Introduction Introduction Chapitre 5 Chapitre 5
Chapitre 1 Chapitre 1 Notes for Indicators Notes
Chapitre 2 Chapitre 2 Notes for quotations Sources des citations
Chapitre 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapitre 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
 
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Chapter 1 Le bien, le mal, la promesse : La migration au XXIe siècle

Un monde en mouvement

Des chances inégales sur une planète en voie de mondialisation

Entre le marteau et l'enclume : la migration non réglementée

La migration forcée : réfugiés et demandeurs d'asile

Mobiliser l'espoir : migration internationale, rapatriements de salaires et développement

Fardeau ou aubaine ? L'impact sur les pays d'accueil

La santé des migrants

Au-delà de la différence : accepter la diversité

Des chances inégales sur une planète en voie de mondialisation

L'interdépendance croissante entre les pays, conjuguant ses effets avec l'élargissement des inégalités, conduira probablement à une nouvelle intensification des mouvements de population internationaux. À l'heure où le monde entier s'arrache les compétences(15) , les pays développés puisent sans cesse davantage dans un réservoir plus abondant de main-d'ouvre extrêmement mobile(16) . En même temps, si leurs économies doivent continuer à grandir, les pays développés auront besoin de davantage de migrants pour faire des travaux mal rémunérés dont leurs citoyens n'ont pas la capacité ou la volonté de se charger - notamment aux faibles rémunérations et dans les mauvaises conditions de travail offertes.

Ces emplois - sales, difficiles, avilissants et dangereux(17) - sont le ramassage des ordures, le nettoyage des rues, la construction, l'extraction des minerais, la prostitution et d'autres encore(18). D'autres occupations, que la main-d'ouvre locale évite ou non selon les cas, sont saisonnières et exigent un complément de travailleurs étrangers(19). À l'autre bout de l'échelle, la demande de professionnels hautement qualifiés augmente également pour les emplois technologiques, scientifiques, de gestion ou d'administration(20). La plupart des pays riches sont ouverts aux immigrants pourvus de hautes compétences et encouragent en fait leur venue, mais ils ont une attitude ambiguë ou négative s'agissant de couvrir leurs besoins au bas de l'échelle.

NI LES PLUS PAUVRES, NI LES MOINS EDUQUES

Les migrants possèdent généralement certains traits démographiques et socioéconomiques quant à l'âge, au sexe, à l'éducation, à la catégorie professionnelle ou à l'acceptation des risques. Ces facteurs les différencient du reste de la population dans leurs communautés d'origine(21). Deux tendances se dégagent : dans les pays d'accueil, la demande de main-d'ouvre aux deux extrémités de l'éventail des occupations (c'est-à-dire, celle d'individus hautement ou très peu qualifiés)(22) et, malgré la rareté des données ventilées par âge, le fait que dans une importante proportion les migrants sont âgés de 15 à 30 ans(23). La sélection des migrants, à son tour, a un impact direct sur l'identité des bénéficiaires et sur la nature des avantages qu'ils recevront, dans les communautés tant d'origine que de destination.

On croit très souvent que la plupart des migrants viennent des groupes de population les plus pauvres. Ce n'est pas exact(24). En fait, les migrants ont en général reçu une meilleure éducation que ceux qu'ils laissent derrière eux(25). La très grande majorité des individus qui cherchent à gagner les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par exemple, possèdent une instruction secondaire ou supérieure(26). Sauf dans le cas des mouvements transfrontaliers à faible distance (du Mexique et de l'Amérique centrale aux États-Unis, ou de la Turquie en Europe occidentale), les migrants ont généralement besoin d'avoir accès à une information et à des fonds (jusqu'à 60 000 dollars É-U pour les migrants chinois(27)) afin de traverser les frontières - légalement ou illégalement.

L'EXODE, LE GASPILLAGE ET L'ACQUISITION DE CERVEAUX

La demande de travailleurs qualifiés peut conduire à l'émigration d'un nombre considérable de travailleurs qualifiés de leur pays d'origine. Ce fait donne lieu à l'un des principaux débats entourant la migration internationale et peut représenter une perte sensible pour les pays en développement. Ceux-ci dépensent des ressources considérables à former des professionnels hautement qualifiés : quand ils s'en vont, le pays d'origine perd à la fois les compétences du migrant et son investissement initial.

La préoccupation consécutive à cet épuisement des compétences n'est pas chose nouvelle, mais la concurrence mondiale pousse les pays à recruter davantage de travailleurs migrants hautement qualifiés afin de préserver et d'augmenter leur avantage économique sur les pays rivaux. De ce fait, les chercheurs estiment que d'un tiers à la moitié des scientifiques et techniciens du monde en développement vivent aujourd'hui dans le monde développé(28). Toutefois, une étude de la Banque mondiale aboutit à la conclusion que dans 22 des 33 pays où il est possible d'évaluer les données relatives au niveau d'éducation, moins de 10 % de ceux qui ont reçu une éducation postsecondaire dans les pays exportateurs de main-d'ouvre ont émigré(29).

Ce qui est un don du ciel pour le monde développé peut avoir un effet catastrophique pour les pays pauvres. L'effet de l'"exode des cerveaux" n'est peut-être nulle part plus sensible que dans les systèmes de santé déjà fragile des pays en développement(30). Alors que l'Afrique subsaharienne est en train de vaciller sous le fardeau le plus lourd d'une maladie infectieuse (25 % du total mondial des cas), elle ne garde que 1,3 % seulement des prestataires de soins de santé dans le monde (voir figure 3)(31). Dans certains pays, le capital d'infirmières et de médecins a été sérieusement entamé(32). Cela s'explique en partie par les politiques de recrutement agressives qu'appliquent les pays développés soucieux de remédier aux pénuries de personnel qualifié dans leurs propres services de santé(33).

De récentes enquêtes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) montrent que l'intention de migrer est particulièrement forte parmi le personnel sanitaire des régions les plus durement frappées par le VIH/sida - 68 % au Zimbabwe et 26 % en Ouganda(34). La Commission mondiale sur les migrations internationales (GCIM) signale qu'il y a actuellement plus de docteurs malawiens dans la ville de Manchester, au nord de l'Angleterre, que dans tout le Malawi. Sur les 600 médecins formés depuis l'indépendance en Zambie, 50 seulement y exercent encore leur profession(35).

Ce genre de situations, si préoccupantes qu'elles soient, n'entre pas seul en considération. Certains chercheurs soutiennent que pour que l'exode des cerveaux soit nuisible, deux conditions doivent être réunies : la perte d'une forte proportion de la population instruite du pays, et des conséquences économiques négatives. Les chercheurs observent que les petits pays les moins avancés, notamment en Afrique et dans les Caraïbes, sont les plus exposés à souffrir des effets de l'exode des cerveaux(36). Par exemple, en 2000, plus de 70 % des ressortissants les plus instruits du Guyana, de Haïti, de la Jamaïque et de la Trinité-et-Tobago vivaient dans les pays de l'OCDE(37).

Il faut aussi considérer à part les impacts directs et indirects (effets de rétroaction) afin de juger l'effet d'ensemble de l'émigration. Les impacts économiques directs sont vraisemblablement négatifs : la perte de capital humain et le moindre niveau d'éducation de la population restante peuvent retarder la croissance économique et bloquer les activités de lutte contre la pauvreté. Pourtant, il faut aussi identifier plusieurs impacts positifs indirects(38). De fait, la Banque mondiale maintient que, si les pays en développement sont de plus en plus préoccupés par l'"exode des cerveaux", les pertes peuvent être plus que compensées par les rapatriements de salaires et l'augmentation des échanges et de l'investissement(39). En termes plus simples, le revenu représenté par les rapatriements de salaires peut stimuler la consommation dans le pays d'origine et être investi dans les entreprises.



Figure 2: The 20 countries or areas with the highest numbers of international migrants, 2005

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Source: UN Poplation Division. "Trends in Total Migrant Stock: The 2005 Revision"
(POP/DB/IG/Rev.2005/DOC), p.11.



ARRETER OU NE PAS ARRETER L'EXODE DES CERVEAUX

Les recherches déjà menées ne conduisent pas à une conclusion simple : il n'est possible de déterminer les avantages qu'en fonction de chaque cas spécifique(40). En outre, quand des individus hautement qualifiés n'ont pas la possibilité d'exercer leur profession dans leur pays, ni eux-mêmes ni leur pays n'en tirent profit et le résultat net risque d'être un "gaspillage des cerveaux" (41).

Considérée dans son ensemble, l'idée de l'"exode des cerveaux" ne révèle qu'une partie de la vérité concernant l'impact général de la migration sur une économie ou une société. En conséquence, la réaction intuitive - arrêter l'exode - sera probablement inefficace. Les recherches récentes recommandent l'idée d'un "exode des cerveaux optimal" - c'est-à-dire que le départ d'un plus grand nombre de migrants qualifiés peut en fait, dans certains cas, bénéficier aux pays d'origine(42). Les enseignements suggérés par une analyse du cas de Taiwan, Province de Chine (où l'exode des cerveaux s'est finalement converti en un gain), sont les suivants : subventionner l'éducation seulement jusqu'au point requis effectivement par l'économie nationale; utiliser la migration en tant que "réserve de cerveaux" capable de fournir des conseils et des compétences à leur retour; prêter appui à la constitution de réseaux au sein de la diaspora et au recrutement; et constituer une masse critique de rapatriés(43).

Il y a aussi des raisons pratiques pour lesquelles les tentatives de restreindre la mobilité risquent de ne pas donner de résultats. De nombreux migrants trouveront des moyens de contourner les interdictions de les recruter. En outre, les politiques qui ont visé à freiner la migration ont toujours connu un succès fort limité. Restreindre la mobilité à partir de pays déterminés pourrait aussi avoir pour effet d'entraver le développement. En fait, les politiques qui ont le plus de chances d'être efficaces sont celles qui acceptent les tendances existantes au lieu de chercher à les inverser(44). L'Organisation internationale pour les migrations (OIM)(45), la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC)(46) et la Commission mondiale appuient toutes ce point de vue(47).



Figure 3: Africa's Health-care Crisis

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Source: World Health Organization. 2004. "Addressing Africa's Health Workforce Crisis: An Avenue of Action." Paper prepared for the High-Level Forum on MDG's, Abuja.




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