UNFPA Logo

UNFPA - United Nations Population Fund

State of World Population 2005

www.unfpa.org

CHAPITRE 8

© James Nachtwey/VII
A l'hôpital municipal de Mornei (Darfour occidental), une femme déplacée dans son propre pays
prend soin de son fils malade.

Les femmes et les jeunes dans
les crises humanitaires

-Après une crise : des perspectives d'équité et de paix

-Un cadre des droits humains en évolution

-Participation des femmes et égalité des sexes : la voie du redressement

-Conférer des moyens d'action aux jeunes au lendemain des crises

-Préserver la santé et les droits en matière de procréation dans les urgences humanitaires

Un cadre des droits humains en évolution


En 2000, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 1325 - document qui a fait date, imposant l'inclusion des femmes dans les processus de paix. Il y est demandé à toutes les parties de protéger les femmes dans les conflits armés et d'intégrer les perspectives sexospécifiques aux opérations de maintien de la paix, aux systèmes d'établissement de rapports de l'ONU et aux programmes de consolidation de la paix(10).

La résolution s'inspire des avancées antérieures concernant les droits des femmes durant les conflits armés. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, première cour permanente chargée de poursuivre des individus pour crimes contre l'humanité, définit expressément "le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée, ou toute autre forme de violence sexuelle" comme des crimes contre l'humanité(11). Avant la création de la Cour pénale internationale, les tribunaux spéciaux créés pour poursuivre les crimes contre l'humanité commis au Rwanda et dans l'ex-Yougoslavie ont fait progresser la jurisprudence concernant les poursuites contre les auteurs de viols en temps de guerre(12). Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a, pour la première fois en droit international, qualifié le mariage forcé d'"acte inhumain" et de crime contre l'humanité(13).


"Les femmes doivent participer pleinement et sur un pied d'égalité à la consolidation de la paix, à la mise en place des structures législatives, judiciaires et constitutionnelles d'après conflit. Parce que c'est seulement de cette manière que ces structures seront pleinement représentatives de la société d'après conflit et donc pleinement capables de répondre aux besoins et aux exigences de tous. C'est ce qui constitue une paix durable. "

- Sir Emyr Jones Parry, Président du Conseil de sécurité des Nations Unies


En décembre 2004, le rapport du Groupe de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, institué par le Secrétaire général de l'onu, a réaffirmé l'importance de mettre fin à la violence sexuelle contre les femmes en temps de guerre et recommandé que les États Membres et les institutions des Nations Unies appliquent intégralement la résolution 1325(14). Si elle voit le jour, la Commission de consolidation de la paix, dont la création est proposée par le Groupe et approuvée par le Secrétaire général dans son rapport Dans une liberté plus grande(15), offrirait une autre occasion d'appliquer ces recommandations.

Les Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles facultatifs protègent les civils en temps de guerre et interdisent les attaques, les viols, la déportation, et l'utilisation d'enfants comme soldats. La Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 et ses Protocoles facultatifs protègent les enfants et les adolescents durant les conflits armés et interdisent de recruter des enfants de moins de 18 ans. Quatre résolutions du Conseil de sécurité adoptées entre 1999 et 2003 ont affirmé l'importance de protéger les enfants et les adolescents durant les conflits et immédiatement après. Elles ont aussi exhorté à leur faire une place dans les processus de paix, noté les besoins et vulnérabilités spécifiques des filles, et condamné la violence sexuelle durant les opérations de maintien de la paix(16).

Le cadre juridique international de protection des femmes et des enfants durant les conflits s'est avéré insuffisant pour cette tâche, surtout concernant les 25 millions de personnes déplacées au niveau mondial. La majorité en sont des femmes et des enfants, qui appartiennent souvent à des minorités autochtones et ethniques(17). Contraintes de fuir leur domicile du fait d'un conflit ou d'une catastrophe naturelle, les personnes déplacées sont exposées à l'appauvrissement, à la maladie, à la violence et aux "disparitions", et sont parfois aussi poursuivies durant leur fuite par des groupes armés. Leurs conditions de vie peuvent atteindre la limite de ce qu'un être humain est capable de supporter : il leur faut maintes fois se passer de vivres, d'eau, d'assainissement, de logement, de toute vie privée ou de l'accès aux services éducatifs et sanitaires. Sans terres à cultiver, sans possibilités d'emploi et voyant leurs biens saisis, les personnes déplacées dans leur propre pays risquent de tomber rapidement dans une pauvreté abjecte. Dans les camps, elles sont parfois la cible d'attaques. Enfants et adolescents peuvent être recrutés comme soldats ou réduits à l'esclavage sexuel. Les besoins des personnes âgées et des handicapés sont souvent ignorés(18).

Les personnes déplacées dans leur propre pays, qui représentent plus des deux tiers de tous ceux que les crises ont déracinés, ne jouissent pas des protections juridiques internationales accordées aux réfugiés qui ont traversé une frontière(19). Parce qu'elles relèvent de la souveraineté et de la juridiction nationales, le pénible sort des personnes déplacées est considéré comme un problème intérieur, ce qui limite les possibilités d'intervention de la communauté internationale.

Ce problème a appelé progressivement une attention croissante de la part de la communauté internationale. En 1992, le Secrétaire général de l'ONU a nommé son premier Représentant sur les personnes déplacées dans leur propre pays(20) et, en 1998, la Commission des droits de l'homme a adopté des principes directeurs qui établissent certaines normes pour la protection des droits des personnes déplacées (21). Le rapport adressé en 2005 par le Représentant à la Commission a souligné le fait que femmes et filles supportent hors de toute proportion le fardeau lié aux déplacements et a mis l'accent sur leur vulnérabilité au viol et à la violence familiale. Les lois et pratiques discriminatoires en matière de succession rendent difficile aux femmes de revendiquer la terre et les biens d'un mari décédé quand elles rentrent chez elles(22). Trouver un emploi constitue un autre problème majeur. Le Secrétaire général de l'ONU, dans son important rapport intitulé Dans une liberté plus grande, a invité les gouvernements à adopter les principes directeurs déjà énoncés et à intensifier les efforts menés pour répondre aux besoins des personnes déplacées. Il s'est exprimé en ces termes : "Si les autorités nationales n'ont pas le pouvoir ou la volonté de protéger leurs ressortissants, la responsabilité incombe alors à la communauté internationale de mettre en oeuvre les méthodes diplomatiques, humanitaires et autres pour aider à protéger les droits humains et le bien-être des populations civiles"(23).

Participation des femmes et égalité des sexes : la voie du redressement >>
<< 7. Les femmes et les jeunes dans les crises humanitaires