|
Santé et pauvreté
L'investissement dans les services de santé de base ne constitue dans
les pays en développement qu'une fraction du montant nécessaire.
Les pays à faible revenu dépensent seulement 21 dollars par habitant
et par an pour tous les types de soins de santé, une plus grande partie
allant à des services curatifs coûteux au détriment de la prévention
et des soins de base. La Commission OMS/Banque mondiale sur
macroéconomie et santé (35) a estimé qu'un montant additionnel de 30
milliards de dollars par an serait nécessaire. Les pays les plus pauvres
ou bien ont des priorités plus urgentes, comme le service et le remboursement
de la dette, la défense ou le développement industriel, ou
bien sont totalement dépourvus des moyens de financement voulus.
|
18 |
RÉFORME DU SECTEUR SANITAIRE AU BRÉSIL |
|
Le système
sanitaire unifié du Brésil, institué en 1988, comporte un
ensemble de soins de base qui englobe la planification familiale,
la santé en matière de reproduction, la prévention et le
traitement des IST/du VIH.
Depuis la Conférence internationale sur la population et le
développement (1994) et la quatrième Conférence mondiale
sur les femmes (1995), le système sanitaire unifié a été réformé,
avec notamment l'appoint d'un financement additionnel
pour les soins de santé et une décentralisation rapide. De ce
fait, les soins de santé en matière de reproduction sont de plus
en plus intégrés aux services de santé primaires qu'assurent les
communes.
BEMFAM, filiale au Brésil de la Fédération internationale
pour la planification familiale, souscrit des contrats avec les
communes de 14 des 27 États du Brésil pour assister les programmes
de santé en matière de reproduction et de sexualité.
Cependant, les programmes de santé en matière de reproduction
pour adolescents n'ont pas connu un sort aussi
favorable. Selon une étude récente sur la santé des adolescents
en matière de reproduction à São Paulo, les politiques d'ajustement
structurel et la réforme du secteur sanitaire ont laissé
davantage de jeunes sans assurance, amputé les dépenses
publiques de santé, réduit les effectifs du personnel sanitaire et
créé des pénuries de fournitures médicales. Tous ces facteurs
ont retardé la mise en place de services sanitaires de haute
qualité pour adolescents.
|
|
|
|
|
19 |
LE BUT DE LA RÉFORME DU SECTEUR SANITAIRE |
|
Selon
ONUSIDA, " Prolonger la vie et réduire la morbidité
n'est pas le but unique des systèmes de soins de santé et de la
réforme des soins de santé. Produire des procédures de soins
de santé, des " interventions ", n'est pas son unique résultat. La
réforme des soins de santé doit viser au-delà d'un bon état de
santé. Aussitôt que l'on admet que ce sont les personnes, non
les systèmes de soins de santé, qui produisent la santé, on
comprend que le soulagement des souffrances, quelle que soit
l'issue finale, et l'autonomie, la capacité de chacun de préserver
sa santé par ses propres moyens, deviennent des objectifs
non moins importants du système de soins de santé. "
|
|
|
|
LA RÉFORME DU SECTEUR SANITAIRE Ces contraintes ont obligé
le secteur sanitaire à chercher un mode d'utilisation plus efficace
des ressources disponibles; à rendre plus stricte la responsabilité
effective des prestataires et des organismes de contrôle; à dégager
un revenu complémentaire au moyen de redevances et autres
charges, et à trouver les moyens de garantir un flux régulier de
ressources. Ces initiatives sont groupées sous le nom de " réforme
du secteur sanitaire ".
En dotant le secteur sanitaire d'une solide assise financière, on
ne peut qu'améliorer l'efficacité et la qualité des services de santé
et promouvoir l'équité des soins de santé. Dans leur examen, après
cinq ans, du Programme d'action de la CIPD, les gouvernements ont
reconnu que les pays devaient inclure la santé en matière de reproduction
dans la réforme du secteur sanitaire.
" Les gouvernements, en collaboration avec la société civile, y compris les
organisations non gouvernementales, les donateurs et le système des
Nations Unies, devraient : a) accorder un rang de priorité élevé à la
santé en matière de sexualité et de reproduction dans le contexte plus
large de la réforme du secteur de la santé, y compris le renforcement des
systèmes de santé de base, dont peuvent bénéficier en particulier les
pauvres… "
(36)
FAIRE DE LA SANTÉ EN MATIÈRE DE REPRODUCTION UNE PRIORITÉ TIl n'y a aucune garantie que les pays feront de la santé
en matière de reproduction une priorité au titre de la réforme, surtout
dans les systèmes décentralisés. Cependant, les ensembles de
services de santé essentiels comprennent ordinairement certaines
composantes de santé en matière de reproduction, notamment la
maternité sans danger, la planification familiale, et des mesures
contre les infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida (37).
Selon l'OMS, la réforme du secteur sanitaire en Colombie, qui
recouvre la santé en matière de reproduction, a eu pour effets d'affecter
davantage de ressources financières aux soins de santé, de
mettre en relief l'importance d'utiliser plus efficacement les ressources,
de réduire la dépendance par rapport aux donateurs, de
susciter un large soutien à la promotion de la santé et aux soins
préventifs, et de faire prêter une attention particulière aux groupes
sous-desservis. Toutes ces tendances ont eu un impact positif sur
la prestation des services de santé en matière de reproduction
dans ce pays (38)
Au début des années 90, la Zambie a commencé l'une des
réformes les plus ambitieuses du secteur sanitaire en Afrique. Le
système de santé réformé et décentralisé comprend un ensemble
de services de santé essentiels, avec des composantes de santé en
matière de reproduction (santé maternelle et infantile, planification
familiale, prévention et traitement des IST et du VIH/sida),
des mesures contre le paludisme et la tuberculose, et une attention
spéciale à l'eau et à l'assainissement. La santé des adolescents en
matière de reproduction, des mesures contre la violence sexiste et
la prévention de l'avortement font partie intégrante de l'ensemble (39).
Ces réformes n'ont pas été entièrement appliquées, en
partie parce que les ressources manquent pour concrétiser l'ensemble
de services et assurer la fourniture des médicaments.
Pour protéger les chaînes d'approvisionnement, il faut prendre
des précautions spéciales dans le cadre de la réforme du secteur
sanitaire. Au Ghana, la réforme sanitaire n'a ni entravé ni facilité
la fourniture de contraceptifs, en partie parce que le système logistique
des contraceptifs est un élément distinct et que les donateurs
fournissent les produits (40).
Au Kenya, la bonne performance d'un système logistique analogue des contraceptifs a donné au Ministère
de la santé certaines idées pour réformer le système logistique des
médicaments essentiels (41).
LES PARTENARIATS Les partenariats entre secteur public et
secteur privé peuvent améliorer l'accès aux services. Au milieu des
années 80, la Bolivie a créé une organisation distincte, PROSALUD,
dans le cadre de la réforme du secteur sanitaire. Conçu pour améliorer
un accès équitable à des services de base de meilleure qualité
et rentables, y compris dans le domaine de la santé en matière de
reproduction, PROSALUD est plus efficace que le Ministère de la
santé et s'est acquis une position de pointe en matière de prestation
des soins de santé (42).
En Bolivie et dans les autres pays d'Amérique latine, les ONG
sont des avocats résolus de la santé en matière de reproduction et
du droit des clients à des services de qualité dans le cadre de la
réforme du secteur sanitaire. " La participation des clients et leur
accès à l'autonomie, sous forme d'apports des consommateurs à la
conception, à la prestation et à l'évaluation des services de santé,
aident à les rendre mieux informés des services qu'ils reçoivent,
en même temps que plus exigeants. " (43)
Le VIH/sida a un profond impact sur la réforme du secteur
sanitaire et la mobilisation de la société civile, surtout en Afrique
où les gouvernements sont souvent lents à réagir. L'expérience faite
dans la province de Phayao, en Thaïlande, qui a le taux le plus
élevé de cas de sida officiellement signalés dans le pays, a montré
qu'une réaction efficace au sida exige plus qu'un ensemble de soins
de santé. Elle impose une réorganisation du système sanitaire afin
de fournir des soins, une catalyse de l'action communautaire afin
de promouvoir un changement de comportements, et l'intégration
des préoccupations d'ordre sanitaire aux intérêts majeurs de tous
les secteurs de la société (44).
|
20 |
AIDER LES PLUS PAUVRES DU TERRITOIRE PALESTINIEN |
|
La pauvreté est
une préoccupation majeure dans le
Territoire palestinien occupé, où plus d'un
tiers de la main-d'oeuvre est sans emploi et
où près de la moitié de la population vit
avec moins de 2 dollars par jour. Les taux
de pauvreté sont les plus élevés dans la
population rurale et dans les foyers dirigés
par une femme.
La mortalité maternelle, évaluée à 70-
80 pour 100 000 naissances vivantes,
reflète à la fois l'inégalité entre les sexes et
la médiocrité des services de santé. Les
mariages précoces (l'âge médian est de 18
ans) contribuent aussi à une croissance
démographique rapide, ce qui rend encore
plus difficile d'alléger la pauvreté. Les
femmes sont très loin d'égaler les hommes
pour le niveau d'éducation et la participation
à la main-d'oeuvre.
L'NFPA travaille à améliorer la qualité
de vie du peuple palestinien en améliorant
la santé en matière de reproduction, au
moyen d'interventions centrées sur les
femmes et les jeunes. Dans la Rive occidentale
et à Gaza, 39 dispensaires soutenus
par l'UNFPA offrent planification familiale,
soins gynécologiques et conseils, en des
emplacements choisis pour servir ceux qui
autrement n'auraient pas accès aux soins..
Trois centres modèles desservent les
zones les plus défavorisées, dont deux
camps de réfugiés, El-Bureij et Jabalyia.
Des conseils d'ordre social, psychologique
et juridique y sont délivrés parallèlement à
la prestation de services de santé en matière
de reproduction. Les clients les plus
pauvres sont dispensés de payer les services
reçus et en outre aiguillés vers des
organismes charitables qui offrent des subventions
pour l'achat de vivres et le
paiement des services de base.
Avec des parlementaires palestiniens et
des représentants des ministères, le Fonds
travaille aussi à faire mieux comprendre les
liens entre population et développement et
à adopter des politiques qui répondent plus
efficacement aux préoccupations de développement.
Il a joué un rôle de catalyseur
dans la création d'un comité composé de
représentants de ministères et de groupes
de la société civile, dont la mission recouvre
la planification intersectorielle et l'exécution
coordonnée de programmes à l'appui
des pauvres.
|
|
|
DÉPENSES, ACCÈS ET QUALITÉ Les dépenses de santé engagées
par les gouvernements favorisent généralement les riches, avant
tout parce qu'une part disproportionnée du budget va aux soins
curatifs et aux hôpitaux, que les riches utilisent davantage, plutôt
qu'aux services utilisés par les pauvres, comme ceux qu'offrent les
dispensaires (45). Une comparaison entre les dépenses de santé
du secteur public consacrées aux différents quintiles de revenu
dans 12 pays de différentes régions46 (46)
illustre cette inégalité. Dans
la majorité de ces pays, les 40 % les plus riches reçoivent une part
plus importante des dépenses totales que les 40 % les plus pauvres.
Dans quatre pays seulement, tous situés en Amérique du Sud,
les 40 % les plus pauvres et les 40 % les plus riches reçoivent
une part comparable des ressources affectées à la santé par le
secteur public.
Dans six pays d'Afrique, " le quintile le plus riche de la population
tire des programmes de soins de santé primaires du secteur
public des avantages supérieurs d'environ 50 % à ceux qu'en tire le
quintile le plus pauvre. "(47).
Une étude menée en Inde a montré que
le quintile le plus riche de la population bénéficie d'environ 32 %
des services de santé du secteur public, contre environ 10 % pour le
quintile le plus pauvre (48).
Dans ce pays, les inégalités entre pauvres
et riches sont sensiblement plus marquées dans les États les plus
pauvres et les zones rurales que dans les zones urbaines. Elles sont
moins marquées dans les services de consultation externe et de
soins de santé primaires que dans les services hospitaliers, mais la
majorité des dépenses publiques vont aux soins hospitaliers. Font
exception à cet égard les vaccinations, qui sont en général plus
également réparties entre les divers groupes socioéconomiques.
L'inégalité apparaît moindre dans certains pays. Au Viet Nam,
par exemple, les plus pauvres reçoivent presque leur part proportionnelle
des dépenses de santé en matière de reproduction. Quand
les plus riches s'approprient plus que la part proportionnelle à
leur nombre, c'est parce qu'ils se rendent dans les hôpitaux ou
des dispensaires de haute qualité pour des services tels que la
contraception, que les pauvres obtiennent dans des centres plus
modestes.
De moindres écarts dans la répartition des services entre riches
et pauvres ne signifient pas que l'accès à l'information et aux services
soit équitable. Les pauvres sont encore exposés à des risques
plus sérieux, et plus fréquemment, que les riches. Si l'on mesure les
dépenses de santé en fonction des besoins plutôt que de la taille des
groupes de population, les pauvres sont très loin d'obtenir leur
juste part.
LA MESURE DE LA QUALITÉ DES SYSTÈMES DE SANTÉ
On définit souvent l'équité dans le secteur sanitaire par l'égalité d'accès
aux services de santé en fonction du besoin, chacun rétribuant les
services en fonction de sa capacité de paiement. C'est là, ou cela
devrait être, l'un des buts de la réforme du secteur sanitaire.
Néanmoins, il y a peu de données pratiques qui montrent comment
réaliser l'équité tout en rendant les soins de santé publics et privés
plus efficaces, rentables et viables à long terme(49).
Un moyen de promouvoir l'équité est de faire une place privilégiée aux services que
les pauvres peuvent utiliser, notamment la planification familiale,
la maternité sans risque et d'autres aspects de la santé en matière
de reproduction. Il faut prendre soin de préserver ces services lors
de la décentralisation.
De manière paradoxale, les pauvres n'utilisent souvent pas les
services de santé publique, même quand ils sont disponibles (50).
Une raison en est que les pauvres, comme tous les autres groupes socioéconomiques,
sont soucieux de qualité quand ils font des choix en
matière de soins de santé; or les pauvres reçoivent ordinairement
les soins de la plus basse qualité - ils sont durement traités par un
personnel peu motivé, mal payé, qui exige un paiement pour ses
soins et a souvent peu à offrir. Les agents sanitaires sont souvent
eux-mêmes victimes de systèmes de santé au fonctionnement
médiocre, qui ne fournissent pas les médicaments, l'équipement et
le soutien nécessaires pour que le personnel puisse faire son
travail (51).
51 C'est pourquoi, en de nombreux pays, les pauvres préfèrent
payer des prestataires du secteur privé ou des ONG pour des soins
qu'ils estiment de meilleure qualité (52).
Le Rapport sur la santé dans le monde, 2000, a conclu que la santé et
le bien-être dépendent de la plus ou moins bonne performance des
systèmes de santé. Pratiquement tous les systèmes de santé pourraient
mieux utiliser les ressources : leur mauvais emploi entraîne
un grand nombre de décès et d'invalidités permanentes qui pouvaient
être prévenus, des souffrances inutiles, des injustices,
l'inégalité et le refus aux individus de leur droit fondamental à la
santé (53). Parmi les propositions visant à renforcer la prestation des
services de santé, il faut citer notamment la suggestion que les gouvernements
devraient changer de rôle : ne plus seulement fournir
des services, mais aussi les financer, verser des subventions et laisser
les pauvres choisir parmi les prestataires du secteur privé et des
ONG.
Les mécanismes de financement (54)
déterminent dans une large
mesure où les soins de santé sont disponibles et qui a accès aux services,
ce qui a un effet non seulement sur l'équité et la qualité,(55)
mais aussi sur la mesure dans laquelle les patients peuvent éviter
les frais ruineux qu'entraîne une maladie.
LES REDEVANCES DES USAGERS La plupart des gouvernements
reconnaissent qu'ils ne peuvent fournir des services gratuits
à tous leurs nationaux avec le seul produit de leurs recettes et des
impôts. Cependant, rares sont ceux qui dans les pays en développement
ont accès à une assurance sociale ou privée, et les redevances
à verser en échange de services deviennent actuellement plus
courantes.
Les redevances ont été introduites dans les services de santé
publique pour alléger la pression financière et aider à couvrir les
coûts d'une amélioration de leur qualité, (56)
mais leur effet sur les
pauvres donne lieu à des jugements contradictoires. Certaines
études montrent qu'une légère augmentation des redevances n'a
pas d'effet négatif, surtout si la qualité des soins s'améliore 57),
mais il y a de nombreuses preuves qu'elle a empêché les femmes et
enfants pauvres de recevoir les soins de santé nécessaires (58).
Éliminer
les redevances peut aussi être une source de problèmes : dans un
district sanitaire d'Afrique du Sud, une telle mesure entrée en
application pour tous les soins primaires, en 1997, a eu pour effet
de faire venir plus de patients pour des services curatifs, mais avec
pour autres résultats la congestion des dispensaires et une réduction
de la durée des consultations, de sorte que des mères ont peut-être
été découragées d'amener leurs enfants pour les soins postnatals,
le suivi de la croissance et les vaccinations (59).
La plupart des pays où sont perçues des redevances ont aussi
des régimes d'exemption pour les pauvres, mais les exemptions
ont été difficiles à mettre en oeuvre et imposer. En Ouganda, par
exemple, les directives prévoient un taux d'exemption d'environ
30 % pour les pauvres. Mais ceux qui sont incapables de payer ont
plus de chance d'être refoulés que de se voir accorder l'exemption;
de nombreux patients pauvres jugent absolument inutile d'essayer
même de recevoir des soins de santé dans de telles conditions (60).
D'après les nouvelles reçues du Lesotho, du Ghana et du
Bangladesh, il semble que ceux qui ont besoin d'une exemption
ne l'obtiennent pas (61).
AUTRES APPROCHES
Les régimes à financement communautaire
semblent prometteurs, mais la plupart des communautés ont
besoin de l'appui gouvernemental pour les mettre en place, comme
dans le cas du système de Dana Sehat (Indonésie), (62),
qui couvrait en
1994 13 % des villages indonésiens. L'Inde et la Chine ont aussi utilisé
des régimes à financement communautaire pour les soins de santé.
Le financement social ou l'assurance sociale peuvent élargir
l'accès aux soins de santé en matière de reproduction. Dans l'État
de Kebbi, au Nigéria, la Société d'Afrique de l'Ouest pour la prévention
de la mortalité maternelle a créé un fonds destiné à l'achat de
combustible pour le transport d'urgence vers les centres obstétricaux (63).
En Indonésie, un régime d'assurance communautaire, qui a
donné de bons résultats, permet à un plus grand nombre de femmes
d'atteindre les centres délivrant des soins obstétricaux d'urgence (64).
Le régime d'organisation des soins (managed care), introduit en
Amérique latine dans le cadre de la réforme sanitaire, a aggravé les
inégalités. Les organismes spécialisés dans ce domaine ont choisi de
s'occuper des jeunes et des personnes en assez bonne santé qui
déposent peu de réclamations, laissant les autorités locales sousfinancées
couvrir les patients plus âgés, plus maladifs et donc
plus coûteux (65).
Les services doivent trouver un équilibre entre la nécessité de
dégager des revenus et les besoins de leurs propres usagers, surtout
des pauvres. Les plus pauvres d'entre les pauvres - c'est-à-dire 1,2
milliard environ de personnes qui vivent avec moins d'un dollar
par jour - ne peuvent payer de redevance, si faible soit-elle, sous
quelque forme que ce soit, pour les soins de santé. Les redevances
officielles et officieuses imposées dans le monde entier pour renflouer
des budgets de santé ployant sous le fardeau reviennent dans
la pratique à interdire aux millions des plus pauvres l'accès aux
soins de santé primaires et en matière de reproduction.
SANTÉ ET CROISSANCE ÉCONOMIQUE Un meilleur état
de santé, y compris la santé en matière de reproduction, et un
meilleur niveau d'éducation contribuent à la croissance économique (66).
Les améliorations de l'état de santé et la réduction de la
mortalité profitent notamment aux plus pauvres, parce que ce sont
eux qui courent le plus de risques (67).
Un meilleur niveau d'éducation
aide les femmes, en particulier, à protéger leur santé et celle
de leurs enfants et élargit leurs choix économiques. La hausse des
revenus a pour effet d'améliorer le cadre de vie, de réduire la malnutrition
et de rendre moins immédiate la menace liée aux frais
qu'entraîne la mauvaise santé.
À mesure que les revenus s'élèvent, la santé s'améliore en
moyenne, mais en même temps les inégalités se creusent dans l'état
de santé, peut-être parce que les plus aisés sont les premiers à tirer
profit des nouvelles technologies médicales qui accompagnent la
croissance économique. Le résultat est que les pays où le revenu par
habitant est le plus élevé accusent des inégalités plus marquées
dans la santé des enfants que les pays pauvres où de larges écarts
existent entre les plus riches et les plus pauvres (68).
|