Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Chapter 6 Chapitre 6
Chapter 2 Chapitre 2 Notes for Indicators Notes
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
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Chapter 1 Les promesses de la croissance urbaine

Un iceberg qui grossit

La deuxième vague d’urbanisation : changement d’échelle

La croissance urbaine à venir : taux, vitesse et ampleur

La moitié du monde urbain vit dans les petites agglomérations

Différences de vitesse et de politiques

Pour des politiques fondées sur les réalités

Différences de vitesse et de politiques

La localisation dans le temps et la vitesse de l’urbanisation varient considérablement dans les diverses régions du monde en développement (voir figure 3). Les tendances générales dissimulent d’amples variations locales, par pays et par ville. Le présent rapport n’analyse que certaines caractéristiques marquantes du phénomène.

 


Figure 3 : Population des centres urbains au milieu de l’année, par région, 1950-2030

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fig 3

Source : ONU. 2006. World Urbanization Prospects: The 2005 Revision, tableau A.2. New York : Division de la population, Département des affaires économiques et sociales, ONU.


Les études de cas menées dans différents pays et régions révèlent que les responsables ont généralement manifesté une aversion pour la croissance urbaine et que beaucoup ont tenté de s’y opposer en réduisant l’immigration d’origine rurale.

L’Amérique latine et les Caraïbes ont opéré une transition précoce et rapide par comparaison aux autres régions en développement(18). En 2005, 77 % de la population de la région étaient définis comme urbains et le pourcentage de sa population vivant dans des villes de plus de 20 000 habitants était plus élevé que celui de l’Europe. Cette transition, qui a eu lieu en dépit d’un grand nombre de politiques explicitement anti-urbaines, a été dans l’ensemble positive pour le développement. Une attitude plus énergique face à l’inévitable croissance urbaine aurait certainement minimisé un grand nombre des conséquences négatives de celle-ci, notamment la formation de taudis et le manque de services urbains pour les pauvres.

Les pays arabes de l’Asie occidentale ont des niveaux d’urbanisation variables, certains élevés, d’autres bas, la plupart se situant à un stade intermédiaire(19). Les centres urbains dominent l’économie de la plupart de ces pays et la migration vers les villes reste forte dans plusieurs d’entre eux. Avec l’accroissement naturel (excès de naissances par rapport aux décès), il en résulte certains des taux de croissance urbaine les plus élevés. Les politiques officielles sont généralement hostiles à la migration, ce qui contribue à réduire la disponibilité de logements pour les pauvres urbains, ceux-ci se retrouvant souvent dans des établissements informels(20). À l’instar des autres régions, l’absence d’une prise en compte planifiée de la croissance urbaine donne lieu à un accroissement de la formation de taudis et de la densité de leur population.

Ce sont l’Asie et l’Afrique qui se distinguent incontestablement, en raison du nombre de leur population et de leurs perspectives d’immense croissance urbaine. En 2005, le taux d’urbanisation de l’Asie se situait à 40 % et celui de l’Afrique à 38 %. Malgré l’opposition politique à l’urbanisation dans de nombreux pays, selon toute vraisemblance les taux de croissance urbaine resteront relativement élevés au cours des 25 ans à venir, qui verront des augmentations prononcées de la population des villes de ces deux continents et du monde.

Bien qu’elle soit la région la moins urbanisée du monde, l’Afrique subsaharienne possède une population urbaine déjà égale à celle de l’Amérique du Nord(21). La croissance urbaine a marqué récemment un certain ralentissement, dû au fléchissement de la croissance économique et de l’accroissement démographique naturel, ainsi qu’à certaines migrations en sens inverse de retour à la campagne. Néanmoins, cette région enregistrera pendant plusieurs décennies à venir le taux de croissance urbaine le plus fort du monde, les taux d’accroissement naturel sous-jacents y ayant une part appréciable.

La migration et l’urbanisation en Afrique subsaharienne présentent certaines particularités, notamment la prédominance des petites agglomérations, la faible densité de population, la forte prévalence de migration circulaire ou récurrente et les liens avec le VIH/sida. Dans certains secteurs de la région, le principal facteur influent sur l’urbanisation est l’influx de personnes déplacées par la sécheresse, la famine, les conflits ethniques ou civils et la guerre. Ces dernières années, de nombreuses villes ont perdu les avantages qu’elles possédaient traditionnellement du point de vue de la santé et des services sociaux par rapport au milieu rural. La paupérisation de la vie urbaine est devenue l’un des défis les plus évidents à relever dans la région.

Malgré ces particularités, la migration vers les centres urbains a eu, en grande partie, un impact positif sur l’économie comme sur les migrants eux-mêmes(22). Beaucoup d’entre eux sont relativement pauvres, en particulier à leur arrivée, mais ils manifestent généralement une préférence pour la ville par rapport à l’existence rurale qu’ils laissent derrière eux.

Les décideurs politiques de la région, en revanche, semblent de plus en plus opposés à la croissance urbaine. Les pauvres en milieu rural sont moins concentrés, moins visibles et plus stables, et ils ne présentent pas le même potentiel de mobilisation collective et de revendication politique urgente que les pauvres en milieu urbain. En tout état de cause, l’urbanisation et l’immigration urbaine bénéficient sans doute aux migrants africains individuels et à l’économie nationale. Malgré les conditions de vie des pauvres en milieu urbain, compte tenu de leurs ressources, des obstacles auxquels ils se heurtent et des possibilités qui leur sont offertes, les décisions des migrants sont très rationnelles.

La vaste région hétérogène de l’Asie-Pacifique possède certaines des puissances économiques les plus grandes et les plus riches du monde, ainsi que certaines des plus faibles et des plus pauvres. Elle abrite les trois cinquièmes de la population totale, la moitié de la population urbaine et 11 des 20 villes les plus peuplées du globe. La population urbaine de la région a quintuplé depuis 1950, mais les taux d’urbanisation restent généralement bas, sauf dans quelques pays.

La Chine et l’Inde rassemblent à elles deux 37 % de la population mondiale; leurs approches de la croissance urbaine revêtent donc une importance fondamentale pour l’avenir de l’humanité.

Les zones urbaines de l’Inde contiennent encore moins de 30 % de sa population totale(23), cette proportion devant s’élever à 40,7 % d’ici 2030. Ce niveau relativement bas est attribuable en partie à la stricte définition des zones urbaines en Inde, d’où sont exclues, par exemple, les zones périurbaines. Malgré cette définition, le nombre des citadins devrait atteindre les 590 millions en 2030.

Les décideurs politiques espèrent ralentir la croissance urbaine au moyen du Programme national d’emploi rural lancé en 2005 par le gouvernement indien. Au titre de ce programme, l’État assume la responsabilité de la garantie de 100 jours de travail par année financière pour tout ménage rural dont un membre adulte est disposé à faire un travail manuel non spécialisé(24). Reste à voir quel impact ce programme aura sur l’immigration urbaine.

L’accroissement naturel est le facteur principal de la croissance urbaine de l’Inde. Le secteur formel n’offre pas d’expansion de l’emploi et une large part de la main-d’œuvre urbaine est active dans le secteur informel, mais cela n’arrête pas les immigrants en quête des avantages, perspectives et commodités des grands centres urbains. La pauvreté a toujours été plus grande dans les petites villes que dans les villes d’un million d’habitants et plus et dans les villes de taille moyenne; également, de 1987/1988 à 1993/1994, la pauvreté urbaine a marqué un recul plus net dans les agglomérations d’un million d’habitants et plus que dans les villes de taille moyenne et les petites villes.



La migration vers les centres urbains a eu ... un impact positif sur l’économie comme sur les migrants eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux sont relativement pauvres, en particulier à leur arrivée, mais ils manifestent généralement une préférence pour la ville par rapport à l’existence rurale qu’ils laissent derrière eux.



Comme ailleurs, c’est l’augmentation absolue de la population urbaine qui a présenté des difficultés aux autorités urbaines de par la demande accrue de logement et de services. Les associations bénévoles et les organisations de pauvres urbains ont toutefois, surmontant d’immenses difficultés, obtenu des résultats remarquables pour résoudre les problèmes.

La trajectoire urbaine de l’Inde offre un contraste marqué avec celle de la Chine(25), où la taille de la population a été strictement contrôlée de 1949 à 1978 et où la vie urbaine était le privilège d’une minorité. Les politiques économiques mises en œuvre subséquemment ont toutefois favorisé la migration de l’intérieur vers les côtes et les centres urbains en rapide croissance des zones économiques spéciales. Les restrictions relatives aux migrations se sont élargies et l’opposition officielle à l’égard des villes s’est atténuée, celles-ci étant devenues un puissant moteur de la croissance économique nationale.

La Chine est aujourd’hui un grand pays manufacturier et la plupart de ses usines sont implantées dans les villes ou à proximité. Elle compte, selon les données officielles, plus de 660 villes. Si les disparités économiques qui existent entre milieu urbain et milieu rural se sont peut-être même accentuées, l’existence dans les villes n’apporte plus automa­ti­que­ment de privilèges. Selon les projections, dans moins d’une décennie, plus de la moitié de la population chinoise – quelque 870 millions d’habitants – vivront dans les centres urbains. Sur les 139 villes comptant au moins 750 000 habitants en 2005, neuf  seulement en compteront plus de 5 millions en 2015. La localisation d’un grand nombre de ces agglomérations sur les côtes |est source d’inquiétudes, en raison des impacts à venir du réchauffement mondial sur les régions côtières de faible altitude (voir chapitre 5).

La Chine a atteint le sommet de sa transition urbaine. Étant donné le bas niveau de la fécondité urbaine, résultat des politiques de planification familiale, de l’augmentation des coûts de l’éducation et de l’évolution des aspirations des citadins quant au niveau de vie, la migration en provenance des campagnes a sensiblement moins contribué à la croissance urbaine en Chine que dans la plupart des autres pays en développement. Selon les estimations officielles, quelque 18 millions de personnes, majoritairement des hommes, migrent chaque année des régions rurales pour s’établir dans les villes. L’ampleur et la vitesse de la transformation sont sans précédent et celle-ci s’accompagne de tout un train de problèmes écologiques et sociaux, mais elle est inéluctable.



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