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An elderly woman discusses her treatment with a health care provider. Human rights, including the right to health, are universal and indivisible across age, gender and culture. Une femme âgée parle de son traitement à un agent de santé. Les droits de la personne, notamment le droit à la santé, sont universels et indivisibles, sans distinction d'âge, de sexe ou de culture.
© Peter Bruyneel

La Charte des Nations Unies (1945) inscrit le respect des droits de l'homme parmi les buts essentiels de l'Organisation:

Les buts des Nations Unies sont les suivants : … Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion (2).

Il s'est dégagé au cours des premiers temps de l'existence des Nations Unies un large consensus selon lequel, à la suite "[d'] actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité (3)", une déclaration supplémentaire était nécessaire pour énoncer les droits fondamentaux partagés par tous les êtres humains, sans distinction. Ces droits ne devaient pas se cantonner dans la théorie, le but visé étant de mettre un terme à la brutalité et aux souffrances dont avaient été témoins les années 1930 et 1940.

La Déclaration universelle des droits de l'homme issue de ce consensus en 1948 définit le paradigme des droits de l'homme:

La Déclaration universelle des droits de l'homme énonce les droits de tous les êtres humains à la vie, à la liberté et à la sûreté de leur personne (article 3); à la liberté de l'esclavage ou de la servitude (article 4); de la torture et des peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants (article 5); à la reconnaissance de leur personnalité juridique et à l'égalité devant la loi (articles 6 et 7); à un recours effectif et équitable devant la loi (articles 8 à 12); à la liberté de circulation (article 13) et à la liberté de chercher asile pour échapper à la persécution, mais pas aux poursuites pour crimes non politiques (article 14); à une nationalité et à en changer (article 15); de se marier et de fonder une famille, avec le libre et plein consentement des époux (article 17); à la propriété à titre individuel (article 18); à la liberté de pensée, de conscience et de religion, à changer de religion ou de croyance et à pratiquer leur religion (article 19); à la liberté de réunion et d'association pacifique (article 20) et de participation au gouvernement (article 21); à la sécurité sociale et à la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à leur dignité (article 22); au travail et au libre choix de leur travail, sans crainte de discrimination et dans des conditions d'égalité (article 23); au repos et à des con¬gés payés périodiques (article 24); à un niveau de vie suffisant pour assurer leur santé et leur bien-être (article 25); à l'éducation qui doit être gratuite en ce qui concerne le stade fondamental (article 26); à la participation à la vie culturelle (article 27) et « à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet » (article 28)(4).

La Déclaration est une "norme commune de réalisation pour tous les peuples et toutes les nations (5)". Elle a force morale ainsi que juridique. Les États Membres des Nations Unies ont ratifié par ailleurs une large gamme d'instruments relatifs à divers droits de l'homme spécifiques qui, une fois entrés en vigueur, ont valeur obligatoire en droit international.

Certaines normes s'appliquent à tous les États, qu'ils soient ou non signataires, telles que celles concernant la prohibition des crimes contre l'humanité, du génocide et des crimes de guerre. Divers instruments relatifs aux droits de l'homme ont établi des normes juridiques internationales. Parmi ceux-ci figurent les conventions sur le génocide (1948), l'esclavage (1956), les droits du travail (1966), les droits de l'enfant (Convention relative aux droits de l'enfant, 1989), sur l'élimination de la discrimination fondée sur la race (1965) et sur le sexe (Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes [CEDAW] 1979). Les Conventions de Genève (1949) et la Convention sur les réfugiés (1951) énoncent les principes humanitaires applicables dans les situations de conflit.

Ces traités et conventions développent les principes de base des droits de la personne : universalité, indivisibilité, interdépendance, égalité et non discrimination. En outre, le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (1966) et les documents de consensus issus des grandes conférences telles que la Conférence mondiale sur les droits de l'homme (1993), la Conférence internationale sur la population et le développement (1994) et la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes (1995) énoncent eux aussi clairement des principes des droits de la personne.

La ratification d'un instrument par un État souverain n'indique pas nécessairement que celui-ci en applique pleinement les dispositions, ni que tous ses ressortissants soient convaincus que les principes convenus peuvent être appliqués dans leur contexte culturel particulier. Toutefois, l'État convient d'être lié par les instruments des droits fondamentaux qu'il ratifie. L'instrument entre en vigueur une fois qu'un nombre convenu d'États Membres l'ont ratifié.

Le débat des droits de la personne
L'une des controverses persistantes relatives à la Déclaration universelle des droits de l'homme porte sur la mesure dans laquelle les droits en question sont effectivement universels. Certains font valoir l'argument que cet instrument ne peut pas présenter une position universelle, pour de multiples raisons. En premier lieu, la Déclaration initiale a été ratifiée par un groupe restreint de pays, principalement européens, représentés aux Nations Unies en 1948; certains de ces mêmes pays qui proclamaient l'universalité de la Déclaration possédaient encore des colonies à l'époque. En second lieu, ces pays ont rédigé la Déclaration en s'inspirant de leurs propres postulats culturels, expériences constitutionnelles et luttes politiques, par exemple pour séparer la religion et l'État. Selon ce point de vue, le cadre des droits de l'homme reflète les cultures et les valeurs occidentales et ne laisse guère de place aux présupposés et aux expériences des autres cultures; c'est ainsi, par exemple, que l'accent mis sur les droits de propriété reflète une notion qui était loin d'être universelle avant la période coloniale. Selon cette opinion, le cadre des droits de l'homme "réduit l'importance de la communauté … [et] cherche à imposer un modèle individuel de droits en discordance avec les modes de vie non occidentaux (6)". De même, nombre de pays en développement n'ont pas connu les affrontements politiques sur les questions de l'Église et de l'État qui ont eu lieu en Europe et aux États-Unis, et il se manifeste parfois une résistance considérable à situer la religion exclusivement dans le domaine privé (7).

De tels arguments ont été avancés dans les pays développés comme dans les pays en développement: en 1947, avant même que la Déclaration ne puisse être adoptée, l'American Anthropological Association a mis en question son universalité :

Comment la Déclaration proposée peut-elle être applicable à tous les êtres humains et ne pas être un énoncé de droits conçus seulement selon les valeurs courantes des pays d'Europe de l'Ouest et de l'Amérique ? … Les normes et les valeurs sont relatives par rapport à la culture dont elles émanent, de sorte que tout essai de formulation de postulats issus des croyances et des codes moraux d'une culture donnée ne peut que s'opposer à l'applicabilité de toute déclaration des droits de l'homme à l'ensemble de l'humanité (8).

Eu égard à ces préoccupations, certains adversaires de la position universaliste demandent que l'on applique une démarche pluriculturelle pour élaborer le cadre des droits de la personne et pour l'adapter, en y incluant éventuellement les processus nécessaires pour statuer sur ces droits; alors que la Déclaration prévoit le recours aux mécanismes juridiques officiels de l'État, à l'instar des modèles européens, certains pays du Sud font valoir l'efficience et l'efficacité de leurs règles et procédures coutumières ainsi que religieuses. (Certains juristes reconnaissent l'aspect pratique de cette approche, en notant que les coûts de l'accès au système juridique sont souvent prohibitifs pour les gens du commun, hommes et femmes, et que les procédures coutumières alignées comme il convient sur les droits de la personne offriraient à ceux-ci un accès plus immédiat.) D'autres rejettent certaines dispositions des droits de la personne pour des raisons culturelles.

Certaines des contestations les plus acrimonieuses relatives à l'universalité du cadre des droits de la personne concernent les conventions perçues comme portant atteinte aux normes culturelles et religieuses dans le domaine des relations familiales et entre les sexes. D'autres réserves sont fondées sur des motifs politiques, juridiques ou constitutionnels.

Où commencent, après tout, les droits de l'homme universels ? Dans de petites localités, proches de chez nous, si proches et si petites qu'elles ne figurent sur aucune des cartes du monde, mais qui sont néanmoins le monde des gens au niveau individuel, le quartier où ils habitent, l'école qu'ils fréquentent, l'usine, la ferme ou le bureau où ils travaillent. Tels sont les lieux où tous les hommes, femmes et enfants recherchent une justice égale, des chances égales et une dignité égale sans discrimination. Si ces droits n'ont pas de sens en ces lieux, ils n'ont guère de sens où que ce soit.
—Eleanor Roosevelt

La nature mouvante des droits de la personne
Les analystes ont décrit l'évolution des droits de la personne au cours des soixante ans écoulés et le rôle des cultures dans leur promotion. L'Organisation des Nations Unies s'est élargie pour inclure parmi ses membres en tant qu'États souverains la quasi-totalité des anciennes colonies. Depuis 1948, les droits de l'homme se désindividualisent. Ils se sont étendus au-delà de la protection des individus au sein des États pour inclure la protection des collectivités, telles que les populations autochtones, les minorités et les nations émergentes. Le cadre des droits de la personne englobe aujourd'hui les droits économiques, sociaux et culturels. D'autres droits, tels que le droit à la santé reproductive et à la liberté de la violence sexiste, ont été formulés. En 1993, 45 ans après l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme et 12 ans après l'entrée en vigueur de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, 171 na¬tions représentées à la Conférence mondiale sur les droits de l'homme à Vienne ont confirmé que les droits fondamentaux des femmes font partie des droits de la personne. En 1994, 179 pays participant au Caire à la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) ont reconnu le droit à la santé reproductive en tant que composante du droit à la santé. Les Nations Unies ont adopté en 1994 la Déclaration sur l'élimination de la violence, qui a mené à l'inclusion d'une section sur la violence sexiste dans le consensus du Caire et à la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing en 1995. Ce processus démontre la possibilité d'intégrer le changement culturel, à mesure qu'il se produit, dans le cadre international des droits de la personne:

C'est ignorer les impacts de la mondialisation dans le présent et les transferts historiques de croyances et de pratiques culturelles dans le passé que de considérer la culture comme statique, uniforme et immuable. La situation contemporaine est mieux décrite en considérant les cultures comme changeantes et interreliées, et les droits comme créés dans un contexte historique et redéfinis selon des modalités transnationales par des acteurs nationaux et locaux. Cela décrit aussi l'impossibilité d'établir des distinctions nettes entre culture et droits ou de percevoir le relativisme et l'universalisme comme diamétralement opposés et incompatibles (9).

Au fur et à mesure de l'évolution de ce cadre, le langage et la politique des droits de la personne ont ouvert un espace au changement culturel. Les gens emploient le langage des droits pour exprimer leurs propres revendications. Il en est ainsi parce que le langage des droits est le langage de la résistance au manque et à l'oppression, qu'ont en commun toutes les cultures: "De ce point de vue, les droits de la personne sont à la fois universels et particuliers; universels, parce que l'expérience de la résistance à l'oppression est partagée par les groupes subjugués du monde entier, mais aussi particuliers parce que la résistance est façonnée pour riposter aux particularités du contexte social". (10) Ceci réaffirme l'importance d'une compréhension des droits situés dans leur contexte ou, en d'autres termes, la nécessité d'approches sensibles à la culture de la promotion des droits de l'homme.

    Les approches sensibles à la culture reconnaissent que:

  • Les gens de différentes cultures comprennent les droits différemment;
  • Au sein d'une même culture, les gens ont aussi différents points de vue sur les droits et différentes expériences en la matière;
  • Au sein d'une même culture et dans différentes cultures, les gens plaident en faveur des droits selon des modalités adaptées à leur contexte;
  • Les droits de la personne peuvent être intégrés par le biais de la "légitimité culturelle";
  • La facilitation de la légitimité culturelle exige une connaissance de la culture et une implication de la culture.

Comment peut-on aspirer au progrès et à la prospérité alors que les femmes, qui constituent la moitié de la société, connaissent une longue négligence de leurs intérêts et des droits qui leur sont conférés par notre religion qui les place sur un pied d'égalité avec les hommes ? Ces droits expriment la noble mission des femmes et leur accorde le recours à la justice devant le traitement inéquitable et la violence dont elles peuvent être l'objet en dépit du fait que leurs accomplissements ont été égaux à ceux des hommes, tant dans les domaines

Va au peuple, Vis avec lui. Apprends de lui. Aime-le. Commence par ce qu'il sait. Bâtit avec ce qu'il aime. Sous les meilleurs dirigeants, une fois le travail fait et la tâche accomplie, les gens disent: "Nous avons fait cela nous-mêmes!" (12)

La culture n'est absolument pas statique. Toute supposition de stationnarité explicite ou implicite, est trompeuse et peut être catastrophique. Parler, par exemple, de la culture indoue, ou a fortiori de la culture indienne, comme étant bien définie de manière temporellement stationnaire omet non seulement les amples variations présentes dans chacune de ces catégories, mais

Établissement de la légitimité culturelle des droits de la personne

A strong civil society is important for promoting human rights. Young women in training as health aides with help from an NGO. Une société civile robuste est importante pour promouvoir les droits de la personne. Jeunes femmes en cours de formation d'auxiliaires de santé avec l'aide d'une ONG.
Y© UNFPA

Les approches sensibles à la culture sont axées sur l'action. Elles peuvent offrir des outils efficaces pour appréhender les relations réciproques entre les droits de la personne et les cultures, ainsi que pour lutter contre l'oppression au sein des cultures. Ces approches reconnaissent le fait que "les gens sont plus disposés à accepter les propositions normatives lorsqu'ils croient qu'elles sont avalisées par leurs propres traditions culturelles "et que" l'observance des normes des droits de l'homme [repose] sur la légitimité culturelle" (14). Il faut toutefois, dans les processus d'encouragement de cette légitimité culturelle, respecter un certain nombre d'importantes précautions:

•  L'approche de l'interaction avec la culture doit elle-même être guidée par ces principes des droits fondamentaux que sont la non discrimination, l' égalité et la responsabilité. Dûment appliqués, ces principes peuvent contribuer à ce que les gens soient traités avec respect et dignité, étant donné qu'ils ne laissent guère de place à l'ethnocentrisme rigide qui fait que certaines personnes considèrent toutes les cultures autres que la leur comme inférieures et comme ne pouvant apporter que peu de choses, voire rien, à la pensée et aux processus du développement. Le danger que comporte l'imposition d'interprétations particulières des droits est que cette imposition s'oppose à l'appropriation culturelle et peut aboutir à la résistance et au ressentiment : "Bien que les gens de l'extérieur puissent sympathiser avec les classes ou les groupes dominés et opprimés et souhaiter les soutenir, ce soutien ne peut être efficace s'ils se présentent comme détenteurs du seul point de vue valable sur la culture de la société considérée… (17) "Cela ne signifie pas qu'il faille accepter et tolérer toutes les normes et pratiques culturelles, mais les approches sensibles à la culture encouragent « un jugement moral et une action interculturels" et mènent "aux manières optimales de formuler des jugements et d'entreprendre des actions." (18)

Dans les relations interculturelles, la moralité et la connaissance ne peuvent pas être le produit exclusif de certaines cultures mais pas d'autres (15).

• Le point de départ pratique d'une mise en place des droits et des libertés nécessaires au développement humain selon une approche sensible à la culture ne consiste pas à éviter les débats concernant la signification des droits, mais à les reconnaître, c'est-à-dire à déterminer où ils se situent et quels sont les points de vue et le rôle des divers acteurs. Il s'agit ensuite de situer les conversations dans ce contexte. L'UNFPA a appris l'importance de l'identification des acteurs locaux déterminés à instaurer des changements et de la collaboration avec eux pour appuyer des initiatives locales, pleinement appropriées à ce niveau, visant à promouvoir les droits de l'homme. Le Fonds a forgé des partenariats avec les parlementaires, les médias et les organisations de la société civile (notamment celles qui interviennent dans les domaines des droits de l'homme et des questions féminines), les organisations confessionnelles et interconfessionnelles influentes et les entités du pouvoir local tels que les dirigeants tribaux. Mais il reconnaît aussi la nécessité d'agir avec prudence et il veille à ce que ses partenariats ne fassent pas obstacle au changement culturel ou ne s'opposent pas aux actions collectives des acteurs moins puissants et moins bien organisés. Au Bénin, par exemple, l'UNFPA appuie des institutions islamiques favorables à la promotion des droits des femmes. Dans le Territoire palestinien occupé, il œuvre avec le Département du conseil familial et de la réconciliation dans les tribunaux de la charia pour lutter contre les inégalités entre les sexes et la violence sexiste et pour favoriser le respect des droits en matière de santé reproductive. Au Tadjikistan, avec l'Université islamique du Tadjikistan, le Comité gouvernemental sur la religion et l'ONG Safe Motherhood, l'UNFPA intervient dans les domaines de la santé reproductive, des droits en matière de reproduction et de l'égalité des sexes. Il collabore avec la United Theological School of the West Indies en Jamaïque pour traiter de diverses questions dont la violence sexiste et la prévention et le traitement de l'infection par le VIH. Le Fonds forge des partenariats avec des institutions qui exercent une influence substantielle au sein des communautés et qui sont capables d'atteindre la population et d' encourager le changement (20).

The world over, people generally think that they perceive reality and approach problem-solving in a way that is objective, accurate and value- or culture-free. In fact, the way in which we interpret evidence depends very much on our own individual cultural context. (16)
In our work around the world, we have found that building alliances with and involving members of religious traditions can actually determine a programme's success or failure… (19)

• Les approches sensibles à la culture doivent contribuer aux politiques en accordant une attention sérieuse aux normes et pratiques locales. Il s'agit de faire fond sur les normes et pratiques favorables à la réalisation des objectifs fondamentaux, tels que le respect des droits de l'homme, et de soumettre celles qui ne le sont pas à un examen et à un débat. "La pratique des droits de l'homme risque de perdre de sa pertinence et de sa légitimité si elle ne se soucie pas de ce qui se passe au niveau local" (21).

Par exemple, devant ce qui peut paraître comme une légitimation culturelle des inégalités entre les sexes, certains analystes estiment que les activistes des droits de femmes devraient renoncer aux approches qui "ne font qu'appeler à mettre un terme aux pratiques culturelles contraires aux principes des droits de la personne". L'argument avancé est que ces approches « abolitionnistes » ne tiennent pas compte des réalités contextuelles de ces attitudes culturelles et assument que les femmes n'ont pas de possibilités, moyens ou ressources pour réaliser leurs droits. Ces approches partent du point de vue que les seules solutions viables sont celles que proposent les dispositions juridiques formelles, nationales et internationales, relatives aux droits de l'homme.

Toutefois, les institutions de l'État et des administrations locales exercent bien une influence sur la culture; les institutions locales constituent parfois la voie de recours la plus accessible et la plus abordable pour les habitants des régions rurales; et les systèmes coutumiers peuvent connaître de revendications non prévues par les lois formelles. S'il est vrai que les institutions culturelles peuvent présenter des obstacles de taille, en particulier lorsque les intéressées ne connaissent pas les options, lorsque les rôles dévolus aux deux sexes sont fermement ancrés dans les structures familiales et lorsque la participation des femmes au processus décisionnel est limitée, il existe en revanche des variations au sein des cultures.

• Les approches sensibles à la culture doivent non seulement explorer les systèmes locaux de signification et s'en servir, mais elles doivent également comprendre les cultures au niveau national et international et leurs interrelations. Une compréhension intime des conversations qui s'échangent entre les acteurs et organismes nationaux, locaux et internationaux peut révéler à la fois les voies d'action possibles et les obstacles à surmonter, ainsi que les méthodes et stratégies d'intervention appropriées. L'UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont constaté que cette stratégie sur plusieurs fronts est importante pour collaborer avec les partisans internationaux, nationaux et locaux des droits de la personne en vue de résoudre le problème de la sélection du sexe en Inde (voir encadré 4).

• Les approches sensibles à la culture doivent être genrées. Il est important de procéder à des analyses sexospécifiques pour bien appréhender comment les membres de ces différentes catégories que sont les hommes et les femmes, les garçons et les filles vivent leurs droits.
Les approches genrées des droits modifient radicalement la façon de comprendre les droits. Elles exigent que l'on appréhende les droits pas simplement comme des effets bénéfiques prévus par la loi, mais aussi comme des outils politiques appartenant à des stratégies de changement social. La combinaison du genre et des droits permet d'analyser les valeurs, les comportements, les présupposés, les politiques et les décisions relatives aux programmes pour déterminer leur rôle dans l'exclusion de certaines personnes, ou dans la discrimination envers elles, et dans les avantages qu'ils apportent à d'autres, en examinant différentes sortes de rapports de subordination, fondés sur le genre ainsi que sur la classe, l'ethnicité, la caste, l'âge et autres facteurs. Essentiellement, l'analyse genrée des droits nous rappelle que ceux-ci ne s'appliquent pas à un individu neutre, mais que l'application et la jouissance des droits varient selon le pouvoir et la position de la personne dans la société et selon les rôles qui lui sont attribués (22).

Ceci étant compris, les approches sensibles à la culture sont importantes pour apporter des appuis en faveur des droits de la personne et de l'égalité des sexes et pour bien situer ces appuis dans le contexte local et national. Les approches sensibles à la culture se concentrent sur les domaines intimes et fondamentaux dans lesquels sont ancrés les droits de la personne, en reconnaissant le fait que ces droits doivent, pour être maintenus, être internalisés.

L'objectif visé est de favoriser l'appropriation de l'ordre du jour des droits de l'homme de la part des communautés, le but étant la réalisation de ces droits et de l'égalité des sexes. La stratégie consiste à œuvrer de l'intérieur des communautés et des cultures pour établir de larges bases sur lesquelles reposeront les droits de l'homme et l'égalité des sexes. Pour l'UNFPA, l'approche axée sur les droits de l'homme, la prise en compte systématique du genre et les approches sensibles à la culture s'allient de manière à maximiser les chances de succès (23).

Pour établir la légitimité culturelle des droits de la personne, les approches sensibles à la culture doivent inclure toutes les sociétés et s'appliquer au cœur des communautés. Un tel processus devrait, à terme, aboutir à l'appropriation locale des droits de la personne. Les approches sensibles à la culture doivent également aller plus loin et atteindre les groupes marginalisés au sein des communautés, de manière à ce que ceux-ci aient une voix déterminante dans leur propre culture et qu'ils soient en mesure d'exercer pleinement leurs droits fondamentaux. Dans de nombreuses communautés, les groupes les plus marginalisés et les plus opprimés sont les femmes et les enfants. Les membres de certaines catégories, en particulier de certains groupes ethniques, classes, religions, cultures, peuvent être en butte aux pires formes de discrimination et d'oppression.

Les approches sensibles à la culture ne peuvent pas promettre des résultats immédiats et prévisibles. Le développement est un processus complexe et les questions culturelles figurent parmi les plus délicates. Mais les changements d'une importance fondamentale pour le développement humain, qui exige la pleine réalisation des droits de la personne, dépendent invariablement d'une prise en compte sérieuse de la culture et d'une intervention respectueuse en association avec la culture.

Contrairement à ce que certains peuvent prétendre ou craindre, une telle intervention au coeur de la culture n'érode ou ne déforme pas la culture locale; au contraire, elle remet en cause ses aspects discriminatoires et oppressifs. Ceci peut, à l'évidence, provoquer une résistance de la part de ceux qui ont intérêt à maintenir le statu quo. L'action interculturelle dans la perspective des droits de la personne met intrinsèquement en question, [délégitime,] déstabilise, désagrège et, à terme, détruit les structures du pouvoir oppressives. Elle contribue également à réunir les éléments positifs de la culture locale et à les mettre au service des droits de l'homme et de l'égalité des sexes, processus qui a également pour effet de revalider la culture… (24)

{4} INDE: RÉTABLISSEMENT DU RAPPORT DE MASCULINITÉ

Il existe en Inde des pressions familiales et sociales intenses en faveur de la production de garçons et une discrimination généralisée à l'encontre des filles. Dans certaines régions, l'infanticide féminin continue de se pratiquer, mais les nouvelles technologies de sélection du sexe apportent sans doute à présent la plus forte contribution à la baisse du rapport de masculinité. En 1986, après un vigoureux plaidoyer de la part d'activi¬stes de la santé et des droits de l'homme, l'État indien du Maharashtra a adopté des lois qui interdisent l'emploi des techniques de détermination du sexe de l'enfant à naître à des fins de sélection du sexe. Ultérieurement, des campagnes menées dans toute l'Inde ont abouti à l'adoption de la Loi de 1994 sur les techniques de diagnostic prénatal (réglementation et prévention de leur mésusage). La pratique de la sélection du sexe s'est maintenue et, en 2000, des activistes de la santé ont saisi la Cour suprême pour exiger l'application effective de la loi. Par ailleurs, divers organismes des Nations Unies, notamment l'UNFPA, l'UNICEF et l'OMS, coopéraient avec des ONG internationales et le ministère de la Santé et du Bien-être familial de l'Inde pour obtenir l'engagement des médias, établir des réseaux et dispenser une formation et fournir des appuis aux groupes locaux, notamment à affiliation confessionnelle, déterminés à mettre un terme à la sélection du sexe. Sous l'effet de cette approche sur de multiples fronts, les perceptions et les attitudes ont commencé à changer et, si la pratique n'a pas entièrement disparu, on a du moins enregistré des progrès notables. La modification des pratiques néfastes exige davantage qu'une action juridique; elle dépend de la coopération et de la mise en œuvre d'actions concertées d'une large gamme d'acteurs au niveau national et local.

Source: Adapté d'après http://www.unfpa.org/culture/
case_studies/india_studies.htm
, Consulté en mars 2008


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