Protéger les jeunes qui émigrent

Le présent rapport a tenté de reconstruire en usant de leurs propres paroles des mom­ents critiques dans la vie de 10 ­jeunes. Leurs témoignages recouvrent un large éventail des difficultés et des perspectives que ­rencontrent des millions de jeunes femmes et de jeunes hommes concernés par la migration internationale. Bien que leurs récits individuels soient très divers, ils expriment tous le désir de vivre une meilleure vie, qui est celui de chaque être humain.

Au moment où les jeunes opèrent la transition à l’âge adulte, ils espèrent avoir une bonne éducation et un travail décent. Ils comptent jouir de la sécurité individuelle, assurée par le respect des lois. Chaque année, des millions de jeunes quittent leur pays à la recherche de cet idéal.

Certains jeunes s’en vont poussés par le goût de l’aventure, ou pour échapper à une tragédie personnelle, ou simplement parce qu’il est plus facile de voyager qu’il ne l’a jamais été. Mais la plupart des individus dont nous rapportons l’histoire auraient préféré rester dans leur pays. Il est très difficile pour tous les pays de garantir que la migration est volontaire, d’assurer la sûreté et la sécurité des migrants, et de respecter à la fois les droits humains et les frontières nationales.

ADAMA n’aurait peut-être pas quitté son pays si suffisamment d’emplois y étaient offerts aux millions de jeunes comme lui qui entrent chaque année sur le marché du travail dans les pays en développement. Personne ne devrait être forcé de quitter son propre pays en raison du manque d’emplois.

KAKENYA ne serait pas partie si sa communauté avait apprécié à son prix l’éducation des filles et si le système éducatif de son pays lui avait offert les possibilités dont elle avait besoin. Au moment où ce rapport va à l’impression, une subvention a été attribuée à Kakenya pour commencer la construction d’une école de filles et d’une maternité dans son propre village. Son rêve commence à devenir réalité.

BIBI ne songerait pas à faire ses valises et à partir si son pays avait été en mesure d’offrir aux agents sanitaires comme elle un salaire décent et de meilleures conditions de travail.

EDNA aurait gagné à recevoir une information et des services concernant le VIH à l’intention des groupes à risque élevé, tels que les travailleurs migrants de sexe masculin et les membres de leur famille. Les groupes à risque élevé comprennent aussi les jeunes femmes pauvres, qu’elles soient mariées ou non; les travailleuses de l’industrie du sexe; et les jeunes femmes exposées à se  ­prostituer pour subsister. Ces jeunes femmes ­vulnérables ont besoin d’être en mesure de se protéger contre l’infection par le VIH.

NATALIA et d’autres jeunes femmes comme elle tireront profit d’interventions gouvernementales qui luttent contre la violence sexiste; reconnaissent dans la traite des humains une violation des droits humains; protègent les personnes victimes de la traite; prêtent assistance aux victimes revenues dans leurs pays au moyen de programmes de ­réadaptation et les protègent contre le risque d’en être à nouveau victimes. Les gouvernements doivent prendre des mesures contre les responsables de la traite des humains et collaborer avec les autres pays pour la prévenir.

KHADIJA bénéficiera des politiques et programmes, destinés tant aux familles migrantes qu’aux citoyens des pays d’accueil, qui promeuvent ­l’intégration et l’acceptation. Une acceptation pleine et entière est la condition irremplaçable de l’harmonie et de la cohésion sociales, et elle est nécessaire pour maximiser la contribution des migrants à leur nouvelle société. Des dirigeants politiques efficaces et une couverture médiatique objective promeuvent une perception positive des migrants.

NORAIDA et des millions d’autres employées de maison travaillant à l’étranger tireront profit de la réglementation des agences de placement par le gouvernement, par exemple grâce à un contrat d’emploi type précisant le montant des gages, l’horaire de travail, les jours de repos ­hebdomadaire et les autres conditions d’emploi, conformément aux normes internationales en la matière. Les pays de départ doivent aussi venir en aide aux victimes de la violence en leur assurant des services dans les ambassades et les missions diplomatiques, ce qui recouvre l’accès à l’aide juridique, aux soins de santé, aux conseils d’après traumatisme et à un refuge.

RICHARD aurait gagné à ce que la communauté internationale prenne des mesures rapides pour prévenir les conflits dans lesquels il a été entraîné, ou du moins atténuer leur impact sur les civils. Les instruments internationaux prennent en compte les droits et besoins des adolescents touchés par la guerre. Par exemple, la Convention relative aux droits de l’enfant stipule que les conséquences brutales de la guerre doivent être épargnées aux adolescents et que, quand la guerre n’a pu être évitée, ils doivent recevoir les soins et la protection dont ils ont besoin. Mais ces instruments ne sont efficaces que dans la mesure où il existe une volonté politique de les mettre en vigueur. Les pays doivent se préoccuper davantage de fournir aux jeunes déplacés par un conflit armé les possibilités d’éducation et les services de santé procréatrice appropriés. Ils doivent élaborer des programmes attentifs aux sexospécificités et aux valeurs culturelles avec la pleine participation des jeunes eux-mêmes. Il ne faut épargner aucun effort pour regrouper avec leurs familles les jeunes ­réfugiés et déplacés.

RAJINI, bien qu’elle doive vivre loin d’Unnikrishnan, continuera à bénéficier des ­rapatriements de salaires qui l’ont mise en mesure, ainsi que de nombreuses autres “épouses du Golfe”, de gérer son foyer et d’investir dans l’éducation et la santé de ses enfants. Beaucoup d’entre elles tireraient profit de programmes montrant comment gérer les rapatriements de salaires et investir sagement l’épargne. Ces envois de fonds ont autant d’importance pour les pays que pour les individus, et les gouvernements devraient envisager d’abaisser les commissions bancaires afin de faciliter les transferts.

FALCAO partage le désir de tant d’enfants et d’adolescents, partout dans le monde, de connaître un avenir meilleur grâce à leurs talents sportifs. Mais les jeunes doués de ces talents ont aussi besoin d’une protection, par exemple pour ne pas être exploités par des agents sans scrupules. Les gouvernements et les organismes internationaux, qui régissent les activités sportives et les loisirs, doivent prendre des mesures pour protéger les droits et le bien-être de ces jeunes travailleurs. Entre temps, les jeunes hommes tels que Falcao continueront d’inspirer les rêves que font des millions d’enfants et de jeunes de devenir vedettes de football et d’avoir une chance d’accéder à un avenir meilleur.

Les jeunes femmes et les jeunes hommes en mouvement sont en train de changer la ­composition ethnique de communautés à travers le monde. Ils sont l’élément le plus visible du “visage humain de la mondialisation”. La migration continuera probablement tant qu’il y aura une demande de main-d’œuvre dans les pays de destination, et une situation économique et sociale instable dans les pays d’origine.

La migration internationale est inséparable de l’histoire de l’humanité. Des nations entières se sont édifiées en ouvrant leurs portes au monde. Beaucoup de pays riches d’aujourd’hui ont vu dans le passé leurs propres ressortissants s’en aller durant des périodes difficiles sur les plans économique ou politique. Malgré la longue expérience accumulée, la gestion de la migration internationale continue de poser un problème à toutes les sociétés. La migration offre de grandes possibilités aux pays de départ comme aux pays d’accueil, si elle est gérée selon des politiques et programmes qui protègent les droits humains des migrants, découragent la discrimination et la xénophobie, et promeuvent l’intégration des migrants dans les sociétés hôtes.

Comme davantage d’enfants et de jeunes émigrent aujourd’hui seuls plutôt qu’avec leurs familles, les pays doivent mieux collecter et analyser les données afin d’orienter leurs réactions et politiques, et aider les jeunes migrants à s’adapter à une situation nouvelle.

Ces problèmes et d’autres encore seront examinés lors du Dialogue de haut niveau qui se tiendra à l’ONU sur la migration internationale en septembre 2006. Cette réunion est une occasion d’accorder aux jeunes l’attention qu’ils méritent, puisqu’ils constituent une forte proportion des migrants dans le monde.