Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Chapter 6 Chapitre 6
Chapter 2 Chapitre 2 Notes for Indicators Notes
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
Chapitre 3 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 Repenser la politique de lutte contre la pauvreté urbaine

Fourvoiements et nouvelles orientations

Fermer les portes aux masses : une stratégie perdante

Des logements pour les pauvres

Bond quantique : un nouveau scénario en matière de logement

La réglementation des marchés fonciers urbains : mission impossible ?

Plaidoyer, votes, action, initiative

Et une dose de réalisme

Prévoir pour gouverner

Bond quantique : un nouveau scénario en matière de logement

Les gouvernements devraient renforcer leurs capacités de réagir aux pressions créées par une urbanisation rapide. [. . .] Une attention particulière devrait être accordée à la gestion des sols afin d’en assurer l’exploitation rationnelle, de protéger les écosystèmes fragiles et de faciliter l’accès des pauvres à la terre en milieu tant urbain que rural..(18)

Comment les institutions nationales et internationales peuvent-elles contribuer à créer un avenir vivable pour les masses urbaines pauvres, ainsi que l’a recommandé la Conférence internationale sur la population et le développement ? Il faut distinguer ici d’une part les démarches visant à répondre aux besoins actuels des citadins pauvres et d’autre part celles visant à atténuer les pressions induites par une croissance future élevée.

Le débat actuel porte au premier chef sur la situation présente des taudis, leur organisation interne, leurs luttes pour résister aux expulsions et leurs efforts d’accroître les services urbains. Le rôle des organisations locales dans l’amélioration des conditions de vie des pauvres en milieu urbain est de plus en plus reconnu. Les interventions des organisations de pauvres ont favorisé l’autonomisation locale et abouti à des changements dans les processus décisionnels qui auront un impact durable sur la planification et la gouvernance urbaines.(19)

Cependant, dans de nombreux pays, les problèmes de logement actuels ne sont, face à la croissance future, que la partie visible de l’iceberg. Selon les projections, de 2000 à 2030, pour les seuls continents africain et asiatique, le chiffre de la population urbaine augmentera de 1,7 milliard. Beaucoup de ces nouveaux citadins, migrants ou non, seront pauvres (voir encadré 15).

15

Combien y a-t-il de pauvres parmi les nouveaux citadins ?

La proportion des pauvres ou des très pauvres dans la population urbaine croissante des pays en développement varie considérablement et n’est pas facile à mesurer. Les simulations, même grossières, indiquent toutefois qu’elle est élevée.

Les trois composantes de la croissance urbaine sont la migration, l’accroissement naturel et la reclassification des zones rurales en zones urbaines. L’accroissement naturel est universellement plus élevé chez les pauvres, qu’ils soient migrants ou non. Les niveaux de pauvreté des groupes de migrants se situent généralement entre ceux des zones urbaines et des zones rurales. On peut supposer que les habitants des zones rurales reclassifiées comme zones urbaines ont eux aussi des taux de pauvreté situés entre ceux des deux zones.

Dans le cas du Brésil, on a estimé que 69 % des migrants à destination de zones urbaines et des ruraux reclassifiés comme urbains (de 1999 à 2004) peuvent être classés parmi les pauvres. Pour la même période, 48 % de l’accroissement naturel urbain peut être attribué aux pauvres1. On peut donc assumer ici, de façon très conservatrice et sans risque de se tromper, que les pauvres constituent plus de la moitié de tous les nouveaux citadins. Dans les pays à taux de pauvreté plus élevés, il devrait logiquement y avoir une proportion plus forte de pauvres chez les nouveaux citadins.


La planification en vue du futur accroissement des besoins de logements urbains, tout en tenant compte de la demande accumulée du passé, exige un changement fondamental d’approche de la part des pouvoirs publics municipaux et nationaux. Ceux-ci devront mobiliser leurs ressources techniques et politiques pour satisfaire, et non plus pour résister, aux besoins en terres, en logements et en services des citadins pauvres. Ils devront aussi consulter les organisations de pauvres, dont beaucoup appliquent actuellement des démarches fructueuses, afin de tirer parti de leur expérience et de leurs connaissances locales.

La gestion du doublement rapide de la population urbaine des pays en développement exige une vision et une approche plus efficaces. Les pauvres, pour pouvoir améliorer leur existence, doivent avoir accès à des terrains viabilisés d’un coût abordable où ils pourront construire leurs logements et accéder à d’autres services. Ils pourront alors, sur ces fondations, édifier le reste de leur existence. Il est donc fondamental, pour le moyen et le long terme, d’assurer l’accès au logement par des politiques entreprenantes en matière de propriété foncière, de réglementation, de financement et de fourniture de services.

Une stratégie possible pourrait être de s’attacher à donner accès à des terrains viabilisés aux masses populaires croissantes. Cette vision doit être empreinte d’un réalisme sans complaisance. Les pouvoirs publics des pays à urbanisation rapide n’ont tout simplement pas les moyens de fournir des logements et les services municipaux souhaitables à la plupart des pauvres qui vivent actuellement dans les villes. Ils ne seront pas davantage en mesure de ce faire pour le raz-de-marée des nouveaux citadins. Il est encore moins réaliste d’imaginer que les nouveaux arrivants sauront intervenir de façon efficace sur les marchés de l’immobilier, qui ne pourront être qu’intensément concurrentiels.

D’où la nécessité capitale, dans ces conditions, de fournir des terrains à aménagement minimal, à savoir d’offrir aux pauvres des parcelles accessibles par des moyens de transport modernes (autobus ou bicyclette) et facilement raccordables aux services d’alimentation en eau et en électricité, d’assainissement et d’enlèvement des ordures.

Ce premier logement sera souvent une simple cabane, construite au moyen de matériaux de fortune, mais auquel il sera sans doute apporté des améliorations. L’histoire des établissements informels nous enseigne que si les pauvres se sentent assurés de la sécurité de leurs droits fonciers et ont un accès raisonnable à des moyens d’existence et aux services, ils améliorent progressivement leur logement.

L’investissement des familles dans leur propre logement est une façon pour elles d’accroître la valeur de leur avoir le plus important, auquel elles pourront puiser en cas d’urgence. Par ailleurs, avec l’aide des voisins et l’appui des pouvoirs publics et des ONG, elles peuvent aussi obtenir de meilleurs services de base.

La mise à disposition de terrains à viabilisation minimale n’est certes pas chose facile. Étant donné la voracité des intérêts économiques en jeu, les problèmes liés à l’obtention de titres de propriété dans de nombreuses villes en développement et la remarquable aptitude des marchés immobiliers informels à exploiter les pauvres pour dégager des bénéfices, les interventions touchant à l’utilisation des terres sont toujours une entreprise difficile. Les bénéficiaires visés, certes, mais souvent aussi les administrations locales et nationales ont des ressources des plus limitées. De plus, les pouvoirs publics n’affectionnent généralement guère les choix politiques difficiles à opérer dans ce domaine.

Bien que considérablement moins ambitieuse que l’approche traditionnelle, inévitablement vouée à l’échec, qui consiste à fournir des logements construits dotés de tous les services souhaitables, la mise à disposition de terrains à viabilisation minimale présente néanmoins des difficultés techniques et politiques. Elle exige un changement radical d’orientation en matière d’aménagement urbain et une révolution dans les attitudes des responsables politiques et des planificateurs.


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