Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Notes for Indicators Notes
Chapter 1 Chapitre 2 Notes for quotations Sources des citations
Chapter 1 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 1 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
 
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Introduction Introduction

Aujourd'hui, les femmes représentent près de la moitié des migrants internationaux dans le monde entier : il y a 95 millions de migrantes. Cependant, malgré leurs contributions à la réduction de la pauvreté et à des économies en situation fort difficile, la communauté internationale n'a commencé que récemment à saisir l'importance de tout ce que les femmes migrantes ont à offrir. Et les responsables n'ont reconnu que récemment les défis et risques particuliers que les femmes affrontent quand elles s'aventurent en de nouveaux pays.

Chaque année, des millions de femmes occupant hors de leurs pays des millions d'emplois envoient des centaines de millions de dollars sous forme de rapatriements de salaires dans leurs foyers et leurs communautés. Ces fonds servent à remplir des ventres affamés, à habiller et éduquer des enfants, à fournir des soins de santé et, de manière générale, à améliorer le niveau de vie des êtres chers qu'elles ont laissés derrière elles. Pour les pays hôtes, le travail des femmes migrantes est tellement inséré dans la trame même de la société qu'il passe pratiquement inaperçu. Les femmes migrantes peinent dans les foyers de familles laborieuses, apaisent les souffrances des malades et consolent les personnes âgées. Elles offrent leurs compétences techniques ou professionnelles, paient des impôts et rendent possible sans bruit une qualité de vie que beaucoup considèrent comme allant de soi.

Longtemps, le problème des femmes migrantes a occupé une place très modeste sur l'agenda international. Aujourd'hui, le monde a une occasion unique de remédier à cet oubli : pour la première fois, des représentants de pays du monde entier assisteront à une session de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée expressément à la migration. Le Dialogue de haut niveau sur la migration internationale et le développement, 2006, offre une occasion cruciale de faire en sorte que les voix des femmes migrantes soient entendues. La reconnaissance explicite des droits humains des femmes et la nécessité d'instaurer l'égalité entre les sexes sont une condition préalable fondamentale de toute politique saine, équitable et efficace qui vise à gérer la migration en évitant tout désordre ou manque d'humanité.

Les avantages se font sentir de part et d'autre. Pour de nombreuses femmes, la migration ouvre les portes d'un monde nouveau qui leur apporte plus d'égalité, un soulagement à l'oppression et à la discrimination qui limitent leur liberté et atrophient leur potentiel. Pour les pays d'origine et d'accueil, la contribution des femmes migrantes peut littéralement transformer la qualité de vie. Ce dévouement, toutefois, n'est pas sans leur coûter - car la migration a aussi son côté sombre.

De l'esclavage moderne que subissent les victimes de la traite des humains à l'exploitation du personnel domestique, des millions de femmes migrantes affrontent des situations dangereuses qui portent témoignage de l'absence de possibilités d'émigrer dans des conditions sûres et légales. La traite des humains n'est pas seulement l'une des manifestations les plus épouvantables d'une migration "qui a mal tourné"; elle sape également la sécurité et la stabilité nationales(1) La faiblesse de la coopération multilatérale et l'échec à établir, appliquer et imposer des politiques et mesures conçues pour protéger les femmes migrantes de l'exploitation et des sévices ont pour conséquence que ce sont les plus vulnérables qui paieront - et quelquefois de leur vie.

La demande de femmes migrantes est plus forte que jamais dans le passé et continue d'augmenter. Des obstacles inutiles et discriminatoires, qui se combinent avec une protection insuffisante des droits humains et des droits des travailleurs, ne bénéficient pas aux familles ni aux pays - ni aux centaines de milliers de femmes exposées à des situations et sévices intolérables.

Depuis les années 90, les gouvernements ont abordé le problème de la migration internationale à diverses conférences des Nations Unies. La Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994 est la plus importante(2). Quand a sonné le dixième anniversaire de la CIPD, en 2004, le Programme d'action en constituait encore l'un des accords les plus complets entre gouvernements du monde entier qui ait jamais été établi sur la migration internationale et le développement(3). Entre autres engagements clefs, les pays ont convenu d' "étudier les causes profondes des migrations, surtout celles liées à la pauvreté"(4), et de "s'efforcer de donner à chacun des raisons de rester dans son propre pays"(5). Depuis lors, la communauté mondiale s'est rassemblée autour des objectifs du Millénaire pour le développement. En 2000, les chefs d'État et de gouvernement ont pris l'engagement unanime de "reléguer la pauvreté dans le passé"(6) et de mettre fin à la discrimination sexuelle.

Les communications et les transports ont rendu possible à chacun de jouir d'une liberté de mouvement plus grande que jamais auparavant. Mais personne ne devrait être contraint d'émigrer à cause de l'inégalité, de l'exclusion ou de la limitation des choix offerts dans le pays d'origine. Tandis que les gouvernements et les experts débattent de la meilleure manière de gérer la migration, il faut garder à l'esprit le fait central que les migrants sont d'abord et avant tout des êtres humains investis de droits humains(7). Une gestion équitable de la migration implique que les mesures adoptées ne doivent pas pénaliser encore davantage les plus vulnérables, qui affrontent déjà une inégalité systématique. Ce sont en premier lieu les migrants à faible revenu et les femmes migrantes. De plus en plus, la migration suit une trajectoire déplaisante, qui se modèle sur le côté négatif de la mondialisation et qui exacerbe les inégalités préexistantes. Tandis qu'une élite d'individus hautement qualifiés profite sans cesse davantage des bénéfices de la migration, les obstacles opposés aux migrants pauvres deviennent sans cesse plus insurmontables.

L'immigration et le développement vont de pair. Les investissements accrus dans la réduction de la pauvreté, l'égalité des sexes et le développement - notamment le respect par les pays donateurs de leurs engagements en matière d'aide publique au développement (APD) - font partie intégrante des efforts visant à instaurer un régime de migration plus ordonné. Ces efforts sont indispensables pour réduire l'écart entre riches et pauvres et pour étendre à tous des perspectives d'avenir - notamment aux femmes, qui dans trop de pays n'ont pas un accès égal aux possibilités de s'assurer des moyens de subsistance. Il est essentiel d'élaborer de saines politiques d'immigration qui répondent aux intérêts économiques tout en préservant les droits humains et l'égalité des sexes. En même temps, elles aident à écarter les obstacles superflus à la mobilité qui peuvent aboutir à sacrifier la dignité humaine et des vies humaines, comme il arrive effectivement.

Les pays souverains ont le droit de contrôler l'immigration et de décourager l'entrée illégale sur leur territoire. Cela ne constitue pourtant qu'un aspect de toute politique globale et ne doit pas retenir exclusivement l'attention(8). Davantage de pays reconnaissent aujourd'hui la nécessité de gérer la migration au lieu de la limiter, et c'est là un fait nouveau positif(9).

Les femmes émigrent et continueront d'émigrer. Elles ont des besoins urgents qui méritent une attention prioritaire. C'est alors seulement que les avantages de la migration internationale seront exploités au maximum et ses risques réduits au minimum. Les femmes migrantes comptent parmi les êtres les plus vulnérables aux violations des droits humains - à la fois comme migrantes et comme femmes. Leur dur travail mérite d'être reconnu et leurs droits humains, d'être protégés. Leurs voix doivent être entendues. En faisant preuve de vision et en montrant la voie, on peut aider à détourner les débats publics d'un appétit réactionnaire pour le sensationnel et d'une attention excessive à l'"altérité" au profit de la reconnaissance de notre humanité commune, qui nous unit tous dans un monde où les frontières sont de plus en plus invisibles(10).



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