L’ESCLAVAGE CONTEMPORAIN

NataliaNatalia est l’une des quelque 140 000 femmes du Moldova qui ont été la proie la traie sexuel. Au niveau mondial, le trafic sexuel des jeunes est en augmentation(1). Environ 1,2 million d’enfants et d’adolescents de moins de 18 ans sont concernés chaque année(2). L’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est en sont les principales zones. L’Organisation internationale pour les migrations évalue à 225 000 le nombre de femmes et d’enfants originaires de l’Asie du Sud-Est victimes du trafic chaque année(3). Environ 300 000 enfants bangladeshis travaillent dans les maisons de passe de l’Inde, qui est le principal pays de destination en Asie du Sud(4).

Les données en provenance d’Europe orientale font penser que les trafiquants ciblent de plus en plus les filles jeunes, car elles peuvent leur rapporter davantage d’argent que les femmes adultes(5). Il est signalé aussi dans d’autres parties du monde, comme l’Asie du Sud-Est – où la croyance qu’avoir des rapports sexuels avec une vierge peut empêcher de contracter le VIH/sida et même en guérir, ce qui a contribué à cette tendance –, que la demande se déplace vers les filles plus jeunes(6).

Le trafic n’est pas seulement orienté vers l’exploitation sexuelle, il prend aussi d’autres formes : exploitation de la main-d’œuvre, esclavage pour dette, travail domestique, mendicité, mariage, participation à des conflits armés ou aux trafics illégaux de drogues ou d’organes(7).

En Afrique, par exemple, environ 200 000 mineurs originaires de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale sont victimes du trafic chaque année, tant dans les limites de leur propre pays que pour être envoyés à l’extérieur(8). Les garçons sont généralement destinés à travailler sur les plantations agricoles, tandis que les filles sont ­surtout exploitées comme employées de maison(9). La plupart des victimes envoyées en Europe de l’Ouest viennent du Ghana, du Nigéria et du Maroc. Certaines ont été vendues par leurs parents et, si la plupart d’entre elles sont âgées de 17 à 20 ans, d’autres n’en ont pas plus de 14(10).

Les causes fondamentales du trafic sont multiples et complexes : pauvreté, manque de possibilités d’emploi, absence de droits pour les filles et les femmes, impunité des trafiquants qui ne sont pas poursuivis, manque général d’éducation et de prise de conscience(11). Parfois, les jeunes sont vendus par leurs parents, qui sont incapables de les nourrir ou qui acceptent de laisser partir leurs enfants avec un membre de la famille ou un ami qui promet de leur trouver un bon emploi.

Les conséquences de la traite des humains sont les suivantes : atteinte à la santé physique et mentale des victimes, risque de contracter des maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida, grossesses non recherchées et mort. Au lieu de recevoir assistance et protection, les victimes affrontent souvent des poursuites et la mise en détention(12). Il leur arrive aussi d’être soumises à un traitement humiliant et intimidant par les autorités, tant dans le pays de départ que dans celui d’arrivée(13). Celles qui ont travaillé dans l’industrie du sexe sont particulièrement exposées à de ­nouvelles violences à leur retour. Les victimes revenues au pays peuvent aussi affronter de ­graves difficultés pour se réinsérer dans leur ­communauté ou leur famille, surtout si elles ont la réputation de s’être déshonorées ou de n’avoir pas su recueillir les avantages de leur migration(14).

Au cours des dernières années, on a commencé à centrer l’attention au sein de la communauté internationale sur la nécessité de garantir une protection aux victimes. Par exemple, au Moldova, l’UNFPA et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont collaboré étroitement pour aider des victimes comme Natalia. Le refuge de l’OIM n’est pas éloigné d’un centre de santé financé par l’UNFPA, qui offre un éventail complet de services de santé sexuelle et procréatrice. L’OIM, en collaboration avec des organismes des Nations Unies, offre aussi aux rapatriées une formation sur divers savoir-faire.

Mais il reste beaucoup à faire. Les pays touchés par le trafic doivent veiller à ce que leur politique nationale place les droits humains de ses victimes au centre de leurs actions de lutte contre le trafic. Ceci importe particulièrement pour protéger les enfants et les adolescents, qui sont les plus vulnérables. La poursuite et la liquidation des gangs de trafiquants d’humains exigent une coopération internationale. Les filles victimes du trafic qui réussissent à échapper à leurs geôliers doivent avoir un endroit sûr où résider, guérir leurs plaies et se rétablir tandis qu’elles se préparent à rentrer dans le monde réel. Elles ont aussi besoin de recevoir des conseils et un appui pour retrouver confiance en elles-mêmes et dans leur avenir.