Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Chapter 6 Chapitre 6
Chapter 2 Chapitre 2 Notes for Indicators Notes
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
Chapitre 2 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 Populations urbaines : de la désolation à l’espoir

Les drames cachés de la pauvreté urbaine

Les taudis : la pauvreté condensée

Persistance des disparités

Autonomisation et bien-être des femmes : piliers de villes durables

Croissance des villes, contradictions sociales, dialogue et discorde

Changements démographiques dans les centres urbains

Amélioration de la gouvernance urbaine et implication des pauvres :choix logique et moral

Changements démographiques dans les centres urbains

JEUNES ET VILLES JEUNES(74)

Le profil démographique des villes des pays en développement est marqué par la présence d’un nombre considérable de jeunes par rapport aux autres catégories d’âge, nombre particulièrement élevé dans les taudis. Les succès et les échecs individuels des jeunes portés par la vague de croissance urbaine seront décisifs pour le développement à venir, car ces changements démographiques radicaux, doublés de la persistance de la pauvreté et du chômage, sont une source de conflits dans les villes de l’ensemble du monde en développement. Cependant, les processus politiques prennent rarement en considération les priorités des jeunes, en particulier des centaines de millions d’enfants des villes qui vivent dans la pauvreté et dans des conditions qui menacent leur santé, leur sécurité, leur éducation et leurs perspectives d’avenir.

Les jeunes sont, qualités inhérentes à la jeunesse, dynamiques, ingénieux et ouverts au changement. Mais s’ils sont négligés, non scolarisés, laissés à eux-mêmes et sans travail, leur énergie peut s’orienter dans des directions destructives et souvent autodesctructives. Investir dans les enfants et les jeunes des centres urbains et les aider à s’intégrer pleinement dans la société est une question de respect des droits de l’homme et de justice sociale. C’est également la clé de grands progrès économiques potentiels ainsi que de la sécurité urbaine.

On estime que la proportion de la population urbaine de moins de 18 ans atteindra 60 % en 2030(75). Si l’on ne prend pas d’urgence des mesures pour assurer la disponibilité des services de base, d’emplois et de logement, cette immense foule de jeunes grandira dans la pauvreté. Le nombre d’enfants nés dans les taudis dans le monde en développement est en rapide augmentation. Comme l’indique la figure 6, la population des taudis est une population particulièrement jeune. Les problèmes de santé associés à ce type d’environnement ont déjà été évoqués.


Figure 6 : Les jeunes en pourcentage de la population masculine et féminine, par lieu de résidence, dans divers pays

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Source : ONU-Habitat. 2007. Base de données sur les indicateurs urbains.


Un phénomène particulièrement préoccupant est celui de la prolifération des enfants des rues et des orphelins sans abri. Dans les villages, la famille étendue ou la communauté adoptent normalement ou hébergent les orphelins ou les enfants sans abri. Les enfants et les jeunes des villes orphelins du sida n’ont pas de famille étendue pour les recueillir ou veiller à leur bien-être. Ils sont vulnérables aux enlèvements et au trafic sexuel. Les infections sexuellement transmises, notamment le VIH/sida, et le risque de se livrer à des activités criminelles ou d’en tomber victime sont élevés dans ces groupes marginalisés.

BESOINS INSATISFAITS : EDUCATION, SANTE ET EMPLOIS POUR LES JEUNES

Les jeunes doivent savoir lire, écrire et compter et être parvenus à un niveau suffisant d’éducation formelle pour fonctionner dans les contextes urbains complexes et tirer parti des possibilités offertes par les villes. Les taux de scolarisation peuvent être plus élevés dans les villes car les établissements d’enseignement sont moins éloignés des lieux d’habitation, mais ici encore, les pauvres et en particulier les filles pauvres ont moins de possibilités. Le passage du primaire au secondaire est particulièrement problématique car il se situe à l’âge où les jeunes commencent à travailler pour aider leur famille. Les filles sont souvent forcées d’interrompre leurs études pour aider aux travaux du ménage ou pour se marier, pratique encore commune dans de nombreuses villes d’Afrique subsaharienne. Les écoles peuvent refuser d’inscrire les enfants des taudis parce que leur quartier n’a pas d’existence officielle. Beaucoup de familles ne peuvent pas assumer les coûts indirects de l’éducation gratuite tels que ceux de l’achat d’uniformes, de manuels scolaires et d’autres fournitures. Enfin, la qualité de l’éducation dans les écoles des taudis est, à de rares exceptions près, de beaucoup inférieure à la norme, ce qui réduit à néant les avantages urbains.

Les dangers liés au système d’enseignement sont, cela ne doit pas surprendre, bien plus grands pour les filles. Les risques auxquels les enfants sont exposés sur le chemin de l’école, les installations sanitaires insuffisantes, les effectifs pléthoriques et le harcèlement sexuel, dissuadent certains parents d’inscrire leurs filles. Les agressions sexuelles de la part d’enseignants et d’autres élèves sont des réalités avérées dans plusieurs pays et elles contribuent à l’abandon des études. Ces obstacles se conjuguent à des pratiques culturelles et sociales opposées à l’éducation des filles et favorisant le mariage enfantin ou précoce. Dans certains pays d’Afrique subsaharienne tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Mali, la moitié seulement des filles d’âge scolaire sont scolarisées en milieu urbain. Dans beaucoup d’autres, de 20 % à 30 % des filles vivant dans des taudis ne sont pas scolarisées. Les politiques et programmes d’éducation géographiquement ciblés sont aussi importants que la disponibilité de logement pour accroître les taux de scolarisation des filles. Des systèmes d’enseignement informels et plus souples sont nécessaires pour faire face à ces situations.

L’adolescence est l’époque de la vie où la plupart des jeunes deviennent sexuellement actifs. Le manque d’accès à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive peut aboutir à des grossesses non désirées et à des avortements dangereux. Ce manque d’accès des jeunes, même en milieu urbain, aux informations et aux services de santé sexuelle et reproductive est doublement préoccupant à l’époque du VIH/sida. Environ la moitié des nouvelles infections par le VIH surviennent chez les jeunes de 15 à 24 ans, en particulier chez les filles et les femmes.(76)

Le chômage et le sous-emploi sont de graves problèmes pour les jeunes des villes qui s’efforcent de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille étendue. En général, les jeunes qui vivent dans la pauvreté urbaine sont mariés, ont au moins un enfant et sont chefs de famille; ils ont donc besoin de ressources financières plus substantielles à un âge précoce(77). Les jeunes femmes sans éducation ne peuvent généralement trouver que des emplois temporaires et dans le secteur informel.

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Protection de la santé et réduction de la pauvreté

L’UNFPA-Sénégal, en partenariat avec la Fondation pour les Nations Unies, apporte son concours à un projet en faveur des adolescentes qui allie des activités concernant la santé reproductive, les moyens d’existence et l’acquisition de connaissances pratiques dans le cadre des stratégies de réduction de la pauvreté. Le Fonds soutient également la fourniture de services de dépistage volontaire du VIH et de conseils par le biais de centres de conseils pour jeunes dans les zones urbaines où ceux-ci sont exposés à des risques plus grands d’activité sexuelle précoce, de grossesses non désirées et d’infections sexuellement transmises, notamment par le VIH. Les initiatives de prévention du VIH/sida ciblent les groupes de population tels que les migrants et les chauffeurs de camions qui sont susceptibles d’accroître les risques pour les jeunes.


La frustration des jeunes hommes qui se trouvent dans l’incapacité de trouver des emplois appropriés ou de se procurer des moyens d’existence productifs et décents contribue à des comportements violents de leur part, dans la société ou dans leur foyer. Les jeunes mères célibataires placées devant un avenir financier incertain peuvent opter pour un mariage précoce ou la prostitution pour se nourrir, elles et leurs enfants, ce qui accroît pour elles les risques de violence sexuelle et d’infection par le VIH.

Les programmes de formation professionnelle et de mentorat et l’élargissement de l’accès aux capitaux et à l’appui des microentreprises peuvent aider les jeunes à réaliser leur potentiel économique. La capacité des centres urbains à absorber la main-d’œuvre jeune sera un facteur déterminant dont dépendra le succès des villes et de leur population.

La vie urbaine accroît considérablement l’exposition des jeunes aux nouvelles technologies, aux médias et à la culture mondiale. Internet est, dans la plupart des pays en développement, un phénomène exclusivement urbain et pourrait être utilisé plus efficacement pour dispenser des formations aux jeunes et les aider à trouver des emplois.

IMPLICATION DES JEUNES DANS LES DECISIONS QUI LES CONCERNENT

On reconnaît de plus en plus l’importance d’associer les jeunes aux travaux d’amélioration de leur milieu de vie. Ils ont le droit de se faire entendre et d’influer sur les décisions qui les concernent. Ils possèdent également un savoir expert sur leur propre environnement et sont particulièrement bien placés non seulement pour déterminer quels sont les problèmes auxquels ils font face mais aussi pour formuler des solutions possibles. Internet a considérablement accru les communications entre jeunes; il pourrait devenir un instrument important pour les atteindre et les encourager à participer activement à la gouvernance municipale.

La prise de conscience de la nécessité d’inclure les jeunes dans l’administration des villes a débouché sur des initiatives telles que le mouvement des « villes conviviales pour les enfants » (réseau souple d’administrations municipales déterminées à améliorer le cadre de vie local pour les enfants avec la participation de ceux-ci) et le programme « Grandir dans les villes » (qui aide les enfants des quartiers urbains à faible revenu du monde entier à évaluer leur environnement et à travailler avec les responsables locaux pour l’améliorer).(78)

VIEILLISSEMENT ET URBANISATION(79)

Le nombre et la proportion des personnes âgées augmentent dans le monde entier. L’urbanisation en cours dans les pays en développement concentrera une part croissante de la population âgée dans les centres urbains. En Afrique et en Asie, cette population reste plus rurale qu’urbaine mais, selon les projections, la proportion devrait s’inverser avant 2020(80)

Étant donné l’accès limité aux services sociaux, l’incidence élevée de la pauvreté et la faible couverture de la sécurité sociale dans de nombreux pays, cet accroissement de la population âgée imposera des contraintes aux pouvoirs publics nationaux et locaux. En principe, les zones urbaines leur offrent des conditions plus favorables : meilleurs établissements de santé, services de soins à domicile et aménagements récréatifs, ainsi qu’un meilleur accès à l’information et aux nouvelles technologies(81). Les zones urbaines favorisent aussi la formation d’associations de gens du troisième âge ainsi que l’organisation de services à base communautaire à l’intention des malades et des invalides.

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Participation des enfants à la gouvernance locale : exemple brésilien(1)

Dans la ville de Barra Mansa, plus de 6 000 enfants ont participé à des débats sur les façons d’apporter des améliorations à la ville. Ils assistent à des assemblées de quartier où ils examinent les questions d’actualité pressantes et où ils élisent des représentants de district qui, à leur tour, élisent de jeunes conseillers municipaux. Tous les enfants de 9 à 15 ans peuvent participer à ces activités, proposer des candidats et voter lors des réunions, mais seuls les enfants scolarisés peuvent être élus. De telles initiatives améliorent la prise en compte des priorités des enfants dans les mesures instaurées dans les quartiers et offrent aux enfants, à ceux qui sont élus comme à ceux qui participent aux réunions, d’authentiques possibilités de faire l’apprentissage de la vie civique.


Cependant, pour que les personnes âgées bénéficient de ces avantages théoriques, il faut également assurer la sécurité économique, des systèmes de soutien social robustes, l’existence de bons moyens de transport et l’accès illimité et gratuit aux espaces urbains(82). Dans la plupart des villes du monde en développement, ces avantages théoriques sont considérablement réduits par la pauvreté et par les limitations matérielles ou institutionnelles. De plus, les gens du troisième âge sont souvent invisibles, « perdus » parmi d’autres priorités. L’urbanisation tend à affaiblir les normes et les valeurs socioculturelles traditionnelles, ainsi que les réseaux sociaux et les structures de soutien familiales qui favorisent l’apport d’appuis aux personnes âgées par les communautés et les familles.

Trois grands domaines sont à prendre en considération. Il faut aider les personnes âgées à conserver leur autonomie et à vivre une vie indépendante aussi longtemps que possible; il faut leur fournir des services de santé et autres services sociaux, notamment des soins de longue durée; il faut enfin renforcer la sécurité économique des personnes les plus vulnérables socialement et économiquement par des systèmes de protection sociale.

Il est impératif d’accorder une attention particulière à la situation des femmes, qui ont plus rarement que les hommes des revenus pendant toute leur vie ou des emplois à plein temps et qui vivent généralement plus longtemps, ce qui fait qu’elles perdent le soutien de leur conjoint. Elles ont, plus souvent que les hommes, travaillé dans le secteur informel et n’ont donc pas de pension de leur employeur ou de la sécurité sociale ni d’épargne accumulée. En outre, étant donné le manque de protection de l’État, le poids des soins des personnes âgées repose en général entièrement sur les épaules des femmes et des filles.

Les données requises pour analyser et suivre cette problématique doivent être améliorées et actualisées, notamment pour dresser une cartographie de la situation des personnes âgées et de leur ségrégation sociale et spatiale(83). De nouvelles approches seront nécessaires pour maximiser les avantages de l’urbanisation pour le développement des personnes âgées, tout en en minimisant les impacts négatifs éventuels. On trouvera à l’encadré 12 un exemple de mesures appliquées pour prendre en compte la question du vieillissement de la population en Asie.

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Face à une population vieillissante, l’Asie s’interroge et répond(1)

D’ici 2050, 24 % de la population de la Chine auront 65 ans et plus, contre 8 % actuellement, et 7 % auront plus de 80 ans, contre 1 % actuellement. Les gens vivent plus longtemps et ont moins d’enfants de nos jours, principalement grâce aux progrès technologiques. Mais il n’y a pas de réponse technologique aisée au problème de l’arrivée soudaine de personnes âgées en grand nombre. Le vieillissement de la population est rapide dans les pays en développement, et il faudra faire preuve d’ingéniosité pour relever les défis que cela présente.

Le vieillissement est, en Asie, un phénomène de plus en plus urbain. La tradition selon laquelle les enfants veillent à l’entretien de leurs parents âgés se maintient, mais un grand nombre de jeunes ont quitté la campagne pour s’établir en ville. Un nombre croissant de personnes âgées suit leur exemple, en quête de moyens d’existence, mais cette quête n’est pas toujours fructueuse. C’est ainsi qu’en Chine, la municipalité de Wei Hai construit des logements pour quelque 10 000 « personnes âgées abandonnées », sans soutien familial direct.

L’adaptation au vieillissement démographique exige des solutions novatrices de la part des organisations. À Chennai, par exemple, où l’indice synthétique de fécondité a chuté en dessous du seuil de renouvellement des générations, la ville a décidé de fermer 10 maternités, de recycler leur personnel et de les rouvrir en tant que centres de gériatrie.

L’Asie de l’Est et du Sud-Est, où le vieillissement est déjà plus avancé, procède elle aussi à des changements sur le plan de l’organisation. La ville de Wei Hai se propose de mettre en œuvre un projet pilote dans lequel le mandat de la commission nationale de planification familiale sera élargi pour inclure aussi les personnes âgées. Ce type de réorganisation créative sera nécessaire pour se préparer à la prise en compte du vieillissement urbain.



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