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Aperçu général de la condition
des adolescents
La participation des adolescents au développement social est une
tâche que la plupart des pays n’ont pas encore abordée. Les vastes
changements intervenus dans la société allongent le temps écoulé
entre la maturité physique et l’acceptation des jeunes dans les rôles
d’adulte. Les institutions sociales doivent apprendre à offrir aux
adolescents une entière participation parce qu’en de nombreux
contextes ils se sont avérés des agents de changement dynamiques.
Il est impossible de nier le caractère spécifique de l’adolescence
ou d’y voir seulement « un moment de transition ». Les choix que
les jeunes font, les objectifs qu’ils se fixent et les perspectives qui
leur sont offertes ne constituent pas seulement une préparation :
ils sont une partie significative de leur vie. Les choix des jeunes
peuvent les engager dans des voies qui s’avèreront bénéfiques pour
eux-mêmes, leurs familles, amis et communautés. Et pourtant, on
offre aux adolescents une information, des possibilités, des ressources
et un appui inadéquats pour guider leurs choix.
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RECONNAÎTRE LE « DÉVELOPPEMENT
DES CAPACITÉS » DES
ADOLESCENTS |
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La Convention relative aux droits de l’enfant énonce en détail la
responsabilité des gouvernements s’agissant
de garantir les droits de tous les
enfants jusqu'à l’âge de 18 ans, à savoir
notamment le droit à la vie privée (article
16) et à l’information “sans considération
de frontières” (article 13). Tous les pays à
l’exception de trois (États-Unis, Somalie et
Timor-Leste) ont adopté la Convention.
La Convention reconnaît aussi que la
capacité des enfants de prendre des décisions
importantes, notamment au sujet de
leur propre santé, augmente avec l’âge et
l’expérience. À l’article 5, il est demandé
que les États respectent la responsabilité, le droit et le devoir qu’ont les parents, les
tuteurs, les familles étendues ou les communautés
(si elles y sont habilitées par la
coutume locale), de donner aux enfants
l’orientation et les conseils appropriés pour
exercer leurs droits “d’une manière qui corresponde
au développement de ces
capacités”.
La CIPD a noté de même le besoin d’établir
un équilibre entre les responsabilités
et les droits des parents ou tuteurs et, d’autre
part, “le développement des capacités”
des “adolescents” (ce terme ne figure pas
dans la Convention, mais il est constamment
utilisé dans le Programme d’action de
la CIPD).
“Les enfants incapables de jugement
[Note : Ceci est une expression juridique qui désigne l’incapacité ou l’absence de
maturité] ont droit à la protection et aux
conseils que les parents ou tuteurs peuvent
leur fournir”, selon les professeurs de droit
Rebecca Cook et Bernard Dickens. Mais le
concept de “développement des capacités”
implique aussi une autonomie croissante.
Les politiques “qui traitent des adultes
compétents comme s’ils étaient des
enfants”, soutiennent-ils, “peuvent avoir
pour effet de rabaisser et d’insulter.” Les
lois prétendument conçues pour protéger
les adolescents, par exemple en leur refusant
l’accès aux contraceptifs sans
l’assentiment des parents, peuvent mettre
en danger leur santé et aussi violer la
Convention et d’autres traités relatifs aux
droits de la personne.Source
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En de nombreux cas, cadres juridiques et dispositions administratives
sont en place pour fournir aux jeunes les services
essentiels, par exemple des conseils pour la recherche d’un emploi,
une éducation et des soins de santé, y compris l’information et
les services concernant la santé en matière de reproduction. Le
problème se pose plus souvent au niveau de l’exécution que de la
définition des politiques.
Les investissements dans l’adolescence doivent être stratégiques.
Les rendements en seront très amples (voir chapitre 7).
Un investissement insuffisant ferme les perspectives et expose
les jeunes à des risques superflus. Les privations de divers types
s’aggravent l’une l’autre.
Mais l’investissement dans la santé, l’éducation et l’emploi des
jeunes; la promotion de leur inclusion sociale et politique; et la
réduction des risques auxquels ils sont exposés se renforcent aussi
mutuellement et promeuvent un large éventail de droits fondamentaux
et d’objectifs du développement. Cette remarque est
certainement vraie des investissements destinés à prévenir le
mariage précoce et à aider les adolescents à éviter des grossesses
précoces et non désirées, les rapports sexuels imposés par la
contrainte, la maternité dans des conditions dangereuses et les
infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida.
Le présent rapport fournit des exemples de stratégies qui donnent
des résultats et constituent un point de départ pour quiconque
veut réfléchir et introduire des adaptations et des améliorations.
Tableau
3. Conséquences du sous-investissement dans les adolescents
| Conséquences
d’investissements limités dans la santé des adolescents
en matière de reproduction et dans les droits des adolescents
sur le plan de la procréation et du développement |
Conséquences
pour la SR |
Facteurs
contribuants |
Conséquences
sur le plan individuel |
Conséquences
pour les familles,
la société
et le développement national |
Grossesse
précoce |
- Mariage précoce
- Pauvreté (en tant que cause de la grossesse précoce/du
mariage précoce pour accéder à la sécurité économique
et personnelle)
- Discrimination entre les sexes/faible valeur attachée
aux filles/sentiment de l’identité et du contrôle/statut
conçu en fonction des rôles d’épouse et de mère;
faible estime de soi
- Manque d’information, d’éducation, de conseils
et de services aux fins de la prévention; manque
d’information sur les risques de la grossesse à
un trop jeune âge
- Incapacité de négocier l’utilisation de contraceptifs,
les décisions sur le nombre d’enfants, ou le report
du moment de commencer une grossesse ; attentes
socioculturelles
- Absence de droits en matière de reproduction
|
- Risques de complications de la grossesse (accouchement
prolongé, fistule obstétricale, anémie/hémorragie,
décès)
- Abandon scolaire
- Diminution des possibilités d’exercer un emploi
ou une activité productrice de revenu
- Pauvreté
- Responsabilités et tensions liées à l’éducation
des enfants, venant trop nombreuses et trop tôt
avant l’accession à l’autonomie socioéconomique
et psychologique
- Réduction des potentialités de développement individueI
|
- Hausse des taux de morbidité et de mortalité
infantiles et maternelles
- Coûts plus élevés des soins de santé
- Coûts plus élevés de protection sociale, surtout
dans le cas des mères célibataires
- Abandon de nouveau-nés
- Perspectives amoindries d’élimination de la
pauvreté (puisque le niveau éducatif de la mère
est un facteur capital s’agissant de rompre la transmission
de la pauvreté d’une génération à l’autre)
- Réduction du capital humain qualifié au service
du développement socioéconomique; main-d’oeuvre
moins qualifiée; diminution des gains salariaux
- Dépendance accrue des jeunes mères par rapport
aux prestataires de sexe masculin (même s’ils usent
de sévices), qui est en liaison avec l’inégalité
persistante entre les sexes et le manque d’autonomie
des femmes
- Élan accru de la croissance démographique; réduction
de la prime démographique
|
Grossesse
non désirée |
- Absence de droits en matière de reproduction
- Faible accès à l’information, à l’éducation, aux
conseils et aux services concernant les contraceptifs.
- Mythes et conceptions erronées concernant la grossesse
et la sécurité des contraceptifs
- Relations entre les sexes – ‘la grossesse relève
de la responsabilité des femmes’; manque de responsabilité
masculine face à la prévention et aux conséquences
de la grossesse; stéréotypes sexuels – les filles
ne possèdent pas l’aptitude à négocier et à s’affirmer;
soumission et ignorance attendues des filles
- Violence sexuelle
- Rapports sexuels forcés et grossesse forcée en
tant qu’armes de guerre
- Pauvreté (moins d’années de scolarité, ou absence
de scolarité; moindre accès à l’information et aux
services, ou à l’éducation à la sexualité; les filles
ont une moindre connaissance de leur corps)
|
- Recours à l’avortement, même s’il est pratiqué
dans des conditions dangereuses (avec des risques
élevés de morbidité maternelle ou de décès de la
mère)
- Condition de mère célibataire, cela dès un jeune
âge
- Nombre d’enfants supérieur à celui souhaité par
les partenaires
- Moindres chances de développement individuel et
d’acquisition de savoir-faire pour échapper à la
pauvreté
|
- Investissements réduits dans les besoins et
le développement des enfants
- Renforcement de l’inégalité entre les sexes
– perte des perspectives socioéconomiques et des
potentialités de plein développement des femmes
- Élan accru de la croissance démographique
|
Sévices,
violence et exploitation
sexuels |
- Les enfants et adolescents, surtout les filles,
sont exposés aux sévices sexuels et à l’inceste
– le silence est gardé sous l’effet de plusieurs
facteurs : crainte, manque d’éducation, marginalisation,
absence de protection, normes sociales et tabous
sociaux
- Pauvreté (promesses mensongères d’un revenu plus
élevé pour l’intéressé(e) et sa famille)
- Profit à tirer du trafic des êtres humains et
de l’esclavage sexuel; effet limité de l’action
coercitive, corruption, etc.; absence de protection
pour les filles en danger ou déjà réduites en esclavage
- Situations de conflit et d’après conflit (augmentation
des sévices sexuels et des viols du fait de la dissolution
du tissu social et familial)
- Statut médiocre des filles et des jeunes femmes;
faible estime de soi; pouvoir masculin et légitimation
socioculturelle de la violence sexuelle
|
- Traumatisme psychologique, physique et affectif
- Grossesse non désirée, avortement pratiqué dans
des conditions dangereuses, IST/VIH/sida
- Capacité diminuée d’établir des relations fondées
sur la confiance, des relations d’intimité et des
rapports sexuels; risque accru d’une série de relations
marquées par la violence
- Moindre liberté, y compris la liberté de mouvement,
existence dominée par la crainte et la violence
|
- PPersistance de la violence sexiste et des sévices
sexuels à l’égard des enfants et adolescents (en
violation des valeurs universelles et des droits
fondamentaux liés au respect de la dignité humaine,
de l’intégrité personnelle et physique, de la liberté
et de l’autodétermination de l’individu, enfin des
droits en matière de reproduction)
- Confirmation de l’acceptabilité de la violence
- Baisse du niveau d’éducation; absentéisme plus
fréquent du travail, productivité réduite et perte
de revenu pour les employeurs
- Diffusion de la criminalité, atteintes plus fréquentes
à l’ordre public, aggravation de la corruption (du
fait du trafic des êtres humains)
- Dépression
- Ralentissement des progrès de la lutte contre
le VIH/sida
|
| IST/VIH/sida |
- Manque d’information sur les pratiques sexuelles
moins dangereuses
- Discrimination sexuelle/manque du pouvoir de prendre
des décisions
- Manque d’accès aux méthodes de protection
- Sévices, violence et exploitation sexuels
- Pauvreté (conduit à la vente de faveurs sexuelles
ou aux rapports sexuels entre personnes de générations
différentes)
- Partenaires sexuels multiples
|
- Décès prématuré ou limitation du potentiel de
développement individuel
- Discrimination et opprobre
- Aggravation de la pauvreté
- Stérilité
- Cancer du col de l’utérus et autres séquelles
de certaines infections non mortelles
- Perte des parents
- Destruction de la famille
|
- Perte de la productivité et des investissements
- Absence d’espoir et dissolution de l’organisation
communautaire
- Graves perturbations dans les secteurs agricole,
sanitaire, éducatif et autres.
- Désorganisation des systèmes social et économique
- Surcharge du réseau des soins de santé
|
| Sous-emploi |
- Faible création d’emplois
- Médiocrité des aptitudes au métier de chef d’entreprise
- Exclusion socioéconomique
- Discrimination sexuelle
- Discrimination sexuelle dans l’emploi, la rémunération
et le travail au noir
|
- Manque de savoir-faire ou aptitudes
- Exploitation dans des conditions dangereuses
- Travail des enfants, et exploitation sexuelle
- Vente de faveurs sexuelles
- Pauvreté
|
- Atteinte à la stabilité et à la sécurité nationales
- Ralentissement de la croissance économique
et du développement social
- Marginalisation accrue
- Faible mobilité sociale
- Santé, nutrition et éducation de qualité médiocre
|
Faible
participation à
la vie civile et sociale |
- Pas de mise en place d’institutions propres à
faire une place aux jeunes
- Restrictions imposées à la mobilité des filles
et ségrégation par sexe
- Exclusion sociale et politique
|
- Manque de possibilités de participer et de faire
entendre ses préoccupations
- Incapacité de tirer parti des institutions démocratiques
|
- Jeunes privés de tout droit, ce qui fait voir
en eux une source de troubles civils
- Manque d’apports des jeunes dans l’élaboration
des politiques et programmes
- Absence de tolérance sur les plans social et politique
|
|
Note : Les entrées en caractères gras correspondent à des
problèmes soulevés dans le cadre des objectifs du Millénaire pour
le développement
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