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Donner priorité aux adolescents
Il est urgent de prendre des mesures pour faire face aux défis
redoutables auxquels se heurtent les adolescents et les jeunes si l’on
veut que le développement économique et social réussisse à alléger
la pauvreté, freiner la pandémie du sida, enfin donner aux femmes
et aux hommes les moyens d’action nécessaires pour créer un
monde plus équitable. Il est capital, en particulier, d’investir dans
les programmes qui visent à répondre aux besoins des adolescents
sur le plan de la santé en matière de reproduction.
Comme ce rapport l’a souligné, les programmes doivent reconnaître
la diversité des besoins, des savoir-faire et du degré d’inclusion
sociale parmi les adolescents de différentes cultures et placés dans
différentes situations (scolarisés ou non scolarisés, vivant en milieu
rural ou urbain, riches ou pauvres, déplacés ou non), quels que
soient leur âge, leur sexe et leur situation de famille(1). Les activités
de programme doivent s’enraciner dans un
dialogue plus suivi avec les communautés et bénéficier du soutien de celles-ci.
L’expérience faite depuis la CIPD s’agissant de
répondre aux préoccupations relatives à la santé
des adolescents en matière de reproduction et
de sexualité a montré combien il est urgent de
mettre en place des politiques favorables. Les
programmes qui traitent de ces questions délicates
ne peuvent survivre dans un climat hostile.
Pourtant, peu de pays ont des politiques qui
visent explicitement à satisfaire les besoins des
jeunes concernant l’information et les services. S’il est souhaitable que les gouvernements adoptent les politiques
appropriées avant la mise en route des programmes, le changement
officiel de politique peut coïncider avec l’exécution des programmes
ou même la suivre.
Les activités de plaidoyer jouent un rôle essentiel pour obtenir
l’appui des institutions et du public aux changements de politique
à de nombreux niveaux, surtout concernant les lois, politiques et
réglementations nationales qui retentissent sur les normes pratiques,
ainsi que sur les coutumes et traditions.
Des politiques restrictives peuvent nuire à la santé des adolescents
en matière de reproduction et de sexualité en les empêchant
d’accéder aux informations et services susceptibles de leur sauver la
vie. Dans certains pays, la loi interdit de fournir des contraceptifs
aux mineurs de moins de 16 ans ou aux femmes non mariées. Même là où la loi autorise ces services, certains dispensaires ne les prêtent
pas. Dans d’autres cas, la peur d’être condamnés par la communauté,
ou certains secteurs de la communauté, peut dissuader les jeunes de
rechercher ces services. L’obligation d’obtenir l’autorisation des
parents ou du conjoint limite aussi l’accès des jeunes à l’éducation à
la santé en matière de reproduction et aux services connexes.
L’absence de lois ou de politiques spécifiques – par exemple,
décourageant le mariage précoce ou protégeant les filles contre les
violences et sévices sexuels – peut aussi compromettre la santé en
matière de reproduction et de sexualité. Les politiques et lois qui
encouragent les programmes nécessaires ou en imposent l’exécution
peuvent avoir un impact positif.
Une tâche fondamentale des activités de plaidoyer, surtout
dans les sociétés très attachées aux traditions, consiste à rompre le
tabou qui interdit de débattre publiquement de
problèmes sexuels, notamment de reconnaître
que de nombreux jeunes sont sexuellement actifs avant le mariage. En y parvenant, on donnerait
naissance à une société plus saine, mieux
à même d’affronter de nouveaux défis dans une
atmosphère de communication plus étroite et de
respect plus sincère entre les générations. C’est
là un point essentiel pour susciter une bonne
compréhension, au sein de la communauté, de
la nécessité de changer les politiques, surtout en
réaction à la pandémie du VIH/sida. La communication
doit prendre diverses formes, de l’usage
des médias aux représentations populaires et
aux groupes de débat.
LES DIRIGEANTS POLITIQUES ONT UN RÔLE CLEF L’engagement
politique – aux niveaux les plus élevés, assorti de ressources à sa
mesure et soutenu dans le temps – est d’importance cruciale pour le
succès des programmes qui abordent les problèmes souvent délicats
liés à la sexualité des adolescents. Il a fallu à de nombreux gouvernements
des années pour accepter le fait que leur pays était touché
par la crise du sida et pour reconnaître que le nombre de cas pourrait
se multiplier dans l’espace d’une décennie à moins de faire
bien davantage pour freiner la diffusion de l’épidémie, ce qui recouvre
la prise en charge des nationaux déjà atteints du VIH/sida(2).
Les pays qui ont le mieux réussi à contenir le VIH/sida sont
ceux dont les dirigeants ont pris l’épidémie au sérieux voici plus de
10 ans, à savoir le Brésil, la Jamaïque, l’Ouganda, le Sénégal et la Thaïlande. D’autres gouvernements ont reconnu plus récemment la
gravité de la crise et ont commencé à obtenir des résultats. En Inde,
le Premier Ministre a exhorté le Parlement à voir dans le VIH/sida
le plus sérieux problème de santé publique qu’affrontait le pays(3).
Par contre, certaines politiques conçues pour lutter contre le
sida peuvent couvrir les jeunes d’opprobre et porter atteinte à leurs
droits fondamentaux, par exemple quand il est exigé des jeunes
femmes qu’elles portent des vêtements spéciaux ou d’autres signes
pour indiquer qu’elles sont vierges. De telles approches ne font que
marginaliser ceux qui ont le plus grand besoin d’information et de
secours, sans leur fournir les savoir-faire et la protection dont ils
ont un urgent besoin.
On a mené peu de recherches mesurant l’impact des programmes
qui visent à changer les lois et la politique, à altérer les normes
culturelles ou à susciter un environnement favorable concernant
la santé des adolescents en matière de reproduction et de sexualité.
Ces activités de suivi ne sont entreprises que depuis assez peu de
temps, et il est difficile de les évaluer. Dans ce domaine, les issues
heureuses sont connues surtout par les études de cas et les rapports.
De nouveaux efforts s’imposent pour améliorer la documentation
sur les programmes et leur évaluation.
DES EXEMPLES DE PROGRÈS DES POLITIQUES La Bolivie et la
République dominicaine ont approuvé en 1998 des politiques
nationales de la jeunesse qui intègrent la santé des adolescents
en matière de reproduction et de sexualité. Dans l’un et l’autre
pays, il a fallu à cette fin que d’influentes figures politiques –
en Bolivie, l’épouse d’un ancien président et un vice-ministre ;
en République dominicaine, le vice-président – prennent la tête
du mouvement, parallèlement à une participation organisée de la
jeunesse, au soutien d’institutions internationales et à une coordination
réussie entre plusieurs secteurs gouvernementaux(4).
L’UNFPA et l’Agency for International Development des États-
Unis ont aidé le Gouvernement ghanéen à élaborer une politique de
santé des adolescents en matière de reproduction qui correspond
aux objectifs de la CIPD(5).
Au Viet Nam, le Ministère de la santé a mis au point des normes
et directives nationales de santé en matière de reproduction qui
comportent une section expressément consacrée aux adolescents(6).
L’UNFPA aide le Gouvernement jordanien à mettre au point une
stratégie détaillée de la jeunesse qui insiste sur l’acquisition par les
filles des savoir-faire nécessaires à la vie et sur la santé en matière
de reproduction, les activités de plaidoyer étant centrées sur le
Ministère de l’éducation, d’autres ministères, les ONG et les administrateurs
d’établissements scolaires(7).
Le projet « Initiative pour la jeunesse du Kenya » a formé des
chefs locaux à se faire les avocats de la santé des adolescents en
matière de reproduction auprès de leurs homologues dans le pays
même, aidant ainsi à conférer un rang plus élevé de priorité au
problème dans la politique nationale(8).

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