmes ramenant des légumes d’une ferme pour les vendre au marché aux abords de Monrovia (Libéria). Le marché, construit avec l’appui de l’UNFPA, est un refuge pour les femmes et leurs enfants.
©VII Photo/Marcus Bleasdale

Au cours d’une conversation dans son cabinet, la juge Quaqua note que depuis la fin de la guerre civile et le retour à un régime démocratique, elle a constaté une nette augmentation du nombre de femmes disposées à déclarer le viol et les autres crimes sexistes, car elles savent à présent quels sont leurs droits. Ce tribunal a été institué tout récemment et six affaires ont été jugées en présence d’un jury en un an. Les jurys, dit-elle, sont soigneusement sélectionnés. Cinquante « hommes et femmes crédibles » sont inscrits sur une liste générale, à partir de laquelle 15 jurés sont sélectionnés pour chaque affaire. La juge Quaqua a le pouvoir de condamner les personnes reconnues coupables par le jury à des peines de prison d’un minimum de 10 ans et pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité, selon la gravité des faits.

La juge Quaqua note que les enfants sont particulièrement vulnérables aux crimes sexuels – elle a statué sur une affaire où la victime était âgée de cinq ans – et que l’auteur du crime est presque toujours un membre de la famille ou quelqu’un que l’enfant connaît. « Les violeurs ne sont pas des étrangers », dit-elle. Elle signale qu’elle ne juge pas encore beaucoup d’affaires d’agressions sexuelles commises envers des hommes, bien que les recherches indiquent que de nombreux hommes, peut-être près d’un tiers de la population masculine, ont subi des violences sexuelles durant la guerre civile. Comme dans les autres pays, les conseillers du Libéria notent que les hommes mettent plus longtemps à demander de l’aide.

Le Libéria a sans doute fait un bon départ sur la voie du relèvement en phase de post-conflit, du fait de l’influence politique considérable acquise par les femmes au cours de la décennie précédente. Les Libériennes, et parmi elles un grand nombre de vendeuses de marchés qui sont le soutien du commerce en Afrique de l’Ouest, ont démontré en 2003 que l’on pouvait réaliser ce qui semblait impossible par un vaste mouvement de paix s’appuyant fortement sur une large solidarité, avec de la persévérance, des chants et des prières et avec très peu de moyens financiers. Leur histoire, narrée dans le dramatique documentaire Pray the Devil Back to Hell [Priez pour renvoyer le diable en enfer] montre ce dont les femmes ont été capables pour exiger la fin de la guerre civile.

Dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, les femmes se sont organisées très activement. Même avant l’adoption de la résolution 1325, le Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix avait réuni des militantes de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone qui s’employaient à rétablir la paix dans la région. Ce réseau, qui s’est vu décerner le Prix des droits de l’homme des Nations Unies en 2003, œuvrait à l’avant-garde de l’opposition au gouvernement de la Guinée. En septembre 2009, des troupes nationales ont ouvert le feu sur la foule dans un stade de Conakry, capitale de la Guinée, où les adversaires du régime militaire au pouvoir s’étaient rassemblés. Dans le chaos provoqué par cette attaque meurtrière, de nombreuses femmes ont été enlevées et soumises à des violences sexuelles.

Force est de constater que malgré la force des mouvements féminins, la violence domestique reste un problème majeur au Libéria. Une organisation non gouvernementale (ONG) libérienne dénommée Touching Humanity in Need of Kindness [Toucher l’humanité qui a besoin de douceur] connue sous son acronyme anglais de THINK, fondée en 2003, s’est fixé pour mission de conseiller les femmes et les filles ayant survécu aux violences sexuelles durant la guerre, notamment certaines jeunes militaires et de nombreuses autres qui avaient été enlevées lors de raids par des combattants armés brutaux et indisciplinés de tous bords. « Quand les combattants passaient dans les villages, ils emmenaient les filles, parfois de sept, huit ou neufs ans, raconte Rosana Schaack, la directrice exécutive de l’organisation, pour leur servir d’esclaves sexuelles. Après la guerre, ces filles ont été rejetées par leurs familles et par les communautés qui ne voulaient ni d’elles ni des enfants procréés par les rebelles. Nous avons dû veiller à ce que ces enfants ne soient pas attaqués. »

Femmes officiers de police enseignant l’autodéfense à de jeunes Libériennes à Monrovia.  ©VII Photo/Marcus Bleasdale

En phase de post-conflit, THINK continue d’aider les filles, les jeunes femmes et quelques jeunes hommes et garçons en leur dispensant des conseils psychosociaux et des cours de formation d’une durée de neuf mois. La violence sexuelle et sexiste s’est déplacée et, des zones d’affrontement et des raids des milices rebelles, est passée aujourd’hui dans les rues, les foyers familiaux, les écoles et autres lieux familiers. Mme Schaack et ses conseillères sont d’accord avec la juge Evelina Quaqua pour dire que, dans ce contexte, les victimes connaissent généralement leurs agresseurs.

Trois filles âgées de 14 ans, gravement traumatisées, ont raconté leur histoire, individuellement et en compagnie d’une conseillère, dans l’environnement convivial pour les enfants qu’offre le siège de THINK, de dimensions modestes, à Monrovia. De nombreux animaux en peluche étaient éparpillés sur les lits où les enfants et les adolescents pouvaient se reposer pendant les séances de conseils; l’atmosphère était calme. L’une des filles, du district de Lofa, dans le nord du Libéria, a été violée par son pasteur, qui l’a trouvée seule chez elle un jour, l’a invitée au presbytère, l’y a enfermée et lui a dit que si jamais elle parlait du viol, il la tuerait. Sa famille s’est pourvue en justice, malgré les menaces, et le violeur a été incarcéré. Ce type d’affaires où des viols sont parfois commis par des personnes bénéficiant de la confiance des victimes, telles que des enseignants, par exemple, constitue un avertissement pour ceux qui en sont venus à considérer que les victimes de tels actes n’ont en fait que peu de chances d’avoir gain de cause dans les recours en justice. Le courage de celles qui portent plainte ou intentent des procès est très remarqué et chaque victoire pour elles réduit l’impunité des auteurs des faits.

[15] Les femmes, les jeunes et la violence sexiste

La pauvreté et l’instabilité sociale, en période de crise et durant les premières phases du relèvement, par exemple, viennent accroître la fréquence de la violence sexiste. Cette forme de violence reflète et renforce les inégalités entre les sexes et les classes sociales et porte atteinte à la santé, à la sécurité, à l’autonomie et à la dignité de ses victimes.

Les conflits et les catastrophes naturelles déstabilisent les structures sociales, ce qui accroît considérablement la vulnérabilité de nombreux jeunes, de jeunes femmes en particulier, à la violence sexuelle, à l’exploitation par le travail et au trafic des personnes. Les survivantes de violence sexiste ne disposent que de services et d’appuis minimaux et l’application limitée des lois permet aux auteurs des faits d’échapper à la justice. Par ailleurs, les jeunes se trouvant aussi à une époque formative de la transition qui mène à l’âge adulte, ces violences peuvent avoir des impacts physiques, psychologiques et sociaux qui perdurent. Les effets de la violence sexiste chez les jeunes sont profonds et exigent une attention plurisectorielle pour évaluer et instaurer des mécanismes de prévention et pour concevoir et fournir des services appropriés.

Au moins une femme sur trois de par le monde a été battue, contrainte d’avoir des rapports sexuels contre son gré, ou maltraitée d’autre manière au cours de son existence. Elle connaît généralement l’auteur des mauvais traitements ou des violences. En Sierra Leone, 50 000 à 64 000 femmes déplacées ont signalé avoir subi des violences sexuelles commises par des combattants armés et la moitié des femmes déplacées qui ont eu des contacts directs avec des combattants ont déclaré avoir été victimes de cette forme de violence. Selon les dispensaires de santé locaux de la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, 40 femmes en moyenne se font violer par jour.

La violence sexiste, en particulier à l’égard des jeunes, est fortement sous-déclarée en raison de la crainte de représailles de la part des survivant(e)s et de la faible disponibilité de services tels que les soins de santé et la justice. Le manque d’informations précises et fiables sur les tendances fait également obstacle à l’action et à la prévention de la violence sexiste.

Dans la plupart des contextes, les survivantes n’ont pas accès à la contraception d’urgence pour prévenir la grossesse, à la prophylaxie post-exposition pour minimiser la transmission du VIH, au traitement des infections sexuellement transmises, aux conseils psychosociaux et autres, au prélèvement de preuves scientifiques ni à l’orientation vers les services d’aide juridique et sociale dans la communauté.

Source : Youth Zones, par Governess Films en association avec l’UNFPA et la Women’s Refugee Commission.

La seconde fille a été violée par un de ses oncles. Une troisième fille, âgée de 14 ans, a été violée par un ami de la tante chez laquelle elle habitait. Le traitement de ce dernier cas indique que les réactions de la police ont évolué. L’oncle de la victime a trouvé le jeune violeur et l’a amené à un poste de police où celui-ci a été arrêté. Dans tous ces cas, THINK peut offrir aux jeunes un refuge où ils vivent pendant leur réadaptation et même plus longtemps si leur vie est en danger. L’organisation possède également un centre d’hébergement provisoire pour les enfants en difficulté et trouve des familles d’accueil pour certains d’entre eux.

De nombreuses organisations libériennes et des groupes non gouvernementaux d’autres pays ont lancé des programmes pour les jeunes, qui sont souvent aussi administrés par des jeunes, pour éduquer les adolescents dans le domaine de la sexualité, leur apprendre à être vigilants et les inciter à adopter des attitudes positives. Les jeunes, la paix maintenant revenue, bénéficient des conseils de leurs pairs qui les encouragent à rejeter les comportements tels que l’emploi de la sexualité et l’enlèvement des filles en tant que tactiques de guerre, qui se pratiquaient durant le conflit. À l’Association du planning familial du Libéria, Comfort Dunbar Kollie, la jeune femme qui dirige le centre d’éducation et d’information des jeunes, indique que les messages à l’intention des adolescents préconisent les rapports sexuels à moindre risque, l’usage du préservatif, l’abstinence et le respect d’autrui dans les relations. Le centre dispense également des conseils psychologiques. « Nous donnons aux jeunes des informations qui les autonomisent, dit-elle. Les adolescents veulent être indépendants en tout et ils agissent généralement à bon escient à condition d’être bien informés. »

[16] La naissance d’une ministre du genre et du développement

Au Libéria, les femmes jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la politique nationale; elles sont parvenues à ce résultat grâce à leur persévérance et à leur action concertée dans le cadre d’un mouvement de paix ainsi que de campagnes visant à leur permettre d’exercer leurs droits de citoyennes, à commencer par l’inscription sur les listes électorales. La participation des femmes à la politique a été un facteur non négligeable dans l’élection d’Ellen Johnson Sirleaf à la présidence du pays, une première pour le continent africain. Vu ce contexte, la création du ministère du genre et du développement aurait dû aller de soi, mais elle n’a certainement pas eu lieu du jour au lendemain.

« Le ministère a vu le jour après des années de plaidoyer en faveur de l’égalité des sexes », dit Vabah Kazaku Gayflor, ministre du genre et du développement. Au cours de son existence, cette femme est passée des profondeurs de la pauvreté rurale aux plus hauts sommets de la notoriété internationale. « Les choses ont commencé par la création d’une unité de coordination au sein du ministère de la planification, note-t-elle. À l’issue du conflit, nous avons constaté qu’il y avait un grand nombre de femmes et d’organisations de femmes un peu partout, et qu’elles cherchaient à ce que l’on fasse attention à elles. »

Les choses étaient presque comiques au début. « Nous avions des caisses de Coca-Cola pour sièges, dit Mme Gayflor, et une machine à écrire manuelle. Je me souviens très clairement des célébrations de la première Journée internationale de la femme. Et vous savez ce que nous avions comme budget pour cela ? Trois cents dollars. »

Après la quatrième Conférence mondiale sur les femmes de 1995, les Libériennes ont obtenu l’appui d’UNIFEM pour établir une équipe spéciale et ont commencé à œuvrer à la création d’un ministère en bonne et due forme. « Les femmes ont présenté un projet de loi au Parlement, dit Mme Gayflor. Le ministère a été créé en 2001 et je suis devenue ministre en 2003. » À l’époque, elle était aux Pays-Bas où elle terminait ses études de troisième cycle sur les femmes, le genre et le développement. « J’ai été élue in absentia », dit-elle.

« Au début, j’avais un fauteuil qui n’avait plus que trois pieds et que j’appuyais sur une brique, raconte-t-elle. On voyait le ciel par le plafond parce qu’une roquette avait explosé sur le toit. Je partageais mon bureau avec les insectes et les oiseaux. Nous n’avions pas de personnel. À l’époque, les femmes ne savaient même pas qu’il y avait un ministère du genre. »  Mme Gayflor a donc lancé une campagne d’information. « Et puis la période électorale est arrivée, dit-elle. Et j’ai fait savoir à tous les azimuts que les femmes devaient aller s’inscrire ». Les premiers chiffres étaient très décevants. « J’avais eu une bourse de recherche pour Harvard, mais quelque chose m’a dit de ne pas y aller »,  note-t-elle. Elle a alors fermé le ministère et a envoyé le personnel sur le terrain dans tout le pays pour inscrire les femmes. « J’ai ordonné à mon personnel de se mettre à l’ouvrage et d’inscrire les femmes sur les listes électorales, dit-elle. Je leur ai dit que si nous ne le faisions pas, nous n’avions plus qu’à plier bagages. » Et puis elle a mobilisé des fonds pour la campagne d’inscriptions électorales et a pris la route elle aussi; sa petite équipe dormait par terre, mangeait en roulant, et les assiettes sales s’empilaient dans la fourgonnette. « Une semaine ou quinze jours après, la Mission des Nations Unies au Libéria m’a appelée et m’a annoncé : Vabah, vous avez réussi. Moi j’ai demandé : réussi quoi ?  Et ils m’ont dit : les femmes sont 51 % de l’électorat. »

« Les inscriptions et le vote n’étaient pas sensibles aux sexospécificités, note Mme Gayflor. Les vendeuses de marché, par exemple, ne pouvaient pas abandonner leurs marchandises et nous avons donc envoyé des femmes qui sont allées les inscrire sur place, dans leurs étals. S’il y avait eu des bureaux d’inscription dans les marchés, ces complications supplémentaires nous auraient été évitées. »  Mais le scrutin qui a suivi a fait marque dans l’histoire de l’Afrique.

« Nous ne nous sommes pas arrêtés à l’application de la résolution 1325 avec l’élaboration d’un plan d’action, rappelle Mme Gayflor. Nous sommes allés très loin. Et c’est pour cela que nous avons une femme à la présidence. Nous avions quelque chose comme 20 % de femmes dans les forces de sécurité avant même de formuler notre plan d’action. Donc ce que nous allons faire maintenant, c’est le rendre mesurable. »

Vabah Gayflor a tiré des enseignements de la vie, tout au long du parcours qui l’a menée à son portefeuille ministériel. Sa mère est décédée quand elle avait huit ans, mais son père l’a envoyée faire ses études, et elle a mieux réussi que son frère. « J’ai terminé mes études secondaires à la tête de ma classe, dit-elle. Mon père recevait de bons rapports scolaires sur moi : c’est un garçon manqué, disait-il. À présent, les parents apprécient leurs filles et il y a beaucoup de familles qui constatent que les garçons ne sont pas les seuls à fournir des appuis à la famille. »

Mme Gayflor est devenue vendeuse de marché pendant la guerre civile, après que son père, qui travaillait dans un hôpital, eut perdu son emploi. « Nous n’avions plus un sou : en tout et pour tout 2 dollars, dit-elle. De notre maison, je voyais les vendeuses du marché qui faisaient des affaires et je me suis dit que j’allais en faire autant. » Elle a appris à acheter et à vendre des produits pour nourrir sa famille. Elle se levait le matin à 5 heures pour faire frire des bananes plantains qu’elle vendait comme friandises aux gens qui venaient chercher leurs médicaments. Elle vendait tout ce qu’elle pouvait acheter pour réaliser des bénéfices. En deux ans, dit-elle, elle avait gagné assez d’argent pour laisser à son père 2 000 dollars pour les dépenses ménagères. Il lui restait 1 000 dollars pour elle-même et elle est partie pour Monrovia, où elle a commencé une nouvelle vie.

De l’autre côté de l’Atlantique, en Haïti, des dirigeantes féministes faisaient campagne, avant la survenue du séisme, pour obtenir une meilleure protection de la part des pouvoirs publics, dit Olga Benoît, directrice de l’organisation Solidarité des femmes haïtiennes (SOFA - Solidarité Fanm Ayisyen, en créole). La ville de Port-au-Prince elle-même était dangereuse, dit-elle. « Il n’y avait pas de règlements pour la construction, pas de plan d’urbanisme », note-t-elle, ce qui a contribué à la destruction de tant de maisons, bâtiments scolaires, hôpitaux et entreprises commerciales lors du tremblement de terre. « Pendant les premières 24  heures, nous n’avons pas eu d’aide, nous avons été entièrement laissés à nous-mêmes, dit-elle. Il n’y avait pas de plan d’urgence, pas d’administration les premiers jours. » Le Conseil de sécurité des Nations Unies et ses résolutions peuvent paraître très loin de là, mais les femmes haïtiennes savent instinctivement pourquoi de telles mesures sont nécessaires.

Carine Exantus, étudiante en journalisme à l’université d’Haïti, gravement endommagée par le séisme de janvier 2010 et contrainte de fermer ses portes, a observé ce qui se passait autour d’elle et tenu un journal. À Port-au-Prince, la capitale, où au moins 200 000 personnes ont trouvé la mort et où plus d’un million se sont retrouvées sans abri et dépendantes des services d’aide pour survivre, les femmes ont été particulièrement désarmées durant les mois qui ont suivi la catastrophe. Carine Exantus s’en est bien rendu compte, puisqu’elle s’est trouvé contrainte, avec sa famille bourgeoise, leur maison détruite, de se réfugier dans un camp, sale et surpeuplé, établi sur la Place Pigeon, à proximité du palais présidentiel en ruines. Le jour et davantage encore la nuit, dit-elle, l’impuissance et la vulnérabilité des femmes étaient évidentes.

« Pendant les premières 24 heures, nous avons été entièrement laissés à nous-mêmes. »

À la Place Pigeon, elle a été témoin des mauvais traitements et de la négligence subis par les femmes et les filles, qu’il aurait été difficile de ne pas remarquer étant donné le manque de vie privée dans le camp. Elle a vu des femmes travailler toute la journée pour survivre, pour se procurer de la nourriture et de l’eau, s’efforçant de faire leur toilette et celle de leurs enfants et de veiller à la santé de la famille. La nuit beaucoup ne trouvaient pas de repos dans leurs campements de fortune. « Beaucoup de femmes et de filles vivent dans le camp, écrit Carine Exantus dans son journal. Elles sont victimes de toutes sortes de violences, physiques, morales ou psychologiques. Le plus grand problème pour les jeunes filles est de devoir prendre leur douche en public et de s’exposer aux regards indiscrets. Certains garçons en profitent pour leur faire des remarques grossières sur leurs caractéristiques physiques. Presque toutes les nuits, nous entendons des hurlements de femmes et de filles. Leur mari ou leur partenaire les fouettent, les battent violemment. Elles sont souvent maltraitées et se voient parfois contraintes de fuir pour échapper à leurs bourreaux. »  Carine Exantus note aussi que des étrangers rôdent dans les camps en quête de victimes; elle signale qu’après la Journée internationale de la femme, le 8 mars, un jeune homme a été arrêté pour tentative de viol. « Le problème, écrit-elle, c’est la condition de la femme. »

Les dirigeantes d’organisations féminines disent que les Haïtiennes, chefs de près de la moitié des familles du pays, sont extrêmement vulnérables lors des catastrophes, du fait de l’absence du père qui leur laisse la charge entière des enfants. Seules avec ceux-ci dans les camps surpeuplés s’étendant sur des hectares de terre boueuse, elles ont du mal à se procurer des revenus et la protection de la police reste limitée. Mme Benoît se montre toutefois confiante et attend des changements. « Les femmes devraient s’organiser dans les camps, et elles le feront, a-t-elle déclaré à la fin avril. Il y a d’abord eu les besoins alimentaires, la santé […] Il faut que les choses se tassent un peu. » Entretemps, la SOFA et d’autres organisations documentent les cas de violence sexiste dans les camps et offrent certains services médicaux dans un dispensaire pour les victimes du séisme. Celles-ci fondent certains espoirs sur les unités de police des Nations Unies fournies par le Bangladesh et l’Inde, composées entièrement de femmes, qui pourront peut-être améliorer la sécurité des personnes déplacées.

Haïtiennes nettoyant les gravats dans les rues dans le cadre d’un programme « travail contre numéraire » dans le quartier de Carrefour Feuille de Port-au-Prince.
©MINUSTAH/Sophia Paris

Mme Benoît signale que son organisation s’emploie depuis les années 1980 à améliorer la situation des femmes et à les aider à trouver leur place dans la société haïtienne. « À l’époque, personne ne parlait de la place des femmes », dit-elle. La SOFA a milité et a obtenu la création d’un ministère de la condition féminine, portant ainsi les questions intéressant les femmes à un niveau supérieur. « Vingt-cinq ans plus tard, on voit la différence », dit-elle. Des défenseurs des droits des femmes, œuvrant avec le ministère, ont obtenu la promulgation d’un décret qui criminalise le viol, bien que la justice soit lente à traiter les affaires. Il est évident qu’il reste beaucoup à faire dans ce domaine. « Nous devons transformer les attitudes des juges, de la police, des responsables de la santé, dit Mme Benoît, pour qu’ils cessent de considérer que la fille ou la femme sont responsables d’avoir provoqué le crime. »

Le séisme a été dévastateur pour la SOFA, qui travaille avec la CONAP, la  Coordination nationale de plaidoyer pour les droits des femmes. Les deux organisations ont perdu des adhérentes influentes. Le bâtiment du ministère de la Condition féminine s’est effondré alors qu’avait lieu une réunion de haut niveau de militantes. Parmi les femmes qui ont été tuées figuraient deux dirigeantes féministes connues, Myriam Merlet et Magalie Marcelin, ainsi que la directrice générale du ministère, Myrna Narcisse Théodore. Vers la fin du printemps, le personnel du ministère travaillait encore sous des tentes installées dans un espace d’où avaient été déblayés les gravats des bâtiments détruits. « Tout le mouvement a été décapité », dit Mme Benoît.

Parmi les causes pour lesquelles ces femmes luttaient figurait l’établissement de services spécialisés ou de locaux distincts pour interroger les survivantes de la violence sexiste. Treize commissariats de police en étaient dotés avant le séisme. À Port-au-Prince, ils ont tous été détruits, sauf un qui a alors été occupé par des officiers de police ne disposant plus d’autres bureaux. En 2009, une initiative conjointe de l’Académie de police nationale d’Haïti, de la Coalition nationale contre les violences faites aux femmes et de l’UNFPA, premier organisme des Nations Unies qui œuvre avec la police haïtienne dans le domaine de la lutte contre la violence sexiste, a formé 770 agents nouvellement recrutés à interagir avec les femmes maltraitées ou violées. Par ailleurs, Haïti a également bénéficié d’une collaboration avec le Brésil, pays qui possède de l’expérience en matière de création de services de police réservés aux femmes ainsi que des dispensaires de santé reproductive bien établis. Le Brésil commande la force de maintien de la paix des Nations Unies en Haïti et ses soldats sont intervenus au sein des communautés; des représentants de la police haïtienne se sont également rendus en visite au Brésil.

Haïti n’est qu’un exemple des répercussions dans de nombreux pays de l’extrême pauvreté et des carences du développement sur les ripostes aux crises et sur l’action en faveur des femmes, ainsi que des difficultés supplémentaires du relèvement au lendemain des crises. Le manque d’attention politique accordée aux questions féminines se traduit souvent par une insuffisance des dépenses pour l’amélioration et l’expansion de programmes pour les femmes, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé reproductive. Au niveau des villages, les filles et les femmes qui savent lire et compter sont souvent faciles à repérer car elles se montrent toutes disposées à parler des questions de développement et des besoins des femmes.

[17] LA SANTÉ REPRODUCTIVE DANS LES SITUATIONS D’URGENCE

Les femmes ne cessent pas d’avoir des enfants quand les catastrophes surviennent. Dans les situations de crise ou les camps de réfugiés, une femme en âge de procréer sur cinq est enceinte.

Les conflits et les catastrophes naturelles constituent de graves facteurs de risque pour ces femmes et leurs bébés, du fait de l’absence soudaine de soutien médical, à laquelle viennent s’ajouter très fréquemment les traumatismes, la malnutrition ou la maladie, et l’exposition aux violences.

Les femmes déplacées par les conflits doivent parfois accoucher sur les routes de l’exode, sans disposer des articles les plus élémentaires qui leur permettraient de le faire dans de bonnes conditions d’hygiène. Les catastrophes naturelles peuvent d’une part détruire les centres médicaux et provoquer d’autre part des accouchements prématurés. Dans les populations réfugiées ou déplacées, même dans un environnement relativement stable, le manque de planification familiale et de soins maternels peut mettre d’innombrables femmes en danger. Les femmes qui meurent en couches laissent derrière elles des familles en détresse et les taux de mortalité et d’abandon scolaire chez leurs enfants survivants sont plus élevés que chez les autres. Des interventions urgentes peuvent faire la différence entre la vie et la mort pour les femmes enceintes et les nouveau-nés, de même que pour les autres enfants et les membres de la famille dont les femmes prennent soin.

Lorsque les accoucheuses qualifiées et les soins obstétricaux d’urgence font défaut, les grossesses non planifiées peuvent avoir une issue mortelle. Nombreux sont les couples qui préféreraient ne pas avoir d’enfants en période de crise, mais qui n’ont pas les moyens de différer les grossesses, faute de services de planification familiale. Les carences de la planification familiale peuvent avoir d’autres conséquences graves, notamment les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses à la suite de grossesses non désirées. En rétablissant l’accès à une contraception sans danger et efficace, on protège la vie et le bien-être des femmes et des enfants et on permet aux couples touchés par les crises de gérer plus efficacement leurs maigres ressources familiales.

Les soins prénatals sauvent des vies et préservent la santé des futures mères et de leurs bébés. Ils permettent de repérer les problèmes de santé générale à traiter et apprennent aux femmes et aux communautés à reconnaître les signes de danger durant la grossesse. Les soins prénatals doivent aussi répondre aux besoins nutritionnels spéciaux des femmes enceintes.

En temps de crise, le risque de mortalité maternelle et infantile est encore plus élevé. Les femmes qui fuient les conflits ou sont déplacées par des catastrophes naturelles se voient souvent contraintes d’accoucher sans disposer des fournitures les plus strictement nécessaires pour le faire dans de bonnes conditions d’hygiène. Les mesures les plus importantes pour assurer un accouchement sans danger consistent à offrir aux femmes des soins qualifiés lors de l’accouchement et à veiller à ce que les femmes victimes de complications graves aient rapidement accès à des soins obstétricaux d’urgence.

Les situations d’urgence aggravent le risque d’exposition au VIH et aux autres infections sexuellement transmissibles. Le déplacement et la désintégration des familles et des communautés, ajoutés à l’effondrement de l’infrastructure sanitaire et éducative et au fait que les préservatifs ne sont soudain plus disponibles, peuvent accroître la fréquence des rapports sexuels non protégés. Le danger de contracter une infection est plus grand en cas de viol et d’autres formes de rapports sexuels subis sous la contrainte, en raison du risque accru de lésions et de saignement du vagin. Dans certains cas, même en phase de post-conflit, une culture de violence persistante et la dégradation des systèmes juridiques continuent d’inciter à la violence sexuelle.

Source : Les femmes sont la trame : Santé de la reproduction dans les communautés en crise, UNFPA.

Dans le village d’Acowa, situé dans l’est du district d’Amuria en Ouganda, Florence Achan est l’une de ces femmes. Elle s’est jointe à certaines de ses consœurs et à quelques hommes pour parler de leurs expériences respectives dans le cadre d’un programme d’amélioration des techniques agricoles locale mis en œuvre par l’ASB (Arbeiter-Samariter-Bund – Fédération samaritaine des travailleurs), une grande ONG allemande, avec le soutien ici de l’UNFPA, du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Florence Achan, 35 ans, est une personne déplacée, comme les autres membres du groupe. Elle a d’abord été chassée de chez elle par de violents raids de voleurs de bétail nomades de la région voisine de Karamoja, puis par l’Armée de résistance du Seigneur. Le récit des vicissitudes des différents membres du groupe était si poignant que l’interprète a éclaté en sanglots. Mme Achan s’est alors levée et a parlé, en anglais. Séparée de son mari lors des raids, elle ne l’a retrouvé que lorsqu’elle a enfin pu revenir chez elle en 2004, mais une mauvaise surprise l’attendait. « Il vivait avec une autre femme », dit-elle. En femme éduquée qu’elle est – elle a fait ses études secondaires – Florence Achan a résolu de trouver une solution au problème. Elle s’est renseignée sur les prêts bancaires, les semences et les techniques agricoles, et elle a persuadé son mari de se joindre à elle, en partenariat, pour exploiter leur lopin de terre. Ils se sont mis à l’œuvre ensemble. Il a cessé de voir d’autres femmes et de se quereller avec elle. En revanche, la première année, rien n’a marché dans leur travaux agricoles et ils n’avaient rien à manger. Mais ils sont restés ensemble et ont l’intention de prendre un nouveau départ à deux. « Si Dieu nous envoie de la pluie, nous réussirons », dit-elle, son mari assis près d’elle. Nous nous sommes réconciliés et nous repartons à zéro. »

Florance Achan a d'abord été chassée de chez elle par de violents raids de voleurs de bétail nomades de la région voisine de Karamoja, puis par l'Armée de résistance du Seigneur.

Les organismes internationaux disposent d’une somme considérable de documents et d’études qui montrent que les femmes éduquées ont, d’une part, moins d’enfants et les envoient faire des études, et, d’autre part, de meilleures perspectives économiques, ce qui contribue à améliorer la vie familiale. L’analphabétisme, qui touche des millions de femmes, défavorise celles-ci de multiples façons, notamment en les empêchant de se renseigner sur la contraception et de la pratiquer. Il y a actuellement au monde, estime-t-on, 215 millions de femmes qui souhaiteraient éviter les grossesses mais qui n’emploient pas de méthode de contraception efficace, signale le Guttmacher Institute, organisation de recherche et de plaidoyer. Beaucoup, sinon la plupart, vivent dans des pays pauvres.

Au Timor-Leste, Kirsty Sword Gusmão, fondatrice de l’Alola Foundation, ONG de développement et d’éducation, note : « Les principales difficultés que les femmes ont à surmonter aujourd’hui ont trait à l’indépendance, ou à la dépendance, économique et aux impacts qui en résultent en termes d’options qui sont disponibles pour résoudre les problèmes tels que ceux de la violence domestique. Les femmes sont très dépendantes des hommes sur le plan financier et n’ont souvent pas la possibilité de se pourvoir en recours juridiquement, ce qui leur ferme les portes à d’autres choses, telles que l’éducation. Il en est tout particulièrement ainsi des femmes rurales. »

« Vous devez vous rappeler que le mouvement des femmes est très fort ici, dit Mme Gusmão, australienne d’origine et épouse du premier ministre Xanana Gusmão, considéré comme un héros de la révolte et des luttes contre l’occupation indonésienne qui a pris fin en 1999. « Nous n’avions qu’une seule organisation de femmes avant 1999, dit-elle. Nous opérions, de toute évidence, dans un environnement très répressif, où le mot d’ONG était inconvenant. »

Jeune femme lors d’une visite médicale dans un dispensaire de Dili (Timor-Leste).
©VII Photo/Ron Haviv

Kirsty Gusmão note qu’il se manifeste un grand intérêt pour la planification familiale, et une grande demande de ces services qui, dans un pays qui possède l’un des taux de fécondité les plus élevés au monde, dont considérés comme un moyen de maitriser les dépenses familiales. Il est ressorti d’une conversation, animée, avec des femmes d’un village de la côte nord du Timor-Leste que le nombre optimal d’enfants est de quatre. Le taux de fécondité national est supérieur de beaucoup à six. Selon les villageoises, les services de planification familiale de l’État sont souvent difficiles à atteindre et n’ont pas toujours les fournitures nécessaires en stock.

« Il y a des difficultés à obtenir des pouvoirs publics qu’ils étendent les services à tout le pays, ainsi qu’à apprendre au personnel infirmier et aux médecins à présenter les options aux familles, dit Mme Gusmão. Ils se heurtent de toute évidence à une opposition du clergé. La situation n’est pas facile, mais pour ce qui est de l’attitude des femmes, je crois que dans l’ensemble elles sont très ouvertes à la planification familiale et qu’elles comprennent mieux le lien entre la taille de la famille et la pauvreté. »  Le personnel de l’organisation Marie Stopes International au Timor-Leste et d’autres ONG ainsi que celui de l’UNFPA est parvenu aux mêmes conclusions.

Mario Martins da Cruz est chef d’équipe et spécialiste en éducation pour Marie Stopes au Timor-Leste. « Il faut améliorer la santé reproductive, non seulement pour les femmes mais aussi pour les hommes et l’ensemble de la communauté, et c’est l’information et l’éducation qui offrent les meilleures possibilité », dit-il au siège de l’organisation à Dili où il parle avec d’autres agents de terrain de leurs travaux et de leurs impressions. « Nous organisons des séances d’information où nous commençons par la santé reproductive, la physiologie, les organes. Et puis nous parlons de la planification familiale et des infections sexuellement transmises. Il y a des gens qui ont des connaissances très limitées dans le pays, mais beaucoup sont satisfaits de ce que nous faisons. Ils savent que les informations peuvent améliorer leur existence. Par contre, il y a encore des femmes qui ont peur de leur mari. La réalité, c’est que les gens ne sont pas suffisamment informés et que, pour beaucoup d’entre eux, les informations qu’ils ont sont souvent négatives. »

À la Clinique Santo António de Motael de Caritas, à Dili, la mère Idalia Taveras, la carmélite qui dirige le bureau de Caritas de Dili, indique que toutes les femmes viennent chercher ici des informations sur la contraception, bien que l’Église catholique soit opposée aux méthodes modernes de planification familiale, et que les gens sont souvent peu satisfait des prestations des établissements de santé de l’État. Il y a plus d’une décennie, dit-elle, il avait été ordonné aux femmes de faire usage de moyens de contraception pour limiter leur famille à deux enfants, et elles risquaient la stérilisation si elles ne se conformaient pas à cet ordre. Ces temps sont révolus et la Clinique Motael, qui doit son nom à l’église sur le terrain de laquelle elle se trouve, dit aujourd’hui aux femmes et à leur mari qu’ils sont libres de choisir.

La clinique étant un établissement catholique, son personnel explique à la fois la position morale de l’Église sur la planification familiale et les options disponibles de nos jours, mais ses vastes services médicaux, qui traitent aussi bien les hommes que les femmes, ne dispensent pas de contraceptifs modernes. Ils ont pu distribuer aux femmes des colliers de perles qui les aident à repérer chaque jour où elles en sont de leur cycle de menstruation, bien que cet instrument ne soit plus recommandé ni distribué par la plupart des organismes internationaux car il n’est pas considéré comme fiable ou efficace. Les Timoraises, toutefois, l’apprécient et il constitue pour elles une méthode de planification familiale qui ne les oppose pas aux enseignements de l’Église. Parfois aussi, l’emploi du collier de perles est une première étape avant l’usage de moyens modernes de planification familiale. La clinique recherche de nouvelles sources d’approvisionnement.

Avec leurs conseils francs sur les questions de reproduction, les carmélites n’ont pas échappé à l’attention des autorités de l’Église, mais elles leur ont expliqué, dit la mère Idalia, qu’elles ne font qu’aider les gens à exercer leur droit à l’information.

[18] Interventions contre la violence sexiste dans les opérations humanitaires

La violence sexiste est particulièrement problématique dans le contexte des situations d’urgences complexes et de catastrophes naturelles, où les femmes et les enfants sont souvent les cibles d’abus, constituent le plus grand nombre, et sont les plus vulnérables à l’exploitation, à la violence et aux sévices, simplement en raison de leur sexe, de leur âge, et de leur statut dans la société.

Lors d’une crise tel qu’un conflit armé ou une catastrophe naturelle, les institutions et systèmes de protection physique et sociale risquent d’être ébranlés ou détruits. Les services de police, judiciaires, de santé, éducatifs et sociaux sont souvent ébranlés, beaucoup de personnes fuient, et celles qui restent courent le risque de ne pas disposer de la capacité ou de l’équipement nécessaire pour travailler. Souvent, les familles et les collectivités sont séparées, ce qui perturbe davantage les systèmes d’appui collectif et les mécanismes de protection.

Grace est revenue dans sa communauté après avoir été enlevée par l’Armée de résistance du Seigneur.  ©Panos Pictures/Jenny Matthews

Aux fins de sauver des vies et d’optimiser la protection, dès les premières étapes d’une situation d’urgence, il faudrait mettre en place un ensemble d’activités coordonnées de prévention et réponse minimales à la violence basée sur le sexe. Les survivant(e)s/victimes de la violence sexiste nécessitent une assistance pour remédier aux conséquences nuisibles. L’aide nécessaire pourrait consister en des soins de santé, un appui psychologique et social, la sécurité, et des réparations juridiques. Dans le même temps, il faudrait mettre en œuvre des activités de prévention pour pallier aux causes et aux facteurs contribuant à la violence sexiste dans cette situation spécifique. Les prestataires de toutes ces activités doivent être au fait des choses, qualifiés et attentionnés, de manière à aider la survivante/victime, et à prendre des mesures de prévention efficaces.

La violence sexuelle est souvent utilisée en tant qu’arme de guerre, ciblant civils, femmes et enfants. Les survivants/victimes sont fortement exposés à des risques de graves problèmes durables de santé, notamment de décès des suites des blessures ou de suicide. Les conséquences pour la santé englobent les grossesses non désirées, les avortements auto-provoqués dans de mauvaises conditions d’hygiène, les infanticides et les infections transmises sexuellement, notamment le VIH/sida. Le traumatisme psychologique, de même que le stigmate social et le rejet, sont aussi monnaie courante. La plupart des sociétés ont tendance à blâmer la victime dans les cas de violence sexuelle, ce qui accroît le dommage psychologique. La nature exacte et la gravité du traumatisme physique et émotionnel varient fortement selon la survivante/victime; tous les services de réponse ne seront donc pas forcément voulus ou nécessités par toutes les survivantes/victimes. Il faudrait cependant que la réponse à la violence sexiste comporte une série de services disponibles visant à la réduction des conséquences néfastes et la prévention de nouveaux sévices infligés aux survivantes/victimes.

En temps de crise, les services de soins de santé sont souvent gravement affectés ou perturbés. Le manque de coordination, le surpeuplement, les contraintes d’ordre sécuritaire, et les priorités concurrentes, peuvent contribuer encore plus à une diminution des services de santé disponibles et accessibles, surtout pour les femmes et les enfants. Des services de santé faciles d’accès et en état de fonctionner font aussi toute la différence quant à la capacité des femmes de réduire les risques pour leur santé et pour celle de leurs enfants.

Bien que la plupart des survivantes/victimes de violence sexuelle ne parlent à personne de l’agression, certaines se confient à un praticien de la santé si les services de santé sont physiquement/géographiquement faciles d’accès, confidentiels, à l’écoute, prévoient des consultations privées, et sont de bonne qualité. Les centres de santé peuvent servir de premiers lieux « neutres » pour fournir informations et conseils sur la santé génésique des femmes et des jeunes filles. Les femmes ont davantage accès à ces informations si elles sont disponibles dans le contexte des soins de santé de base, plutôt que dans le cadre de programmes spécialisés ou distincts.

Source : Directives en vue d'interventions contre la violence basée sur le sexe dans les situations de crise humanitaire, Comité permanent interorganisations des Nations Unies.

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