Introduction Introduction Chapter 5 Chapitre 5
Chapter 1 Chapitre 1 Notes for Indicators Notes
Chapter 2 Chapitre 2 Noties for quotations Sources des citations
Chapter 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapter 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
 
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Chapter 1 Un fleuve puissant mais silencieux:
Les femmes et la migration

La mondialisation et la migration des femmes

Des millions de visages, de nombreuses expériences

Les implications socioéconomiques de la migration des femmes

L'expérience de la migration : saisir les occasions, surmonter les obstacles

L'expérience de la migration : saisir les occasions, surmonter les obstacles

Les expériences des femmes migrantes sont aussi diverses que leurs milieux d'origine et que les communautés dans lesquelles elles s'installent. Si la migration a de nombreux avantages, elle n'est pas non plus sans présenter de redoutables obstacles.

Dès le début, des politiques d'immigration discriminatoires peuvent limiter les voies légales de migration. Cette situation relègue de nombreuses femmes dans les secteurs les plus vulnérables de la main-d'ouvre ou les place sous la dépendance des migrants de sexe masculin. Dans les pires cas, elles peuvent finir victimes de la traite. La plupart des femmes migrantes viennent de pays où la discrimination contre les femmes est profondément enracinée dans la société et la culture. Beaucoup sont de ce fait dans une situation défavorable, qui peut ne leur laisser qu'un accès insuffisant à l'information concernant les possibilités d'emploi dans le pays de destination, les coûts et avantages à attendre, et les démarches nécessaires pour émigrer légalement et sans danger(93). Solliciter l'aide d'une autre personne ou d'un passeur clandestin peut obliger les femmes à contracter une dette considérable ou à s'exposer à un grave danger.

Durant le transit, les migrantes - en particulier si elles n'ont pas de document les autorisant à migrer - sont exposées au harcèlement sexuel et à des violences. Elles peuvent être contraintes d'offrir des faveurs sexuelles en échange d'une protection ou de la permission de traverser une frontière(94). Par exemple, des chercheurs conduisant une étude sur les migrantes qui voyagent seules à travers l'Amérique latine vers le Mexique ont établi que les hommes les croyaient "prêtes à tout". Dans les groupes de migrants, les hommes ont souvent forcé les femmes à avoir des rapports sexuels avec les gardes frontière afin de garantir au groupe entier un passage sûr(95). En 2005, Médecins sans frontières a signalé que des agents de sécurité et d'autres migrants commettaient des violences sexuelles sur des femmes et des mineures d'Afrique subsaharienne durant la traversée du Maroc à destination de l'Espagne. Le long de la frontière algéro-marocaine, les femmes sont également vulnérables - en particulier aux agressions de passeurs et de trafiquants qui veulent les exploiter sexuellement. Les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses ne sont pas rares, et des cas de femmes enceintes abandonnées à la frontière algéro-marocaine ont été aussi enregistrés(96). Des observations éparses donnent à penser que jusqu'à 50 % des femmes migrantes qui font le voyage de l'Afrique de l'Ouest en Europe par le Maroc sont enceintes ou voyagent avec des enfants en bas âge. Beaucoup donnent naissance dans la forêt sans aucune assistance, par crainte d'être expulsées si elles cherchaient une assistance médicale(97).

À l'arrivée dans le pays de destination, les migrantes sont doublement défavorisées - à la fois comme migrants et comme femmes - et parfois triplement, quand la race, la classe ou la religion entrent en ligne de compte. Celles qui subissent sévices et violences n'ont pas toujours une idée de ce que sont leurs droits et peuvent craindre des répercussions si elles s'adressent à la police ou recherchent un soutien. Les femmes ont aussi des besoins prioritaires dans le domaine de la santé et des droits procréateurs, mais les obstacles juridiques, culturels ou linguistiques font que beaucoup ne peuvent sans difficulté avoir accès à l'information et aux services.

PAR INTENTION OU PAR LAISSEZ-FAIRE : LES POLITIQUES DISCRIMINATOIRES

Les politiques des pays de départ et d'accueil ont un effet sur l'identité des migrants et sur les modalités de la migration. Parfois, la discrimination n'est pas délibérée, tandis que dans d'autres situations les femmes occupent sans doute la première place dans certains courants migratoires, comme ceux qui répondent à la demande de soins infirmiers et de service domestique, mais leurs besoins et droits spécifiques peuvent être ignorés. Diverses politiques aboutissent à l'exclusion totale des femmes migrantes. D'autres politiques - souvent bien intentionnées et visant à élargir les possibilités d'emploi - ignorent néanmoins leur charge de travail multiple, leurs responsabilités familiales et communautaires. En l'absence de garderies d'enfants et de réseaux familiaux étendus, ces responsabilités peuvent empêcher les femmes de tirer parti de la formation ou des autres possibilités d'éducation ouvertes aux migrants(98).

Les besoins particuliers d'un pays en main-d'ouvre ont un effet direct sur le degré auquel hommes et femmes ont chance de trouver du travail dans un pays étranger et sur la possibilité d'y émigrer légalement. Les politiques invitant les migrants à combler des lacunes à titre momentané dans un secteur spécifique ont été appliquées surtout aux occupations principalement masculines. Depuis la découverte au XIXe siècle de gisements d'or et de diamants en Afrique du Sud, par exemple, les migrants de sexe masculin y ont été très demandés. Les ressortissants des 14 pays de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) y ont le plus de chances de trouver légalement du travail dans l'industrie extractive, où les hommes représentent 99 % du personnel. Il n'existe aucun secteur du marché du travail qui facilite autant l'entrée des femmes(99). Par contre, les chefs d'entreprises agricoles sud-africaines préfèrent les travailleuses des pays voisins mais, comme la migration transfrontalière est rarement réglementée, les migrantes ne sont pas protégées par la législation en vigueur(100). En Asie, tandis que l'industrialisation a exigé de la main-d'ouvre pour la construction, la production d'articles manufacturés et le travail sur les plantations ("du travail d'homme"), les femmes ont généralement répondu plutôt à la demande d'employées de maison et de gardiennes d'enfants(101).

Quand les pays de destination préfèrent des candidats à l'immigration dotés de compétences, les femmes migrantes peuvent être, selon les cas, favorisées ou défavorisées. Les femmes de statut socioéconomique modeste et peu instruites risquent d'être gravement défavorisées. Elles courent davantage le risque de finir par peiner dans des emplois du secteur non structuré, irréguliers ou saisonniers, avec de moindres chances d'obtenir un permis de travail ou de réunir les conditions voulues pour acquérir la citoyenneté(102). En France, par exemple, une étude a établi que les femmes représentent les deux tiers des migrants auxquels la citoyenneté est refusée pour motif de connaissance insuffisante de la langue nationale(103). L'accès des travailleurs qualifiés peut aussi être fondé sur certains critères, comme la preuve d'années de travail ininterrompu, la connaissance de la langue, ou le revenu et le niveau éducatif(104). Ces critères opèrent une discrimination non intentionnelle à l'égard des femmes. D'autre part, la demande de main-d'ouvre qualifiée peut aussi ouvrir aux femmes instruites des possibilités d'émigrer, comme ce fut le cas dans les années 80 quand l'Australie a commencé de donner la préférence aux professionnels sur les manouvres(105).

Les gouvernements limitent parfois la migration féminine afin de "protéger" les femmes. De telles interdictions visant la migration des femmes ont été ainsi en vigueur, par exemple, au Bangladesh, en Iran, au Népal et au Pakistan(106). Les données fournies par le Gouvernement du Bangladesh montrent que les femmes ont représenté moins de 1 % des émigrants entre 1991 et 2003. C'est principalement à cause du renforcement des limitations imposées et des obstacles bureaucratiques que les femmes ont eu plus de mal à émigrer(107). Cette situation, inutile de le préciser, ne fait qu'accroître la probabilité que les femmes recourront à des méthodes illégales(108). En voici une preuve : selon la Banque asiatique de développement, les États du Golfe et l'Asie du Sud-Est abritent un nombre considérable de femmes du Bangladesh dépourvues de documents(109). Toutefois, les politiques gouvernementales commencent depuis peu à changer. En 2005, le Bangladesh a levé l'interdiction(110) et, la même année, la Cour suprême du Népal a mis fin à l'obligation pour une femme de moins de 35 ans d'obtenir le consentement de ses parents ou de son conjoint pour se faire délivrer un passeport(111).

La législation du travail ne s'applique souvent pas à certains secteurs de l'économie où les femmes migrantes sont particulièrement représentées - comme le service domestique et le secteur du spectacle(112). Cela laisse de nombreuses femmes migrantes à la merci de leurs employeurs pour obtenir un statut légal, couvrir des besoins élémentaires comme le logement et la nourriture, et recevoir leur juste salaire, que les employeurs peuvent arbitrairement retenir afin de s'assurer leur docilité. En outre, les efforts des gouvernements pour freiner l'immigration et la limiter ainsi à des contrats temporaires et à court terme ont pour effet que de nombreuses femmes ne sont pas en mesure de changer d'employeur(113). Elles risquent donc de se trouver prisonnières de situations marquées par la violence, loin de tout témoin et, bien souvent, sans que les pouvoirs publics puissent intervenir.

Les droits, modalités d'emploi et conditions de travail varient en fonction de la législation du travail et des politiques régissant l'immigration dans chaque pays d'accueil. En de nombreux pays, par exemple, les droits des employées de maison sont ignorés et beaucoup d'entre elles passent des années à l'étranger avant de revoir leurs familles (voir encadré 8). Les réglementations du pays hôte interdisent souvent aux migrants peu qualifiés d'y introduire les membres de leur famille avec eux. Cette situation a inspiré des appels à l'adoption d'une politique favorable à la famille qui viendrait en aide aux travailleuses migrantes. L'Italie et l'Espagne sont parmi les très rares pays qui accordent aux travailleurs non qualifiés l'option du regroupement familial - privilège ordinairement réservé aux migrants "qualifiés". Elles sont aussi parmi les rares pays qui ont fait activement progresser les droits des employées de maison, en grande partie grâce à la vigoureuse pression exercée par les organisations de femmes(114).




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GEOGRAPHIE ET NECESSITE : LA MONDIALISATION ET L'APPARITION DE LA FAMILLE TRANSNATIONALE

Les déplacements massifs de population ont conduit à l'apparition d'un nouveau phénomène : la famille transnationale. Il s'agit des familles dont les membres appartiennent à deux foyers, deux cultures et deux économies simultanément. Ces familles prennent de nombreuses formes et se caractérisent par le fait que le chef de famille change - il peut même être une grand-mère ou un(e) jeune qui s'occupe des enfants tandis que le/les parent(s) est/sont au loin(1).

Quand les deux parents s'en vont, ce sont des femmes âgées, des tantes et d'autres femmes de la famille qui assument généralement la prise en charge des enfants(2). Il arrive également que les parents migrants laissent les enfants dans le pays de destination tandis qu'eux-mêmes vont et viennent entre les deux pays. Ce phénomène est illustré par les "astronautes" de l'Asie de l'Est, qui continuent de diriger des entreprises dans leur pays d'origine mais laissent femme et enfants au Canada(3). Les migrants des Caraïbes et du Ghana installés au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni se sont adaptés à de difficiles situations de travail et de vie en mobilisant des réseaux familiaux étendus pour élever leurs enfants au pays(4). Au Cap-Vert, pays dont la population résidente est moins nombreuse que la diaspora, presque toutes les familles comptent des membres qui vivent à l'étranger(5). Les familles cap-verdiennes peuvent même être partagées entre trois ou quatre lieux différents, les femmes travaillant en Italie ou au Portugal, leurs maris aux Pays-Bas et les enfants restant au pays avec des membres de la famille(6). Aux Philippines, les familles transnationales sont aussi chose courante, puisque plus de huit millions de citoyens vivent et travaillent à l'étranger(7).

Quand les mères émigrent, la décision peut être déchirante. Pour les femmes, la séparation s'alourdit aussi d'un sentiment de culpabilité. Pour les enfants, la perte des soins et de l'affection de leur mère peut être la source d'une terrible tension psychologique. Malgré cela, les femmes migrantes n'ont souvent guère d'autre choix que de laisser des êtres chers derrière elles. Si les enfants disent souvent qu'ils aimeraient mieux que leur père émigre plutôt que leur mère, beaucoup expriment leur gratitude et sont fiers des sacrifices de leur mère. Des études menées en Indonésie et aux Philippines ont recueilli en général peu d'indices que les enfants aient pâti de cette situation(8). Les enfants de parents migrants avaient des comportements et des valeurs analogues à ceux des enfants de parents non migrants et n'apparaissaient pas être plus défavorisés et troublés, ni souffrir de difficultés psychologiques plus sérieuses. Aux Philippines, une étude menée au niveau national a établi que les enfants de migrants étaient inscrits en plus grand nombre au tableau d'honneur de leur école et redoublaient moins souvent une classe que les enfants de non-migrants(9). Une autre étude a montré que les enfants comprenaient que leurs mères avaient décidé d'émigrer pour des raisons économiques et pour leur propre bien-être(10).


LE PIEGE DE LA CONDITION DE PERSONNE A CHARGE

Les femmes qui émigrent au titre de programmes de regroupement familial entrent généralement dans le pays d'accueil comme personnes à charge et risquent de n'obtenir qu'un accès limité. à l'emploi, aux soins de santé et aux autres services sociaux(115). Dans les pays qui établissent une distinction entre les droits des migrants à travailler ou à résider, les femmes classées personnes à charge risquent de ne pouvoir travailler qu'illégalement(116). Le statut de personne à charge peut aussi aboutir à un "gaspillage des cerveaux" : tel est le cas quand des femmes migrantes qualifiées restent sans emploi ou ne peuvent trouver d'emploi que dans des occupations très inférieures à leurs qualifications. En outre, si le mariage est dissous ou s'il est marqué par des violences, les femmes migrantes peuvent se trouver prises au piège de menaces d'expulsion ou de la perte de leur droit de garde. Les enfants souffrent également de l'absence de tout appui matériel et affectif quand les pères abandonnent leur famille ou que le mariage est dissous. L'octroi d'un statut légal indépendant aux femmes migrantes victimes de violences, comme aux États-Unis et en Suède - au lieu de continuer à faire dépendre ce statut de parents de sexe masculin ou du mari - aide à protéger leurs droits et les libère de la violence(117).

LE TRAVAIL ET LES SALAIRES

La proportion des femmes migrantes qui font partie de la main-d'ouvre varie selon les pays, mais leur taux de chômage est généralement plus élevé(118). En de nombreux cas, cela est vrai par comparaison avec les hommes et femmes nés dans le pays - aussi bien qu'avec les migrants de sexe masculin. Par exemple, dans 17 pays de l'OCDE (pour lesquels les données sont communiquées), les taux de chômage des étrangères sont sensiblement plus élevés que ceux des femmes nées dans le pays(119). Parmi les migrants en provenance des pays de la SADC installés en Afrique du Sud, 38 % des migrantes étaient sans travail contre 33 % des Sud-Africaines, 30 % des Sud-Africains et 23% des migrants de sexe masculin(120).

Partout où les femmes migrantes affrontent des taux élevés de chômage et une discrimination, beaucoup sont contraintes de prendre n'importe quel travail qui soit disponible(121). Ceci peut contribuer au sentiment de la population du pays hôte que les migrantes sont "non qualifiées", bien que beaucoup puissent être effectivement plus qualifiées que leur travail ne le ferait supposer. Dans certains cas, toutefois, les migrantes peuvent se voir offrir la possibilité d'obtenir des emplois mieux rétribués : dans les Émirats arabes unis, les employées de maison philippines servent de plus en plus souvent de chauffeur - emploi mieux rétribué et assorti de prestations plus élevées(122).

Par comparaison avec le statut des femmes restées au pays d'origine, les migrantes récemment arrivées gagnent sans doute un salaire plus élevé. Mais, par comparaison avec les femmes du pays d'accueil, elles ont généralement beaucoup moins de ressources(123). La faiblesse des gains peut conduire à l'appauvrissement et avoir un impact négatif sur les familles laissées au pays, parce que les rapatriements de salaires en souffrent. Les données du recensement conduit en 2000 aux États-Unis montrent que 18,3 % des femmes nées à l'étranger vivent dans la pauvreté, contre 13,2 % des femmes nées aux États-Unis, et que 31 % des foyers migrants dont le chef est une femme sont pauvres(124). La faiblesse des salaires peut aussi avoir un effet sur le regroupement familial pour les femmes migrantes qui sont l'unique appui financier des membres de leur famille. Il en est ainsi parce que de nombreux pays, comme le Canada et les États-Unis, exigent une preuve de la possibilité d'entretenir leur famille sur la base du revenu et de l'autosuffisance économique(125).

La faiblesse des salaires peut avoir de sombres implications pour les femmes migrantes âgées - en particulier pour celles qui sont sans emploi, dépourvues de documents, veuves, ou qui occupent des emplois non assortis de prestations. Les régimes de pension et les autres programmes sociaux des pays d'accueil, comme le Canada et les États-Unis, prennent pour base les contributions prélevées sur le salaire pendant une longue durée. En outre, si elles n'ont travaillé que de manière irrégulière toute leur vie, beaucoup de femmes migrantes âgées n'ont pas d'épargne pour leur retraite ou les soins de santé(126). En de nombreux pays européens, les droits à pension sont basés sur les années de travail et de résidence. Le nombre croissant de migrants âgés dans la région suscite une préoccupation particulière concernant les besoins des femmes migrantes de ce groupe d'âge. Aux Pays-Bas, plus de 90 % des Marocaines âgées de 55 ans au moins déclarent n'avoir jamais travaillé. En Autriche, les femmes migrantes non originaires de l'UE ont les rémunérations les plus faibles du pays. Parmi celles âgées de 60 ans au moins, 19 % et 23 % des femmes venues de l'ex-Yougoslavie et de la Turquie, respectivement, n'ont absolument aucun revenu propre(127).

ETHNICITE ET RACISME : DES OBSTACLES EN PLUS AU TRAVAIL ET AU SALAIRE

L'appartenance ethnique et la classe aggravent le problème de la discrimination sexuelle, bloquent l'avancement et condamnent à de bas salaires(128). Par exemple, au Royaume-Uni (qui fait appel depuis longtemps aux immigrantes afin de pourvoir les emplois dans le secteur des soins de santé), le personnel noir (surtout des femmes des Caraïbes), qui occupe en grande majorité des postes de bas niveau, est fréquemment victime de tracasseries(129). Dans les Emirats arabes unis, une employée de maison philippine ayant une éducation postsecondaire gagne beaucoup plus que son homologue indienne - quelles que soient les compétences de cette dernière(130). Une étude conduite en Europe a établi que les nationaux qui occupent des emplois domestiques sont souvent traités comme les membres d'une catégorie professionnelle - ce qui n'est pas le cas des étrangers(131).

Les États-Unis fournissent un exemple de la manière dont les emplois domestiques sont répartis en fonction de l'appartenance ethnique ou raciale. Durant les années 50 et 60, les Afro-Américaines étaient les plus nombreuses à exercer ce métier, mais à la fin des années 80 leur nombre avait considérablement baissé dans tout le pays. Vers le même moment, les femmes d'Amérique latine les ont remplacées - passant de 9 % à 68 % des employées de maison à Los Angeles(132).




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MIGRATION ET FECONDITE

Une opinion courante, susceptible d'alimenter l'hostilité aux immigrants, est que les migrants ont des taux de fécondité plus élevés. Mais cela dépend beaucoup de la communauté migrante, du contexte offert par le pays hôte, du statut socioéconomique de la femme, des normes culturelles en matière de fécondité et de l'accès aux services de santé procréatrice. De manière générale, quand les immigrants (surtout ceux venus de pays en développement) arrivent, ils ont généralement plus d'enfants que la population locale, mais leur nombre d'enfants diminue avec le temps. Cela tient au fait que de nombreux migrants adoptent en fin de compte les normes du pays hôte en la matière, de sorte que leur taux de fécondité devient similaire à celui de la population du pays hôte(1).

Le report de l'âge du mariage, la séparation d'avec les partenaires, les pressions économiques, le coût de l'éducation des enfants, l'autonomie des femmes, l'évolution des valeurs et des normes, et la nécessité imposée de s'assimiler pour faire accepter sa présence sont autant de facteurs qui peuvent contribuer à la baisse de la fécondité(2). Une étude sur 24 groupes migrants menée en Australie au long de 14 années a montré que les taux de fécondité de tous les groupes à l'exception de deux (Libanais et Turcs) se confondaient presque avec celui de la population hôte ou même devenaient plus faibles(3). L'enquête a porté sur des communautés migrantes venues d'Afrique du Sud, d'Égypte, de Grèce, de Malte, de Nouvelle-Zélande, de Pologne et du Viet Nam, parmi bien d'autres pays. En Suède, une étude sur les immigrants venus de 38 pays différents a établi que ceux qui avaient passé cinq ans au moins dans le pays accusaient des niveaux de fécondité analogues à ceux de la population locale(4).

Il y a toutefois des variations - en fonction du groupe ethnique et d'un jeu complexe des facteurs socioéconomiques, culturels et politiques. Au Royaume-Uni, par exemple, les données du recensement ont montré que tous les principaux groupes ethniques minoritaires avaient plus d'enfants que la population locale - en particulier les migrants originaires du Bangladesh, de l'Inde et du Pakistan(5).

Les femmes migrantes ont généralement moins d'enfants que celles restées au pays(6). Par exemple, bien qu'au Belize, au Costa Rica, en El Salvador et en République dominicaine, les immigrantes donnent généralement naissance à plus d'enfants que les femmes du pays (au Costa Rica, les taux de fécondité des immigrantes sont de 40 % plus élevés)(7), leurs taux de fécondité sont encore plus faibles que ceux de leurs compatriotes n'ayant pas quitté le pays d'origine. En Espagne, les immigrantes africaines ont des taux de fécondité légèrement plus élevés que les femmes du pays, mais beaucoup plus faibles que leurs compatriotes restées au pays d'origine(8). Aux États-Unis, pourtant, c'est l'inverse qui est vrai : les femmes migrantes ont généralement plus d'enfants que les femmes restées au pays d'origine. Et si les taux de fécondité des migrants sont aussi plus élevés que ceux de la population locale, ils n'ont pas d'effet sur les taux de fécondité au niveau national(9).

Durant les préparatifs de la migration et les premières années passées dans un nouveau pays, les femmes migrantes peuvent différer la naissance du premier enfant et se consacrer davantage à trouver du travail mais, après quelques années, elles décident de fonder une famille. Ce point est illustré par le cas des Équatoriennes qui émigrent en Espagne. Ces dernières années, le pays a reçu un grand nombre de jeunes immigrantes d'Amérique du Sud. En 1999, les enfants des Équatoriennes représentaient seulement 4,9 % des naissances de femmes étrangères, mais en 2004 cette proportion était passée à 19,5 %(10).

La fécondité des migrantes peut aussi dépendre de l'âge, du niveau d'éducation et du courant de migration auquel elles appartiennent. La migration peut entraîner une séparation entre époux et par suite un report des grossesses. Une fois les époux réunis, cependant, les taux de natalité augmentent(11). En Australie, les femmes immigrantes hautement qualifiées ont un taux de fécondité inférieur à celui des femmes du pays, tandis que celles qui arrivent comme réfugiées ou pour cause de regroupement familial ont généralement plus d'enfants(12). Les femmes qui émigrent à un jeune âge sont susceptibles de s'adapter plus rapidement aux normes de la société hôte en matière de fécondité : en France, les femmes immigrantes qui sont arrivées dans le pays avant l'âge de 13 ans ont eu une fécondité supérieure de peu à celle des Françaises, tandis que les migrantes âgées de 25 à 29 ans au moment de leur arrivée ont accusé des taux de fécondité sensiblement plus élevés(13).


LA SANTE SEXUELLE ET PROCREATRICE

La santé de tout migrant est affectée par l'appartenance à l'un ou l'autre sexe, l'origine socioculturelle et ethnique, le type d'occupation et le statut légal, aussi bien que par la mesure dans laquelle il ou elle peut couvrir les coûts et avoir accès aux services, au transport et à l'assurance maladie(133). Le fait d'avoir été antérieurement en contact avec des services de santé influera aussi sur la capacité des migrants de prendre des décisions informées en matière de santé.

Si un(e) migrant(e) ne peut parler la langue du pays d'accueil, il/elle risque davantage de devoir affronter divers problèmes pour accéder aux soins de santé. Un travail mal rétribué et épuisant a également un impact, de même que le degré auquel le/la migrant(e) et sa communauté sont intégrés à la société. La discrimination et le racisme de la part des prestataires de soins de santé ne peuvent qu'ajouter aux obstacles culturels et linguistiques.

Tant le pays hôte lui-même que les femmes migrantes tireront profit d'une amélioration de l'accès à l'information et aux services de santé procréatrice - notamment aux services pour femmes enceintes et à la prévention et au traitement du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles. Toutefois, les migrantes viennent souvent de pays où la mauvaise santé est l'état normal. Beaucoup sont mal informées des questions de santé et, en général, plus pauvres et moins instruites que les femmes du pays. L'état de santé peut être encore compromis davantage par la tension qu'impose l'adaptation à un nouveau pays et/ou la violence et l'exploitation sexuelles.

Les problèmes liés à la grossesse constituent pour les femmes migrantes une difficulté majeure dans tous les pays de l'UE, où les études conduites ont établi qu'elles reçoivent des soins prénatals inadéquats, si même elles en reçoivent, et qu'elles enregistrent des taux plus élevés de mortinatalité et de mortalité infantile(134). Une étude menée au Royaume-Uni a établi que l'exclusion sociale et la non-appartenance à la race blanche comptaient parmi les principaux signes annonciateurs d'un taux élevé de morbidité maternelle(135). D'autres recherches faites dans le même pays ont révélé que les bébés de mères asiatiques pesaient moins à la naissance et que les taux de mortalité périnatale et postnatale étaient plus élevés parmi les immigrantes des Caraïbes et du Pakistan que dans l'ensemble de la population(136). Des études menées dans les hôpitaux montrent aussi que les Africaines qui accouchent en France et en Allemagne avaient des taux plus élevés de complications de la grossesse et de mortalité périnatale que les femmes de ces deux pays(137). Les immigrantes turques en Allemagne avaient elles aussi des taux plus élevés de mortalité périnatale et néonatale, et les taux de mortalité maternelle étaient en général plus élevés pour l'ensemble des migrantes(138). En Espagne, les accouchements avant terme, l'insuffisance pondérale des nouveau-nés et les complications de l'accouchement sont particulièrement fréquents parmi les migrantes venues d'Afrique et d'Amérique centrale et du Sud(139).

Les femmes migrantes ont souvent une incidence plus élevée de grossesses non planifiées en raison d'un médiocre accès à l'information sur les contraceptifs et les moyens de les obtenir. Les recherches menées en Amérique latine montrent que les femmes migrantes ont un plus grand nombre de grossesses non désirées, utilisent moins les contraceptifs et recourent généralement moins souvent aux services de santé procréatrice que les femmes du pays(140). Il en va de même dans l'ensemble de l'Europe occidentale(141). En Allemagne, les chercheurs attribuent le faible recours aux contraceptifs au fait que les programmes s'adressent à des germanophones et que les migrantes viennent souvent de pays où il n'existe simplement pas d'information sur la planification familiale(142). Les pressions socioculturelles peuvent aussi empêcher les migrantes d'avoir accès aux services par crainte que des membres de leur famille ne le découvrent.

Le pouvoir limité des femmes migrantes de prendre des décisions et le manque d'accès à des services de planification familiale de bonne qualité expliquent pourquoi elles enregistrent des taux d'avortement plus élevés. En Espagne, les demandes d'avortement présentées par des femmes migrantes - surtout celles venues d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne - sont à peu près deux fois plus nombreuses(143). En Norvège, les femmes non occidentales représentent plus d'un quart des demandes d'avortement - alors qu'elles ne dépassent pas 15 % de la population(144). Dans l'une des régions d'Italie, une étude a établi que les femmes d'origine étrangère subissaient un avortement provoqué en moyenne trois fois plus souvent que les femmes du pays(145).

DES SOINS SENSIBLES AUX VALEURS CULTURELLES

Les facteurs socioculturels peuvent influer sur l'état de santé procréatrice des migrantes, notamment sur l'issue de la grossesse et de l'accouchement et sur l'accès aux services de planification familiale. Les femmes issues de milieux traditionnels éprouvent souvent de l'embarras en présence de personnel médical masculin - source de problèmes quand elles s'adressent aux services de santé procréatrice et obstétricale(146). Au Danemark, les études montrent que la mauvaise communication entre migrantes et prestataires de soins de santé, à quoi s'ajoute le recours insuffisant à des interprètes qualifiés, est une cause essentielle de la mauvaise qualité des soins gynécologiques ou du retard avec lequel ils sont donnés(147). En Suède, une étude a établi que les migrantes jeunes, célibataires et déjà mères de famille tendaient plus que les autres à s'inscrire tard (au-delà de la quinzième semaine de grossesse) dans les centres de soins prénatals. La conclusion tirée de cette observation est qu'il serait possible d'améliorer les soins en formant le personnel à traiter des patientes d'une autre culture et en fournissant les services d'interprètes(148). À São Paulo, les médecins signalent que les taux de mortalité maternelle et infantile sont beaucoup plus élevés - pour la mortalité infantile, de trois à quatre fois - parmi les migrantes boliviennes que parmi les femmes brésiliennes. Les migrantes refusent souvent une césarienne - qui leur sauverait la vie en cas d'arrêt de l'accouchement - parce que dans certaines cultures autochtones elle implique une perte de la féminité qui risque d'inciter le mari à déserter sa conjointe(149). Le Département municipal de la santé réagit à cette situation en s'efforçant d'améliorer son programme, notamment en s'adressant dans leur langue aux femmes quechua et aymara.

Néanmoins, malgré les risques et obstacles accrus de l'accès aux soins de santé, la découverte de nouvelles normes en matière de maternité et de droit des femmes à prendre leurs décisions peut faire accéder les femmes migrantes à l'autonomie. De fait, en certains cas, elles ont accès pour la toute première fois à l'information et aux services de santé procréatrice (voir encadré 10).




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ASSUMER LE CONTROLE DE LEUR CORPS : MIGRATION ET CONTRACEPTION

Beaucoup de femmes migrantes saisissent l'occasion d'avoir accès aux services de planification familiale avec une ardeur qui en dit long sur leur situation relativement défavorisée dans les pays d'origine. En Belgique, par exemple (mais dans plusieurs autres pays également), la proportion des femmes migrantes qui recourent aux contraceptifs est plus élevée que celle des femmes de leur pays d'origine - les méthodes modernes remplaçant les méthodes traditionnelles. Ce fait est confirmé par une étude qui établit que 79 et 71 %, respectivement, des migrantes turques et marocaines mariées âgées de 24 à 29 ans recouraient à la contraception, contre 44 % et 35 % seulement dans leurs pays d'origine(1).

Une étude de 2001 sur les Maliennes vivant à Paris a établi que le taux de recours à la planification familiale dans ce groupe (70 %) était presque aussi élevé que parmi les Françaises, en contraste frappant avec la situation au Mali, où ce taux restait de 6 % seulement. Soixante pour cent de ces Maliennes ont déclaré avoir entendu parler pour la première fois de la contraception en France. En outre, 60 % environ ont déclaré utiliser les contraceptifs malgré l'opposition de leurs maris.(2)


DONNER DE L'ESPOIR, DISPENSER DES SOINS

De plus en plus de pays s'efforcent d'améliorer la santé procréatrice des femmes migrantes. Dans une étude conduite parmi les migrants du Myanmar dans deux provinces de Thaïlande après le tsunami de 2004, les chercheurs ont découvert qu'une mère sur quatre avait donné naissance sans l'aide d'une accoucheuse qualifiée, que 55 % de tous les nourrissons n'avaient pas été immunisés et que la moitié seulement de toutes les femmes mariées recouraient à la contraception. L'enquête a également établi que jusqu'à 50 % de tous les adultes interviewés ne savaient absolument rien du VIH, en dépit de la proportion relativement élevée (30 %) d'hommes célibataires qui ont déclaré avoir des rapports avec des travailleuses de l'industrie du sexe sans utiliser régulièrement un préservatif. En conséquence, l'ONG World Vision, soutenue par l'UNFPA, a récemment élargi un programme destiné aux communautés migrantes. Le personnel affecté au projet a déjà mis en service des dispensaires mobiles, lancé une campagne d'éducation sanitaire et recruté un personnel médical parlant le birman(150).

Au long des années, l'Australie, le Canada et la Suède ont mis au point des politiques à large assise qui visent à aplanir les obstacles culturels et linguistiques, non seulement en appliquant des mesures de formation et recrutement des prestataires de soins propres à les sensibiliser aux valeurs culturelles, mais aussi en promouvant l'intégration sociale et politique des migrants et des réfugiés. Cette approche s'avère efficace : dans ces trois pays, les études ont montré que l'issue des grossesses n'était pas plus mauvaise chez les migrantes que chez les femmes du pays(151).




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BLOQUEES DANS UN PAYS DE TRANSIT, LES TRAVAILLEUSES DE L'INDUSTRIE DU SEXE ET LES JEUNES TROUVENT ESPERANCE ET APPUI

La petite ville frontière de Tecún Uman, située au Guatemala à proximité de la frontière mexicaine, attire de nombreux migrants. Dans cette "petite Tijuana", l'industrie du sexe, l'alcoolisme, la délinquance et le trafic de drogues ont proliféré aussi vite que sa population de migrants - qui a doublé au cours de la dernière décennie le chiffre de 32 000 habitants que comptait d'abord la ville. Près de la moitié ont moins de 24 ans et viennent surtout d'Amérique centrale et du Sud et d'Asie. La plupart essaient de passer aux États-Unis ou viennent d'être expulsés du Mexique après une nouvelle tentative infructueuse.

En 2002, une recherche conduite par le Ministère de la santé et des services sociaux a établi un taux de prévalence du VIH de 3,13 % parmi les travailleuses de l'industrie du sexe, pour la plupart des jeunes femmes. Beaucoup avaient d'abord l'intention d'émigrer, mais ont été bloquées ici sans aucun moyen de gagner de l'argent, sinon en vendant des faveurs sexuelles. La violence est si répandue que les jeunes femmes sont souvent contraintes d'échanger des faveurs sexuelles contre une protection.

"J'ai très peur, mais je suis obligée de voyager à cause de mon enfant et cela m'aide de le savoir. Avant tout, ma famille entière a besoin de beaucoup d'aide."

- Une Salvadorienne de 21 ans, qui essaie de traverser la frontière pour la première fois.

"Je n'ai pas d'argent, la petite somme que j'avais apportée avec moi, on me l'a volée; on m'a attaquée et on a pris mon argent et mes papiers."

- Une Hondurienne de 24 ans, qui essaie de traverser la frontière pour la deuxième fois.

Inquiet de constater que les femmes migrantes étaient de plus en plus vulnérables au virus et convaincu de la nécessité de prendre des mesures préventives parmi la population locale, l'UNFPA a agi en partenariat avec l'ONG EDUCAVIDA et La Casa del Migrante, gérée par un ordre catholique, dans le cadre d'une initiative financée par l'OPEP. La Casa del Migrante offre un abri pour trois jours tandis que les migrants attendent des fonds afin de poursuivre leur voyage vers le Nord. Cela donne à des agents externes la possibilité de faire prendre conscience à ces migrants du VIH/sida. D'août à décembre 2005, 32 597 migrant(e)s (dont 2 484 travailleurs de l'industrie du sexe) ont franchi les portes de La Casa. Les services offerts sont les suivants : séances d'éducation sur la prévention du VIH, dépistage et accompagnement psychologique (VCT), distribution de préservatifs, traitement des IST et soins médicaux - notamment pour les femmes enceintes. Les activités de prévention atteignent aussi la population locale, les chefs communautaires et les organisations locales prenant désormais la tête de la lutte contre le VIH/sida1.


LES FEMMES MIGRANTES ET LE VIH

Les données sur les taux de séropositivité parmi les femmes migrantes sont rares. La "féminisation" alarmante de la pandémie, toutefois, est bien attestée et montre éloquemment ce qui arrive si l'on ignore massivement les droits des femmes.

Des facteurs physiologiques, sociaux et culturels font que femmes et filles courent des risques particulièrement élevés de contracter le VIH et d'autres IST tout au long du processus de migration. Les femmes migrantes dépourvues de documents qui restent bloquées dans des pays de transit avant d'atteindre la destination prévue, et qui ne sont pas en mesure de travailler, peuvent être contraintes de survivre en échangeant des faveurs sexuelles contre des articles de base ou des aliments. Cette situation aggrave le risque d'infection(152).

Les violences sexuelles les rendent encore plus vulnérables. Une étude menée en Afrique du Sud a établi que les travailleuses agricoles migrantes venues du Mozambique et du Zimbabwe étaient particulièrement exposées à l'infection par le VIH quand elles en subissent. Environ 15 % des femmes interrogées ont déclaré avoir été violées ou connaître une autre femme qui avait été violée ou victime de harcèlement sexuel alors qu'elle travaillait sur une exploitation. La plupart craignaient trop de perdre leur emploi pour dénoncer la violence subie. Selon ces femmes, les coupables étaient surtout des Zimbabwéens(153).

La vulnérabilité des femmes migrantes est confirmée par diverses sombres statistiques. Selon ONUSIDA, en France, 69 % de tous les diagnostics de séropositivité attribuée à un rapport hétérosexuel en 2003 concernaient des immigrants, dont 65 % de femmes(154). Au Costa Rica, une organisation a établi que 40 % des femmes traitées pour infection sexuellement transmissible étaient des migrantes(155). À Sri Lanka, le Gouvernement a communiqué que, parmi les migrants, pour chaque homme reconnu séropositif en 2002, on comptait sept femmes dans le même cas. Bien que les causes de cette énorme disparité n'aient pas été établies, les chercheurs croient que les violences sexuelles exercées par les employeurs et l'exploitation subie dans les prétendus "refuges" pour employées de maison pourraient être des facteurs(156). Pour limiter au minimum les risques d'infection, le gouvernement (avec le soutien d'ONUSIDA et de l'OMS) a organisé à l'intention des femmes migrantes, avant leur départ, des sessions d'orientation où elles seront informées du risque de contracter le VIH/sida(157).

La migration saisonnière et circulaire, qui est celle des personnes quittant leur foyer et y revenant, peut aussi contribuer à la transmission du VIH(158). Une étude conduite au Sénégal a révélé que les migrants ont des rapports sexuels non protégés durant leur séjour à l'étranger, puis infectent leurs épouses à leur retour. Les femmes qui ne reçoivent pas un appui suffisant de leur mari migrant échangent des faveurs sexuelles pour survivre tandis qu'ils sont à l'étranger(159).

Quand les migrants deviennent séropositifs, les rapatriements de salaires cessent souvent - soit parce qu'ils perdent leur emploi, soit parce qu'ils doivent dépenser une plus grande part de leur revenu en soins de santé. Selon ONUSIDA, les femmes peuvent alors vendre des faveurs sexuelles ou bien émigreront elles-mêmes afin de compenser les rapatriements de salaires désormais amoindris ou inexistants et de pourvoir aux besoins de la famille(160). Le Botswana, pays où le taux de prévalence du VIH est l'un des plus élevés du monde (33,5 %), assiste actuellement à une diminution des rapatriements de salaires due au fait que les maris souffrent du sida. Des femmes, souvent plus âgées, assument alors la charge des enfants orphelins(161).



La violence sexiste n’est pas seulement une violation des droits humains; elle menace aussi la santé, la productivité et l’intégration économique et sociale dans la société hôte.



VIOLENCE CONTRE LES FEMMES ET PRATIQUES NUISIBLES

La violence sexiste est la manifestation ultime de l'inégalité des rapports entre hommes et femmes. Du fait de leur condition de femmes et d'étrangères (sans parler de la race et de l'appartenance ethnique), les migrantes affrontent des risques disproportionnés de sévices et de violence au foyer, sur la voie publique et au lieu de travail. Le problème a une telle ampleur que le Secrétaire général de l'ONU publie maintenant des rapports qui y sont exclusivement consacrés(162).

La violence sexiste n'est pas seulement une violation des droits humains; elle menace aussi la santé, la productivité et l'intégration économique et sociale dans la société hôte. Certaines femmes migrantes viennent en outre de cultures qui conservent des pratiques nuisibles telles que la mutilation/coupure génitale féminine, les mariages forcés et les prétendus "crimes d'honneur".

Si les données sur la violence contre les femmes migrantes sont extrêmement rares, des études plus limitées indiquent une incidence élevée de voies de fait (voir aussi chapitre 3). Au Mexique, une étude récente a révélé que 46 % des femmes migrantes avaient subi une forme quelconque de violence, 23 % d'entre elles signalant qu'elles avaient été victimes surtout du personnel douanier; 10 %, de la police fédérale; 10 %, de la police judiciaire et municipale; et enfin 6 %, des forces armées(163). Selon le Bureau sri lankais de l'emploi, en 2001, plus de 1 600 femmes ont signalé avoir été victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail à l'étranger(164).

QUAND C'EST AU FOYER QUE L'ON VOUS FAIT DU MAL

La violence familiale ne connaît pas de frontières. Elle pénètre toutes les sociétés, groupes humains et niveaux de revenu dans le monde entier : la proportion des femmes victimes de la violence familiale va de 10 % dans certains pays à 69 % dans d'autres(165). La tension liée à l'arrivée dans un nouvel environnement, le chômage, l'insuffisance des salaires et le racisme peuvent engendrer une frustration qui se décharge dans les actes de violence à l'encontre du partenaire féminin(166).

Une enquête a établi que 31 % des femmes migrantes d'Amérique latine victimes de sévices ont déclaré que leurs partenaires étaient devenus plus violents depuis l'arrivée aux États-Unis et 9 %, qu'ils ne l'étaient pas du tout avant la migration(167). Les études indiquent que la violence familiale parmi les groupes d'immigrants est sensiblement plus élevée que le taux estimatif de 22,1 %, qui correspond à toute la durée de la vie, dans l'ensemble de la population américaine(168). Les taux de violence sexuelle et physique exercée contre les femmes migrantes sur lesquelles a porté l'enquête variaient de 30 à 50 % parmi les groupes venus d'Amérique latine, d'Asie du Sud et de Corée(169). Une étude menée à Boston sur les femmes venues d'Asie du Sud, de classe moyenne et de niveau d'éducation élevé, a révélé que près de 35 % avaient subi des violences physiques et 19 % des violences sexuelles de la part de leur partenaire masculin(170). D'après un rapport du Département de la santé de New York City, 51 % des assassinats de femmes par leur partenaire concernaient des femmes nées à l'étranger, contre 45 % pour la population locale(171). En Allemagne, une étude gouvernementale a établi que 49 % des femmes turques mariées avaient été victimes de violence physique ou sexuelle(172).

Les femmes migrantes qui viennent de sociétés où la violence familiale est largement acceptée comme un aspect "normal" des relations entre les sexes ne cherchent généralement pas aide auprès de la police ni accès à d'autres services - surtout si elles craignent d'être expulsées ou de subir des représailles de la part de l'auteur des violences. Selon les données sur la violence familiale recueillies en Colombie, au Nicaragua et au Pérou, les femmes migrantes cherchent moins souvent l'assistance de la police et des centres de santé que les femmes nées dans le pays. Et aucune des femmes ayant dénoncé les violences subies n'a recherché une aide médicale quelconque(173). De même, au Canada, une enquête représentative au niveau national a établi que les femmes migrantes et les femmes "appartenant visiblement à une minorité" (dont 68 % sont des migrantes) qui dénonçaient des violences recherchaient moins souvent une aide que le reste de la population(174). D'autres facteurs, comme l'isolement culturel, linguistique et social, rendent moins probable que les femmes migrantes rechercheront une assistance même là où une protection sociale et des recours juridiques sont en place. C'est particulièrement le cas quand elles ne sont pas informées de leurs droits. Une recherche conduite aux États-Unis montre que les femmes migrantes demeurent en général plus longtemps avec des partenaires violents que les Américaines et qu'elles subissent donc des effets plus graves sur les plans physique et affectif(175).

Les mères de famille qui émigrent en tant que personne à la charge de leur mari sont souvent injustement forcées de choisir entre leur sécurité personnelle et la préservation de leur statut légal. Les États-Unis ont amendé leur législation, permettant aux femmes migrantes victimes de la violence familiale de préserver leur statut légal indépendamment de leur partenaire(176). La Suède permet aussi aux femmes migrantes victimes de violences exercées par un partenaire suédois d'obtenir un permis de résidence permanent. En 2003, 99 % des demandes de résidence permanente reçues de victimes de la violence familiale ont été approuvées(177).

L'Azerbaïdjan, le Belize, El Salvador, l'Indonésie et la Jamaïque déclarent former actuellement des représentants du gouvernement, officiers de police, travailleurs sociaux, chefs de communauté et diverses catégories de professionnels à traiter plus efficacement le problème de la violence contre les travailleuses migrantes(178). Dans les pays qui accueillent un grand nombre de migrants, des ONG s'efforcent aussi de répondre aux divers besoins des femmes qui souffrent de la violence familiale. Un exemple en est MOSAIC, organisation de Vancouver, qui agit de concert avec des hommes et des femmes pour prévenir les actes de violence et répondre aux besoins mentaux, physiques et psychologiques des femmes qui en sont victimes. Cette organisation offre aussi des séances en petits groupes conduites en hindi, pendjabi, urdu et anglais à l'intention de migrants indiens et pakistanais, pour les aider à assumer la responsabilité de leur comportement violent et à y mettre fin(179).



Les mères de famille qui émigrent en tant que personne à la charge de leur mari sont souvent injustement forcées de choisir entre leur sécurité personnelle et la préservation de leur statut légal.



LA MUTILATION/COUPURE GENITALE FEMININE

Environ deux millions de femmes et de filles sont exposées chaque année à subir la mutilation/coupure génitale féminine (M/CGF) - pratique traditionnelle qui consiste en l'ablation partielle ou totale des parties génitales externes. A partir de 28 pays d'Afrique ou d'Asie du Sud et du Moyen-Orient, la pratique s'est répandue par la migration en Europe, en Amérique du Nord et du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande(180). Au Royaume-Uni seulement, les chercheurs estiment qu'environ 3 000 à 4 000 filles sont "coupées" chaque année. En outre, 86 000 femmes et filles migrantes de la première génération ont déjà subi cette ablation(181). Selon le recensement conduit aux États-Unis en 2000, 881 300 migrants africains viennent de pays où la M/CGF est couramment pratiquée. Ce chiffre ne comprend pas les réfugiés et les demandeurs d'asile (soit au total environ 50 000 personnes en 2000), dont beaucoup viennent d'Érythrée, d'Éthiopie, de Somalie et du Soudan, pays où la prévalence de la M/CGF est parmi les plus élevées du monde(182). La mutilation/coupure génitale féminine est une question de droits humains, car elle peut causer des problèmes de santé physique et mentale à court et à long terme, notamment des risques plus élevés de complications de l'accouchement et de mortalité infantile(183).

Dans les pays qui reçoivent des migrants venus des pays où la M/CGF est pratiquée, les dirigeants se heurtent à la difficulté de définir des approches destinées à mettre fin à la pratique, mais en même temps sensibles aux valeurs culturelles. Au moins 11 pays industrialisés ont déjà adopté une législation interdisant la M/CGF(184). De nombreuses organisations, comme la British Medical Association, le système de santé danois et les écoles de sages-femmes du même pays s'efforcent de garantir que les prestataires de soins soient bien formés à prendre en charge les femmes qui ont été victimes de cette pratique(185). L'Allemagne, la Belgique et la Suède ont aussi mis au point des directives médicales(186). Des ONG agissent auprès des femmes migrantes et de leurs communautés pour défendre le droit à l'intégrité corporelle. Aux États-Unis, le Sauti Yetu Center pour les femmes africaines adopte actuellement une approche globale, qui comprend une formation aux rapports avec d'autres cultures, destinée aux prestataires de services et crée un centre donnant des informations sur la pratique dans les pays occidentaux(187).

DES CRIMES "D'HONNEUR" DESHONORANTS

Les crimes commis au nom de l'"honneur" et de la "passion" sont des pratiques sanctionnées par la société qui autorisent un homme à tuer, violer ou exercer d'autres violences sur une parente ou une partenaire pour un comportement "immoral", qu'il soit soupçonné ou effectif - c'est-à-dire un comportement socialement défini comme source de "honte" pour la famille ou défi à l'autorité masculine.

En 2000, dans les premières résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies expressément consacrées au problème, les pays du monde entier ont réaffirmé que les crimes commis au nom de l'honneur et de la passion sont des violations flagrantes des droits humains et réaffirmé leur détermination - telle qu'inscrite dans les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme - d'y mettre fin(188). En 2003, l'Assemblée parlementaire européenne a adopté une résolution demandant à tous les États membres de l'UE d'amender leur législation nationale en matière d'asile et d'immigration, de manière à garantir que les femmes obtiendront le droit à des permis de résidence et/ou à l'asile si elles sont menacées par des "crimes d'honneur". Cette résolution appelle aussi les Etats membres de l'UE, entre autres choses, à imposer plus efficacement la législation qui criminalise tous les crimes commis au nom de l'honneur(189).

Au Royaume-Uni, la police réexamine le dossier de 117 meurtres pour déterminer combien ont été commis au nom de l'honneur(190). Et la Suède a mis en place un système qui prévoit notamment d'agir sur les problèmes de prévention et de protection par l'entremise du secteur éducatif, des pouvoirs publics et des ONG, ainsi qu'au moyen de séances d'orientation à l'intention des migrants. Les rapports du Conseil d'administration des comtés ont établi que 200 filles au moins dans chacun de trois comtés avaient, durant l'année 2001, pris contact avec les services sociaux, d'autres autorités ou des ONG pour les aider à échapper à une violence exercée au nom de l'honneur(191).

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Les gouvernements, les parlementaires, les organisations de la société civile, les médias et le système des Nations Unies portent de plus en plus d'attention aux implications sociales, culturelles, économiques et politiques de la migration internationale des femmes. Un ensemble croissant de données et de recherches - bien qu'encore limitées - permet de saisir l'ampleur de la contribution que les femmes migrantes pourraient apporter, par des voies encore mal comprises, au développement économique et social et à l'égalité des sexes. Les migrantes affrontent de sérieux risques et obstacles susceptibles d'avoir de graves répercussions pour elles et, dans les cas les plus extrêmes, de menacer leur vie même. Mais il ne faut pas que l'expérience de la migration soit remplie de dangers quand elle s'est avérée si positive pour des millions et des millions de femmes. Les risques et les défis peuvent être surmontés par des mesures plus énergiques visant à faire accéder les femmes migrantes à l'autonomie et à protéger leurs droits humains. D'autres risques sont inhérents à l'expérience même de la migration et appellent une compréhension sociale et culturelle plus complète, ainsi qu'une évolution des normes qui régissent les rôles masculins et féminins. On peut chercher des solutions, et on les cherche effectivement de plus en plus, dans un cadre des droits humains sensible aux valeurs culturelles. Bien qu'ils soient encore à leurs débuts et de portée insuffisante, ces efforts font entrevoir comment il est possible d'améliorer le processus de migration au bénéfice des femmes, de leurs enfants, de leur famille et de la communauté mondiale.



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