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L’EXODE DES JEUNES CERVEAUX

BibiSi des pays peuvent encourager l’exode de travailleurs qualifiés en échange des rapatriements de salaires, ils sont également préoccupés de perdre leurs professionnels, intellectuels et chefs d’entreprise les plus instruits, qui pourraient devenir les dirigeants de demain, en faveur ­d’autres pays.

En dépit des rapatriements de salaires des migrants, quand la proportion de gens instruits représente une part substantielle de la population migrante, il en résulte généralement une sérieuse perte nette pour le pays d’origine. Celui-ci perd non seulement les services de professionnels qualifiés, mais aussi leurs contributions à la productivité. Il s’aperçoit aussi que les investissements faits dans l’éducation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée ne sont pas rentables(1).

Bibi est l’un des milliers d’agents sanitaires originaires des pays en développement qui envisagent d’aller en Europe ou en Amérique du Nord à la recherche d’un emploi bien rémunéré. Son plan d’émigrer n’a rien d’exceptionnel : elle vit dans une région qui envoie à l’étranger une forte proportion de ses professionnels qualifiés. De fait, les Caraïbes sont la région du monde qui compte le plus grand pourcentage de travailleurs migrants qualifiés. Les chiffres les plus récents concernant les migrants qualifiés de Suriname montrent que près de la moitié de la population active instruite a quitté le pays entre 1965 et 2000(2). Du fait de la migration, la population active instruite de la Jamaïque et de Haïti a été réduite de 85 %(3).

Dans certains pays à revenu intermédiaire, le ­gouvernement forme les jeunes à travailler à l’étranger. Par exemple, les Philippines placent des infirmières qualifiées, immédiatement après obtention du diplôme, dans des pays de l’OCDE comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni(4).

Bien qu’ils ne constituent qu’une faible proportion des travailleurs migrants, les agents sanitaires représentent une perte irremplaçable en ressources humaines dans les systèmes de santé déjà affaiblis des pays en développement. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 23 % des médecins formés dans 10 pays d’Afrique subsaharienne travaillent actuellement dans huit pays de l’OCDE, en particulier dans les pays anglophones(5). Simultanément, l’épidémie du VIH/sida a rapidement accru la demande d’agents sanitaires dans la région, étant donné non seulement l’augmentation du nombre de cas, mais aussi l’impact du VIH/sida sur les agents sanitaires eux-mêmes.

Le contraste entre une meilleure rémunération, de meilleures conditions de vie et de sécurité dans le pays d’accueil et, d’autre part, le manque d’installations, d’incitations et de perspectives dans leur propre pays, figurent parmi les des principales raisons données par des médecins originaires d’Afrique du Sud, du Cameroun, de l’Ouganda et du Zimbabwe pour s’établir à l’étranger(6).

Quelques pays mettent actuellement à l’essai des programmes novateurs qui s’attaquent à certains des facteurs de la migration. Par exemple, le Ghana, qui a perdu environ 69 % des médecins et 19 % des infirmières formés entre 1995 et 2002, a adopté un plan d’action pour “garder les cerveaux” qui prévoit des incitations telles que le paiement d’heures supplémentaires, l’attribution de voitures aux médecins et d’autres compensations d’ordre non financier. Le plan a déjà donné des résultats positifs chez les médecins(7).

Les Philippines tentent aussi de faire revenir les professionnels de la santé émigrés après un temps de service à l’étranger. En 1995, le Gouvernement a institué la Philippine Overseas Employment Administration, qui a élaboré un programme offrant aux migrants qui reviennent des incitations, notamment des prêts et des bourses d’étude ­subventionnées(8).

Les pays d’accueil peuvent aussi contribuer à réduire le courant de migrants qualifiés en s’abstenant de recruter dans les pays qui souffrent d’une pénurie d’agents sanitaires; les pays de départ estiment qu’ils agiraient ainsi moralement. L’Afrique du Sud et le Royaume-Uni, par exemple, ont signé des accords prévoyant une collaboration à des programmes d’échange pour agents sanitaires, des partenariats de jumelage entre institutions et des congés sabbatiques, cela dans l’espoir d’encourager des déplacements à court terme d’agents sanitaires des pays tant d’accueil que de départ; ils espèrent ainsi éliminer certains des facteurs à ­l’origine du départ définitif des agents sanitaires(9).



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