1 Les aspects des changements climatiques
À la surface du globe terrestre, la température s'est élevée de 0,74 degré Celsius au cours des 100 dernières années. L'augmentation peut sembler peu de chose, mais ce réchauffement a suffi pour perturber beaucoup des écosystèmes de la planète et exposer ainsi le bien-être des humains à des risques considérables. Plus important encore, si les tendances récentes se poursuivent ou s'accélèrent comme de nombreux climatologues le prévoient, la température terrestre peut s'élever de quatre à six degrés de plus d'ici l'année 2100, ce qui aurait probablement un effet catastrophique sur l'environnement, les habitats, les économies et les populations (1).
© Xinhua/Xinhua Press/Corbis
Avec un degré de certitude croissant, les climatologues du monde entier attribuent l'essentiel du récent réchauffement aux "gaz à effet de serre" libérés dans l'atmosphère du fait des activités d'une population sans cesse plus riche, surtout dans les pays industrialisés. Les variations climatiques naturelles peuvent expliquer en partie l'augmentation des températures depuis 1900. Mais les savants n'ont jusqu'à présent trouvé aucune cause naturelle — ni un changement qui serait intervenu dans l'énergie et le rayonnement solaires, ni un éloignement des âges glaciaires passés qui se poursuivrait — susceptible d'expliquer pleinement une hausse si brutale des températures. Il n'y a pas non plus de cause naturelle qui explique pourquoi 10 des années les plus chaudes au niveau mondial depuis 1980 se situent parmi les 13 dernières années. (Voir encadré 7)
Les gaz à effet de serre, comme le dioxyde de carbone et le méthane, existent dans la nature et créent un "effet de serre" — ainsi appelé en raison d'une comparaison imparfaite avec les panneaux de glace formant les murs d'une serre — qui garde chaude la surface de la Terre. Sans gaz à effet de serre, une bien plus grande partie de la chaleur qui rayonne du soleil serait renvoyée dans l'espace et la surface de la Terre serait trop froide pour que la vie y soit possible.
Les gaz à effet de serre additionnels qui proviennent de la consommation intense de combustibles fossiles, des méthodes modernes d'agriculture qui font appel aux engrais, et de l'emploi industriel des chlorofluorocarbones, surtout au cours des 40 dernières années, ont abouti à déséquilibrer l'effet naturel des gaz à effet de serre. En outre, la déforestation, le défrichement d'autres types de végétation et l'accumulation du dioxyde de carbone dans les océans ont réduit la capacité des "puits de carbone" du monde, qui pendant des millénaires avaient absorbé l'excès de carbone en provenance de l'atmosphère. L'amoindrissement de la capacité d'absorber le carbone a pour conséquence que la quantité de dioxyde de carbone dans l'atmosphère a augmenté, aggravant ce qui semble être désormais un effet de serre incontrôlé.
[7]
| Gaz à effet de serre | Produits par |
| Dioxyde de carbone | Consommation de combustibles fossiles, défrichement du sol pour l'agriculture, production du ciment |
| Methane | Élevage du bétail, extraction des combustibles fossiles, riziculture, décharges, eaux usées |
| Oxyde nitreux | Processus industriels, utilisation d'engrais |
| Gaz fluorés · Hydrofluorocarbones · Hydrocarbures perfluorés · Hexafluoride de soufre |
Fuites des réfrigérateurs, aérosols, climatiseurs Production de l'aluminium, industrie des semi-conducteurs Isolation électrique, fusion du -magnésium |
[8] LES GAZ A EFFET DE SERRE
Les principaux gaz à effet de serre produits par les humains sont le dioxyde de carbone, le méthane, les gaz fluorés (notamment les chlorofluorocarbones, tristement connus pour appauvrir la couche d'ozone protectrice de la haute atmosphère), et l'oxyde nitreux. Les gaz à effet de serre sont la cause la plus importante des changements climatiques. Le "carbone noir"— essentiellement la calamine et d'autres petites particules de carbone produites par la combustion — et les changements intervenus dans la réflectivité de la surface de la Terre (par exemple quand la glace de mer réfléchissante fond et qu'elle est remplacée par les eaux océaniques qui absorbent la chaleur) contribuent également au réchauffement (4).
À mesure que la surface de la Terre se réchauffe, les conditions météorologiques se modifient. L'irrégularité des précipitations nuit à la production vivrière. La fonte des glaces dans l'Arctique contribue à la hausse du niveau des mers, mettant en danger la vie de millions de personnes qui résident dans des zones côtières de faible altitude partout dans le monde. Les changements climatiques causés par l'homme menacent d'entraîner des pénuries d'eau douce pour la consommation et l'agriculture. La fréquence et la sévérité des tempêtes semblent devoir augmenter, provoquant des inondations catastrophiques. Et le réchauffement de l'atmosphère pourrait permettre la diffusion de maladies et de parasites jadis limités aux zones tropicales dans les hémisphères nord et sud.
Il y a des preuves alarmantes que d'importants "points de basculement", conduisant à des changements irréversibles dans les systèmes climatiques et autres systèmes, ont peut-être déjà été atteints — sinon dépassés. Des écosystèmes aussi divers que la forêt ombrophile amazonienne et la toundra arctique pourraient approcher le seuil de changements spectaculaires sous l'effet du réchauffement et de l'assèchement. Les glaciers sont en retraite et les effets en aval d'une diminution de la quantité d'eau disponible durant les mois les plus secs auront des répercussions qui se feront sentir à travers les générations.
[9] ASPECTS DU BASCULEMENT CLIMATIQUE
Les savants pensent que plusieurs aspects du basculement climatique pourraient déstabiliser le climat de la planète en entraînant des réactions en chaîne qui accélèrent d'autres changements climatiques. Une fois qu'un aspect du basculement est entraîné par le dépassement d'un seuil ou d'un point de basculement, il n'y a plus de retour en arrière possible, même si toutes les émissions de gaz à effet de serre devaient s'arrêter. Certains aspects du basculement, comme un recul de la glace de l'océan Arctique en été, pourraient survenir entre 2010 et 2020 si les changements climatiques se poursuivent au même rythme. D'autres, comme l'effacement du courant qui traverse l'océan Atlantique, ne devraient pas se produire avant plusieurs dizaines d'années, tandis que la glace de l'Antarctique n'aura pas complètement fondu avant plusieurs siècles selon toute probabilité (4).
| Aspects du basculement | Conséquences attendues |
| Recul de la glace de l'océan Arctique en été | Élévation des températures moyennes mondiales et changements dans les écosystèmes |
| Fonte de la couche de glace du Groenland | Hausse du niveau des mers jusqu'à six mètres |
| Effondrement de la couche de glace de l'Antarctique Ouest | Hausse du niveau des mers jusqu'à cinq mètres |
| Intensification des phénomènes dus à El Niño | Modifications des conditions météorologiques, notamment aggravation des sécheresses, surtout en Asie du Sud-Est |
| Destruction de la forêt amazonienne | Extinction massive d'espèces et diminution des précipitations |
| Changements dans la mousson d'été en Inde | Sécheresse générale et modifications des conditions météorologiques |
| Changements dans la mousson du Sahara/Sahel et de l'Afrique de l'Ouest | Modifications des conditions météorologiques, y compris un reverdissement possible du Sahara/Sahel — l'un des rares aspects positifs du basculement |
En 2008, des chercheurs, utilisant des données extraites de quatre différents modèles climatiques, ont constaté que les changements de la température dans l'Arctique et l'Antarctique ne s'accordaient pas avec leur variabilité naturelle et qu'ils étaient directement imputables à l'interférence humaine (2). Des preuves plus nombreuses sont apparues en 2008 que la glace de mer disparaît plus rapidement dans l'Arctique qu'on ne le prévoyait auparavant en raison de la hausse des températures de l'atmosphère et de l'océan.
Pour la deuxième année de suite, un chenal libre de glace a été ouvert à la navigation dans le Passage Nord-Ouest entre les îles situées au nord du Canada. Mais cette année a vu aussi s'ouvrir la Route du Nord le long du littoral arctique de la Sibérie. Les deux passages n'avaient probablement pas été ouverts simultanément en l'espace d'environ 100 000 ans, depuis avant le dernier âge glaciaire.
La tendance générale au recul de la glace de mer dans l'Arctique dure depuis trois décennies au moins. C'est en été qu'il est le plus marqué, mais la moindre épaisseur des banquises de l'hiver en est une autre preuve manifeste. Comme un moindre volume de glace subsiste après l'été, l'épaisseur de la glace accumulée sur plusieurs années diminue. De ce fait, l'écosystème de la glace de mer est plus vulnérable à un réchauffement futur et la perspective d'un Arctique libre de glace se rapproche (3).
© Andi Gitow/UNTV
L'atmosphère se réchauffe deux fois plus vite dans l'Arctique que dans la plupart des autres parties du monde. Dans le Grand Nord, le réchauffement est amplifié par une diminution de la réflectivité de la surface de la Terre à mesure que la glace et la neige fondent. En effet, la glace et la neige réfléchissent l'énergie solaire et la renvoient dans l'espace, tandis que les surfaces plus sombres comme la toundra nue et l'océan au large des côtes absorbent davantage d'énergie solaire et le rayonnement en résultant chauffe l'air. Ainsi, à mesure que les surfaces réfléchissantes disparaissent, les surfaces plus sombres dégagent de la chaleur dans l'environnement immédiat, ce qui accélère la fonte de la glace et de la neige.
Mais il est possible que d'autres facteurs contribuent au réchauffement accéléré dans l'océan Arctique. En 2007, une perte de glace particulièrement importante est apparue dans la mer de Beaufort, au nord du Canada et de l'Alaska. Elle était due à des courants d'eau chaude venus du sud qui ont fondu la glace par en-dessous (5). Les conditions atmosphériques locales ont également amplifié le volume de glace perdu. En 2007, par exemple, le ciel exceptionnellement clair et ensoleillé a accru la fonte pendant la période de l'année où le soleil ne se couche pas et de forts vents au début de l'été ont formé des banquises saisonnières, agrandissant ainsi les étendues d'océan libres de glace (6).
La plus vaste masse de glace dans l'Arctique est celle qui recouvre le Groenland. Par endroits, la couche de glace atteint trois kilomètres d'épaisseur. Si cette masse fond en totalité, on évalue à six mètres la hausse du niveau des mers qui en résultera. Jusqu'à une date récente, les glaciologues présumaient que la glace tiédirait lentement au cours de plusieurs millénaires, le réchauffement à la surface de la couche de glace la pénétrant et la faisant fondre progressivement. Mais la couche de glace perd de son épaisseur beaucoup plus vite qu'on ne l'attendrait s'il fallait imputer le phénomène uniquement à une fonte normale. Les pertes actuelles sont supérieures à 100 kilomètres cubes par an. De nouvelles observations faites en 2008 ont révélé que l'écoulement dans l'océan de l'eau provenant du glacier Jakobshavn Isbrae dans l'ouest du Groenland, l'une des modalités les plus importantes de la perte de glace, avait doublé depuis 1997 (7). Une récente analyse des données sur l'étendue de la couche de glace du Groenland montre qu'une fonte totale est parfaitement possible sous l'effet d'un réchauffement de l'ampleur actuellement prévue pour les prochaines décennies (8).
L'Antarctique aussi perd une partie de sa glace, en particulier l'Antarctique Ouest dont la couche de glace est suffisamment épaisse pour élever le niveau des mers de cinq mètres environ. Les chercheurs ont estimé en 2008 que la perte de glace provenant de la couche de l'Antarctique Ouest avait augmenté de 60 % durant la période 1997-2006 (9). La perte de glace provenant de la Péninsule Antarctique, qui part de l'Antarctique Ouest en direction de l'Amérique du Sud, a augmenté de 140 %.
Dans son évaluation la plus récente, le Groupe d'experts intergouvernemental sur les changements climatiques a prévu que le niveau des mers s'élèverait de 18 à 59 centimètres au cours du siècle — seulement du fait de la dilatation thermique des océans devenus plus chauds et de la fonte des glaciers de montagne. Mais, depuis l'achèvement de ce rapport, de nombreux chercheurs qui y ont participé ont annoncé qu'une hausse bien plus importante était possible ou probable. La nouvelle prévision — d'une hausse d'un mètre d'ici 2100 — procède en partie de réévaluations de la possibilité d'une dislocation des couches de glace du Groenland et de l'Antarctique (10).
Une étude de 2008 sur la dynamique de la perte des couches de glace a avancé la thèse que le niveau des mers pourrait s'élever de non moins de deux mètres dans le siècle à venir à la suite de l'écoulement dans l'océan des glaces du Groenland, de l'Antarctique et d'autres glaciers et calottes glaciaires (11). Cette hausse dépasserait de très loin tout ce qui s'est vu dans le récent passé. Le niveau des mers s'est élevé de 2 centimètres durant le XVIIIe siècle, de 6 centimètres durant le XIXe et de 19 centimètres durant le XXe; une hausse de l'ordre de 30 centimètres est prévue pour le XXIe siècle sur la base des observations faites pendant les premières années du siècle (12). L'ampleur de la hausse du niveau des mers actuellement prédite serait du même ordre que celle survenue à la fin du dernier âge glaciaire. Tandis que les couches de glace se désintégraient, le niveau des mers est alors monté de 70 à 130 centimètres par siècle (13). Étant donnée la densité actuelle de la population dans les zones touchées, une élévation d'un mètre du niveau des mers dans le monde entier aurait pour effet de déplacer environ 100 millions de personnes en Asie, surtout dans l'est de la Chine, au Bangladesh et au Vietnam; 14 millions en Europe; 8 millions en Afrique et autant en Amérique du Sud (14).
La recherche conduite en 2008 indique que la hausse du niveau des mers — due à la dilatation thermique, à la retraite des glaciers de montagne et à la fonte des couches de glace — sera probablement bien plus importante et se produira beaucoup plus tôt qu'on ne le croyait voici seulement deux ans. Aussi rapidement que l'on parvienne à atténuer les changements climatiques, le niveau des mers montera. Il est donc plus urgent que jamais de chercher à s'adapter à la hausse du niveau des mers.
L'Arctique contient de très vastes réservoirs de gaz à effet de serre sous la forme de méthane retenu dans le permafrost ou sous le fond de l'océan Arctique, méthane susceptible de se dégager à mesure que la planète se réchauffe. D'importantes émissions de méthane accéléreraient le réchauffement planétaire et pourraient convertir les écosystèmes naturels de puits de carbone en sources de carbone, déclenchant ainsi une hausse de la température rapide et incontrôlable.
Les climatologues craignent que les hydrates de méthane ne pénètrent dans l'atmosphère soit avec la fonte du permafrost, soit parce que le réchauffement des eaux déstabilisera les dépôts gelés au large. En 2008, une étude du plateau continental de la Sibérie a signalé l'existence de concentrations élevées de méthane au large du delta du fleuve Lena (15). D'autre part, des chercheurs ont montré qu'une fois commencé, le réchauffement du permafrost de la Sibérie orientale — qui pourrait contenir 500 milliards de tonnes de carbone — serait irréversible; 250 milliards de ces tonnes pourraient être dégagées en l'espace d'un siècle (16). Les tourbières septentrionales qui ne sont pas gelées contiennent aussi d'importants volumes de carbone et sont vulnérables au réchauffement. L'aptitude de la tourbe à piéger le carbone dépend beaucoup de sa teneur en eau. Le réchauffement assèchera la tourbe, abaissant les nappes phréatiques. Un nouveau modèle a montré qu'il en résulterait une perte massive de carbone organique dans le sol. Dans le nord du Manitoba, au Canada, un réchauffement de 4 degrés Celsius dégagerait 86 % du carbone qui est piégé dans la tourbe à grande profondeur (17).
Une raison de craindre que les forêts ne soient pas capables d'absorber le dioxyde de carbone tient au fait que la couverture forestière elle-même diminue et contribue maintenant aux émissions — 1,5 milliard de tonnes de carbone chaque année pénètrent dans l'atmosphère en raison des changements intervenus dans l'utilisation des sols, à savoir presque exclusivement de la déforestation dans les zones tropicales (18). Une autre raison en est que même les forêts intactes peuvent se trouver en difficulté; il se pourrait que la capacité des forêts à retenir le carbone ait passé son point optimal et que la hausse des températures diminue déjà l'absorption du carbone par la végétation dans l'hémisphère nord. La hausse des températures soumet à un stress notable les arbres durant l'été, et la photosynthèse s'arrête plus tôt. Dès qu'elle cesse, le carbone n'est plus séquestré et les forêts en état de stress sont exposées à souffrir de la pollution, des incendies, des parasites et de maladies qui peuvent les convertir en sources de carbone (19).
L'autre puits de carbone — les océans — est lui aussi en danger. Les océans absorbent du carbone, aidant ainsi à maintenir l'équilibre dans l'atmosphère terrestre. Au cours des 150 dernières années, les océans ont absorbé d'un tiers à la moitié du dioxyde de carbone ajouté dans l'atmosphère. Parce que le gaz absorbé se combine avec les ions carbonate dans l'eau de mer et forme de l'acide carbonique, l'acidité des océans a été multipliée par 30. Cette acidification entrave la calcification de la faune et de la flore marines, menaçant ainsi les coquillages et le corail, qui sont une importante source de vivres et de revenu pour beaucoup de pauvres dans le monde entier.
En dehors des émissions de gaz à effet de serre, l'activité humaine a d'autres effets importants sur le climat. Il y a des indices croissants que la calamine, ou noir de carbone résultant des incendies, des industries utilisant du charbon, des moteurs diesel et des feux allumés dans les ménages, a d'importants effets sur la variabilité du climat. Les particules noires en suspension dans l'atmosphère absorbent les rayonnements et réchauffent l'air qu'elles occupent. Les émissions de noir de carbone au niveau mondial augmentent rapidement et, en Chine, ont peut-être doublé depuis 2000. L'importance du réchauffement imputable au noir de carbone pourrait être triple de ce qu'estimait dans son dernier rapport le Groupe d'experts intergouvernemental sur les changements climatiques, ce qui en ferait le deuxième agent des changements climatiques par ordre d'importance après le dioxyde de carbone (20). Ces conclusions continuent de prêter à controverse parce que la calamine peut rafraîchir aussi bien que réchauffer. Mais, quand le noir de carbone tombe sur de la glace, il en assombrit la surface, absorbant une plus grande part de l'énergie solaire, ce qui conduit localement au réchauffement et à la fonte de la neige et de la glace. La calamine contribue peut-être à la disparition des glaciers dans certaines régions et pourrait même expliquer les taux de fonte accélérée dans l'Himalaya-Hindu Kush (21).

Une nouvelle recherche démontre que dans les cyclones les plus violents l'intensité du vent s'est accrue sur tous les océans (22). Cet accroissement a été le plus marqué dans les bassins océaniques relativement froids qui ont accusé les augmentations les plus fortes de la température des mers, notamment l'Atlantique Nord, mais aussi la partie orientale du Pacifique Nord et le sud de l'océan Indien. Les cyclones tropicaux ne se forment que si la température de l'océan dépasse 26 degrés Celsius environ. Il est donc possible que les océans devenus plus chauds puissent donner naissance à des cyclones tropicaux plus fréquents et plus intenses.
La crainte croissante de pénuries mondiales d'eau met en relief de nouvelles constatations quant aux impacts que les changements climatiques auront peut-être sur le cycle hydrologique de la Terre, à savoir les précipitations, l'évaporation, et la perte de l'eau de fonte des glaciers dans les fleuves. De nouvelles prévisions annoncent des réservoirs vides en Méditerranée et dans le Middle West américain, des rivières à sec en Chine et au Moyen-Orient, et des régimes fluviaux moins prévisibles caractérisés par des crues soudaines dans une Asie du Sud devenue libre de glaciers (23).
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur les changements climatiques a présenté un éventail des augmentations possibles des températures et de leurs impacts au niveau mondial sur la société et l'environnement, allant de changements modestes et gérables à d'autres qu'on ne saurait qualifier autrement que de catastrophiques. À moins que des mesures ne soient bientôt prises pour stabiliser, puis diminuer les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, le risque est grand que les hausses de température ne causent d'immenses dommages aux écosystèmes, aux ressources naturelles, aux populations et ne perturbent les activités économiques. Une telle éventualité pourrait certainement mettre fin à la prospérité dans les pays développés et menacer les moyens d'existence de base dans les pays en développement.
Des incertitudes subsistent dans la science des changements climatiques. Cependant, les données disponibles jusqu'à présent font penser que nous ne pourrions être qu'à quelques années de franchir des points de basculement avec le risque de perturber en permanence les schémas météorologiques saisonniers qui ont rendu possibles les activités agricoles de la moitié de la population mondiale, préservé les puits de carbone et empêché la fonte des principales couches de glace.
[10] RISQUES LIES AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES
La température moyenne du globe pourrait augmenter de non moins de 6,4 degrés Celsius d'ici la fin du siècle (24).
Non moins de 30 % des espèces végétales et animales pourraient disparaître si la hausse de la température dans le monde dépasse 2,5 degrés Celsius.
Un tiers des coraux qui édifient les récifs dans le monde pourrait disparaître en raison du réchauffement et de l'acidification des eaux.
Le niveau des mers pourrait monter de non moins de 43 centimètres en moyenne d'ici la fin du siècle.
L'océan Arctique pourrait être entièrement libre de glace en été dans la deuxième moitié du siècle.
Un pays sur six pourrait affronter des pénuries alimentaires chaque année en raison de graves sécheresses.
En 2075, de 3 à 7 milliards de personnes pourraient souffrir de pénuries d'eau chroniques.
[11] AU BELIZE, LES MOYENS D'EXISTENCE SONT MENACES PAR LE RECHAUFFEMENT DES EAUX
Anita Cano, une jeune femme de 20 ans qui a facilement le sourire aux lèvres, accueille les visiteurs à l'Ambergris Diving Company (Société de plongée) de San Pedro (Belize). Mais elle pourrait bien ne pas y être longtemps. "Ce n'est pas une place stable à cause de l'économie", dit-elle.
Dans des conditions normales, San Pedro est l'un des centres touristiques les plus animés du Belize, regorgeant d'étrangers avides d'aventures de plongée sur les récifs voisins.
Le tourisme connaît une année noire — la plupart des gens disent que cela tient à la crise économique mondiale. Mais on craint aussi que la disparition progressive des récifs coralliens ne rende des destinations touristiques comme le Belize moins séduisantes pour les masses de visiteurs qui, chaque année, apportent de l'argent liquide à l'économie nationale.
Au Belize, le secteur du tourisme emploie 15 000 personnes — soit environ un emploi sur quatre. Le tourisme est le secteur qui emploie le plus grand nombre de femmes, dont beaucoup sont chefs de famille.
© Trygve Olfarnes/UNFPA
Les spécialistes disent que les coraux au large des côtes du Belize et des pays voisins disparaissent progressivement sous les effets des changements climatiques, comme la hausse de la température de l'eau, la force et la fréquence croissante des ouragans, ainsi que l'acidification de l'océan qui absorbe de plus en plus de dioxyde de carbone.
S'il y a une raréfaction très nette des coraux le long du littoral caraïbe, le tourisme ne sera pas le seul secteur à en souffrir. Les moyens de subsistance des 2 200 pêcheurs du pays pourraient être compromis. Le secteur de la pêche produit de 6 à 8 % du produit national brut du Belize. En outre, il est probable que des ouragans plus forts et plus fréquents risqueraient encore plus d'avoir des conséquences catastrophiques, car la protection offerte par les récifs coralliens s'effacerait.
Anita dit qu'elle ne sait pas grand chose de la disparition progressive des récifs coralliens et des autres effets possibles des changements climatiques, mais, reconnaît-elle, "les moyens d'existence de 90 % des gens ici dépendent de l'océan, et c'est donc quelque chose d'important".
"Cette année, notre chiffre d'affaires a diminué de 60 % par rapport à ce qu'il était voici trois à cinq ans", dit Andre Paz, guide d'excursions à l'Amigos del Mar Dive Shop de San Pedro (Belize). Lui aussi attribue le marasme actuel à la crise financière mondiale, mais il mentionne également la disparition progressive des récifs. "Nous voyons moins de poissons, moins de coraux et moins de couleurs", dit-il. Andre et son collègue Robert Zelaya croient que les changements climatiques en sont responsables.
Les spécialistes disent que les coraux sont en train de mourir en raison de la hausse de la température des eaux, de l'acidification de l'océan — résultat de l'absorption d'un volume accru de dioxyde de carbone —- et d'ouragans plus forts et plus fréquents.
En raison du ralentissement des affaires, Amigos del Mar a licencié quatre employés et vendu l'un de ses 10 bateaux. "Nous avions en moyenne 30 personnes par jour qui allaient plonger ou pêcher. Maintenant nous en voyons une quinzaine", dit Andre.






