Introduction Introduction Chapitre 5 Chapitre 5
Chapitre 1 Chapitre 1 Notes for Indicators Notes
Chapitre 2 Chapitre 2 Notes for quotations Sources des citations
Chapitre 3 Chapitre 3 Notes for boxes Sources des encadrés
Chapitre 4 Chapitre 4 Indicators Indicateurs
 
CHAPITRE 1 Printer Friendly imprimer cette page
Chapter 1 Le bien, le mal, la promesse : La migration au XXIe siècle

Un monde en mouvement

Des chances inégales sur une planète en voie de mondialisation

Entre le marteau et l'enclume : la migration non réglementée

La migration forcée : réfugiés et demandeurs d'asile

Mobiliser l'espoir : migration internationale, rapatriements de salaires et développement

Fardeau ou aubaine ? L'impact sur les pays d'accueil

La santé des migrants

Au-delà de la différence : accepter la diversité

Mobiliser l'espoir : migration internationale, rapatriements de salaires et développement

Les rapatriements de salaires des migrants vers leur pays d'origine sont la principale raison pour laquelle les experts voient dans la migration internationale un facteur important de réduction de la pauvreté. Bien que les chiffres exacts soient difficiles à cerner, il s'agit de montants énormes. Selon les évaluations de la Banque mondiale, les rapatriements de salaires à découvert se sont élevés en 2005 à 232 milliards de dollars É.-U. environ - dont les pays en développement ont reçu 167 milliards(65). Le montant réel des rapatriements de salaires est jugé sensiblement plus élevé, car ce chiffre ne tient pas compte des fonds transférés par des voies invisibles.

Les rapatriements de salaires dépassent sensiblement l'aide publique au développement (APD) et représentent la deuxième source, par d'ordre d'importance, du financement externe au profit des pays en développement, après l'investissement étranger direct (IED). En outre, les rapatriements de salaires constituent généralement une source de revenu plus prévisible et stable que l'IED ou l'APD. Pour certains petits pays, ils représentent une part élevée du PIB, comme c'est le cas aux Tonga (31 %), en République de Moldova (27 %), au Lesotho (26 %) et en Haïti (25 %)(66). Jusqu'à 70 % de l'IED de la Chine provient de la diaspora chinoise(67). Si grand en est l'impact sur les économies du monde en développement que, selon la Banque mondiale, pour chaque tranche supplémentaire de 10 % du PIB d'un pays représentée par les rapatriements de salaires, la proportion de ses citoyens vivant dans une extrême pauvreté pourrait diminuer de 1,2 %(68).

Ce point est confirmé par les statistiques. Au Nicaragua, plus de 60 % des 22?000 foyers qui ont échappé à la pauvreté entre 1998 et 2001 avaient un membre de la famille vivant hors du pays(69). Les rapatriements de salaires effectués en 2000 par les migrants vers El Salvador, l'Érythrée, la Jamaïque, la Jordanie, le Nicaragua et le Yémen ont accru le PIB de ces pays de plus de 10 %(70). La même année, 1,2 million de Marocains ont réussi à échapper à la pauvreté exclusivement grâce au revenu représenté par les rapatriements de salaires(71). Selon la CEPALC, en 2002, les rapatriements de salaires ont aidé 2,5 millions de personnes à dépasser le seuil de pauvreté en Amérique latine et dans les Caraïbes(72).

La disposition des migrants à effectuer des rapatriements de salaires, ainsi que le montant envoyé, dépendent de divers facteurs tels que l'âge, le nombre de personnes à charge, la situation matrimoniale du migrant et la durée de son séjour dans le pays hôte. Ainsi, une étude établit que les migrants mexicains les plus disposés à effectuer des rapatriements de salaires sont mariés, âgés de moins de 40 ans et ont des contacts sociaux développés dans le pays hôte(73). Les femmes envoient une plus forte proportion de leurs moindres ressources que les hommes(74) (voir chapitre 2); les migrants temporaires envoient davantage d'argent que les résidents permanents; et les travailleurs non qualifiés/semi-qualifiés tendent à envoyer collectivement des montants plus élevés que les professionnels hautement qualifiés (bien que cette observation résulte en partie du fait que ces derniers sont moins nombreux)(75). La force des liens de parenté du migrant et son intention de regagner son pays d'origine constituent un autre facteur qui influe sur le montant des rapatriements de salaires. En d'autres termes, les migrants qui envisagent de retourner un jour dans leur pays d'origine sont plus inclinés à effectuer des rapatriements de salaires que ceux qui choisissent de rester dans leur nouveau pays. Ceci implique aussi que les rapatriements de salaires peuvent diminuer à mesure que les liens avec la communauté d'origine s'affaiblissent au long des années(76).



Aujourd'hui, le nombre de personnes qui vivent hors de leur pays d'origine est plus élevé que jamais dans l'histoire. Si tous les migrants internationaux vivaient sur le même sol, ils constitueraient aujourd'hui le cinquième pays du monde par ordre de population.



Si les rapatriements de salaires ont un impact manifestement positif sur les pays en développement, certains chercheurs se demandent encore si l'allégement de la pauvreté à court terme ou le développement à long terme en bénéficient. Un important problème est que ce sont les individus les plus pauvres et les pays les plus pauvres qui tirent le moindre profit des rapatriements de salaires. Les principaux bénéficiaires sont les pays à revenu intermédiaire : l'Afrique subsaharienne n'a reçu que 1,5 % du montant total des rapatriements de salaires en 2002(77). Cela montre qu'il est plus difficile aux habitants des régions les plus pauvres d'émigrer, de gagner un revenu et d'envoyer des fonds de l'étranger dans leur pays d'origine. Une autre source de préoccupation tient au fait que les rapatriements de salaires aggravent parfois l'inégalité des revenus dans le pays d'origine, où les familles et les communautés qui en reçoivent prospèrent tandis que leurs voisins moins fortunés doivent s'en passer(78). En outre, certains experts soutiennent que les rapatriements de salaires encouragent un état de dépendance en détournant le gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour restructurer l'économie nationale(79). D'autres encore soutiennent que les pays donateurs allègueront les rapatriements de salaires comme une excuse pour ignorer les engagements impliqués par l'APD de lutter contre la pauvreté, tandis que les pays en développement pourraient négliger les besoins de leurs groupes de population les plus vulnérables parce que certaines familles pauvres reçoivent ce revenu de l'étranger. Ainsi, malgré sa contribution à la réduction de la pauvreté, la migration n'est pas nécessairement le facteur suprême d'égalisation - en particulier dans un monde de plus en plus inégal.

Certains experts expriment aussi la préoccupation que la plus grande partie des rapatriements de salaires n'est pas convertie en investissements productifs. Il en est ainsi parce que les rapatriements de salaires sont entre les mains de particuliers qui les utilisent surtout pour arrondir le revenu familial et non pour ajouter aux flux de capital, et parce que les migrants connaissent généralement mal les instruments d'investissement(80). Les recherches déjà conduites soulignent toutefois que les rapatriements de salaires pourraient jouer un rôle plus important dans le développement et le soulagement de la pauvreté. Que leurs montants aillent à l'investissement ou à la consommation, les rapatriements de salaires bénéficient considérablement aux foyers, aux communautés et aux pays qui les reçoivent(81). Ils se sont avérés plus stables que les autres formes de flux financiers privés à destination des pays en développement et peuvent amortir les fluctuations et chocs économiques(82). Après une analyse approfondie, l'OIM conclut que les bénéficiaires de rapatriements de salaires tendent davantage à faire des économies et peuvent s'en servir pour de petites entreprises ou obtenir plus facilement un crédit qui sera utilisé comme capital d'investissement. En créant de nouvelles demandes de biens et services qui exigent une importante main-d'ouvre, les rapatriements de salaires peuvent aussi gonfler la demande globale et, par suite, la production et le revenu(83). La Banque mondiale, l'ONU et diverses institutions vouées au développement expriment des vues analogues(84).

Ce qui fait défaut, comme en conviennent la plupart des experts, ce sont des mécanismes capables de mobiliser le potentiel des rapatriements de salaires pour promouvoir une croissance économique à long terme. Le coût des transferts de fonds fait également problème. Si ces coûts ont diminué, ils demeurent un obstacle sérieux, pouvant absorber jusqu'à 20 % du montant des rapatriements de salaires(85). Plusieurs institutions, dont la Banque mondiale, s'occupent déjà de cette question(86).

FAIRE ENTRER EN ACTION LES RESEAUX TRANSNATIONAUX :
LES RAPATRIEMENTS DE SALAIRES COLLECTIFS ET "SOCIAUX"

Aujourd'hui, l'amélioration des communications et le moindre coût des transports ont pour conséquence que la migration ne représente plus une rupture définitive avec le passé. Un nombre important et croissant de liens avec la communauté d'origine aident à préserver des attaches locales, nationales, ethniques et religieuses. À leur tour, ces attaches aident à engendrer des flux financiers qui vont au-delà des rapatriements de salaires individuels - à savoir l'IED, le tourisme, la philanthropie et la collecte de fonds centrées sur des associations de personnes originaires de la même ville(87). Bien que les associations officielles de membres d'une diaspora ouvrent au développement d'immenses perspectives, les mécanismes qui le permettraient commencent à peine à prendre forme.

Les rapatriements de salaires collectifs peuvent être combinés avec le versement de montants égaux par des institutions publiques ou des organismes de développement(88). Actuellement, le volume des rapatriements de salaires "collectifs" est encore très limité : en Amérique centrale, il ne représente que 1 % du montant total des rapatriements de salaires(89). Au Mexique, des programmes patronnés par le gouvernement tentent de mettre les montants envoyés par les travailleurs à l'étranger au service du développement de l'infrastructure et du lancement d'entreprises. En 2002, au Mexique, le gouvernement central, celui des États et les municipalités ont inauguré le programme "Tres por Uno" (Trois pour un) qui fournit trois dollars pour chaque dollar envoyé par des nationaux depuis les Etats-Unis. En 2004, ce programme a réuni 70 millions de dollars É.-U. qui ont ensuite servi à financer des projets d'infrastructure régionale ou des projets communautaires. Les organisateurs du programme travaillent actuellement avec la Banque mondiale à mettre en route des projets qui créeront de nouveaux emplois et encourageront donc les candidats à l'émigration à rester au pays(90).

Le réseau transnational de la diaspora peut aussi constituer une tête de pont au service des entreprises du pays d'origine qui cherchent à écouler des biens et services vers le pays hôte(91). Par exemple, beaucoup reconnaissent aux Coréens établis aux États-Unis le mérite de la pénétration réussie du marché américain par les voitures, l'électronique et les articles manufacturés de Corée. Au Canada, les migrants d'Asie hautement qualifiés ont été à l'origine d'une augmentation des importations asiatiques de l'ordre de 74 %. Parallèlement, les réseaux officiels et officieux de la diaspora jouent un rôle important en transmettant informations et connaissances à leurs compatriotes non émigrés(92). L'importance de ces réseaux suscite des recommandations qui visent expressément à maximiser leurs promesses aux fins du développement dans une société mondialisée.

Il ne faut pas oublier non plus le problème des rapatriements "sociaux" - le transfert d'idées, d'informations, de connaissances, d'attitudes, de modes de comportement, d'identités, de capital social d'une culture à une autre(93). Dans leurs contacts avec les communautés d'origine ou par leur retour dans celles-ci, les migrants peuvent devenir les agents d'une transformation politique et culturelle, susceptible de contribuer notamment à faire progresser l'égalité des sexes (voir chapitre 2). Non seulement les pays d'origine, mais aussi les pays d'accueil en tirent profit. En Australie, par exemple, l'OIM affirme que la migration à grande échelle venue d'Asie et d'ailleurs a considérablement accru les interactions avec les pays d'origine de ces nouveaux résidents sur les plans économique, social et politique. Si ces bénéfices n'ont pas encore été "quantifiés", comme l'OIM le souligne, ils sont néanmoins importants. Il s'agit de la diversité linguistique et culturelle et d'une "ouverture" accrue à d'autres pays, sans parler d'un éventail parallèlement élargi d'attitudes, de valeurs et de mours. Tout cela a apporté une contribution non négligeable à la culture et au mode de vie australiens(94).



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