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Résumé de Presse
C’est un message simple, mais puissant : l’égalité des sexes réduit la pauvreté, et elle sauve et améliore
des vies.
En l’an 2000, les nations du monde entier se sont réunies pour conclure un pacte unique en son genre. En
adoptant les huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), elles ont tracé les grandes lignes d’un
plan hardi pour diminuer de moitié l’extrême pauvreté d’ici à 2015. Cette initiative mondiale sans précédent
contient une grande promesse. Au cours de la prochaine décennie, des centaines de millions de personnes
peuvent être libérées du carcan de la pauvreté. La vie de 30 millions d’enfants et de 2 millions de mères peut
être épargnée. La diffusion du sida peut être refoulée. Des millions de jeunes peuvent jouer un plus grand rôle
dans le développement de leur pays et créer un monde meilleur pour eux-mêmes et les générations futures.
Le rapport de cette année sur l’État de la population mondiale
souligne que l’égalité des sexes et la santé en matière de
procréation sont indispensables à la réalisation de cette
promesse.
Le Projet objectifs du Millénaire, qui a réuni plus de 250
experts venus du monde entier, voit dans l’inégalité entre
les sexes l’un des premiers moteurs de
la pauvreté et de l’exclusion sociale. Il
en est ainsi parce que la discrimination
gaspille le capital humain en
refusant à une moitié de l’humanité le
droit de réaliser son plein potentiel.
Plus de 1,7 milliard de femmes âgées de
15 à 49 ans sont dans la période procréative
et productive de leur vie.
Des investissements ciblés dans leur
éducation, leur santé en matière de
procréation, leurs perspectives économiques
et leurs droits politiques
peuvent stimuler la croissance et le
développement durable pour des générations
à venir.
Le rapport, intitulé La promesse d’égalité : égalité des sexes,
santé en matière de procréation et objectifs du Millénaire pour le
développement, étudie dans quelle mesure la communauté
mondiale a tenu les engagements pris envers les plus appauvris et marginalisés du monde. Il suit les progrès,
dénonce les insuffisances et examine les liens entre pauvreté,
égalité des sexes, droits humains, santé en matière de procréation,
conflit et violence à l’égard des femmes et des filles.
Il examine aussi la relation entre la discrimination sexuelle
et le fléau du VIH/sida. Il identifie les vulnérabilités et les
points forts de la plus nombreuse génération
de jeunes qui ait jamais existé et met
en lumière le rôle critique qu’ils jouent
dans le développement.
Les OMD constituent une promesse
faite par les dirigeants du monde de
trouver des solutions aux difficultés
redoutables qui tourmentent l’humanité.
Les huit objectifs vont de réduire de
moitié l’extrême pauvreté à affronter le
problème de la santé maternelle et à faire
reculer l’épidémie du VIH/sida – tout
cela d’ici à 2015. En même temps qu’ils
indiquent une date effective pour leur
réalisation, les OMD comprennent un
objectif –promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation
des femmes – qui est capital pour le succès des sept autres.
Bien que l’objectif de l’accès de tous aux soins de santé en
matière de procréation d’ici à 2015, convenu à la Conférence
internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994, n’ait pas été explicitement inclus dans les OMD, les
investissements effectués dans ce domaine sont désormais
jugés essentiels à leur réalisation.
Améliorer l’éducation, la santé en matière de procréation et
les perspectives économiques des femmes sont trois interventions
de grande valeur stratégique nécessaires à la
réalisation des OMD. D’importance non moins critique est
l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Les investissements
dans ces domaines peuvent comporter des
bénéfices immédiats, à plus long terme et qui se répercutent
d’une génération à l’autre. D’autre part, une participation
politique accrue et un exercice plus strict des responsabilités
en matière d’équité entre les sexes aideront à garantir
que ces investissements reçoivent l’attention prioritaire
qu’ils méritent.
L’éducation pour tous est essentielle dans
n’importe quelle société. Cependant, trop d’enfants qui
vivent dans la pauvreté, en particulier les filles, n’y ont pas
encore accès. Malgré les données qui montrent clairement
que l’éducation des filles et, en particulier, leur éducation
secondaire est essentielle pour réduire la pauvreté et assurer
le développement, le monde n’a pas réussi à atteindre la
cible de l’OMD qui consiste à éliminer les disparités entre
les sexes dans l’éducation primaire et secondaire pour 2005.
Aujourd’hui, 600 millions de femmes sont analphabètes,
contre 320 millions d’hommes. Bien que l’accès à l’enseignement
primaire s’élargisse, 69 % seulement des filles en Asie
du Sud et 49 % en Afrique subsaharienne achèvent le cycle
des études primaires. Au niveau secondaire, l’écart est encore
plus large, avec des taux d’inscription de seulement 47 %
et 30 % en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, respectivement.
La recherche montre que pour les femmes et les
filles, l’éducation secondaire va de pair avec l’amélioration
des perspectives économiques, une meilleure santé en matière
de procréation, une prise de conscience mieux affirmée
du VIH et un changement d’attitude à l’égard de pratiques
nuisibles comme la mutilation/coupure génitale féminine.
Leurs enfants en bénéficient également : pour chaque année
supplémentaire d’éducation de la mère, les taux de mortalité
des enfants de moins de 5 ans baissent de 5 à 10 %.
Au niveau mondial,
on évalue à 250 millions le nombre d’années de vie productive
perdues chaque année du fait des problèmes de santé en
matière de procréation. Ce sont les pauvres qui en supportent hors de toute proportion les conséquences, surtout les
femmes et les jeunes, et qui ont le plus à gagner à un élargissement
de l’accès aux services de santé en matière de
procréation. L’incapacité de déterminer le nombre de ses
enfants et l’espacement de leur naissance limite les choix de
vie offerts à une femme. Mettre les individus en mesure de
choisir librement le nombre de leurs enfants et l’espacement
de leur naissance a d’autres effets positifs : réduction
du nombre d’enfants par famille, ralentissement de la croissance
démographique, et moindre pression sur les
ressources naturelles.
La santé en matière de procréation peut se traduire par
des bénéfices économiques du fait de la “prime démographique”. La baisse des taux de fécondité et de mortalité
signifie qu’une proportion plus importante de jeunes entre
dans les années productives de leur vie avec relativement
moins de personnes à charge. S’il se combine avec des politiques
sociales et économiques avisées, ce phénomène peut
se traduire par une augmentation de l’épargne et des ressources
disponibles pour investir dans chaque enfant. Les
économistes attribuent à cette prime la croissance sans précédent
des économies de l’Asie de l’Est entre 1965 et 1990. De
fait, les chercheurs estiment que la prime démographique
pourrait réduire de 14 % entre 2000 et 2015 la pauvreté dans
le monde en développement.
Les approches macroéconomiques
traditionnelles et les programmes de développement ont
ignoré dans une large mesure les contributions économiques
des femmes. Ne se limitant pas à gérer leurs foyers, de nombreuses
femmes peinent dans les ateliers aux rythmes
infernaux, les exploitations agricoles, les usines, les marchés,
les mines et les bureaux, le plus souvent en l’absence
de politiques, lois, institutions et services qui leur viendraient
en aide. Leur travail est en grande partie non
reconnu, invisible et non rétribué. Alors même que les
femmes entrent dans la population active en nombre croissant,
elles risquent le renvoi en cas de grossesse et ont
généralement un revenu et une sécurité d’emploi moindres
que les hommes. Selon la Banque mondiale, les femmes
gagnent dans les pays développés 77 cents contre un dollar
pour les hommes, et dans les pays en développement, seulement
73 cents.
Dans les pays en développement, les femmes rurales produisent
de 60 à 80 % des vivres, mais de nombreux pays
interdisent encore à une femme d’acquérir de la terre ou
d’en disposer sans le consentement de son mari. Dans une
grande partie de l’Afrique subsaharienne, les veuves n’ont
pratiquement aucun droit à la terre ou à l’héritage, et les femmes reçoivent moins de 10 % de tous les prêts destinés
aux petits exploitants et 1 % seulement du montant total des
crédits accordés au secteur agricole.
Une recherche conduite par la Banque mondiale dans
certains pays d’Afrique subsaharienne a établi que la production
pourrait augmenter de non moins de 20 % si
davantage de femmes avaient un accès égal aux services
agricoles et à la terre, de même qu’un contrôle égal sur le
revenu des exploitations. En remédiant au caractère injuste
des perspectives économiques ouvertes aux femmes, on peut
arracher à la pauvreté familles et communautés.
L’une des principales réalisations du XXe siècle a consisté à
élaborer un riche corpus de droit international qui affirme
l’égalité des droits de tous les êtres humains. Cependant,
une tâche considérable reste à accomplir : il s’agit pour les
femmes et les autres groupes négligés, en particulier ceux
dont l’existence est circonscrite par la pauvreté et la discrimination,
de prendre conscience de leurs droits humains et
de les exercer. L’élimination de l’extrême pauvreté, que
réclament les OMD, repose sur la pleine jouissance des
droits individuels grâce à l’élargissement des perspectives,
des choix et du pouvoir d’action.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes (CEDAW, 1979) et la
Convention relative aux droits de l’enfant (CRC, 1989) énoncent
les critères en vertu desquels les gouvernements sont
légalement tenus de mettre fin à la discrimination sexuelle.
À cette date, 180 pays ont ratifié la CEDAW. Les conférences
organisées par les Nations Unies dans les années 90 ont
consolidé le cadre des droits de la femme. En 1993, la
Conférence mondiale de Vienne sur les droits de l’homme a
déclaré pour la première fois que les droits de la femme
étaient des droits humains.
Les programmes qui sont issus de la CIPD (1994) et de la
quatrième Conférence mondiale sur les femmes (1995) fournissent
des plans d’action concrète concernant les droits
humains des femmes et constituent la base des réformes
politiques et législatives entreprises dans chaque pays.
Pour mettre ces instruments en pratique, il faut changer
les systèmes de valeurs sous-jacents qui perpétuent et légitiment
la discrimination. Bien que de nombreux pays
adoptent de plus en plus de lois qui protègent les droits des
filles et des femmes, beaucoup ne sont pas appliquées sous
l’effet d’un préjugé sexuel enraciné, ainsi que de ressources
et d’une détermination insuffisantes. En de nombreux pays,
les femmes n’ont très souvent pas connaissance de leurs
droits ni des lois qui en principe les protègent.
Les approches sensibles aux valeurs culturelles peuvent
s’avérer efficaces aux fins de promouvoir les droits humains
et l’égalité entre les sexes dans divers contextes nationaux
et locaux. L’expérience a montré que les communautés qui
comprennent les dangers posés par certaines pratiques –
par exemple, le mariage des enfants, la mutilation/coupure
génitale féminine, la “purification” des veuves – et qui les
remettent en question dans leurs propres optiques culturelles
sont capables de se mobiliser pour les changer ou les éliminer.
Les droits en matière de procréation sont des droits
humains et découlent de la reconnaissance du fait que tous
les individus ont le droit de prendre des décisions à l’abri de
la discrimination, de la coercition et de la violence. Au premier
rang de ceux-ci figurent le droit de déterminer de
manière libre et responsable le nombre de ses enfants, le
moment et l’espacement de leur naissance, et d’avoir les
moyens de le faire, et le droit à la norme la plus élevée de
santé en matière de sexualité et de procréation. Cela
implique aussi le droit de se protéger des grossesses non
recherchées et des infections sexuellement transmissibles –
dont le VIH.
Au niveau mondial, les affections de santé en matière de
procréation sont la cause majeure de morbidité et de mortalité
féminines. Bien qu’ils soient évitables dans leur quasi
totalité, 99 % de tous les décès maternels surviennent dans
les pays en développement. À chaque minute, une femme
meurt sans nécessité de causes liées à la grossesse. Cela
représente au total plus d’un demi-million de vies perdues
chaque année et montre bien le faible rang de priorité
accordé à la vie d’une femme. En outre, huit millions au
moins souffrent toute leur vie d’infirmités et de conséquences
diverses dues aux complications de la grossesse. Le
décès d’une mère aggrave aussi les risques courus par ses
enfants en bas âge et la mortalité infantile. Les nouveau-nés
privés de mère ont un risque de trois à dix fois plus élevé de
mourir que ceux dont la mère survit à l’accouchement.
À la CIPD, en 1994, 179 pays se sont engagés à rendre les
soins de santé en matière de procréation accessibles à tous
“le plus tôt possible et au plus tard en l’an 2015”. De cette
conférence s’est dégagé le consensus mondial aux termes
duquel les droits en matière de procréation sont fondamentaux
pour les droits humains, le développement durable,
l’égalité des sexes et l’habilitation des femmes.
Les décès maternels sont pratiquement inexistants dans
les pays industrialisés. Dans aucun autre domaine de la
santé publique, les disparités entre riches et pauvres nesont aussi manifestes à l’intérieur des pays et entre les
pays. Et aucun autre ne démontre aussi clairement l’impact
tragique de la pauvreté et de l’inégalité entre les sexes sur
la vie des femmes et des filles. En Afrique subsaharienne,
une femme sur 16 risque de mourir de complications liées à
la grossesse dans le cours de sa vie. Dans les pays industrialisés,
c’est le cas d’une femme sur 2 800.
Un meilleur accès à des méthodes de contraception sans
danger et efficace est essentiel à la réalisation des OMD.
Chaque année, rien que dans le monde en développement,
surviennent 76 millions de grossesses non recherchées. Sur ce
nombre, 19 millions se terminent par un avortement pratiqué
dans des conditions dangereuses – ce qui est une cause
majeure de mortalité maternelle. En assurant l’accès aux services
de planification familiale, on pourrait prévenir les
grossesses non planifiées, réduire l’incidence des avortements
et diminuer le nombre de décès maternels de 20 à 35 %. En
Roumanie, la mise en place d’une information et de services
de planification familiale a conduit à une chute du taux
d’avortement de 52 pour 1 000 femmes en 1995 à 11 en 1999.
La pauvreté, la discrimination et la violence rendent
femmes et filles particulièrement vulnérables à la transmission
du VIH. Quand le VIH/sida est apparu pour la première
fois en tant que problème de santé publique dans les
années 80, la majorité des séropositifs étaient des hommes.
Aujourd’hui, la moitié environ des quelque 40 millions de
personnes atteintes du VIH sont des femmes, avec l’augmentation
la plus nette du nombre de cas parmi les jeunes âgés de
15 à 24 ans. Les femmes représentent 57 % de tous les séropositifs
en Afrique subsaharienne, et 49 % dans les Caraïbes. Trois
quarts des nouvelles infections par le VIH se transmettent
par des rapports hétérosexuels – souvent de mari à femme.
Au niveau mondial, les activités de prévention n’atteignaient
en 2003 que 8 % des femmes enceintes. L’épidémie
ne pourra être freinée qu’au moyen d’approches sexospécifiques,
et il est crucial de prévenir le VIH chez les femmes
d’âge procréateur. En outre, la nécessité de disposer de préservatifs
a augmenté parallèlement à la diffusion du VIH.
Cet état de choses a conduit à de graves pénuries – notamment
dans les pays les plus durement frappés par la
pandémie. En 2003, le soutien des donateurs acquittait le
prix de six préservatifs seulement par homme, pour une
année entière, en Afrique subsaharienne.
La génération actuelle de jeunes est la plus nombreuse que
l’histoire ait connue : près de 3 milliards d’humains sont
âgés de moins de 25 ans. Quatre-vingt-cinq pour cent de ces jeunes vivent dans les pays pauvres, et ce sont les pays les
plus pauvres qui en ont les pourcentages les plus élevés.
Parmi ceux-ci, plus de 500 millions vivent avec moins de 2
dollars par jour.
L’adolescence – définie ici comme couvrant le groupe
d’âge 10-19 ans – est une phase critique de la vie, un
moment d’occasions, mais aussi de vulnérabilités et de
risques. Les adolescentes sont particulièrement exposées à
la violence et à l’exploitation sexuelles, aux pratiques nuisibles,
à la grossesse précoce et à l’infection par le VIH.
Beaucoup sont contraintes d’abandonner leur éducation et
de rester au foyer pour aider aux besognes domestiques et
dispenser des soins aux frères et soeurs plus jeunes. Et, au
cours des 10 prochaines années, 100 millions de filles seront
probablement mariées avant d’atteindre 18 ans. Chaque
année, 14 millions d’adolescentes donnent naissance et courent
un risque de deux à cinq fois plus élevé de mourir du
fait de complications liées à la grossesse que les femmes
âgées de 20 à 29 ans. Pour chaque fille qui meurt en donnant
naissance, un bien plus grand nombre souffriront de
lésions, d’infections et d’infirmités persistantes, comme la
fistule obstétricale.
Si les garçons peuvent voir dans l’adolescence un
moment de plus grande liberté, eux aussi affrontent le
risque d’exploitation, de violence et d’infection par le VIH.
Près d’un quart de tous les séropositifs sont âgés de moins
de 25 ans, tandis que la moitié des nouvelles infections par
le VIH frappent des jeunes âgés de 15 à 24 ans. En Afrique
subsaharienne, on compte 360 jeunes femmes atteintes du
VIH pour chaque groupe de 100 hommes dans le même cas.
Dans les Caraïbes, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord,
environ 70 % de tous les jeunes atteints du VIH sont des
femmes, et pourtant de nombreux jeunes n’ont qu’un accès
limité aux programmes de prévention.
Les décideurs et la communauté internationale réalisent
progressivement qu’il est urgent d’investir dans les jeunes,
leur éducation, leur formation à des savoir-faire, leur santé
en matière de reproduction et leur accession à l’emploi. Les
décisions prises aujourd’hui se répercuteront sur des générations
à venir.
Les activités de développement se sont généralement
concentrées sur les hommes ou sur les femmes, mais rarement
sur les deux sexes. Il est capital d’instituer des
partenariats avec les hommes pour parvenir à l’égalité des
sexes. Les normes et les stéréotypes sexuels restrictifs limitent
les possibilités ouvertes aux deux sexes, et l’égalité des sexes est une promesse de succès pour les hommes comme
pour les femmes. L’épidémie du sida ne fait que souligner le
rôle critique des hommes : en l’absence de vaccin ou de
cure, il est capital que le comportement masculin change
pour prévenir la diffusion du VIH. Parce que les hommes
détiennent un pouvoir prépondérant sur les plans social et
économique, ils prennent souvent les décisions relatives à la
planification familiale, aux activités économiques de leurs
épouses et à l‘utilisation des ressources du ménage, y compris
pour payer le médecin et les redevances scolaires. Les
soins et l’appui d’un mari informé améliorent également
l’issue de la grossesse et de l’accouchement et peuvent faire
la différence entre la vie et la mort en cas de complications,
quand les femmes ont besoin de soins médicaux immédiats.
Les mêmes normes sexospécifiques qui oppriment les
femmes et leur causent préjudice empêchent aussi de nombreux
hommes de réaliser leur pleine capacité de délivrer
des soins matériels et affectifs et d’acquitter leurs responsabilités
à l’égard de la famille et de la communauté. Les
normes imposées par la société qui promeuvent un “idéal”
de masculinité peuvent aussi encourager hommes et garçons
à suivre des comportements à risque élevé qui leur nuisent
ainsi qu’à autrui. D’autre part, les besoins des hommes dans
le domaine de la santé en matière de sexualité et de reproduction
ont été en grande partie ignorés.
Au niveau mondial, un certain nombre d’initiatives
visant la prévention du VIH, la santé en matière de procréation
et la violence sexiste réussissent à atteindre un grand
nombre d’hommes sur le lieu de travail, y compris au sein
de l’armée et des forces de police. Cependant, la plupart des
programmes sont de faible envergure si on les mesure à la
tâche de transformer les relations entre les sexes. Travailler
avec les adolescents à un moment formateur et peut-être
dangereux de leur vie offre la meilleure occasion de leur
inculquer le sens de l’équité entre les sexes et d’encourager
la prochaine génération de jeunes adultes de sexe masculin
à remettre en question les normes mêmes qui avaient refusé
la jouissance des droits humains à leurs soeurs, mères,
épouses et filles.
La violence sexiste ne connaît pas de frontières – qu’elles
soient économiques, sociales ou géographiques. Elle est
omniprésente, pernicieuse et perpétrée dans l’immense
majorité des cas par des hommes contre des femmes et des
filles. Elle reflète et en même temps renforce l’inégalité
entre les sexes et compromet la dignité, l’autonomie et la
santé des femmes à un degré réellement inimaginable. Au
niveau mondial, une femme sur trois a été battue, contrainte à avoir des relations sexuelles contre son gré ou victime
de sévices – souvent du fait d’un membre de la famille ou
d’une personne de connaissance. La violence sexiste tue ou
cause un grave préjudice à autant de femmes et de filles
entre 15 et 44 ans que le cancer. Le tribut qu’elle prélève sur
la santé des femmes dépasse celui des accidents de la circulation
et du paludisme combinés. Les coûts sont élevés dans
une proportion comparable pour les pays – dépenses accrues
de soins de santé, frais de justice, surveillance policière et
pertes pour l’éducation et la productivité. Aux États-Unis, le
chiffre global de ces dépenses s’élève à environ 12,6 milliards
de dollars par an.
La violence sexiste prend de nombreuses formes – tant
psychologiques que physiques – et recouvre la violence familiale,
le viol, la mutilation/coupure génitale féminine, les
crimes “d’honneur” et liés à la dot. La violence peut commencer
même dans l’utérus avec la sélection sexuelle
prénatale et, plus tard, l’infanticide, l’abandon et les sévices
dont sont victimes les enfants de sexe féminin. En Asie seulement,
60 millions de filles au moins sont “manquantes”
pour cette raison.
Chaque année, 800 000 personnes environ font l’objet
d’un trafic transfrontalier aux fins d’exploitation, la majorité
étant absorbée par l’industrie du sexe. Environ 80 %
sont des femmes et des filles. Un bien plus grand nombre
encore sont recrutées par la force ou la ruse, ou enlevées,
pour connaître le même sort dans leur propre pays.
Les campagnes nationales contre la violence sexiste sont
l’une des solutions à “gain rapide” recommandées par le
Projet objectifs du Millénaire. Dans certains pays, des
efforts sont déjà en cours. Parce que la violence sexiste est
si généralement tolérée, on ne peut en fin de compte en
venir à bout sans transformation sociale : il faut faire respecter
les lois et renforcer le système judiciaire en vue de
mettre fin à l’impunité, donner une éducation sensible à
l’égalité des sexes et mobiliser les communautés et les
guides de l’opinion pour prévenir la violence. Il est inutile
d’ajouter que les hommes doivent être persuadés de prendre
fermement position sur le problème.
Depuis le Sommet du Millénaire de 2000, des conflits ont
éclaté dans plus de 40 pays. Près de 2 milliards de personnes
ont été touchées par les catastrophes naturelles durant la
dernière décennie du XXe siècle, dont 86% par des inondations
et des sécheresses. À la fin de 2004, une seule
catastrophe – le tsunami en Asie du Sud-Est – a balayé des
villages entiers, anéanti environ 280 000 vies et déplacé un
million de personnes.
Au lendemain des guerres et des catastrophes naturelles,
les infrastructures sanitaires et éducatives
s’effondrent, le risque d’infection par le VIH augmente et
l’incidence de la violence sexiste fait un bond immense.
Sur les 34 pays qui sont les plus éloignés d’atteindre les
OMD, 22 sont la proie d’un conflit ou en sortent.
La nature et l’ampleur des guerres ont changé du fait
que davantage de conflits se déroulent à l’intérieur d’un
pays plutôt qu’entre des pays. Durant les années 90, la
majorité des 118 conflits armés étaient des guerres civiles.
Celles-ci durent généralement plus longtemps que les
conflits entre pays et prélèvent un tribut immense sur la
population civile. Les violences prennent de nombreuses
formes : viols, mutilations, massacres et recrutement
forcé d’enfants pour servir de combattants, d’esclaves
sexuels et d’“épouses de brousse”. De nombreux civils sont
contraints de fuir leur domicile et la violence sexuelle est
répandue. Femmes et enfants représentent 80 % des 35
millions de réfugiés et de personnes déplacées dans leur
propre pays au niveau mondial.
À la suite d’un conflit, la période de reconstruction
offre l’occasion de rebâtir les sociétés à neuf et de s’attaquer
aux inégalités anciennes. De fait, un certain nombre
de pays issus d’un conflit promeuvent activement les
droits des femmes et des jeunes afin d’empêcher que ne
prennent forme les conditions mêmes qui pourraient
conduire à une marginalisation et un appauvrissement
accrus après la fin du conflit. Le Rwanda est maintenant
le pays qui a la plus forte proportion de femmes parlementaires
dans le monde, avec 49 % des sièges.
Aujourd’hui, dans la première décennie du XXIe siècle, le
monde a une occasion de “reléguer la pauvreté dans le
passé”. Pour ce faire, cependant, il faudra des investissements
ciblés sur l’habilitation des femmes et des jeunes; la
fourniture de soins de santé en matière de procréation pour
tous, intégrant la prévention du VIH; enfin, le renforcement
et la transformation des systèmes de soins de santé.
En Afrique, le ratio médecins/patients est maintenant de
l’ordre d’un pour 10 000, contre un pour 500 aux Etats-Unis.
L’Afrique subsaharienne aura besoin d’un million d’agents
sanitaires de plus afin d’atteindre les OMD. Pour atteindre
les objectifs de réduction de la pauvreté, il est essentiel de
créer des systèmes de soins de santé plus propres à satisfaire
aux besoins des femmes, des jeunes et des populations
autochtones, ainsi qu’à ceux des autres groupes marginalisés.
En 2003, les pays donateurs ont consacré 69 milliards de
dollars à l’aide au développement. La même année, les
dépenses militaires du monde entier ont atteint environ
1 000 milliards de dollars. Étant donné cette disparité, il est
clair que le coût d’atteindre les OMD est plus une question
de volonté politique et d’engagement que d’insuffisance des
ressources. Ce coût – 135 milliards de dollars en 2006, et jusqu’à
195 milliards de dollars en 2015 – est modeste et
accessible si l’on considère ce qu’il permettra d’accomplir.
Le moment d’agir est arrivé.
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