Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Chapter 6 Chapitre 6
Chapter 2 Chapitre 2 Notes for Indicators Notes
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
Chapitre 4 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 L’emploi social durable de l’espace

Croissance urbaine et utilisation durable des terres

Densité, étalement urbain et utilisation des terres

Le charme discret des zones suburbaines

Étalement et périurbanisation

Pour ou contre l’étalement

Politiques réalistes d’expansion urbaine

Étalement et périurbanisation(21)

La croissance des villes du monde en développement est dynamique, diverse et désordonnée; elle est aussi de plus en plus grosse consommatrice d’espace. Ce processus de la croissance urbaine, en grande partie dans les zones de transition non contiguës situées entre la campagne et la ville, est de plus en plus souvent dit périurbanisation(22). L’utilisation des sols dans les zones périurbaines n’est souvent pas clairement réglementée et les compétences administratives pas toujours bien définies(23). Ces zones souffrent de certaines des pires conséquences de la croissance urbaine : pollution, bouleversements sociaux, pauvreté, changements d’utilisation des sols et dégradation des ressources naturelles(24). Mais contrairement aux zones suburbaines, elles accueillent toute une gamme d’activités économiques.

La périurbanisation est alimentée, en partie, par la spéculation foncière, entretenue par la perspective d’une croissance urbaine rapide. Les spéculateurs, propriétaires de terrains dans la ville et aux alentours, espèrent et attendent une augmentation des valeurs foncières. Ils ne louent pas leurs propriétés, en particulier s’ils craignent que les utilisateurs risquent d’acquérir des droits d’usage par prescription ou de bénéficier de loyers contrôlés. Les personnes qui ont besoin de terrains à des fins résidentielles ou de production doivent donc s’éloigner du centre de la ville.

Les changements de structure et le déplacement de l’activité économique contribuent dans une grande mesure à la croissance périurbaine. L’amélioration des réseaux de communication et de transport accroît l’accessibilité des zones périphériques. La mondialisation encourage les économies d’échelle aux stades de la production et de la distribution ce qui, à son tour, encourage l’implantation d’installations de vastes dimensions sur des terrains de grande superficie.

Cette déconcentration et cette décentralisation de la production surviennent souvent dans les environs des villes les plus dynamiques où les entreprises, du fait de leur expansion et de celle de leurs effectifs, ne trouvent plus de locaux au centre-ville et n’ont d’autre option que de se déplacer vers la périphérie. Celle-ci leur offre d’ailleurs une infrastructure, des terres et une main-d’œuvre moins coûteuses, ce qui encourage encore la périurbanisation.(25)

En Asie, la périurbanisation tend à englober les petites villes situées le long de corridors urbains qui s’étendent depuis les régions métropolitaines, par exemple dans les régions côtières de la Chine, la région métropolitaine de Bangkok, la route de Lahore à Islamabad et dans les villages de production artisanale et industrielle du delta du fleuve Rouge au Viet Nam. En revanche, dans la plupart de l’Afrique subsaharienne, les villes s’étendent autour d’un noyau central unique.(26)

La périurbanisation fait appel à une main-d’œuvre de migrants et impose des changements soudains à l’activité économique de nombreux ruraux qui quittent l’agriculture pour entrer dans les secteurs industriel ou tertiaire. Ces changements ont été particulièrement marqués en Asie de l’Est où des villages agraires se trouvent placés aux premières lignes du changement urbain.(27)

En Asie de l’Est, la convergence de droits de propriété mal définis, de politiques axées sur l’exportation et de marchés fonciers imparfaits a contribué une croissance périurbaine particulièrement rapide(28). En Chine, des investissements étrangers ont transformé des économies et des communautés rurales, déclenchant souvent des changements majeurs de la structure sociale et des relations entre les individus et l’environnement (voir encadré 18). La périurbanisation et ses effets ne se limitent pas aux régions côtières telles que celles de Shanghai et du delta du fleuve Perle et ils se manifestent dans l’intérieur du pays, notamment dans les régions de Chongqing et de Chengdu.(29)

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Étude de cas : la périurbanisation à Quanzhhou (Chine)(1)

La périurbanisation transforme les établissements ruraux en établissements urbains, en y maintenant la plupart de leurs habitants. Caractéristique importante de l’urbanisation de la Chine depuis les années 1980, elle a apporté des changements structuraux et physiques considérables dans de vastes régions rurales. Elle a également estompé les distinctions entre le milieu urbain et le milieu rural, tout particulièrement dans les zones côtières à forte densité de population. La périurbanisation a bénéficié à des populations rurales nombreuses, qui auraient peut-être migré autrement vers les taudis des grandes villes. En revanche, elle n’offre pas les avantages économiques de l’agglomération dans les grandes villes et elle a de graves impacts négatifs sur l’environnement.

Dans une étude de la municipalité de Quanzhou, dans la province du Fujian, les chercheurs ont fait usage de données censitaires récentes et de la technologie des systèmes d’information géographique pour analyser les répercussions de la périurbanisation sur l’environnement et pour informer la planification. Ils ont constaté que la périurbanisation avait contribué à faire de la région un centre économique d’une grande puissance, dominé par les petites et moyennes entreprises. Toutefois, celles-ci sont sous-capitalisées et largement éparpillées; de même, les problèmes environnementaux abondent. Il s’agira, en allouant de nouvelles ressources pour la protection et la gestion de l’environnement, d’encourager la concentration et d’en minimiser les effets négatifs tout en en préservant les avantages.

Les zones périurbaines offrent souvent des logements plus abordables pour les pauvres et les migrants dans des établissements informels et éparpillés(30). Les établissements pauvres de ces zones sont généralement moins sûrs et plus menacés de démolition et les services et l’infrastructure y font généralement défaut. Ils sont en concurrence pour l’espace avec l’agriculture et peuvent souvent être déplacés par d’autres utilisations économiques. La conversion des terres, les perspectives des marchés et les flux rapides de main-d’œuvre, de biens, de capitaux et de déchets font monter les prix des terrains(31). La périurbanisation entraîne également une augmentation du coût de la vie pour la population rurale en place.(32)

Les zones périurbaines sont le lieu de toute une gamme d’activités telles que l’agriculture, l’élevage, l’artisanat; elles font également l’objet d’une expansion industrielle, de spéculation foncière et de suburbanisation résidentielle; elles peuvent aussi servir d’aires d’évacuation des déchets(33). Elles remplissent d’autres fonctions d’une importance clé pour les zone urbaines, depuis l’approvisionnement en nourriture (voir encadré 19), en énergie, en eau, en matériaux de construction et autres biens essentiels, jusqu’à la fourniture de services écologiques en tant que couloirs fauniques, zones de microclimats et zones tampons de protection contre les crues. Leur absorption dans l’économie urbaine donne lieu à une réadaptation complexe de leurs systèmes sociaux et écologiques.

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Agriculture urbaine et périurbaine

L’agriculture prospère dans les zones urbaines et périurbaines. La pratique d’activités agricoles dans ces zones constitue une stratégie de moyens d’existence vitale pour les citadins pauvres; elle apporte à ceux-ci la santé nutritionnelle et des revenus pour les autres dépenses du ménage, et elle atténue certains des impacts écologiques de la croissance des zones urbaines. Du côté négatif, elle est toujours illégale dans certaines régions du monde en développement, et les pouvoirs publics locaux sont souvent lents à reconnaître l’importance de son rôle. En tant que principales productrices de cultures vivrières dans de nombreuses villes de pays en développement, ce sont les femmes qui ont le plus à gagner ou à perdre des décisions qui détermineront l’avenir de ce secteur.(1) Certains efforts prometteurs déployés par des ONG, telles que le Partenariat pour le développement municipal de l’Afrique orientale et australe et son partenaire financier, le Centre de ressources pour l’agriculture et la foresterie urbaines, visent à combler le fossé entre perception et réalité. Par des activités de plaidoyer à base scientifique et des dialogues associant de multiples parties prenantes, le Partenariat a encouragé les dirigeants du Zimbabwe à reconnaître l’importance de l’agriculture urbaine et périurbaine au niveau local et à signer la Déclaration de Harare par laquelle plusieurs pays africains s’engagent à soutenir les pratiques de l’agriculture urbaine.(2)

Étant donné leur emplacement généralement hors du territoire relevant de la compétence juridique et administrative des villes ou entre les territoires de deux villes, les autorités municipales n’ont pas grand pouvoir pour réglementer l’occupation des zones périurbaines(34). En conséquence, le processus d’urbanisation peut être, dans une grande mesure, non planifié, informel, illicite et fréquemment marqué par des conflits relatifs à l’utilisation des terres.

La dégradation de l’environnement pose également problème dans les zones périurbaines. Il se présente des dangers spécifiques pour la santé lorsqu’elles sont affectées simultanément à des activités agricoles et industrielles et à un usage résidentiel. Certaines zones périurbaines se transforment en puits à déchets urbains liquides ou solides et parfois à rejets aériens(35). Le type, l’impact et la gravité de ces problèmes varient considérablement(36). L’absence de réglementation de ces zones et de leur utilisation peut présenter des dangers pour la santé des pauvres qui s’y installent ou qui y étaient établis, ceux-ci pouvant être exposés à des substances nocives dans l’air, l’eau et les cultures vivrières. Ces dangers peuvent être plus grands pour les femmes à bas revenu et les enfants, qui passent une grande partie de leur journée, voire toute leur journée, dans leurs logements et dans les environs immédiats.(37)

Les processus de périurbanisation décrits ici présentent une grande variété et ne sont pas faciles à définir en termes simples ni à quantifier, mais leur examen indique qu’il doit y avoir des possibilités de faire de l’espace périurbain des usages plus socialement bénéfiques et plus durables.

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Amélioration des services de base dans les zones périurbaines de Ouagadougou (1)

Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, est une métropole de plus d’un million d’habitants en croissance rapide. Un tiers de sa population vit actuellement dans des bidonvilles périurbains s’étendant sur une vaste superficie. L’étalement des établissements accroît les coûts de la fourniture d’eau et d’assainissement pour la population pauvre et la désolation des lieux.

L’Agence française de développement apporte son appui au gouvernement burkinabè pour établir un réseau routier aux fins d’améliorer les transports (45 km d’infrastructure primaire, dont 18 km dans les bidonvilles à forte densité de population de Bogodogo), ainsi que pour élaborer des formules novatrices permettant de répondre aux besoins d’eau et d’assainissement (notamment la vente d’eau en gros à un opérateur indépendant chargé d’en garantir la distribution).

En outre, les espaces publics font l’objet d’aménagements, consistant notamment en la construction de voies piétonnes, de trottoirs, de terrains de jeu et en l’éclairage des voies publiques; les travaux comportent également la mise en place de points de distribution collective d’eau. La population locale participe activement à la validation des activités et au financement du matériel proposé. Le projet comporte également une composante de renforcement des capacités de l’administration locale à assurer le suivi et l’entretien de l’infrastructure routière et du système d’assainissement actuels. La fourniture de services de base aux habitants économiquement faibles des zones périurbaines vise directement à la réalisation des cibles 10 et 11 des OMD. Les innovations techniques et institutionnelles du Burkina Faso à cet égard sont des plus encourageantes. Le principal défi à relever sera celui de se préparer en vue de l’expansion rapide et soutenue de la demande de logements et de services.


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