Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Chapter 6 Chapitre 6
Chapter 2 Chapitre 2 Notes for Indicators Notes
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
Chapitre 4 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 L’emploi social durable de l’espace

Croissance urbaine et utilisation durable des terres

Densité, étalement urbain et utilisation des terres

Le charme discret des zones suburbaines

Étalement et périurbanisation

Pour ou contre l’étalement

Politiques réalistes d’expansion urbaine

Politiques réalistes d’expansion urbaine

La troisième session du Forum urbain mondial a mis en relief le rôle de la planification comme outil de gestion du développement et de l’environnement urbains et comme moyen de prévenir la formation de bidonvilles(41).

Que faudra-t-il pour apporter un certain ordre à une expansion urbaine de grande envergure ? Les politiques pourront cibler : a) la migration rurale-urbaine; b) la répartition de la population rurale entre les villes; c) le processus de développement urbain de villes distinctes.(42)

La prévention de la migration rurale-urbaine est très difficile, mais aussi peu productive (voir chapitre 3). Parmi les politiques visant à modifier la réparation de la population entre les villes, peu se sont avérées efficaces. L’option restante consiste à adopter une approche active pour orienter la croissance à venir de villes distinctes :

« Les principales questions auxquelles ont à répondre les décisionnaires du secteur public au niveau local, national et international ne sont pas de savoir si l’expansion urbaine aura lieu ou non, mais quelle sera l’ampleur de cette expansion et ce qu’il faut faire dès à présent pour s’y préparer. [. . .] Le message est très clair : les villes des pays en développement doivent établir des plans sérieux, et en particulier déterminer où cette expansion pourra avoir lieu le plus facilement, comment l’infrastructure pourra être adaptée pour servir l’expansion prévue, comment les coûts pourront être assumés, et comment cela pourra se faire avec un impact environnemental minimum. »(43)

Étant donné les implications économiques, sociales et environnementales de l’inéluctable croissance explosive des populations urbaines des pays en développement, l’absence d’approche proactive coordonnée a de quoi étonner. Elle est le résultat de plusieurs facteurs, notamment de la myopie des politiciens en matière de planification, de l’aversion des pouvoirs publics qui ne perçoivent pas les côtés positifs de l’urbanisation et ne s’y préparent donc pas, de la préférence des planificateurs pour les plans directeurs aussi ambitieux qu’utopiques (et qui, en dernière analyse, sont rarement mis en œuvre), et de l’absence d’action et d’incitatifs des organisations internationales dans ce domaine.(44)

Au lieu de procéder à un minimum de préparatifs réalistes à la croissance urbaine, nombre de responsables se contentent d’espérer, envers et contre tout, que leurs villes surpeuplées cesseront de se développer, ou ils entreprennent la formulation de plans directeurs qui ont peu de chances d’être appliqués et qui sont généralement abandonnés à brève échéance.(45)

L’inévitable croissance des villes des pays en développement et de leur zone périurbaine exige une approche concertée et active (voir encadré 21). Le cadre global de gestion doit comprendre un ensemble de règlements réalistes, équitables et applicables. Il faut veiller, dans ce processus, à ne pas porter atteinte aux terres et aux bassins hydrographiques sensibles. Il faut également se préoccuper en priorité de fournir des terres, des infrastructures et des services aux pauvres. La population locale doit être associée à tous les débats concernant la croissance future, de manière à garantir le respect de ses droits tout en favorisant la réussite des efforts de planification. Les considérations exposées au chapitre 3 sur les besoins de terre des pauvres sont particulièrement pertinentes à cet égard.

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La Grosse Pomme prépare son avenir(1)

L’administration de la ville de New York a fait connaître ses intentions de prendre en compte la croissance et les besoins à moyen et à long terme de la métropole qui en résultent. Parmi de multiples projets, elle élabore un « plan stratégique d’occupation des sols » pour gérer le territoire municipal et sa population qui doit atteindre les 9 millions d’habitants. Au nombre des mesures prioritaires est prévue la remise en état de 690 hectares de terres polluées et leur transformation afin d’en faire des sites écologiquement adaptés pour des établissements d’enseignement, des immeubles résidentiels et des parcs. Les plans portent également sur l’amélioration des transports quotidiens, de l’alimentation en eau, de l’assainissement et de la qualité de l’air.

La ville a tiré parti du rejet de sa candidature en vue d’accueillir les Jeux olympiques de 2012 pour procéder à la sorte de planification à long terme que les administrations municipales ont rarement les moyens ou la vision de formuler. Le fait que New York n’ait pas le pouvoir requis pour annexer les villes avoisinantes a amené les planificateurs à effectuer des changements de zonage et à recycler les terres pour favoriser un accroissement de densité. L’initiative est menée par le Bureau de la planification à long terme et de la durabilité, de formation récente, qui réunit des membres de 15 organismes municipaux ainsi que des scientifiques, des enseignants, des activistes de quartier et des dirigeants syndicaux.

Ces plans à long terme devront, à l’évidence, prendre en compte explicitement les effets possibles du réchauffement mondial sur la ville, dont les 8 millions d’habitants, ainsi que les plusieurs millions de résidents des autres villes de la conurbation, sont établis actuellement au niveau de la mer ou à faible altitude.


La question foncière, bien qu’importante, ne constitue qu’un aspect de la problématique de la croissance urbaine à venir. La prise en compte des autres aspects de cette problématique, notamment ceux qui concernent la durabilité et les questions organisationnelles, exige aussi une approche politique et spatiale plus large et se situant dans un cadre temporel plus long. L’étalement et la périurbanisation tendent à fragmenter l’espace urbain de manière imprévisible et à produire des noyaux de densité et de dimensions diverses, présentant une variété de problèmes communs ou spécifiques. La solution n’est pas à rechercher dans l’imposition de critères de densité relative des zones urbaines mais plutôt dans la pratique d’une bonne gouvernance locale qui peut guider le développement urbain et se traduire par des densités appropriées.

Dans la situation actuelle, la fragmentation du territoire urbain produit des inefficiences administratives et des reculs environnementaux. Les limites du territoire municipal coïncident rarement avec celles de la zone d’influence effective de la municipalité. Dans le cas des grandes villes, cette zone s’étend généralement aux sous-régions voisines, qui peuvent inclure de petites villes ainsi que des zones périurbaines et rurales.

Sans l’intervention d’une entité régionale d’une forme ou d’une autre, la gestion de services essentiels, tels que l’approvisionnement en eau et les transports, qui relèvent de la compétence de différentes administrations territoriales, présente de grandes difficultés. De même, la fragmentation fait obstacle, par définition, à la contiguïté qu’exigent les processus naturels; elle pose également de graves problèmes pour la protection des zones fragiles ou pour la réglementation relative à l’intégrité de l’environnement(46). D’un point de vue technique, une prise en compte efficace des réalités sociales et environnementales des zones urbaines exige que l’on dispose d’informations constamment actualisées et de capacités d’analyse, ce que la plupart des zones urbaines n’ont pas (voir encadré 22).

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Du bon usage des outils démographiques

La science démographique est essentielle pour appré­hen­der les besoins des régions urbaines et pour formuler des solutions adaptées. Même en l’absence d’un organisme administratif approprié couvrant toute une région, les décideurs peuvent se servir d’images satellites et de systèmes d’information géographique ainsi que de données démographiques pour recueillir des informations exactes sur le nombre et la densité de la population, les zones d’expansion urbaine, la croissance des taudis et les besoins relatifs à la protection de l’environnement.

En Équateur et au Honduras, l’UNFPA apporte son concours à des programmes de formation technique au lendemain des recensements de population pour apprendre aux organismes locaux à faire un usage optimal des données censitaires et de leur désagrégation à des fins de planification. Les programmes portent notamment sur l’exploitation des données parcellaires en combinaison avec de simples projections démographiques pour mieux estimer la demande future de divers types de services. Les villes de petites et de moyennes dimensions et les zones de croissance décentralisées sont celles qui ont généralement le plus besoin de soutien technique pour procéder à de telles activités.

Les données peuvent être utilisées en conjonction avec des informations sur l’altitude, la pente, la nature des sols, le couvert végétal, les écosystèmes critiques et les risques, pour déterminer les zones dans lesquelles il convient d’encourager ou d’éviter l’implantation de nouveaux établissements. Pour être exploitables avec un système d’information géographique, les données censitaires doivent être traitées et désagrégées au plus bas niveau spatial possible, de manière à être applicables à différentes échelles allant de la région à la circonscription locale.


Les villes ont des impacts considérables sur les zones avoisinantes mais, dans la plupart des cas, n’assument pas ou ne peuvent pas assumer la responsabilité de leur gestion(47). La résolution des problèmes communs aux foyers éparpillés d’un système urbain fragmenté exige l’adoption d’une large perspective. La dégradation de l’environnement et la pauvreté appartiennent à la large gamme de changements économiques, sociaux et démographiques associés à la périurbanisation, lesquels doivent être pris en compte de manière concertée et préventive.

La question clé est donc celle de savoir qui prendra l’initiative dans un monde urbain marqué par ces processus de croissance. La suggestion émise ici est d’approcher l’organisation et la réglementation des processus spatiaux qui affectent le bien-être social et environnemental selon une perspective qui soit non pas strictement urbaine mais régionale(48). Le concept des « villes-régions » est utile dans ce nouvel ordre social, économique et politique. Il offre un point de départ facilement compréhensible pour plaider en faveur d’une approche plus concertée et plus efficace des problèmes urbains croissants des zones urbaines et périurbaines qui s’étalent de plus en plus largement(49) et, pour prendre en compte les besoins des pauvres urbains en tant qu’élément essentiel et dynamique du développement urbain.

Il est important que la ville-région soit appréhendée non pas comme une entité supra-locale, ce qui en réduirait encore l’accessibilité pour les pauvres, mais comme une forme de coopération et de négociation entre administrations locales d’entités adjacentes ayant des priorités et des besoins différents. C’est là une nécessité évidente pour répondre aux besoins fondamentaux de la population, gérer les ressources naturelles et les déchets et tenter de résoudre toutes les complications qui résultent d’une expansion urbaine rapide et non réglementée.


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