Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Chapter 6 Chapitre 6
Chapter 2 Chapitre 2 Notes for Indicators Notes
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
Chapitre 2 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 Populations urbaines : de la désolation à l’espoir

Les drames cachés de la pauvreté urbaine 3

Les taudis : la pauvreté condensée

Persistance des disparités

Autonomisation et bien-être des femmes : piliers de villes durables

Croissance des villes, contradictions sociales, dialogue et discorde

Changements démographiques dans les centres urbains

Amélioration de la gouvernance urbaine et implication des pauvres :choix logique et moral

Autonomisation et bien-être des femmes : piliers de villes durables

Les femmes étant souvent les plus pauvres parmi les pauvres, . . . éliminer toute forme de discrimination sociale, culturelle, politique et économique à leur égard est une condition préalable à l’élimination de la pauvreté . . . dans le cadre d’un développement durable..(21)

Les commodités sociales et matérielles des villes facilitent les changements dans le sens de l’égalité des sexes. La concentration de la population en milieu urbain ouvre effectivement aux femmes, migrantes ou autochtones, de nombreuses possibilités de se rencontrer, de travailler, de former des réseaux de soutien social, d’échanger des informations et de s’organiser compte tenu des facteurs importants pour elles. Les villes tendent à favoriser la diversité culturelle et, en corollaire, une souplesse accrue pour l’application des normes sociales qui limitent traditionnellement la liberté de choix des femmes.

Les villes offrent aux femmes des meilleures options d’éducation et des emplois plus divers que les campagnes. Elles leur donnent davantage de possibilités de participation à la vie sociale et politique, ainsi qu’un accès aux médias, à l’information et à la technologie; elles favorisent l’acquisition d’un pouvoir décisionnel par la participation communautaire et politique. Les femmes peuvent tirer parti de l’espace urbain pour faire entendre leur voix, prendre part aux activités communautaires en matière de politique et de développement et influer sur les processus sociaux et politiques à tous les niveaux.

Les femmes peuvent bénéficier des avantages de la proximité et de la disponibilité accrue de services en milieu urbain, alimentation en eau, assainissement, éducation, santé et transports publics, ce qui peut alléger le triple fardeau de la reproduction, de la production et du travail communautaire et, par suite, améliorer leur état de santé et celui des membres de leur famille.

L’EDUCATION EN MILIEU URBAIN : UN GRAND PAS VERS L’EGALITE ?

L’urbanisation élargit l’accès des filles à l’éducation et favorise l’acceptation culturelle de leur droit à l’éducation. L’enseignement, le primaire mais surtout le secondaire, a pour les filles des effets multiplicateurs cruciaux qui relèvent le statut social et économique des femmes et élargissent leur liberté de choix. En général, les femmes instruites se marient plus tard, ont moins d’enfants et ceux-ci sont en meilleure santé(22). À l’âge adulte, elles voient s’accroître leur potentiel d’emploi, leurs capacités d’obtention de revenus et leur autorité en matière de décisions dans leur ménage(23). À noter également parmi les autres avantages l’acquisition de connaissances et de capacités favorable au maintien et à la protection de leur santé, notamment sur la prévention des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmises, y compris le VIH/sida. Tous ces facteurs concourent à la lutte contre la pauvreté.

L’aptitude des familles à assurer la scolarisation et la poursuite des études de leurs enfants, garçons et filles, influe fortement sur l’ampleur et la profondeur de la pauvreté urbaine et sur la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Malheureusement, dans les pays à faible taux global de scolarisation, de nombreuses filles interrompent leurs études avant d’atteindre l’alphabétisation fonctionnelle. Les données des recensements de population et de santé mettent en évidence quatre grandes raisons à cela : le manque de moyens financiers, le mariage et les grossesses précoces, les responsabilités au sein du ménage et les mauvais résultats. Les frais d’inscription, uniformes et fournitures scolaires, la perte de revenu ou d’aide pour le ménage, les dépenses de transport et les autres coûts de la scolarisation des enfants peuvent être prohibitifs pour beaucoup de familles pauvres, ce qui réduit l’avantage offert par les villes en matière d’éducation. Placées devant la nécessité de choisir, les familles commencent généralement par sacrifier la scolarisation des filles ou par interrompre leurs études.

Les données sur les différences intra-urbaines font apparaître des écarts considérables en matière d’accès à l’éducation et de niveau d’alphabétisation entre les taudis et les autres quartiers. Dans certains pays tels que le Bangladesh, la Colombie, l’Inde et le Pakistan, le taux d’alphabétisation des femmes est inférieur de 30 % à 50 % dans les taudis(24). L’aptitude des jeunes à poursuivre leurs études est conditionnée par l’âge du mariage, les grossesses et les responsabilités au sein du ménage. Les jeunes, femmes et hommes, des ménages à bas revenu ont des enfants, sont mariés ou sont chefs de famille avec une fréquence plus élevée que leurs homologues des catégories de revenu supérieures(25).

LE MARCHE DU TRAVAIL : PORTE DE SORTIE POSSIBLE ?

Les possibilités d’emploi, pour les deux sexes, sont bien plus diverses dans les villes. L’urbanisation a considérablement renforcé la participation des femmes à la main-d’œuvre(26). L’emploi rémunéré des femmes accroît les revenus des ménages et peut par ailleurs induire des transformations des rôles sexospécifiques et rehausser le statut de la femme dans la famille et la société.

Au niveau mondial, on a noté ces dernières années une augmentation significative de l’emploi non-agricole rémunéré des femmes(27). De nouvelles possibilités se sont ouvertes, notamment dans les secteurs des marchandises pouvant faire l’objet d’échanges internationaux(28) et dans les entreprises familiales reliées aux réseaux de production mondiaux(29). C’est ainsi que 80 % des 50 millions de travailleurs des zones franches industrielles sont des jeunes femmes(30).

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Des emplois pour les filles des rues

Le bureau de pays de l’UNFPA en Éthiopie apporte son soutien au Centre de formation du bon Samaritain, une ONG urbaine qui dispense des formations professionnelles à des adolescentes et à des jeunes femmes de 18 à 25 ans, pour les aider à s’établir à leur compte ou à trouver un emploi rémunéré. Le principal groupe cible est celui des filles des rues, venant de familles économiquement faibles, exposées à la vie de la rue du fait du dénuement, de la négligence, de la désintégration de la famille, des troubles civils et de la guerre. Outre la formation à différents métiers, travail du cuir, tissage, tricot, couture, broderie et coiffure, le Centre donne des cours dans les domaines de la santé, de l’économie ménagère, de la nutrition, du VIH/sida et de la planification familiale.


Toutefois, la croissance de l’emploi féminin concerne principalement le secteur parallèle, où a lieu la plupart de la création d’emplois au niveau mondial(31) et où les femmes sont largement majoritaires, en particulier en Afrique et en Asie(32). Le secteur parallèle en tant qu’employeur des femmes est essentiel pour permettre aux ménages pauvres d’absorber les chocs économiques qu’ils subissent. À cet égard, l’emploi des femmes, rémunéré et non rémunéré, est un facteur fondamental auquel de nombreux ménages doivent de ne pas sombrer dans la pauvreté(33). Les inconvénients du travail informel sont qu’il est généralement instable, de piètre qualité et mal payé(34).

LA LONGUE ROUTE DU DROIT DES FEMMES A LA PROPRIETE

Les biens matériels et financiers offrent aux femmes davantage que le bien-être et la sécurité économiques. Les droits fonciers leur apportent des possibilités accrues d’accès au crédit, de génération de revenus et de constitution de réserves pour se protéger de la pauvreté. Ils les autonomisent et les habilitent également dans leurs relations avec leurs partenaires et leur famille, réduisent leur vulnérabilité à la violence sexiste et au VIH/sida, et créent un filet de sécurité pour la vieillesse.

Les femmes sont propriétaires de moins de 15 % des terres au niveau mondial(35). Dans certains pays, notamment dans certaines régions de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne, elles ne peuvent rien posséder séparément de leur époux. Sans titre de propriété de biens immeubles ou meubles, les femmes n’ont pratiquement rien à donner en garantie pour obtenir des prêts ou des lignes de crédit, ce qui restreint leurs options économiques. Dans certains contextes, bien qu’elles jouissent du droit de propriété et d’héritage, la coutume confie l’administration des biens aux hommes qui, à la mort de ceux-ci, sont transmis aux héritiers de sexe masculin des administrateurs. Il est difficile, voir impossible dans de telles conditions que les femmes exercent effectivement leurs droits de propriété.

On a pu constater, dans certains cas, que la difficulté à obtenir les titres de propriété en milieu rural pousse les femmes à émigrer dans les villes, où elles supposent qu’il leur sera plus facile d’y acquérir des biens(36). Les femmes peuvent aussi accéder plus facilement aux renseignements et à une aide juridiques en milieu urbain. Du fait du dynamisme social supérieur et de la gamme plus large de possibilités offertes aux femmes, les villes leur donnent selon toute probabilité de meilleures chances à long terme d’acquérir des biens.

Des réformes juridiques restent toutefois nécessaires pour reconnaître aux femmes des droits de propriété égaux. Lorsque les lois voulues sont en vigueur, les villes ont encore besoin de programmes et de mécanismes de recours pour surmonter les obstacles informels tels que les pratiques coutumières, le manque d’information sur les droits, le coût des terrains et des logements, et les politiques discriminatoires en matière de prêts et d’octroi de titres fonciers.

Les droits de propriété et l’accès au crédit sont étroitement liés; il n’est donc pas surprenant que les femmes se heurtent à des difficultés pour se procurer des avoirs financiers. Les programmes de microcrédit répondent en partie à ce besoin; d’abord mis en œuvre en milieu rural, ces programmes permettent aussi aujourd’hui aux femmes pauvres en milieu urbain de tirer parti de leurs capacités et d’accroître leurs revenus.

VOIX AU CHAPITRE : LE ROLE DES ORGANISATIONS COMMUNAUTAIRES

Le pouvoir décisionnel est l’un des principaux indicateurs de l’autonomisation des femmes. Les perspectives de participation formelle des femmes à la vie politique s’améliorent, malgré les nombreux obstacles auxquelles elles sont confrontées, notamment la discrimination et les préjugés sexistes, leurs multiples responsabilités peu valorisées, le temps et l’énergie exigés d’elles, le manque de soutien dans des domaines critiques tels que la santé reproductive et le manque de ressources.

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Les multiformes groupes féminins des zones urbaines

Les centres urbains, où les services d’information, de communications et les technologies sont de meilleure qualité, permettent aux femmes de s’organiser plus rapidement et plus efficacement et aux groupes, qui sont au départ de petits collectifs de se transformer en réseaux de grande envergure, voire en mouvements internationaux. La Commission Huairou, issue de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes de Beijing, en est un exemple. La présence à la Conférence de 35 000 participantes appartenant à des ONG du monde entier a lancé l’organisation dont les activités de réseau se poursuivent aujourd’hui et qui réunit des groupes généralement dirigés par des femmes; cela en fait un mouvement authentiquement mondial qui influe sur l’élaboration des politiques aux niveaux local, régional et international, dans les domaines de l’habitat et de l’environnement.(1)

Dès lors que l’on sait utiliser les médias, radio et télévision, les messages peuvent être diffusés instantanément pour encourager l’apprentissage dans des domaines tels que la santé, plaider en faveur de causes spécifiques et favoriser les connaissances relatives aux droits des femmes sur un large front. C’est ainsi que l’ONG CEMINA (Communication, éducation et information sur l’égalité des sexes), atteint des milliers d’auditeurs et d’auditrices dans certaines des communautés les plus pauvres du Brésil. De même, avec ses programmes radiodiffusés, le Women’s Radio Network fait œuvre éducative et apporte dans de nombreux foyers des informations sur l’égalité des sexes, la santé et l’environnement.(2) 

Au sein d’associations diverses, groupes civiques ou coopératives d’épargne, les femmes urbaines sont actives dans leurs communautés où, agents du changement, elles s’emploient à répondre aux besoins de logement, à améliorer les services essentiels, à aménager les taudis et à renforcer la sécurité économique(3). La Self-Employed Women’s Association, syndicat réunissant 700 000 travailleuses indépendantes dans six États de l’Inde, a établi des centres qui dispensent des services de santé, de garde d’enfants et d’assurances et qui exercent des activités de recherche, de formation, de communication et de marketing; les centres fournissent également des logements et des infrastructures pour les citadines pauvres actives dans le secteur informel(4). Ce type d’initiatives est souvent mis en œuvre sans le soutien des pouvoirs publics ni d’organisations internationales; toutefois, lorsque les efforts de femmes sont reconnus et intégrés dans la programmation des institutions, ils s’avèrent d’une valeur inestimable. Le projet CAMEBA en offre une preuve incontestable : ce projet d’aménagement de taudis à Caracas et financé par la Banque mondiale a vu son rendement et sa durabilité croître après l’inclusion de groupements féminins qui étaient déjà à l’œuvre sur le terrain depuis des années.

Les organisations féminines sont souvent capables d’accomplir des choses que d’autres mouvements sociaux ne parviennent pas à réaliser. Elles sont capables de transformer les désavantages auxquels elles sont confrontées en atouts. Les femmes et leurs organisations sont moins menaçantes, non seulement pour les pouvoirs publics, mais aussi pour les gangs locaux et groupes analogues. Il est donc des cas où des organisations masculines seraient rapidement corrompues ou verraient leurs activités perturbées par les détenteurs du pouvoir, mais où les organisations féminines peuvent réunir des appuis et exercer leur influence.(5)


Certains États ont adopté des lois paritaires ou des systèmes de quotas pour lever ces obstacles et pour parvenir à un niveau de représentation approprié des femmes au sein des conseils municipaux et des instances gouvernementales locales(37). Néanmoins, les membres des parlements nationaux ne comptent que 16 % de femmes en Afrique et en Asie et 9 % dans les pays arabes(38). Nous sommes loin de ce que l’on peut considérer comme une « masse critique » qui permettrait aux femmes d’influencer les politiques et les priorités en matière de dépenses.

Par opposition à ces résultats peu reluisants au niveau central, la participation des femmes a augmenté au sein des instances décentralisées. Les entités gouvernementales locales offrent des possibilités accrues d’habilitation et de participation des femmes à la vie politique, ce qui, à mesure que l’urbanisation progresse, a des répercussions positives sur les perspectives des femmes. De plus, les pays à fort pourcentage de femmes membres de conseils locaux ont généralement un nombre plus élevé de femmes parlementaires, ce qui, à son tour, bénéficie aux femmes au niveau municipal(39).

L’urbanisation peut ainsi être un facteur puissant pour créer des conditions favorables à l’autonomisation des femmes. Faire de ce potentiel une réalité est l’un des moyens les plus efficaces de promouvoir les droits de l’homme, d’améliorer les conditions de vie des pauvres et de rendre les villes des pays en développement plus conviviales.

Les villes se prêtent à la participation sociale et politique des femmes à plusieurs niveaux. Pour les femmes pauvres dont l’existence est confinée au foyer, à la famille et au travail, l’adhésion à une organisation ouvre immédiatement des horizons. Lorsqu’elles participent activement aux travaux d’une organisation ou qu’elles assument un rôle directeur, les femmes prennent confiance en elles-mêmes et acquièrent de nouvelles connaissances pratiques et théoriques ainsi qu’une meilleure compréhension du monde. Le groupement au sein d’une organisation permet aux femmes pauvres de dépasser les limites que leur impose la pauvreté; il peut compenser en partie les coûts et les risques du travail informel; il peut aussi contribuer à réduire leur vulnérabilité, leur insécurité et leur dépendance, notamment en leur apportant des connaissances sur le monde extérieur et son fonctionnement.

L’adhésion à des associations offre aussi aux femmes la possibilité de mettre leur peu d’avoirs en commun et de renforcer ainsi leur pouvoir économique. Les groupes d’épargne et de crédit peuvent aider les travailleuses économiquement faibles à accéder aux services de microfinancement. De même, les productrices disposant de peu de capitaux peuvent réunir leurs ressources pour acheter des matières premières aux prix de gros(40).

Un soutien accru permettrait de renforcer ces avantages. Les femmes pauvres doivent être représentées et pouvoir se faire entendre dans le cadre des institutions et des processus qui déterminent les politiques sociales et économiques dans le contexte de l’économie mondiale, pour que les conditions de vie et de travail des pauvres continuent de s’améliorer. Les négociations internationales, régionales et nationales sur les accords de libre-échange, les objectifs du Millénaire pour le développement et les stratégies de réduction de la pauvreté doivent faire une place aux pauvres urbains et en particulier aux travailleurs informels qui sont majoritairement des femmes; leur voix doit être entendue et leurs préoccupations prises en considération. Il faut, pour que les femmes pauvres des villes aient une voix au plus haut niveau, que les instances gouvernementales et les organismes internationaux appuient leurs organisations, en favorisent le développement et renforcent leurs capacités.

ACCES AUX SOINS DE SANTE REPRODUCTIVE : PEUT FAIRE BEAUCOUP MIEUX

L’accès aux soins de santé est d’une importance essentielle pour les femmes en raison de leurs fonctions reproductives, du fardeau disproportionné qu’elles assument pour le soin des personnes âgées et des malades, et de leur rôle prépondérant dans l’atténuation de la pauvreté au niveau communautaire(41). L’amélioration de l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi contribue à leur autonomisation générale et à l’accroissement de leurs capacités à exercer leur droit à la santé et, globalement, leur apporte de meilleures chances dans la vie.

Ces services et des possibilités sont en général plus facilement disponibles en milieu urbain qu’en milieu rural, mais pour les femmes pauvres, le manque de temps, d’argent et de participation aux décisions du ménage, ou même l’absence de liberté de se déplacer dans la ville peuvent réduire ces avantages à néant. En milieu urbain, la mise en œuvre de politiques et de programmes inclusifs, doublée d’un meilleur ciblage des services et des ressources, pourrait améliorer rapidement la santé des femmes, notamment en matière de reproduction.

Les relations entre les sexes et la pauvreté conditionnent l’approche du comportement sexuel et reproductif des couples et des familles. Dans les villes, les femmes pauvres sont exposées à des risques de santé reproductive plus élevés que leurs consœurs et sont aussi moins susceptibles de se voir fournir des services de qualité. Elles sont plus exposées à la violence sexiste au foyer et dans les lieux publics et font toujours l’objet de pratiques traditionnelles néfastes.

La fécondité cumulée est, dans le monde entier, plus faible dans les villes que dans les campagnes(42). Mais cela ne signifie pas que toutes les femmes urbaines ont le même accès aux soins de santé reproductive ou même qu’il est répondu à tous leurs besoins de contraception. Les femmes pauvres des villes emploient généralement moins les moyens contraceptifs et ont des taux de fécondité plus élevés que leurs consœurs plus aisées. Leur situation, du point de vue de la santé reproductive, ressemble parfois davantage à celle des femmes rurales(43) (voir figure 4).


Figure 4 : Fécondité cumulée dans les zones urbaines de taudis, les autres zones urbaines et les zones rurales de certains pays d’Afrique, 2003-2004

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Source : D’après des données fournies par ONU-Habitat. Indicateurs urbains, Phase III.


Les besoins non satisfaits des femmes en matière de contraception varient, ainsi que l’on pouvait s’y attendre, selon le niveau relatif de pauvreté. Les études couvrant l’Asie, l’Amérique latine, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne font généralement apparaître des niveaux de besoins de contraception non satisfaits plus élevés dans la population rurale que dans la population urbaine, les populations urbaines pauvres se situant à mi-chemin entre ces deux groupes(44). En Asie du Sud-Est, par exemple, ils sont de 23 % pour les groupes urbains pauvres contre 16 % seulement pour les groupes urbains non pauvres(45).

Dans l’ensemble, la pauvreté peut être un meilleur indicateur des modèles de fécondité que la résidence en milieu rural ou urbain. Il est donc particulièrement important que les décideurs qui s’intéressent au taux de croissance urbaine se penchent sur les relations réciproques entre population et pauvreté, et de plus en plus dans les contextes urbains(46). En accordant une plus haute priorité à l’autonomisation des femmes, à l’élargissement de l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi, et à la fourniture d’informations et de services de bonne qualité en matière de santé sexuelle et reproductive aux femmes ainsi qu’aux hommes, on augmente leurs choix et on favorise une réduction de la taille des familles et une amélioration de leur santé. Cela contribue à la satisfaction des besoins des individus et au respect de leurs droits, parallèlement à une amélioration des perspectives de croissance économique et de bien-être humain.

LA VIOLENCE SEXISTE

La violence sexiste, avec le cortège de ravages physiques, de souffrances psychologiques et de dommages financiers qu’elle inflige aux femmes et à la société, est une réalité de la vie urbaine, sans distinction de niveau de revenu ou d’éducation. Sous ses diverses formes, de l’intimidation à l’agression sexuelle, la violence limite l’aptitude des femmes à se déplacer dans la ville(47), réduisant ainsi leur liberté de chercher du travail, des services sociaux ou des activités de loisir. Les mauvais traitements physiques et sexuels sont aussi un facteur contribuant aux grossesses non désirées, aux infections sexuellement transmises (y inclus par le VIH) et aux complications de la grossesse(48).



Les femmes urbaines sont bien plus disposées que leurs homologues rurales à déclarer qu’elles ont fait l’expérience de la violence . . . du fait de la désintégration des normes culturelles régissant les relations entre les sexes.



Les femmes urbaines sont bien plus disposées que leurs homologues rurales à déclarer qu’elles ont fait l’expérience de la violence(49). Ceci est attribuable en partie à de meilleures possibilités de dénoncer la violence dans les villes. Mais les femmes peuvent aussi être plus exposées à la violence sexiste en milieu urbain, du fait de la désintégration des normes culturelles régissant les relations entre les sexes et de la réticence plus grande des voisins à intervenir. La pauvreté, la vie dans un nouvel environnement (pour les migrants), le chômage, l’insuffisance des salaires, l’exclusion sociale et le racisme peuvent être causes de frustration chez les hommes et accroître la vulnérabilité des femmes. Les plus démunies sont celles qui sont le plus à risque(50), les enfants des rues et les travailleuses du sexe étant particulièrement vulnérables(51).

L’évolution rapide des normes relatives aux rôles de l’un et l’autre sexe peut également favoriser la violence intrafamiliale. Des recherches menées aux Philippines ont établi l’existence d’une relation de la pauvreté et de la résidence urbaine avec l’incidence de la violence infligée par les partenaires sexuels(52). Un sondage auprès des citadines de Moshi (République-Unie de Tanzanie) a constaté que 21,2 % d’entre elles avaient subi des violences de la part de leur partenaire au cours de l’année précédant le sondage et plus de 25 % à un moment donné de leur existence(53).

MORTALITE MATERNELLE ET INFANTILE

La mortalité maternelle reste étonnamment élevée; elle se situe à 529 000 décès par an, plus de 99 % survenant dans les pays en développement et est en grande partie évitable(54). Quatre décès sur cinq sont la conséquence directe de complications obstétriques(55), dont la plupart auraient pu être évitées par l’assistance à l’accouchement de personnel médical formé et par l’accès aux services obstétriques d’urgence.

Ces deux facteurs expliquent pourquoi la mortalité maternelle est généralement inférieure dans les zones urbaines, où trois fois plus de femmes accouchent en présence de personnel de santé compétent que dans les zones rurales(56). Les femmes pauvres des villes, elles, accouchent généralement moins souvent sans cette aide(57) : 10 à 20 % seulement des femmes sont accouchées par du personnel de santé dans les taudis du Kenya, du Mali, de l’Ouganda et du Rwanda, contre 68 à 86 % dans les autres quartiers(58).

Plusieurs facteurs réduisent la demande de soins de santé maternelle chez les femmes pauvres des villes, notamment la pauvreté et les demandes plus pressantes d’autres dépenses pour le ménage, les contraintes de temps résultant de leurs multiples responsabilités et l’absence d’infrastructure de soutien tels que les moyens de transport et les garderies d’enfants(59).

La privation en matière de logement accroît le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans. En Éthiopie, le taux de mortalité dans les taudis (180 pour 1 000 naissances vivantes) est de près du double du taux de mortalité dans les autres quartiers (95). On relève des différences analogues en Guinée, au Nigéria, en République-Unie de Tanzanie et au Rwanda. La relation entre privation de logement et survie de l’enfant apparaît également dans des pays tels que les Philippines et l’Ouzbékistan, où les taux de mortalité infantile sont beaucoup plus bas.

Bien que les enfants pauvres nés dans les villes soient plus proches des établissements de santé et que leurs parents soient généralement mieux informés, leur taux de mortalité est comparable à celui des enfants en milieu rural(60). Le surpeuplement, l’insalubrité des locaux et l’absence d’eau courante et d’assainissement créent un terrain propice aux maladies respiratoires et intestinales et augmentent la mortalité chez les enfants des villes souffrant de malnutrition(61).

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La santé REPRODUCTIVE dans les taudis du Maharashtra

Dans le recensement de 2001, le nombre d’habitants de taudis en Inde est estimé à 40,3 millions de personnes, soit environ 14,2 % de la population urbaine du pays. Un projet de l’UNFPA est en exécution dans cinq municipalités de l’État du Maharashtra où la population des taudis urbains connaît une croissance rapide.

Dans les zones de taudis éloignés et difficilement accessibles, le projet a amélioré les centres de soins obstétriques d’urgence pour leur permettre de fournir des services complets. Il collabore avec des groupements féminins pour renforcer les connaissances et les capacités des femmes dans le domaine de la santé en matière de reproduction, ainsi que les mécanismes institutionnels et communautaires qui traitent du problème de la violence sexiste.

Le projet met également à la disposition des adolescents des espaces où ils peuvent parler des questions de santé sexuelle et reproductive dans un environnement sûr et convivial; il contribue à améliorer l’accès aux informations et aux services en matière de santé et offre aux adolescents des possibilités de se préparer à la vie quotidienne.

En outre, le projet a établi sur des bases volontaires des dépôts de contraceptifs non cliniques à base communautaire, approche qui a l’avantage de relier les communautés aux établissements de santé et d’accroître l’accessibilité des services.


Le taux de mortalité des moins de 5 ans est de près du double dans les régions rurales du Kenya de ce qu’il est à Nairobi, la capitale. En revanche, la mortalité est considérablement plus élevée dans les zones de peuplement non réglementées de Nairobi où vit environ la moitié de la population de la ville. À Kibera, l’un des plus grands taudis de toute l’Afrique, près d’un enfant sur cinq meurt avant d’avoir cinq ans. Les enquêtes menées dans de nombreuses autres villes font également apparaître des taux de mortalité des moins de 5 ans de 100 à 250 pour 1 000 naissances vivantes dans certains quartiers.

LE VIH/SIDA EN MILIEU URBAIN : NOUVEAUX RISQUES, NOUVELLES PERSPECTIVES

Le risque et la prévalence du VIH/sida augmentent dans les villes, mais les possibilités de réduction de l’épidémie dans le long terme y semblent meilleures. Le tableau actuel est sombre. Les émigrés ruraux laissent derrière eux non seulement leurs partenaires et leur famille, mais aussi souvent les restrictions qu’imposent les coutumes en matière de comportement sexuel. La dépendance de l’argent, alliée à la pauvreté et à la discrimination fondée sur le sexe, peut accroître la pratique des rapports sexuels transactionnels; elle réduit simultanément les possibilités de négocier des rapports sexuels protégés, en particulier pour les femmes et les filles, mais aussi pour les hommes et les garçons. La consommation de drogues injectables est généralement plus forte en milieu urbain, où sont également plus communes les infections sexuellement transmises et la tuberculose, qui accroissent la transmission du VIH et l’infection par le virus.

Certaines personnes vivant avec le VIH en milieu rural émigrent dans les villes en quête de meilleurs soins et de meilleurs traitements, notamment par les antirétroviraux. Ceci fait que la prévalence du VIH est généralement plus élevée chez les populations urbaines que chez les populations rurales d’Afrique subsaharienne, épicentre de l’épidémie de VIH/sida(62). L’Afrique du Sud et le Botswana ont tous deux des taux d’urbanisation élevés et une prévalence du VIH extrêmement élevée.

La pauvreté urbaine est liée à la transmission du VIH et réduit la probabilité du traitement. Les enfants des rues, les orphelins, les travailleurs du sexe et les femmes pauvres des zones urbaines sont particulièrement vulnérables à l’infection par le VIH. Les femmes pauvres vivant dans les villes risquent davantage de tomber victimes de la violence sexuelle ou de la traite des personnes, ce qui accroît leur risque d’infection; elles sont en outre généralement moins informées sur la façon de se protéger(63). Par ailleurs, les femmes menacées de violence ne sont pas en mesure de négocier des pratiques sexuelles à moindre risque.

Il existe cependant des motifs d’espoir. Le fléchissement de la prévalence du VIH récemment constaté dans les zones urbaines de certains pays indique que l’urbanisation pourrait offrir des possibilités de réduire l’épidémie. Les préservatifs, essentiels pour la prévention de l’infection, et les informations sur la transmission du VIH sont peut-être plus facilement disponibles dans les villes. L’opprobre et la discrimination peuvent aussi être moindres dans les villes, du fait d’une meilleure éducation et d’une plus grande fréquentation de personnes vivant avec le VIH/sida.



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