Introduction Introduction Chapitre 5 Chapitre 5
Chapitre 1 Chapitre 1 Notes for Indicators Notes
Chapitre 2 Chapitre 2 Notes for quotations Sources des citations
Chapitre 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapitre 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
 
CHAPITRE 1 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 Le bien, le mal, la promesse : La migration au XXIe siècle

Un monde en mouvement

Des chances inégales sur une planète en voie de mondialisation

Entre le marteau et l'enclume : la migration non réglementée

La migration forcée : réfugiés et demandeurs d'asile

Mobiliser l'espoir : migration internationale, rapatriements de salaires et développement

Fardeau ou aubaine ? L'impact sur les pays d'accueil

La santé des migrants

Au-delà de la différence : accepter la diversité

La santé des migrants

Au début du moins, les migrants sont souvent en meilleure santé que la population d'âge et de condition comparables dans les pays tant de départ que d'accueil. Il en est ainsi parce que la bonne santé constitue un avantage : avant d'être admis dans un pays, les migrants sont souvent tenus de passer un examen médical. Pour les migrants dépourvus de documents qui entreprennent des voyages épuisants et dangereux, la bonne santé est un atout(111). Mais les migrants peuvent finir par échapper à tout contrôle sanitaire, surtout s'ils sont dépourvus de documents, incapables d'acquitter le prix de soins médicaux et/ou s'ils craignent d'être expulsés. Un environnement de travail dangereux, un logement médiocre, l'exploitation par les employeurs et un accès inadéquat aux soins de santé constituent le lot de nombreux migrants(112).

Les migrants - surtout ceux qui sont en situation irrégulière - affrontent des conditions qui peuvent les rendre plus vulnérables aux maladies infectieuses et à la mauvaise santé. De fait, l'OIM appelle l'attention sur un certain nombre d'études qui montrent que les immigrants ont des taux plus élevés de mortalité infantile et de malformation congénitale. Dans certains pays, les femmes appartenant à la première ou deuxième génération d'immigrants ont des taux plus élevés de morbidité chronique(113). Il est particulièrement difficile à beaucoup de femmes d'obtenir des soins de santé procréatrice (voir chapitre 2). Cependant, l'état sanitaire est déterminé par bien des facteurs, et le résultat final est aussi divers que l'histoire et la situation générale de chaque migrant. Pour d'autres encore, le départ du pays d'origine peut donner accès à de meilleurs services d'éducation et de santé. Quoiqu'il en soit, les migrants possédant éducation et compétences font généralement une expérience moins pénible de la migration.

Plusieurs raisons connexes expliquent que certains groupes de migrants affrontent des risques sanitaires accrus. D'abord, comme le note l'OMS, la pauvreté est le déterminant crucial de l'état de santé : ce sont les plus pauvres qui ont généralement le plus mauvais état de santé. Or la situation économique des migrants est d'ordinaire très inférieure à celle des autres résidents du pays d'accueil(114). En outre, la plupart des plans nationaux de santé opèrent une discrimination contre les migrants temporaires ou non autorisés en ne prévoyant de dispenser que des soins d'urgence aux non-citoyens. Les migrants dépourvus de documents ont également peur que les prestataires de soins de santé n'avertissent les autorités, ce qui les décourage souvent de rechercher un traitement médical; c'est ainsi qu'un problème à l'origine mineur peut dégénérer en une grave maladie(115). Malgré tout cela, peu de responsables semblent disposés à réviser les politiques en vigueur et à instituer une législation nouvelle dont bénéficieraient à la fois les migrants en situation irrégulière et le système de soins de santé(116). Pourtant, les pays d'accueil ne pourraient qu'y gagner : les migrants en bonne santé sont mieux placés pour avoir part aux possibilités d'éducation et pour contribuer davantage à l'économie nationale(117). Il faut considérer dans un contexte plus large la question préoccupante des coûts, à savoir mettre en regard la contribution accrue que des migrants en bonne santé peuvent apporter au pays hôte et, d'autre part, les coûts additionnels retombant sur les sociétés qui négligent de dispenser des soins de santé en temps utile(118).




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MIGRATION ET VIH/SIDA

En dépit des stéréotypes et des hypothèses communément admises, ce ne sont ni les migrants ni la migration en eux-mêmes qui aggravent les risques de transmission du VIH : ce sont les pénibles conditions et les épreuves que beaucoup affrontent tout au long de leur migration qui les rendent plus vulnérables à l'infection par le VIH(1).

La séparation d'avec la famille et le conjoint, l'isolement et la solitude peuvent pousser à avoir des relations sexuelles à risque élevé. La mobilité rend par elle-même plus difficile d'atteindre les migrants et de leur fournir des informations, des préservatifs, des conseils et des services de dépistage ou des soins. Les communautés de migrants sont souvent marginalisées sur les plans social, culturel, économique et linguistique, ce qui fait obstacle à l'accès aux soins de santé(2).

Le statut juridique et l'occupation de chaque migrant influent aussi sur le degré d'exposition au virus. Les migrants dépourvus de documents peuvent craindre d'être expulsés s'ils prennent contact avec des prestataires de soins de santé ou, pour commencer, sont parfois hors d'état d'acquitter le prix des soins. Les femmes migrantes qui sont introduites clandestinement; sont abandonnées à elles-mêmes en cours de transit; voyagent seules; ou font l'objet d'un trafic, n'exercent aucun emploi et n'ont d'autre recours que d'échanger des faveurs sexuelles pour survivre ou de travailler dans l'industrie du sexe sont exposées à des risques accrus d'exploitation, de violence et, par extension, d'infection par le VIH(3). Les migrants ne savent souvent presque rien du VIH et n'ont eu qu'une expérience antérieure négligeable des services de santé dans leur pays d'origine. La migration saisonnière ou le retour au pays d'origine sont d'autre part susceptibles d'augmenter les risques de transmission aux partenaires et aux épouses(4).


MIGRATION ET VIH/SIDA

Jusqu'à présent, les chercheurs ont dû n'aborder qu'avec beaucoup de prudence le problème de la migration et du VIH/sida en raison du manque de données fiables et de sa complexité même. Néanmoins, la plupart des experts soutiennent que passer d'une zone à faible risque à une zone à risque élevé augmente la probabilité d'infection par le VIH et que la migration circulaire aggrave considérablement les risques que le virus ne trouve un nouvel habitat(119).

Selon une étude conduite pour le compte de la GCIM, 66 % de toutes les infections par le VIH transmises par voie hétérosexuelle qui ont été diagnostiquées dans l'UE concernent des personnes venues de pays à forte prévalence - en particulier de l'Afrique(120). De même, en Australie, plus de la moitié de toutes les infections par le VIH attribuées à des rapports hétérosexuels entre 2000 et 2004 ont été diagnostiquées chez des personnes originaires d'un pays à forte prévalence ou dont les partenaires en étaient originaires. Au Canada, un quart des infections par le VIH diagnostiquées en 2005 ont frappé des personnes originaires de pays à forte prévalence d'Afrique subsaharienne et des Caraïbes(121). Cependant, bien que les adversaires de la migration reprochent parfois aux migrants d'être des "porteurs du VIH/sida", c'est l'expérience de la migration elle-même qui peut les rendre plus vulnérables(122). D'autre part, on ne sait pas bien encore à quel point du cycle de la migration survient l'infection : avant le départ, durant le transit, dans le pays hôte ou durant une visite au pays d'origine. En outre, les migrants sont souvent surreprésentés dans les évaluations de la prévalence du VIH parce que les pays hôtes et les employeurs exigent parfois que les migrants soient soumis à un dépistage - ce qui n'est pas exigé des résidents.

Bien qu'il y ait peu de données sur le VIH et la migration dans les régions pauvres du monde, la migration a été associée à une vulnérabilité accrue aux maladies contagieuses. Les statistiques du Ministère philippin de la santé montrent que sur 1385 Philippins séropositifs recensés en 2005, 33 % travaillaient hors du pays(123). Dans une communauté rurale de l'Ouganda, le taux de séropositivité parmi les migrants rentrés au pays est de 11,5 % - soit deux fois plus élevé que parmi la population non migrante(124). En Afrique du Sud, parmi les mineurs dont beaucoup sont des immigrants venus de pays voisins, un sur trois environ est séropositif(125).

Par ailleurs, le lien entre mobilité de la population et séropositivité constitue l'un des facteurs les plus négligés et mal compris à l'origine de la rapide diffusion de la maladie en Afrique australe(126). L'incidence la plus élevée se rencontre non pas dans les régions les plus pauvres d'Afrique, mais dans des pays tels que l'Afrique du Sud et le Botswana, qui ont une bonne infrastructure de transports, des niveaux relativement élevés de développement économique et un nombre considérable de migrants, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays(127). Les données obtenues du Mozambique indiquent que le VIH se répand le plus vite dans les provinces où se situent les principales voies de communication vers l'Afrique du Sud, le Malawi et le Zimbabwe, ainsi que dans les provinces d'où sont partis les travailleurs migrants à destination de l'Afrique du Sud et d'autres régions du pays même(128). En Zambie, les taux d'infection les plus élevés se trouvent dans les villes et agglomérations qui bordent les principaux axes routiers(129).

Dans la Déclaration d'engagement sur le VIH/sida de 2001, 189 gouvernements se sont engagés à élaborer des stratégies qui permettraient aux migrants et aux travailleurs mobiles d'avoir accès aux programmes de prévention du VIH/sida - notamment la fourniture d'informations et de services sociaux - et à commencer de les appliquer d'ici 2005(130). L'Engagement appelle à une représentation et une participation accrues de divers groupes de population mobiles dans la mise au point de plans nationaux; une autre recommandation invite à faire intervenir les employeurs, les syndicats, les organisations communautaires et les travailleurs de l'industrie du sexe dans les programmes de prévention du VIH/sida et de soins aux séropositifs(131). En Thaïlande, le gouvernement s'efforce de prévenir les maladies infectieuses parmi les milliers de migrants dépourvus de documents qui sont détenus (souvent pour des semaines ou des mois) au centre SuanPlu de Bangkok. Il s'agit notamment de leur communiquer des informations sur le VIH/sida dans leur propre langue(132).




3

LES DROITS HUMAINS DES TRAVAILLEURS MIGRANTS

En vertu du droit international, tous les travailleurs migrants - quel que soit leur statut juridique - ont droit à jouir du même degré de protection des droits humains que tout autre être humain. La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille est l'instrument juridique le plus complet protégeant leurs droits. La Convention, qui s'appuie sur les autres traités de base relatifs aux droits humains, est entrée en vigueur en 2003. Elle fixe les normes minimales que tous les pays qui adhèrent à la Convention sont tenus de respecter. Contrairement à la plupart des instruments relatifs aux droits humains, celui-ci n'a cependant pas été ratifié par la majorité des pays développés.

La Convention définit les droits humains dont tous les travailleurs migrants, qu'ils soient pourvus ou non de documents, ont le droit de bénéficier - à savoir la protection contre la réduction en esclavage et la violence; l'accès aux soins médicaux d'urgence et à l'éducation pour leurs enfants; l'égalité de traitement avec les nationaux dans les conditions de travail; le droit d'être membres de syndicats et autres organisations défendant leurs intérêts; et les droits à l'identité culturelle, à la liberté de pensée et de religion. Les travailleurs migrants pourvus de documents se voient attribuer des droits additionnels, comme l'accès au logement, aux services sociaux et sanitaires, le droit de former des syndicats et organisations, ainsi que de voter dans leur pays d'origine. La responsabilité qui incombe aux migrants de respecter les lois du pays hôte et l'identité culturelle de ses habitants est également soulignée. Bien que le droit au regroupement familial ne soit pas explicitement reconnu, les pays sont encouragés à le faciliter. La Convention exige aussi l'élimination de la traite des êtres humains et de leur introduction en fraude dans un pays - activités clandestines qui donnent lieu à tant de violations des droits humains qu'elles ont suscité l'adoption de protocoles spécifiques à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (2000).

Les États qui sont parties à la Convention protégeant les droits des migrants sont tenus de s'efforcer d'introduire une gestion plus humaine et équitable de la migration internationale. Il est recommandé entre autres d'informer les migrants de leurs droits, de fournir aux travailleurs migrants et à leurs employeurs des informations sur les politiques et lois pertinentes, et d'assister les travailleurs migrants et leur famille. Pour prévenir les abus, la Convention limite exclusivement aux entités gouvernementales et aux organismes privés autorisés le recrutement des migrants.

Divers autres instruments et mécanismes relatifs aux droits humains visent à mieux assurer les droits des travailleurs migrants; ce sont notamment les organismes internationaux chargés du suivi de l'application des traités, les conventions de l'Organisation internationale du Travail et les chartes des droits humains au niveau régional. Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains des migrants a joué un rôle important s'agissant d'appeler l'attention sur les droits des groupes vulnérables - en particulier ceux des femmes et des enfants - et sur la nécessité de s'efforcer plus vigoureusement de prévenir les abus, notamment ceux commis à l'encontre du personnel domestique, le trafic des humains, la violence contre les femmes et le racisme. Les migrants peuvent aussi déposer auprès du Rapporteur des plaintes contre toute violation dont ils sont victimes(1).



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