UN VIRUS SANS FRONTIERES

EdnaLa migration joue un rôle critique dans la diffusion du VIH, comme l’histoire d’Edna le montre clairement. Plusieurs facteurs créent un lien entre mobilité et VIH, notamment les conditions dans lesquelles s’opère la migration; la pauvreté; l’inégalité entre les sexes; la séparation d’avec les familles et les partenaires; et l’absence des normes socioculturelles qui guident le comportement dans les communautés stables(2).

En Zambie, comme dans le reste de l’Afrique australe, le VIH/sida a des effets catastrophiques. La migration à l’intérieur des pays et au-delà des frontières accélère la diffusion de la maladie. Des centaines de milliers d’hommes originaires de la région gagnent leur vie dans les mines d’Afrique du Sud, où ils passent des années loin de leur famille. Pendant cette longue absence, nombreux sont ceux qui ont un comportement sexuel dangereux. Ils ont d’autres partenaires, fréquentent les travailleuses de l’industrie du sexe et utilisent ­rarement des préservatifs.

Les inégalités entre les sexes et le manque de respect pour les droits des femmes et des filles ajoutent au risque qu’elles courent de contracter le virus. Les trois quarts des 6,2 millions de jeunes atteints du VIH/sida dans l’Afrique subsaharienne sont de sexe féminin(3).

Les éléments mobiles de la population comme les travailleurs migrants, les travailleuses de l’industrie du sexe, les chauffeurs de camion, les représentants de commerce, les cheminots et les militaires figurent parmi les groupes particulièrement exposés. Les chauffeurs de camion et les commerçants, par exemple, en traversant ce que l’on appelle le “grand couloir du Cap au Caire”, courent un ­risque particulier de contracter le VIH. Les cartes montrent comment les villes et agglomérations situées sur cette route sont des bouillons de culture du VIH. Le long de ce couloir, aux arrêts de camions et dans les camps de squatters, dans les communautés frontalières et près des bases militaires, il arrive que les femmes pauvres se prostituent pour avoir de quoi vivre. Les hommes partagent souvent leurs partenaires sexuelles, accroissant ainsi la vulnérabilité générale au VIH(4).

Non seulement la migration a aidé à répandre le VIH/sida, mais les recherches montrent que l’épidémie elle-même a introduit avec elle une nouvelle forme de migration, celle des enfants et jeunes atteints du VIH/sida, qui sont contraints de quitter leur foyer par la maladie ou le décès d’un parent ou des deux. En Afrique australe, région la plus touchée par le VIH/sida, environ un enfant sur dix a perdu ses parents(5).

Quand le revenu familial s’évanouit en raison de la maladie ou de la disparition des parents, enfants et jeunes vont vivre avec d’autres membres de leur famille. S’il y a déjà trop de bouches à nourrir dans la maison de ceux-ci, ils quittent parfois l’école pour gagner ce que coûte leur entretien. Il arrive aussi qu’ils soient jetés dehors et vivent dans la rue. Les filles peuvent être mariées de bonne heure. Certains jeunes se déplacent pour prendre soin d’un parent ou d’un membre de la famille malade. Bon nombre d’entre eux restent et se débrouillent seuls comme chefs de famille. Les jeunes qui émigrent à l’étranger non seulement laissent derrière eux un environnement familier et des amis, mais ils ne connaissent pas nécessairement la langue et la culture de leur nouveau pays, ce qui rend le sentiment d’appartenance encore plus difficile à acquérir.

Les migrants, qu’ils aillent à l’étranger ou restent dans leur pays, ont besoin d’avoir accès à l’éventail complet des méthodes de prévention du VIH, ce qui recouvre la délivrance de conseils, le dépistage et le traitement des infections sexuellement transmissibles, des préservatifs à prix abordable, et une information sur la manière d’évaluer, limiter et éliminer le risque d’infection.

En Asie, autre région où la pauvreté incite les jeunes à émigrer, l’UNFPA et l’Union européenne ont lancé la Reproductive Health Initiative for Youth in Asia afin de répondre à ces besoins. Dans le cadre de cette initiative et en collaboration avec la Fédération internationale pour la planification familiale, les jeunes migrants travaillant dans des fabriques et les travailleuses de l’industrie du sexe dans les communautés du “Triangle d’Or”, situé sur les frontières de la Thaïlande, de la République populaire démocratique lao, du Myanmar et de la Chine méridionale, commencent à bénéficier d’un accès plus large aux services de santé sexuelle et procréatrice, notamment à la prévention du VIH.(6)