CHAPITRE 2
Chapter 2 Populations urbaines : de la désolation à l’espoir

Les drames cachés de la pauvreté urbaine

Les taudis : la pauvreté condensée

Persistance des disparités

Autonomisation et bien-être des femmes : piliers de villes durables

Croissance des villes, contradictions sociales, dialogue et discorde

Changements démographiques dans les centres urbains

Amélioration de la gouvernance urbaine et implication des pauvres :choix logique et moral



Le monde en développement et la pauvreté s’urbanisant, c’est dans les taudis du monde que sera livrée la bataille des objectifs du Millénaire pour le développement. (1)

La croissance urbaine sans précédent que connaissent les pays en développement reflète les espoirs et les aspirations des millions de nouveaux citadins. Les villes possèdent un immense potentiel d’amélioration des conditions de vie des individus, mais les déficiences de la gestion urbaine, souvent dues à des erreurs de perception et d’information, peuvent aiguiller le développement sur des voies catastrophiques.

Consciente de ce risque, le Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement a émis la recommandation suivante : « Les gouvernements devraient déléguer aux autorités des villes et des municipalités des pouvoirs et des responsabilités accrus, pour gérer l’aménagement urbain, protéger l’environnement; satisfaire les besoins de tous leurs habitants (y compris des squatters urbains) en matière de sécurité personnelle ainsi que d’infrastructures et services de base; apporter des solutions aux problèmes sanitaires et sociaux, notamment de la drogue et de la criminalité et ceux qui résultent du surpeuplement et de catastrophes, et offrir à la population des possibilités de vivre ailleurs que dans des zones prédisposées aux catastrophes naturelles ou d’origine humaine(2)». Le présent chapitre traite de certaines de ces questions et notamment de leurs répercussions sur la situation des femmes, dans la perspective de la croissance urbaine à venir dans les pays en développement.

Les drames cachés de la pauvreté urbaine(3)

Jusqu’à une date récente, les établissements ruraux se situaient à l’épicentre du dénuement et de la misère humaine. Toutes les mesures de la pauvreté, qu’elles soient fondées sur le revenu, la consommation ou les dépenses, indiquaient que la pauvreté était plus profonde et plus répandue dans les campagnes que dans les villes(4). Les centres urbains offraient dans l’ensemble un meilleur accès aux services de santé et d’éducation, à l’infrastructure de base, à l’information, aux connaissances et aux possibilités(5). Ces constats étaient compréhensibles étant donné les allocations budgétaires, la concentration des services et les autres avantages incorporels des villes.

À présent, toutefois, la pauvreté s’accroît plus rapidement en milieu urbain qu’en milieu rural, tout en faisant l’objet de bien moins d’attention. Les statistiques agrégées masquent les profondes inégalités et reflètent mal la concentration de la pauvreté extrême dans les villes. De fait, la plupart des évaluations sous-estiment l’ampleur et la profondeur de la pauvreté urbaine(6).

Des centaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté dans les villes des pays à bas revenu et à revenu intermédiaire, et leur nombre augmentera inéluctablement au cours des années à venir. Plus de la moitié de la population urbaine vit en dessous du seuil de pauvreté en Angola, en Arménie, en Azerbaïdjan, en Bolivie, en Colombie, en Géorgie, au Guatemala, en Haïti, à Madagascar, au Malawi, au Mozambique, au Niger, en Sierra Leone, au Tchad et en Zambie. Dans de nombreux autres pays, notamment au Burundi, en El Salvador, en Gambie, au Kenya, en République kirghize, en Moldova, au Pérou et au Zimbabwe, le taux de pauvreté se situe entre 40 % et 50 %; cette liste s’allongerait s’il était tenu compte des coûts réels des biens de première nécessité non alimentaires en milieu urbain dans le calcul du seuil de pauvreté(7).

Les carences de la gestion urbaine causent souvent un galvaudage des avantages urbains et du potentiel de réduction de la pauvreté que possèdent les villes. Bien que la pauvreté progresse plus rapidement en milieu urbain qu’en milieu rural, ce n’est que récemment que les organismes de développement ont commencé à comprendre que de nouvelles interventions s’imposaient pour attaquer le mal à ses racines.

Les taudis : la pauvreté condensée

La pauvreté, la mendicité et la clochardise sont des composantes du paysage urbain depuis les premières villes de Mésopotamie. Les pauvres sont, pour la plupart, relégués par ségrégation sociale dans des quartiers généralement appelés « taudis » ou « bidonvilles » (voir encadré 4). Notre notion des taudis modernes remonte à la révolution industrielle telle que l’ont connue Londres au XIXe siècle ou New York au début du XXe siècle(8).

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Taudis urbains et citadins pauvres

Le terme « taudis » désigne de nombreux types de logements, y compris certains susceptibles d’être améliorés. Les termes « taudis », « bidonvilles », « établissements informels », « établissements de squatters » et « communautés à faible revenu » sont souvent employés de manière interchangeable.

ONU-Habitat définit le « ménage habitant un taudis » comme un groupe de personnes vivant dans le même logement urbain dépourvu d’un ou de plusieurs des éléments suivants : logement durable, surface habitable suffisante, accès à un approvisionnement en eau amélioré, accès à un système d’assainissement amélioré et sécurité d’occupation.

Tous les pauvres ne vivent pas dans des taudis et tous les habitants de zones définies comme des taudis ne sont pas pauvres. Toutefois, à des fins de simplification, le présent rapport considère comme synonymes les termes « citadins pauvres », « pauvres urbains » et « habitants de taudis ».


Les caractéristiques fondamentales de la vie dans les taudis n’ont pas changé : la seule différence aujourd’hui est une différence d’échelle. Les habitants des taudis du nouveau millénaire ne sont plus quelques milliers dans quelques villes d’un continent en rapide industrialisation. Ils sont à présent un milliard, un citadin sur trois, un sixième de la population mondiale(9).

Plus de 90 % des habitants de taudis vivent aujourd’hui dans le monde en développement. C’est l’Asie du Sud qui en a la plus grande part, suivie par l’Asie de l’Est, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine. La Chine et l’Inde réunissent à elles deux 37 % des taudis du monde. En Afrique subsaharienne, l’urbanisation est devenue pratiquement synonyme de croissance des taudis : 72 % de la population urbaine de la région vit dans des taudis, contre 56 % en Asie du Sud. La population des taudis de l’Afrique subsaharienne a pratiquement doublé en 15 ans, ayant atteint près de 200 millions d’habitants en 2005.

La Déclaration du Millénaire des Nations Unies a reconnu l’importance de la prise en compte de la situation des habitants des taudis pour réduire la pauvreté générale et faire progresser le développement humain. Malgré la force de cet engagement, il n’a pas été facile de suivre les progrès de la situation des habitants de taudis(10) et des interventions politiques dynamiques sont nécessaires pour que les pays atteignent, dans son esprit, la cible 11 des objectifs du Millénaire pour le développement(11) et améliorent l’existence des millions de citadins pauvres.

Persistance des disparités

La situation défavorisée des citadins pauvres par rapport aux autres citadins n’est nulle part plus évidente que dans le domaine de la santé(12), les disparités étant particulièrement grandes pour les femmes pauvres. Bien que le revenu monétaire soit bien plus élevé dans les villes que dans les villages, la pauvreté monétaire n’est qu’un aspect de la pauvreté urbaine. Celle-ci est également caractérisée par la piètre qualité et le surpeuplement du logement, le manque de services publics et d’infrastructure tels que l’eau courante, les installations sanitaires, l’enlèvement des ordures, le drainage et les routes, ainsi que par l’insécurité des droits fonciers (voir encadré 5). Ces déficiences accroissent les contraintes que les pauvres des villes subissent dans les domaines de la santé et du travail et les exposent à des dangers accrus présentés par l’environnement et la criminalité.

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La vie dans les taudis et les villes nouvelles d’Égypte(1)

Feryal El Sayed vit depuis 15 ans dans un logement comprenant une minuscule chambre carrée, avec un lit et deux sièges, et un espace encore plus petit faisant office de cuisine et de salle de bain. Le toit de sa « maison », confectionné de matériaux de fortune, se désintègre et Mme El Sayed, 62 ans, a dû tendre des feuilles de plastique sous le plafond pour retenir les débris qui s’en détachent. Son sort est cependant plus enviable que celui de certains de ses voisins du District 3 d’Ezbet El Haggana, qui n’ont purement et simplement pas de logement et qui, par temps de pluie, sont contraints de dormir sous leur lit.

Ezbet El Haggana, vaste taudis du nord-est du Caire, est la plus grande des « zones informelles » (ashwaiyat) entourant la ville. Comptant plus d’un million d’habitants, c’est l’une des quelques localités où les plus pauvres parmi les pauvres de l’Égypte peuvent se payer une forme de logement. Les câbles à haute tension bourdonnent constamment au dessus de leur tête, les eaux usées suintent et s’infiltrent sous leurs pieds et ils aspirent la fumée dégagée par la combustion des ordures.

« En plus de toutes sortes de maladies, il y a toujours des incendies dans ces maisons, à cause des lignes à haute tension », dit Hazem Hassan de l’Institution Al-Shehab pour le développement intégré, organisation de base qui aide les habitants d’Ezbet El Haggana depuis 2001. Al-Shehab construira sous peu de nouveaux toits pour 50 des logements les plus menacés, dont celui de Mme El Sayed.

La population du Caire a explosé en l’espace de 30 ans et, de 6,4 millions d’habitants en 1975, est passée en 2005 à 11,1 millions. D’après les statistiques les plus récentes du Ministère du logement, des services publics et des communautés urbaines, il existe 1 221 « zones informelles » comme Ezbet El Haggana. Elles abritent de 12 à 15 millions des 77 millions d’habitants du pays et 77 d’entre elles sont situées dans le Grand Caire.

Le ministère réoriente les flux de population provenant des grandes villes d’Égypte au moyen de projets de développement et de programmes de logement à loyer modéré des « villes nouvelles ». Celles-ci ont absorbé, dans la seule région du Caire, 1,2 million de personnes qui se seraient autrement retrouvées dans des taudis. Toutefois, malgré les incitations offertes par l’État, nombreux sont ceux qui n’ont pas les moyens de profiter de ces programmes. Les personnes comme Mme El Sayed restent à Ezbet El Haggana. Malgré ses problèmes, elle garde son optimisme, peut-être parce qu’elle se rend compte qu’elle a plus de chance que beaucoup de ses voisins – et qu’elle aura bientôt un toit tout neuf.


Les pauvres vivent dans des environnements insalubres(13). Les risques pour la santé auxquels ils sont exposés proviennent du manque d’assainissement et d’eau potable, du surpeuplement et de la mauvaise aération des logements et des lieux de travail, ainsi que de la pollution atmosphérique et industrielle. Les carences alimentaires réduisent la résistance des habitants de taudis aux maladies, ce qui est d’autant plus grave qu’ils vivent constamment au contact d’organismes pathogènes(14).

Le Rapport mondial sur le développement humain 2006 du Programme des Nations Unies pour le développement donne un excellent aperçu et une analyse détaillée des relations entre le pouvoir, la pauvreté et l’eau(15). Il met en évidence le fait que les sombres réalités de la vie dans les taudis échappent à l’analyse statistique. Souvent, plusieurs familles vivent dans un complexe de plusieurs maisons équipé d’une seule toilette pour tous les adultes et les enfants. Les toilettes sont parfois réservées aux adultes, et les enfants sont forcés d’aller faire leurs besoins ailleurs dans le complexe ou dans les rues où ils jouent(16). Il n’est pas rare de trouver des communautés dans les villes d’Afrique subsaharienne où 250 ménages se partagent trois toilettes et une douche. Ce genre de situation accroît le stress imposé à tous les habitants, mais en particulier aux femmes qui sont exposées à des risques plus élevés de violence sexiste(17). En Amérique latine, seuls 33,6 % des citadins pauvres ont accès à des toilettes à chasse d’eau, contre 63,7 % des habitants urbains non pauvres(18).

L’eau est une ressource rare et chère pour tous les pauvres des villes, qui en achètent souvent en petites quantités à des vendeurs des rues, à des coûts unitaires considérablement plus élevés que les personnes qui ont l’eau courante chez elles. S’il existe un système de canalisation, l’alimentation en eau peut exiger de longs déplacements jusqu’à la borne-fontaine locale, de longues attentes, le transport des lourds jerrycans pleins, un stockage soigneux pour minimiser les pertes et la réutilisation de la même eau plusieurs fois, ce qui augmente le risque de contamination(19).

Les femmes et les filles consacrent une part substantielle de leur temps à la corvée d’eau. Une étude limitée sur l’utilisation du temps couvrant 10 localités d’Afrique de l’Est a constaté que le temps d’attente pour s’alimenter en eau était passé de 28 minutes par jour en 1967 à 92 minutes en 1997(20). L’augmentation de temps et d’effort physique ne provient pas tant des distances à parcourir pour atteindre le point d’eau, comme dans les villages, que du grand nombre de gens contraints de s’alimenter à la même source (voir encadré 6).

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Approvisionnement en eau à Kibera(1)

Selon certains, il y aura là, dans le plus grand bidonville de l’Afrique, un demi-million d’habitants; selon d’autres, plus d’un million. On ne sait pas au juste. . . Les Kiberains vivent dans des abris de tôle ou des huttes de terre, sans toilettes et sans lits. L’alimentation en eau est rare et il n’y a pratiquement pas d’électricité. La plupart des latrines à fosse sont pleines et les portes cadenassées; les habitants font donc usage des « toilettes volantes », c’est-à-dire qu’ils recueillent leurs excréments dans des sacs de plastique qu’ils jettent dans la rue sur les tas d’ordures; ceux-ci servent aussi de terrain de jeu aux enfants.

Sabina, femme d’âge moyen, est assise près d’une borne-fontaine où elle collecte les redevances des gens qui viennent remplir d’eau prétendue propre leurs jerrycans de 20 litres. Les conduites, dont beaucoup fuient, passent par des fossés d’évacuation des eaux usées et quand la pression baisse, fait pratiquement quotidien, aspirent les excréments. « C’est 3 shillings (0,04 dollar) le jerrycan, explique-t-elle, mais quand il y a moins d’eau, j’augmente le tarif à 5,5 shillings. » Sabina est à son poste 11 heures par jour, mais elle n’est pas payée. Les bornes-fontaines sont exploitées par des personnages louches, dont la rumeur dit que ce sont des fonctionnaires de l’État qui ont là une bonne source de revenus.


L’association entre pauvreté, environnement et logement est d’une importance capitale en ce qu’elle signale un domaine clé d’intervention. Les politiques d’amélioration du logement en milieu urbain peuvent avoir d’immenses répercussions sur la réduction de la pauvreté et le bien-être environnemental. Les progrès reflétés par les indicateurs de santé et de mortalité dépendent, dans une très grande mesure, de l’alimentation en eau et du traitement des eaux usées des villes.

Autonomisation et bien-être des femmes : piliers de villes durables

Les femmes étant souvent les plus pauvres parmi les pauvres, . . . éliminer toute forme de discrimination sociale, culturelle, politique et économique à leur égard est une condition préalable à l’élimination de la pauvreté . . . dans le cadre d’un développement durable..(21)

Les commodités sociales et matérielles des villes facilitent les changements dans le sens de l’égalité des sexes. La concentration de la population en milieu urbain ouvre effectivement aux femmes, migrantes ou autochtones, de nombreuses possibilités de se rencontrer, de travailler, de former des réseaux de soutien social, d’échanger des informations et de s’organiser compte tenu des facteurs importants pour elles. Les villes tendent à favoriser la diversité culturelle et, en corollaire, une souplesse accrue pour l’application des normes sociales qui limitent traditionnellement la liberté de choix des femmes.

Les villes offrent aux femmes des meilleures options d’éducation et des emplois plus divers que les campagnes. Elles leur donnent davantage de possibilités de participation à la vie sociale et politique, ainsi qu’un accès aux médias, à l’information et à la technologie; elles favorisent l’acquisition d’un pouvoir décisionnel par la participation communautaire et politique. Les femmes peuvent tirer parti de l’espace urbain pour faire entendre leur voix, prendre part aux activités communautaires en matière de politique et de développement et influer sur les processus sociaux et politiques à tous les niveaux.

Les femmes peuvent bénéficier des avantages de la proximité et de la disponibilité accrue de services en milieu urbain, alimentation en eau, assainissement, éducation, santé et transports publics, ce qui peut alléger le triple fardeau de la reproduction, de la production et du travail communautaire et, par suite, améliorer leur état de santé et celui des membres de leur famille.

L’EDUCATION EN MILIEU URBAIN : UN GRAND PAS VERS L’EGALITE ?

L’urbanisation élargit l’accès des filles à l’éducation et favorise l’acceptation culturelle de leur droit à l’éducation. L’enseignement, le primaire mais surtout le secondaire, a pour les filles des effets multiplicateurs cruciaux qui relèvent le statut social et économique des femmes et élargissent leur liberté de choix. En général, les femmes instruites se marient plus tard, ont moins d’enfants et ceux-ci sont en meilleure santé(22). À l’âge adulte, elles voient s’accroître leur potentiel d’emploi, leurs capacités d’obtention de revenus et leur autorité en matière de décisions dans leur ménage(23). À noter également parmi les autres avantages l’acquisition de connaissances et de capacités favorable au maintien et à la protection de leur santé, notamment sur la prévention des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmises, y compris le VIH/sida. Tous ces facteurs concourent à la lutte contre la pauvreté.

L’aptitude des familles à assurer la scolarisation et la poursuite des études de leurs enfants, garçons et filles, influe fortement sur l’ampleur et la profondeur de la pauvreté urbaine et sur la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Malheureusement, dans les pays à faible taux global de scolarisation, de nombreuses filles interrompent leurs études avant d’atteindre l’alphabétisation fonctionnelle. Les données des recensements de population et de santé mettent en évidence quatre grandes raisons à cela : le manque de moyens financiers, le mariage et les grossesses précoces, les responsabilités au sein du ménage et les mauvais résultats. Les frais d’inscription, uniformes et fournitures scolaires, la perte de revenu ou d’aide pour le ménage, les dépenses de transport et les autres coûts de la scolarisation des enfants peuvent être prohibitifs pour beaucoup de familles pauvres, ce qui réduit l’avantage offert par les villes en matière d’éducation. Placées devant la nécessité de choisir, les familles commencent généralement par sacrifier la scolarisation des filles ou par interrompre leurs études.

Les données sur les différences intra-urbaines font apparaître des écarts considérables en matière d’accès à l’éducation et de niveau d’alphabétisation entre les taudis et les autres quartiers. Dans certains pays tels que le Bangladesh, la Colombie, l’Inde et le Pakistan, le taux d’alphabétisation des femmes est inférieur de 30 % à 50 % dans les taudis(24). L’aptitude des jeunes à poursuivre leurs études est conditionnée par l’âge du mariage, les grossesses et les responsabilités au sein du ménage. Les jeunes, femmes et hommes, des ménages à bas revenu ont des enfants, sont mariés ou sont chefs de famille avec une fréquence plus élevée que leurs homologues des catégories de revenu supérieures(25).

LE MARCHE DU TRAVAIL : PORTE DE SORTIE POSSIBLE ?

Les possibilités d’emploi, pour les deux sexes, sont bien plus diverses dans les villes. L’urbanisation a considérablement renforcé la participation des femmes à la main-d’œuvre(26). L’emploi rémunéré des femmes accroît les revenus des ménages et peut par ailleurs induire des transformations des rôles sexospécifiques et rehausser le statut de la femme dans la famille et la société.

Au niveau mondial, on a noté ces dernières années une augmentation significative de l’emploi non-agricole rémunéré des femmes(27). De nouvelles possibilités se sont ouvertes, notamment dans les secteurs des marchandises pouvant faire l’objet d’échanges internationaux(28) et dans les entreprises familiales reliées aux réseaux de production mondiaux(29). C’est ainsi que 80 % des 50 millions de travailleurs des zones franches industrielles sont des jeunes femmes(30).

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Des emplois pour les filles des rues

Le bureau de pays de l’UNFPA en Éthiopie apporte son soutien au Centre de formation du bon Samaritain, une ONG urbaine qui dispense des formations professionnelles à des adolescentes et à des jeunes femmes de 18 à 25 ans, pour les aider à s’établir à leur compte ou à trouver un emploi rémunéré. Le principal groupe cible est celui des filles des rues, venant de familles économiquement faibles, exposées à la vie de la rue du fait du dénuement, de la négligence, de la désintégration de la famille, des troubles civils et de la guerre. Outre la formation à différents métiers, travail du cuir, tissage, tricot, couture, broderie et coiffure, le Centre donne des cours dans les domaines de la santé, de l’économie ménagère, de la nutrition, du VIH/sida et de la planification familiale.


Toutefois, la croissance de l’emploi féminin concerne principalement le secteur parallèle, où a lieu la plupart de la création d’emplois au niveau mondial(31) et où les femmes sont largement majoritaires, en particulier en Afrique et en Asie(32). Le secteur parallèle en tant qu’employeur des femmes est essentiel pour permettre aux ménages pauvres d’absorber les chocs économiques qu’ils subissent. À cet égard, l’emploi des femmes, rémunéré et non rémunéré, est un facteur fondamental auquel de nombreux ménages doivent de ne pas sombrer dans la pauvreté(33). Les inconvénients du travail informel sont qu’il est généralement instable, de piètre qualité et mal payé(34).

LA LONGUE ROUTE DU DROIT DES FEMMES A LA PROPRIETE

Les biens matériels et financiers offrent aux femmes davantage que le bien-être et la sécurité économiques. Les droits fonciers leur apportent des possibilités accrues d’accès au crédit, de génération de revenus et de constitution de réserves pour se protéger de la pauvreté. Ils les autonomisent et les habilitent également dans leurs relations avec leurs partenaires et leur famille, réduisent leur vulnérabilité à la violence sexiste et au VIH/sida, et créent un filet de sécurité pour la vieillesse.

Les femmes sont propriétaires de moins de 15 % des terres au niveau mondial(35). Dans certains pays, notamment dans certaines régions de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne, elles ne peuvent rien posséder séparément de leur époux. Sans titre de propriété de biens immeubles ou meubles, les femmes n’ont pratiquement rien à donner en garantie pour obtenir des prêts ou des lignes de crédit, ce qui restreint leurs options économiques. Dans certains contextes, bien qu’elles jouissent du droit de propriété et d’héritage, la coutume confie l’administration des biens aux hommes qui, à la mort de ceux-ci, sont transmis aux héritiers de sexe masculin des administrateurs. Il est difficile, voir impossible dans de telles conditions que les femmes exercent effectivement leurs droits de propriété.

On a pu constater, dans certains cas, que la difficulté à obtenir les titres de propriété en milieu rural pousse les femmes à émigrer dans les villes, où elles supposent qu’il leur sera plus facile d’y acquérir des biens(36). Les femmes peuvent aussi accéder plus facilement aux renseignements et à une aide juridiques en milieu urbain. Du fait du dynamisme social supérieur et de la gamme plus large de possibilités offertes aux femmes, les villes leur donnent selon toute probabilité de meilleures chances à long terme d’acquérir des biens.

Des réformes juridiques restent toutefois nécessaires pour reconnaître aux femmes des droits de propriété égaux. Lorsque les lois voulues sont en vigueur, les villes ont encore besoin de programmes et de mécanismes de recours pour surmonter les obstacles informels tels que les pratiques coutumières, le manque d’information sur les droits, le coût des terrains et des logements, et les politiques discriminatoires en matière de prêts et d’octroi de titres fonciers.

Les droits de propriété et l’accès au crédit sont étroitement liés; il n’est donc pas surprenant que les femmes se heurtent à des difficultés pour se procurer des avoirs financiers. Les programmes de microcrédit répondent en partie à ce besoin; d’abord mis en œuvre en milieu rural, ces programmes permettent aussi aujourd’hui aux femmes pauvres en milieu urbain de tirer parti de leurs capacités et d’accroître leurs revenus.

VOIX AU CHAPITRE : LE ROLE DES ORGANISATIONS COMMUNAUTAIRES

Le pouvoir décisionnel est l’un des principaux indicateurs de l’autonomisation des femmes. Les perspectives de participation formelle des femmes à la vie politique s’améliorent, malgré les nombreux obstacles auxquelles elles sont confrontées, notamment la discrimination et les préjugés sexistes, leurs multiples responsabilités peu valorisées, le temps et l’énergie exigés d’elles, le manque de soutien dans des domaines critiques tels que la santé reproductive et le manque de ressources.

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Les multiformes groupes féminins des zones urbaines

Les centres urbains, où les services d’information, de communications et les technologies sont de meilleure qualité, permettent aux femmes de s’organiser plus rapidement et plus efficacement et aux groupes, qui sont au départ de petits collectifs de se transformer en réseaux de grande envergure, voire en mouvements internationaux. La Commission Huairou, issue de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes de Beijing, en est un exemple. La présence à la Conférence de 35 000 participantes appartenant à des ONG du monde entier a lancé l’organisation dont les activités de réseau se poursuivent aujourd’hui et qui réunit des groupes généralement dirigés par des femmes; cela en fait un mouvement authentiquement mondial qui influe sur l’élaboration des politiques aux niveaux local, régional et international, dans les domaines de l’habitat et de l’environnement.(1)

Dès lors que l’on sait utiliser les médias, radio et télévision, les messages peuvent être diffusés instantanément pour encourager l’apprentissage dans des domaines tels que la santé, plaider en faveur de causes spécifiques et favoriser les connaissances relatives aux droits des femmes sur un large front. C’est ainsi que l’ONG CEMINA (Communication, éducation et information sur l’égalité des sexes), atteint des milliers d’auditeurs et d’auditrices dans certaines des communautés les plus pauvres du Brésil. De même, avec ses programmes radiodiffusés, le Women’s Radio Network fait œuvre éducative et apporte dans de nombreux foyers des informations sur l’égalité des sexes, la santé et l’environnement.(2) 

Au sein d’associations diverses, groupes civiques ou coopératives d’épargne, les femmes urbaines sont actives dans leurs communautés où, agents du changement, elles s’emploient à répondre aux besoins de logement, à améliorer les services essentiels, à aménager les taudis et à renforcer la sécurité économique(3). La Self-Employed Women’s Association, syndicat réunissant 700 000 travailleuses indépendantes dans six États de l’Inde, a établi des centres qui dispensent des services de santé, de garde d’enfants et d’assurances et qui exercent des activités de recherche, de formation, de communication et de marketing; les centres fournissent également des logements et des infrastructures pour les citadines pauvres actives dans le secteur informel(4). Ce type d’initiatives est souvent mis en œuvre sans le soutien des pouvoirs publics ni d’organisations internationales; toutefois, lorsque les efforts de femmes sont reconnus et intégrés dans la programmation des institutions, ils s’avèrent d’une valeur inestimable. Le projet CAMEBA en offre une preuve incontestable : ce projet d’aménagement de taudis à Caracas et financé par la Banque mondiale a vu son rendement et sa durabilité croître après l’inclusion de groupements féminins qui étaient déjà à l’œuvre sur le terrain depuis des années.

Les organisations féminines sont souvent capables d’accomplir des choses que d’autres mouvements sociaux ne parviennent pas à réaliser. Elles sont capables de transformer les désavantages auxquels elles sont confrontées en atouts. Les femmes et leurs organisations sont moins menaçantes, non seulement pour les pouvoirs publics, mais aussi pour les gangs locaux et groupes analogues. Il est donc des cas où des organisations masculines seraient rapidement corrompues ou verraient leurs activités perturbées par les détenteurs du pouvoir, mais où les organisations féminines peuvent réunir des appuis et exercer leur influence.(5)


Certains États ont adopté des lois paritaires ou des systèmes de quotas pour lever ces obstacles et pour parvenir à un niveau de représentation approprié des femmes au sein des conseils municipaux et des instances gouvernementales locales(37). Néanmoins, les membres des parlements nationaux ne comptent que 16 % de femmes en Afrique et en Asie et 9 % dans les pays arabes(38). Nous sommes loin de ce que l’on peut considérer comme une « masse critique » qui permettrait aux femmes d’influencer les politiques et les priorités en matière de dépenses.

Par opposition à ces résultats peu reluisants au niveau central, la participation des femmes a augmenté au sein des instances décentralisées. Les entités gouvernementales locales offrent des possibilités accrues d’habilitation et de participation des femmes à la vie politique, ce qui, à mesure que l’urbanisation progresse, a des répercussions positives sur les perspectives des femmes. De plus, les pays à fort pourcentage de femmes membres de conseils locaux ont généralement un nombre plus élevé de femmes parlementaires, ce qui, à son tour, bénéficie aux femmes au niveau municipal(39).

L’urbanisation peut ainsi être un facteur puissant pour créer des conditions favorables à l’autonomisation des femmes. Faire de ce potentiel une réalité est l’un des moyens les plus efficaces de promouvoir les droits de l’homme, d’améliorer les conditions de vie des pauvres et de rendre les villes des pays en développement plus conviviales.

Les villes se prêtent à la participation sociale et politique des femmes à plusieurs niveaux. Pour les femmes pauvres dont l’existence est confinée au foyer, à la famille et au travail, l’adhésion à une organisation ouvre immédiatement des horizons. Lorsqu’elles participent activement aux travaux d’une organisation ou qu’elles assument un rôle directeur, les femmes prennent confiance en elles-mêmes et acquièrent de nouvelles connaissances pratiques et théoriques ainsi qu’une meilleure compréhension du monde. Le groupement au sein d’une organisation permet aux femmes pauvres de dépasser les limites que leur impose la pauvreté; il peut compenser en partie les coûts et les risques du travail informel; il peut aussi contribuer à réduire leur vulnérabilité, leur insécurité et leur dépendance, notamment en leur apportant des connaissances sur le monde extérieur et son fonctionnement.

L’adhésion à des associations offre aussi aux femmes la possibilité de mettre leur peu d’avoirs en commun et de renforcer ainsi leur pouvoir économique. Les groupes d’épargne et de crédit peuvent aider les travailleuses économiquement faibles à accéder aux services de microfinancement. De même, les productrices disposant de peu de capitaux peuvent réunir leurs ressources pour acheter des matières premières aux prix de gros(40).

Un soutien accru permettrait de renforcer ces avantages. Les femmes pauvres doivent être représentées et pouvoir se faire entendre dans le cadre des institutions et des processus qui déterminent les politiques sociales et économiques dans le contexte de l’économie mondiale, pour que les conditions de vie et de travail des pauvres continuent de s’améliorer. Les négociations internationales, régionales et nationales sur les accords de libre-échange, les objectifs du Millénaire pour le développement et les stratégies de réduction de la pauvreté doivent faire une place aux pauvres urbains et en particulier aux travailleurs informels qui sont majoritairement des femmes; leur voix doit être entendue et leurs préoccupations prises en considération. Il faut, pour que les femmes pauvres des villes aient une voix au plus haut niveau, que les instances gouvernementales et les organismes internationaux appuient leurs organisations, en favorisent le développement et renforcent leurs capacités.

ACCES AUX SOINS DE SANTE REPRODUCTIVE : PEUT FAIRE BEAUCOUP MIEUX

L’accès aux soins de santé est d’une importance essentielle pour les femmes en raison de leurs fonctions reproductives, du fardeau disproportionné qu’elles assument pour le soin des personnes âgées et des malades, et de leur rôle prépondérant dans l’atténuation de la pauvreté au niveau communautaire(41). L’amélioration de l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi contribue à leur autonomisation générale et à l’accroissement de leurs capacités à exercer leur droit à la santé et, globalement, leur apporte de meilleures chances dans la vie.

Ces services et des possibilités sont en général plus facilement disponibles en milieu urbain qu’en milieu rural, mais pour les femmes pauvres, le manque de temps, d’argent et de participation aux décisions du ménage, ou même l’absence de liberté de se déplacer dans la ville peuvent réduire ces avantages à néant. En milieu urbain, la mise en œuvre de politiques et de programmes inclusifs, doublée d’un meilleur ciblage des services et des ressources, pourrait améliorer rapidement la santé des femmes, notamment en matière de reproduction.

Les relations entre les sexes et la pauvreté conditionnent l’approche du comportement sexuel et reproductif des couples et des familles. Dans les villes, les femmes pauvres sont exposées à des risques de santé reproductive plus élevés que leurs consœurs et sont aussi moins susceptibles de se voir fournir des services de qualité. Elles sont plus exposées à la violence sexiste au foyer et dans les lieux publics et font toujours l’objet de pratiques traditionnelles néfastes.

La fécondité cumulée est, dans le monde entier, plus faible dans les villes que dans les campagnes(42). Mais cela ne signifie pas que toutes les femmes urbaines ont le même accès aux soins de santé reproductive ou même qu’il est répondu à tous leurs besoins de contraception. Les femmes pauvres des villes emploient généralement moins les moyens contraceptifs et ont des taux de fécondité plus élevés que leurs consœurs plus aisées. Leur situation, du point de vue de la santé reproductive, ressemble parfois davantage à celle des femmes rurales(43) (voir figure 4).


Figure 4 : Fécondité cumulée dans les zones urbaines de taudis, les autres zones urbaines et les zones rurales de certains pays d’Afrique, 2003-2004

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Source : D’après des données fournies par ONU-Habitat. Indicateurs urbains, Phase III.


Les besoins non satisfaits des femmes en matière de contraception varient, ainsi que l’on pouvait s’y attendre, selon le niveau relatif de pauvreté. Les études couvrant l’Asie, l’Amérique latine, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne font généralement apparaître des niveaux de besoins de contraception non satisfaits plus élevés dans la population rurale que dans la population urbaine, les populations urbaines pauvres se situant à mi-chemin entre ces deux groupes(44). En Asie du Sud-Est, par exemple, ils sont de 23 % pour les groupes urbains pauvres contre 16 % seulement pour les groupes urbains non pauvres(45).

Dans l’ensemble, la pauvreté peut être un meilleur indicateur des modèles de fécondité que la résidence en milieu rural ou urbain. Il est donc particulièrement important que les décideurs qui s’intéressent au taux de croissance urbaine se penchent sur les relations réciproques entre population et pauvreté, et de plus en plus dans les contextes urbains(46). En accordant une plus haute priorité à l’autonomisation des femmes, à l’élargissement de l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi, et à la fourniture d’informations et de services de bonne qualité en matière de santé sexuelle et reproductive aux femmes ainsi qu’aux hommes, on augmente leurs choix et on favorise une réduction de la taille des familles et une amélioration de leur santé. Cela contribue à la satisfaction des besoins des individus et au respect de leurs droits, parallèlement à une amélioration des perspectives de croissance économique et de bien-être humain.

LA VIOLENCE SEXISTE

La violence sexiste, avec le cortège de ravages physiques, de souffrances psychologiques et de dommages financiers qu’elle inflige aux femmes et à la société, est une réalité de la vie urbaine, sans distinction de niveau de revenu ou d’éducation. Sous ses diverses formes, de l’intimidation à l’agression sexuelle, la violence limite l’aptitude des femmes à se déplacer dans la ville(47), réduisant ainsi leur liberté de chercher du travail, des services sociaux ou des activités de loisir. Les mauvais traitements physiques et sexuels sont aussi un facteur contribuant aux grossesses non désirées, aux infections sexuellement transmises (y inclus par le VIH) et aux complications de la grossesse(48).



Les femmes urbaines sont bien plus disposées que leurs homologues rurales à déclarer qu’elles ont fait l’expérience de la violence . . . du fait de la désintégration des normes culturelles régissant les relations entre les sexes.



Les femmes urbaines sont bien plus disposées que leurs homologues rurales à déclarer qu’elles ont fait l’expérience de la violence(49). Ceci est attribuable en partie à de meilleures possibilités de dénoncer la violence dans les villes. Mais les femmes peuvent aussi être plus exposées à la violence sexiste en milieu urbain, du fait de la désintégration des normes culturelles régissant les relations entre les sexes et de la réticence plus grande des voisins à intervenir. La pauvreté, la vie dans un nouvel environnement (pour les migrants), le chômage, l’insuffisance des salaires, l’exclusion sociale et le racisme peuvent être causes de frustration chez les hommes et accroître la vulnérabilité des femmes. Les plus démunies sont celles qui sont le plus à risque(50), les enfants des rues et les travailleuses du sexe étant particulièrement vulnérables(51).

L’évolution rapide des normes relatives aux rôles de l’un et l’autre sexe peut également favoriser la violence intrafamiliale. Des recherches menées aux Philippines ont établi l’existence d’une relation de la pauvreté et de la résidence urbaine avec l’incidence de la violence infligée par les partenaires sexuels(52). Un sondage auprès des citadines de Moshi (République-Unie de Tanzanie) a constaté que 21,2 % d’entre elles avaient subi des violences de la part de leur partenaire au cours de l’année précédant le sondage et plus de 25 % à un moment donné de leur existence(53).

MORTALITE MATERNELLE ET INFANTILE

La mortalité maternelle reste étonnamment élevée; elle se situe à 529 000 décès par an, plus de 99 % survenant dans les pays en développement et est en grande partie évitable(54). Quatre décès sur cinq sont la conséquence directe de complications obstétriques(55), dont la plupart auraient pu être évitées par l’assistance à l’accouchement de personnel médical formé et par l’accès aux services obstétriques d’urgence.

Ces deux facteurs expliquent pourquoi la mortalité maternelle est généralement inférieure dans les zones urbaines, où trois fois plus de femmes accouchent en présence de personnel de santé compétent que dans les zones rurales(56). Les femmes pauvres des villes, elles, accouchent généralement moins souvent sans cette aide(57) : 10 à 20 % seulement des femmes sont accouchées par du personnel de santé dans les taudis du Kenya, du Mali, de l’Ouganda et du Rwanda, contre 68 à 86 % dans les autres quartiers(58).

Plusieurs facteurs réduisent la demande de soins de santé maternelle chez les femmes pauvres des villes, notamment la pauvreté et les demandes plus pressantes d’autres dépenses pour le ménage, les contraintes de temps résultant de leurs multiples responsabilités et l’absence d’infrastructure de soutien tels que les moyens de transport et les garderies d’enfants(59).

La privation en matière de logement accroît le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans. En Éthiopie, le taux de mortalité dans les taudis (180 pour 1 000 naissances vivantes) est de près du double du taux de mortalité dans les autres quartiers (95). On relève des différences analogues en Guinée, au Nigéria, en République-Unie de Tanzanie et au Rwanda. La relation entre privation de logement et survie de l’enfant apparaît également dans des pays tels que les Philippines et l’Ouzbékistan, où les taux de mortalité infantile sont beaucoup plus bas.

Bien que les enfants pauvres nés dans les villes soient plus proches des établissements de santé et que leurs parents soient généralement mieux informés, leur taux de mortalité est comparable à celui des enfants en milieu rural(60). Le surpeuplement, l’insalubrité des locaux et l’absence d’eau courante et d’assainissement créent un terrain propice aux maladies respiratoires et intestinales et augmentent la mortalité chez les enfants des villes souffrant de malnutrition(61).

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La santé REPRODUCTIVE dans les taudis du Maharashtra

Dans le recensement de 2001, le nombre d’habitants de taudis en Inde est estimé à 40,3 millions de personnes, soit environ 14,2 % de la population urbaine du pays. Un projet de l’UNFPA est en exécution dans cinq municipalités de l’État du Maharashtra où la population des taudis urbains connaît une croissance rapide.

Dans les zones de taudis éloignés et difficilement accessibles, le projet a amélioré les centres de soins obstétriques d’urgence pour leur permettre de fournir des services complets. Il collabore avec des groupements féminins pour renforcer les connaissances et les capacités des femmes dans le domaine de la santé en matière de reproduction, ainsi que les mécanismes institutionnels et communautaires qui traitent du problème de la violence sexiste.

Le projet met également à la disposition des adolescents des espaces où ils peuvent parler des questions de santé sexuelle et reproductive dans un environnement sûr et convivial; il contribue à améliorer l’accès aux informations et aux services en matière de santé et offre aux adolescents des possibilités de se préparer à la vie quotidienne.

En outre, le projet a établi sur des bases volontaires des dépôts de contraceptifs non cliniques à base communautaire, approche qui a l’avantage de relier les communautés aux établissements de santé et d’accroître l’accessibilité des services.


Le taux de mortalité des moins de 5 ans est de près du double dans les régions rurales du Kenya de ce qu’il est à Nairobi, la capitale. En revanche, la mortalité est considérablement plus élevée dans les zones de peuplement non réglementées de Nairobi où vit environ la moitié de la population de la ville. À Kibera, l’un des plus grands taudis de toute l’Afrique, près d’un enfant sur cinq meurt avant d’avoir cinq ans. Les enquêtes menées dans de nombreuses autres villes font également apparaître des taux de mortalité des moins de 5 ans de 100 à 250 pour 1 000 naissances vivantes dans certains quartiers.

LE VIH/SIDA EN MILIEU URBAIN : NOUVEAUX RISQUES, NOUVELLES PERSPECTIVES

Le risque et la prévalence du VIH/sida augmentent dans les villes, mais les possibilités de réduction de l’épidémie dans le long terme y semblent meilleures. Le tableau actuel est sombre. Les émigrés ruraux laissent derrière eux non seulement leurs partenaires et leur famille, mais aussi souvent les restrictions qu’imposent les coutumes en matière de comportement sexuel. La dépendance de l’argent, alliée à la pauvreté et à la discrimination fondée sur le sexe, peut accroître la pratique des rapports sexuels transactionnels; elle réduit simultanément les possibilités de négocier des rapports sexuels protégés, en particulier pour les femmes et les filles, mais aussi pour les hommes et les garçons. La consommation de drogues injectables est généralement plus forte en milieu urbain, où sont également plus communes les infections sexuellement transmises et la tuberculose, qui accroissent la transmission du VIH et l’infection par le virus.

Certaines personnes vivant avec le VIH en milieu rural émigrent dans les villes en quête de meilleurs soins et de meilleurs traitements, notamment par les antirétroviraux. Ceci fait que la prévalence du VIH est généralement plus élevée chez les populations urbaines que chez les populations rurales d’Afrique subsaharienne, épicentre de l’épidémie de VIH/sida(62). L’Afrique du Sud et le Botswana ont tous deux des taux d’urbanisation élevés et une prévalence du VIH extrêmement élevée.

La pauvreté urbaine est liée à la transmission du VIH et réduit la probabilité du traitement. Les enfants des rues, les orphelins, les travailleurs du sexe et les femmes pauvres des zones urbaines sont particulièrement vulnérables à l’infection par le VIH. Les femmes pauvres vivant dans les villes risquent davantage de tomber victimes de la violence sexuelle ou de la traite des personnes, ce qui accroît leur risque d’infection; elles sont en outre généralement moins informées sur la façon de se protéger(63). Par ailleurs, les femmes menacées de violence ne sont pas en mesure de négocier des pratiques sexuelles à moindre risque.

Il existe cependant des motifs d’espoir. Le fléchissement de la prévalence du VIH récemment constaté dans les zones urbaines de certains pays indique que l’urbanisation pourrait offrir des possibilités de réduire l’épidémie. Les préservatifs, essentiels pour la prévention de l’infection, et les informations sur la transmission du VIH sont peut-être plus facilement disponibles dans les villes. L’opprobre et la discrimination peuvent aussi être moindres dans les villes, du fait d’une meilleure éducation et d’une plus grande fréquentation de personnes vivant avec le VIH/sida.

Croissance des villes, contradictions sociales, dialogue et discorde

ACCELERATION DU CHANGEMENT CULTUREL

Depuis les années 1950, l’urbanisation rapide a fait fonction de catalyseur du changement culturel. Conjuguée à la mondialisation, la transition urbaine a un impact immense sur les idées, les valeurs et les croyances. Les transformations n’ont pas été aussi uniformes et homogènes que les sociologues l’avaient prévu. Les écarts qui se creusent entre les groupes sociaux ont un effet révélateur qui met en évidence les inégalités. Dans ce contexte, les grandes métropoles, sources possibles de créativité et de solidarité, peuvent aussi exacerber les conflits(64).

Les villes en croissance rapide, les grandes en particulier, abritent différentes générations de migrants venus d’horizons sociaux et culturels divers. La vie urbaine expose les nouveaux arrivants à toutes sortes de courants culturels et les place devant des choix nouveaux dans de multiples domaines, depuis l’organisation de leur famille jusqu’à l’emploi de leur temps de loisir. L’urbanisation offre ainsi des possibilités de large enrichissement culturel et constitue l’un des grands moteurs de la modernisation. Du fait des liens des nouveaux citadins avec les zones rurales, elle accélère également les changements sociaux dans les différentes régions.

En revanche, les citadins peuvent aussi se distancer des normes et des valeurs traditionnelles. Ils peuvent nourrir de nouvelles aspirations, sans avoir toujours les moyens de les satisfaire, ce qui peut, à son tour, inspirer des sentiments de déracinement et de marginalisation, assortis de crises identitaires, de sentiments de frustration et de comportements agressifs. Nombre d’habitants des pays en développement associent également la modernisation et la mondialisation à un empiètement des valeurs culturelles occidentales sur leur propre culture, qu’ils ne voient pas d’un bon œil.(65)

URBANISATION ET RENOUVEAU RELIGIEUX

Le renouveau de la religion sous ses diverses formes est l’une des transformations culturelles les plus visibles dont s’accompagne l’urbanisation. On s’attendait à ce que l’urbanisation rapide débouche sur un triomphe du rationalisme et des valeurs laïques et sur une démythification du monde, qui auraient relégué la religion au deuxième plan. Au lieu de quoi on a, dans de nombreux pays, assisté à un regain d’intérêt pour la religion.

La croissance des nouveaux mouvements religieux est un phénomène essentiellement urbain(66); c’est le cas, par exemple, de l’islamisme radical dans la région arabe, de la chrétienté pentecôtiste en Amérique latine et dans certaines régions d’Afrique, et du culte de Shivaji dans certaines régions de l’Inde. En Chine, où les villes se développent à un rythme effréné, les mouvements religieux font des adeptes de plus en plus nombreux.

L’urbanisation croissante, alliée à un développement économique lent et à la mondialisation, a contribué à une diversification religieuse dans le contexte de la multiplication des sous-cultures dans les villes. Les mouvements religieux récents ne sont pas le retour de traditions en perte de vitesse mais relèvent plutôt d’adaptation des religions à de nouveaux contextes.

La recherche s’est concentrée sur les réactions religieuses extrêmes, qui se sont effectivement acquis de nombreux fidèles et qui ont été regroupées dans la catégorie fourre-tout de l’intégrisme ou du fondamentalisme. Toutefois, le renouveau religieux prend différentes formes et a des effets variés, allant du détachement de la philosophie « New Age » à l’immersion dans le processus politique. On note, tout au long de ce spectre, de nombreuses manifestations de l’adhésion à la religion qui, globalement, modifient rapidement la dynamique politique et l’identité sociale des citoyens du monde d’aujourd’hui(67).

VIOLENCE ET INSECURITE DANS LES VILLES

La violence interpersonnelle et l’insécurité augmentent, tout particulièrement dans les zones urbaines des pays pauvres, imposent des coûts considérables aux individus, aux communautés et même aux pays, et deviennent rapidement de graves problèmes de sécurité et de santé publique. La violence tend à sévir davantage dans les grands centres urbains à croissance rapide.

Les conditions de vie quotidienne des pauvres urbains présentent de fortes corrélations avec l’exclusion et l’inégalité sociales, qui sont généralement plus criantes et moins tolérées dans les villes(68). Cet état de choses peut accroître le risque d’éclatement de conflits, de crimes et de violences. Les carences des institutions de l’État, notamment de la police et de l’appareil judiciaire, affectent les pauvres plus que tout autre groupe. Ce sont les femmes qui sont les principales victimes, en particulier des violences sexuelles et familiales.

La montée de la violence est également associée à la mondialisation et à l’ajustement structurel, qui ont aggravé les inégalités, tout en réduisant la capacité de l’État à y remédier. Le crime organisé a tiré parti de l’ouverture des marchés pour créer une économie criminelle mondiale, avec de nouvelles formes de fraude électronique et de trafic international(69). La mondialisation du secteur des drogues illicites, en particulier, a un effet multiplicateur sur la violence et la criminalité.

La violence a toute une gamme d’impacts, directs et indirects, sur l’organisation économique, politique et sociale, ainsi que d’énormes répercussions sur le développement. On a ainsi pu estimer, par exemple, que si la région de l’Amérique latine avait un taux de criminalité égal à celui du reste du monde, son produit intérieur brut par habitant serait supérieur de 25 % à son montant actuel, ce qui est une augmentation prodigieuse.(70)

L’organisation de l’espace urbain est, elle aussi, affectée par le crime et la violence. Les classes aisées, moyennes et supérieures, se réfugient derrière des murailles et des services de sécurité privés, mais la privatisation de la sécurité peut elle-même être source d’un accroissement de la violence et des atteintes aux droits de l’homme.(71)

Les impacts du crime, des vols, des viols et des agressions sur les communautés pauvres sont d’une gravité considérable. Le plus dommageable est peut-être l’érosion du capital social, cette confiance établie de longue date entre voisins et entre membres de même communauté, qui constitue elle-même une protection efficace contre le crime.(72)

Il est particulièrement important de noter que ce sont les jeunes de 15 à 24 ans qui commettent le plus grand nombre d’actes de violence et qui en sont aussi les principales victimes. La vague de jeunesse prête à déferler pourrait donner lieu à une recrudescence de la violence si l’on ne prend pas de mesures préventives dès à présent. Bien que les femmes soient vulnérables, en particulier à la violence et au harcèlement sexuels, les hommes risquent bien davantage d’être victimes de crimes violents (figure 5). Les jeunes hommes sont à la fois les principaux auteurs et les principales victimes d’homicides.


Figure 5 : Taux d’homicide et de suicide par groupe d’âge dans le monde (estimations). 2000

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Source : OMS. Rapport mondial sur la violence et la santé 2002. Genève : OMS.


À l’instar d’un grand nombre des situations envisagées dans le présent rapport, la prise en compte efficace de la violence urbaine exige une démarche prospective s’inscrivant dans le long terme. Les causes fondamentales de la criminalité ne peuvent pas être éliminées du jour au lendemain et les responsables doivent traiter la violence non seulement comme une question de pathologie sociale mais comme une atteinte fondamentale aux moyens d’existence des pauvres(73). La modification de la tendance à l’accroissement de la violence exige la mise en œuvre de ripostes efficaces face à la pauvreté, aux inégalités et à l’exclusion sociale.

Changements démographiques dans les centres urbains

JEUNES ET VILLES JEUNES(74)

Le profil démographique des villes des pays en développement est marqué par la présence d’un nombre considérable de jeunes par rapport aux autres catégories d’âge, nombre particulièrement élevé dans les taudis. Les succès et les échecs individuels des jeunes portés par la vague de croissance urbaine seront décisifs pour le développement à venir, car ces changements démographiques radicaux, doublés de la persistance de la pauvreté et du chômage, sont une source de conflits dans les villes de l’ensemble du monde en développement. Cependant, les processus politiques prennent rarement en considération les priorités des jeunes, en particulier des centaines de millions d’enfants des villes qui vivent dans la pauvreté et dans des conditions qui menacent leur santé, leur sécurité, leur éducation et leurs perspectives d’avenir.

Les jeunes sont, qualités inhérentes à la jeunesse, dynamiques, ingénieux et ouverts au changement. Mais s’ils sont négligés, non scolarisés, laissés à eux-mêmes et sans travail, leur énergie peut s’orienter dans des directions destructives et souvent autodesctructives. Investir dans les enfants et les jeunes des centres urbains et les aider à s’intégrer pleinement dans la société est une question de respect des droits de l’homme et de justice sociale. C’est également la clé de grands progrès économiques potentiels ainsi que de la sécurité urbaine.

On estime que la proportion de la population urbaine de moins de 18 ans atteindra 60 % en 2030(75). Si l’on ne prend pas d’urgence des mesures pour assurer la disponibilité des services de base, d’emplois et de logement, cette immense foule de jeunes grandira dans la pauvreté. Le nombre d’enfants nés dans les taudis dans le monde en développement est en rapide augmentation. Comme l’indique la figure 6, la population des taudis est une population particulièrement jeune. Les problèmes de santé associés à ce type d’environnement ont déjà été évoqués.


Figure 6 : Les jeunes en pourcentage de la population masculine et féminine, par lieu de résidence, dans divers pays

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Source : ONU-Habitat. 2007. Base de données sur les indicateurs urbains.


Un phénomène particulièrement préoccupant est celui de la prolifération des enfants des rues et des orphelins sans abri. Dans les villages, la famille étendue ou la communauté adoptent normalement ou hébergent les orphelins ou les enfants sans abri. Les enfants et les jeunes des villes orphelins du sida n’ont pas de famille étendue pour les recueillir ou veiller à leur bien-être. Ils sont vulnérables aux enlèvements et au trafic sexuel. Les infections sexuellement transmises, notamment le VIH/sida, et le risque de se livrer à des activités criminelles ou d’en tomber victime sont élevés dans ces groupes marginalisés.

BESOINS INSATISFAITS : EDUCATION, SANTE ET EMPLOIS POUR LES JEUNES

Les jeunes doivent savoir lire, écrire et compter et être parvenus à un niveau suffisant d’éducation formelle pour fonctionner dans les contextes urbains complexes et tirer parti des possibilités offertes par les villes. Les taux de scolarisation peuvent être plus élevés dans les villes car les établissements d’enseignement sont moins éloignés des lieux d’habitation, mais ici encore, les pauvres et en particulier les filles pauvres ont moins de possibilités. Le passage du primaire au secondaire est particulièrement problématique car il se situe à l’âge où les jeunes commencent à travailler pour aider leur famille. Les filles sont souvent forcées d’interrompre leurs études pour aider aux travaux du ménage ou pour se marier, pratique encore commune dans de nombreuses villes d’Afrique subsaharienne. Les écoles peuvent refuser d’inscrire les enfants des taudis parce que leur quartier n’a pas d’existence officielle. Beaucoup de familles ne peuvent pas assumer les coûts indirects de l’éducation gratuite tels que ceux de l’achat d’uniformes, de manuels scolaires et d’autres fournitures. Enfin, la qualité de l’éducation dans les écoles des taudis est, à de rares exceptions près, de beaucoup inférieure à la norme, ce qui réduit à néant les avantages urbains.

Les dangers liés au système d’enseignement sont, cela ne doit pas surprendre, bien plus grands pour les filles. Les risques auxquels les enfants sont exposés sur le chemin de l’école, les installations sanitaires insuffisantes, les effectifs pléthoriques et le harcèlement sexuel, dissuadent certains parents d’inscrire leurs filles. Les agressions sexuelles de la part d’enseignants et d’autres élèves sont des réalités avérées dans plusieurs pays et elles contribuent à l’abandon des études. Ces obstacles se conjuguent à des pratiques culturelles et sociales opposées à l’éducation des filles et favorisant le mariage enfantin ou précoce. Dans certains pays d’Afrique subsaharienne tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Mali, la moitié seulement des filles d’âge scolaire sont scolarisées en milieu urbain. Dans beaucoup d’autres, de 20 % à 30 % des filles vivant dans des taudis ne sont pas scolarisées. Les politiques et programmes d’éducation géographiquement ciblés sont aussi importants que la disponibilité de logement pour accroître les taux de scolarisation des filles. Des systèmes d’enseignement informels et plus souples sont nécessaires pour faire face à ces situations.

L’adolescence est l’époque de la vie où la plupart des jeunes deviennent sexuellement actifs. Le manque d’accès à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive peut aboutir à des grossesses non désirées et à des avortements dangereux. Ce manque d’accès des jeunes, même en milieu urbain, aux informations et aux services de santé sexuelle et reproductive est doublement préoccupant à l’époque du VIH/sida. Environ la moitié des nouvelles infections par le VIH surviennent chez les jeunes de 15 à 24 ans, en particulier chez les filles et les femmes.(76)

Le chômage et le sous-emploi sont de graves problèmes pour les jeunes des villes qui s’efforcent de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille étendue. En général, les jeunes qui vivent dans la pauvreté urbaine sont mariés, ont au moins un enfant et sont chefs de famille; ils ont donc besoin de ressources financières plus substantielles à un âge précoce(77). Les jeunes femmes sans éducation ne peuvent généralement trouver que des emplois temporaires et dans le secteur informel.

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Protection de la santé et réduction de la pauvreté

L’UNFPA-Sénégal, en partenariat avec la Fondation pour les Nations Unies, apporte son concours à un projet en faveur des adolescentes qui allie des activités concernant la santé reproductive, les moyens d’existence et l’acquisition de connaissances pratiques dans le cadre des stratégies de réduction de la pauvreté. Le Fonds soutient également la fourniture de services de dépistage volontaire du VIH et de conseils par le biais de centres de conseils pour jeunes dans les zones urbaines où ceux-ci sont exposés à des risques plus grands d’activité sexuelle précoce, de grossesses non désirées et d’infections sexuellement transmises, notamment par le VIH. Les initiatives de prévention du VIH/sida ciblent les groupes de population tels que les migrants et les chauffeurs de camions qui sont susceptibles d’accroître les risques pour les jeunes.


La frustration des jeunes hommes qui se trouvent dans l’incapacité de trouver des emplois appropriés ou de se procurer des moyens d’existence productifs et décents contribue à des comportements violents de leur part, dans la société ou dans leur foyer. Les jeunes mères célibataires placées devant un avenir financier incertain peuvent opter pour un mariage précoce ou la prostitution pour se nourrir, elles et leurs enfants, ce qui accroît pour elles les risques de violence sexuelle et d’infection par le VIH.

Les programmes de formation professionnelle et de mentorat et l’élargissement de l’accès aux capitaux et à l’appui des microentreprises peuvent aider les jeunes à réaliser leur potentiel économique. La capacité des centres urbains à absorber la main-d’œuvre jeune sera un facteur déterminant dont dépendra le succès des villes et de leur population.

La vie urbaine accroît considérablement l’exposition des jeunes aux nouvelles technologies, aux médias et à la culture mondiale. Internet est, dans la plupart des pays en développement, un phénomène exclusivement urbain et pourrait être utilisé plus efficacement pour dispenser des formations aux jeunes et les aider à trouver des emplois.

IMPLICATION DES JEUNES DANS LES DECISIONS QUI LES CONCERNENT

On reconnaît de plus en plus l’importance d’associer les jeunes aux travaux d’amélioration de leur milieu de vie. Ils ont le droit de se faire entendre et d’influer sur les décisions qui les concernent. Ils possèdent également un savoir expert sur leur propre environnement et sont particulièrement bien placés non seulement pour déterminer quels sont les problèmes auxquels ils font face mais aussi pour formuler des solutions possibles. Internet a considérablement accru les communications entre jeunes; il pourrait devenir un instrument important pour les atteindre et les encourager à participer activement à la gouvernance municipale.

La prise de conscience de la nécessité d’inclure les jeunes dans l’administration des villes a débouché sur des initiatives telles que le mouvement des « villes conviviales pour les enfants » (réseau souple d’administrations municipales déterminées à améliorer le cadre de vie local pour les enfants avec la participation de ceux-ci) et le programme « Grandir dans les villes » (qui aide les enfants des quartiers urbains à faible revenu du monde entier à évaluer leur environnement et à travailler avec les responsables locaux pour l’améliorer).(78)

VIEILLISSEMENT ET URBANISATION(79)

Le nombre et la proportion des personnes âgées augmentent dans le monde entier. L’urbanisation en cours dans les pays en développement concentrera une part croissante de la population âgée dans les centres urbains. En Afrique et en Asie, cette population reste plus rurale qu’urbaine mais, selon les projections, la proportion devrait s’inverser avant 2020(80)

Étant donné l’accès limité aux services sociaux, l’incidence élevée de la pauvreté et la faible couverture de la sécurité sociale dans de nombreux pays, cet accroissement de la population âgée imposera des contraintes aux pouvoirs publics nationaux et locaux. En principe, les zones urbaines leur offrent des conditions plus favorables : meilleurs établissements de santé, services de soins à domicile et aménagements récréatifs, ainsi qu’un meilleur accès à l’information et aux nouvelles technologies(81). Les zones urbaines favorisent aussi la formation d’associations de gens du troisième âge ainsi que l’organisation de services à base communautaire à l’intention des malades et des invalides.

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Participation des enfants à la gouvernance locale : exemple brésilien(1)

Dans la ville de Barra Mansa, plus de 6 000 enfants ont participé à des débats sur les façons d’apporter des améliorations à la ville. Ils assistent à des assemblées de quartier où ils examinent les questions d’actualité pressantes et où ils élisent des représentants de district qui, à leur tour, élisent de jeunes conseillers municipaux. Tous les enfants de 9 à 15 ans peuvent participer à ces activités, proposer des candidats et voter lors des réunions, mais seuls les enfants scolarisés peuvent être élus. De telles initiatives améliorent la prise en compte des priorités des enfants dans les mesures instaurées dans les quartiers et offrent aux enfants, à ceux qui sont élus comme à ceux qui participent aux réunions, d’authentiques possibilités de faire l’apprentissage de la vie civique.


Cependant, pour que les personnes âgées bénéficient de ces avantages théoriques, il faut également assurer la sécurité économique, des systèmes de soutien social robustes, l’existence de bons moyens de transport et l’accès illimité et gratuit aux espaces urbains(82). Dans la plupart des villes du monde en développement, ces avantages théoriques sont considérablement réduits par la pauvreté et par les limitations matérielles ou institutionnelles. De plus, les gens du troisième âge sont souvent invisibles, « perdus » parmi d’autres priorités. L’urbanisation tend à affaiblir les normes et les valeurs socioculturelles traditionnelles, ainsi que les réseaux sociaux et les structures de soutien familiales qui favorisent l’apport d’appuis aux personnes âgées par les communautés et les familles.

Trois grands domaines sont à prendre en considération. Il faut aider les personnes âgées à conserver leur autonomie et à vivre une vie indépendante aussi longtemps que possible; il faut leur fournir des services de santé et autres services sociaux, notamment des soins de longue durée; il faut enfin renforcer la sécurité économique des personnes les plus vulnérables socialement et économiquement par des systèmes de protection sociale.

Il est impératif d’accorder une attention particulière à la situation des femmes, qui ont plus rarement que les hommes des revenus pendant toute leur vie ou des emplois à plein temps et qui vivent généralement plus longtemps, ce qui fait qu’elles perdent le soutien de leur conjoint. Elles ont, plus souvent que les hommes, travaillé dans le secteur informel et n’ont donc pas de pension de leur employeur ou de la sécurité sociale ni d’épargne accumulée. En outre, étant donné le manque de protection de l’État, le poids des soins des personnes âgées repose en général entièrement sur les épaules des femmes et des filles.

Les données requises pour analyser et suivre cette problématique doivent être améliorées et actualisées, notamment pour dresser une cartographie de la situation des personnes âgées et de leur ségrégation sociale et spatiale(83). De nouvelles approches seront nécessaires pour maximiser les avantages de l’urbanisation pour le développement des personnes âgées, tout en en minimisant les impacts négatifs éventuels. On trouvera à l’encadré 12 un exemple de mesures appliquées pour prendre en compte la question du vieillissement de la population en Asie.

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Face à une population vieillissante, l’Asie s’interroge et répond(1)

D’ici 2050, 24 % de la population de la Chine auront 65 ans et plus, contre 8 % actuellement, et 7 % auront plus de 80 ans, contre 1 % actuellement. Les gens vivent plus longtemps et ont moins d’enfants de nos jours, principalement grâce aux progrès technologiques. Mais il n’y a pas de réponse technologique aisée au problème de l’arrivée soudaine de personnes âgées en grand nombre. Le vieillissement de la population est rapide dans les pays en développement, et il faudra faire preuve d’ingéniosité pour relever les défis que cela présente.

Le vieillissement est, en Asie, un phénomène de plus en plus urbain. La tradition selon laquelle les enfants veillent à l’entretien de leurs parents âgés se maintient, mais un grand nombre de jeunes ont quitté la campagne pour s’établir en ville. Un nombre croissant de personnes âgées suit leur exemple, en quête de moyens d’existence, mais cette quête n’est pas toujours fructueuse. C’est ainsi qu’en Chine, la municipalité de Wei Hai construit des logements pour quelque 10 000 « personnes âgées abandonnées », sans soutien familial direct.

L’adaptation au vieillissement démographique exige des solutions novatrices de la part des organisations. À Chennai, par exemple, où l’indice synthétique de fécondité a chuté en dessous du seuil de renouvellement des générations, la ville a décidé de fermer 10 maternités, de recycler leur personnel et de les rouvrir en tant que centres de gériatrie.

L’Asie de l’Est et du Sud-Est, où le vieillissement est déjà plus avancé, procède elle aussi à des changements sur le plan de l’organisation. La ville de Wei Hai se propose de mettre en œuvre un projet pilote dans lequel le mandat de la commission nationale de planification familiale sera élargi pour inclure aussi les personnes âgées. Ce type de réorganisation créative sera nécessaire pour se préparer à la prise en compte du vieillissement urbain.

Amélioration de la gouvernance urbaine et implication des pauvres : choix logique et moral

Le présent chapitre a souligné certaines des potentialités et des contrastes de la vie urbaine et a analysé en particulier plusieurs des problèmes auxquels fait face la population urbaine pauvre en croissance rapide. Il se manifeste notamment de vastes écarts entre l’accès des pauvres et des membres des classes plus aisées aux avantages qu’offre la ville à sa population, en matière d’égalité des sexes, de mortalité infantile, de santé reproductive, de revenu, de logement et de sécurité. La conclusion de l’analyse est que les droits des pauvres à la ville et à ses avantages sont souvent gravement limités et que, dans de nombreux pays en développement, la situation des pauvres urbains n’est guère meilleure que celle des populations rurales.

Constat décevant que celui-là : les économies d’échelle et la concentration urbaine devraient se traduire par un accès à des services améliorés pour tous les citadins. L’expansion des services pour atteindre les pauvres coûte bien moins cher par habitant en ville qu’à la campagne, en raison de l’éparpillement des établissements humains ruraux et de leur distance(84). D’où la conclusion logique que la différence entre le potentiel et la réalité est l’effet de problèmes relevant de la gestion urbaine.

Comment peut-on améliorer cette situation ? Quelles mesures faudrait-il mettre en œuvre ? Le présent rapport insiste sur l’importance, en tant que point de départ primordial, de reconnaître l’inévitabilité de la croissance urbaine ainsi que les avantages potentiels dont elle est porteuse. Malheureusement, les approches prohibitionnistes occupent encore une place dominante dans la gestion de l’expansion des villes et des taudis. Nombre de politiciens et de planificateurs considèrent la formation des taudis comme un phénomène temporaire et estiment, s’agissant des interventions, que c’est faire mieux que d’en faire moins(85).

Il faut, pour amener les dirigeants à adopter des approches plus positives de la croissance urbaine et plus favorables à l’égard des habitants de taudis, des initiatives de plaidoyer qui les convaincront des avantages d’une préparation efficace à la croissance urbaine. Il est essentiel, en dernière analyse, de mobiliser une volonté politique forte pour appliquer des solutions réalistes. Cela fera l’objet du dernier chapitre. Les décideurs ainsi que la société civile ont besoin d’informations robustes sur l’identité des pauvres, les caractéristiques de l’accroissement de leur nombre, les lieux où ils vivent, leurs besoins et les obstacles qui les empêchent d’accéder à ce que la ville peut leur offrir. Ces points sont examinés en détail au chapitre 6.

Une autre stratégie critique pour réduire la pauvreté et assurer la réalisation des droits individuels consiste à associer les gens à l’élaboration des politiques et des programmes qui concernent leur vie. La participation a des avantages qui sont largement reconnus et elle est encouragée dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté ainsi que dans diverses approches au niveau local. Mais bien que la nécessité de l’implication de cette population nombreuse et en nombre croissant semble évidente, les préjugés antiurbains s’y opposent toujours dans de nombreuses villes(86).

Pour faire face aux réalités quotidiennes de la vie urbaine, les pauvres ont pris l’initiative de s’assembler au sein d’un mouvement associatif extraordinairement actif. Des organisations de pauvres urbains, grandes et petites, se sont formées pour analyser les conditions économiques auxquelles les gens font face, formuler des solutions pratiques aux problèmes, combattre la marginalisation et assurer l’accès des pauvres aux biens et aux services auxquels ils ont droit. Elles ont remporté des succès sur divers fronts : amélioration des taudis, opposition aux réinstallations et aux expulsions, fourniture de logements abordables, mise en place d’infrastructures et renforcement des capacités pour assurer des moyens d’existence durables à leurs membres(87).

Quelques exemples parmi tant d’autres illustrent leurs actions. En Afrique du Sud, la South African Homeless People’s Federation [Fédération des sans-abri sud-africains] et le People’s Dialogue on Land and Shelter [Dialogue populaire sur la terre et le logement] rassemblent plus de 80 000 ménages. Par l’entremise de leurs groupements communautaires, ces organisations font un travail de cartographie et de recueil de données locales à des fins de planification et mettent en place des systèmes d’épargne et de crédit, des mécanismes d’acquisition de logements et de terrains, ainsi que des programmes de génération de revenus et d’habilitation des gens au niveau individuel au moyen d’activités de réseau et d’échanges(88).

Dans quelque 80 villes d’Afghanistan, des groupes communautaires, dirigés par des femmes pour la plupart, fournissaient des services d’éducation, de santé et de conseils aux entreprises, même dans les conditions difficiles du régime taliban. Aujourd’hui, ONU-Habitat s’emploie à intégrer ces initiatives communautaires dans le cadre du processus de développement et de reconstruction de l’infrastructure(89). Aux Philippines, une fédération d’associations de quartier (ZOTO) a obtenu des pouvoirs publics la reconnaissance de titres de propriété et de bail et la mise en œuvre de projets d’aménagement communautaire dans un quartier de Manille, où il était envisagé de convertir les terres et de déplacer les pauvres qui y étaient établis. Cet effort, ainsi que d’autres, a abouti à l’adoption de mesures législatives qui rendent les expulsions pratiquement impossibles sans consultation des intéressés et qui assurent la réinstallation dans des zones viabilisées(90).

De nombreuses organisations de pauvres urbains parviennent à influer sur les politiques et les pratiques des autorités gouvernementales. À Pune (Inde), les administrations locales ont équipé de toilettes publiques près de 2 millions d’habitants. Ce résultat a été obtenu grâce à un projet novateur mis en œuvre conjointement par la Society for the Promotion of Area Resource Centres [Société pour la promotion des centres de ressources locaux], la National Slum Dwellers Federation [Fédération nationale des habitants de taudis] et Mahila Milan, réseau de groupes d’épargne et de crédit fondé par des femmes(91). En Thaïlande, plus de 1 000 organisations et groupements communautaires sont associés à un projet national d’aménagement des quartiers pauvres urbains, exécuté au niveau local(92). Et dans plusieurs villes du Brésil, grâce à la planification et à la budgétisation participatives, une plus grande part des budgets d’équipement municipaux a été allouée à des travaux prioritaires déterminés par des associations de quartier et des groupes communautaires(93).

Dans d’autres cas, de petits groupes se sont développés pour devenir de grandes fédérations nationales ou même des réseaux internationaux(94). Shack/Slum Dweller’s International, peut-être le plus grand de ces mouvements internationaux, et la Commission Huairou (voir encadré 8) illustrent ce que peuvent faire les organisations réunies en réseaux pour donner de la visibilité aux questions importantes pour les pauvres urbains(95). Les pressions qu’elles ont exercées ont influé sur l’ordre du jour international dans des domaines tels que le droit au logement, la protection contre les expulsions, les droits des femmes et les responsabilités des pouvoirs publics et de la société civile concernant l’amélioration du sort des citadins pauvres(96).

C’est ainsi qu’au fil des ans, les organisations de pauvres urbains, faisant preuve de dynamisme et de créativité, ont démontré à quel point elles sont motivées et capables d’assumer la responsabilité de la satisfaction de leurs besoins et de faire valoir leurs droits à une existence digne et de qualité. L’Équipe du Projet Objectifs du Millénaire sur l’amélioration des conditions de vie dans les taudis a recommandé que les pouvoirs publics « reconnaissent les organisations de citadins pauvres où qu’elles se trouvent et tiennent compte de leurs stratégies(97) ». La participation de la société civile et le rôle moteur des pays figurent parmi les principes fondamentaux recommandés par la Banque mondiale dans les stratégies de réduction de la pauvreté(98).

Avec un soutien approprié des instances gouvernementales, ces organisations peuvent avoir un impact accru dans la lutte contre la pauvreté matérielle, favoriser l’exercice des droits des citoyens et des citadins et renforcer leurs propres capacités d’agents actifs du changement. Les pouvoirs publics ont tout à y gagner car l’inclusion des organisations de pauvres urbains dans la gestion des villes accroît l’efficacité de celle-ci. Les besoins et les demandes sont mieux définis et la fourniture de services urbains se fait plus sensible, plus adaptée et plus efficace. Cette collaboration améliore également l’apprentissage et la compréhension en alliant l’expertise technique aux connaissances locales. L’habilitation de la société civile approfondit la démocratie(99).