The State of World Population 2000 L’état de la population mondiale 2001
Chapitre 5 : La santé et l’environnement

United Nations Population Fund

L'état de l'environnement aide à déterminer si la population est en bonne santé ou non, ainsi que la durée moyenne de vie. Il peut retentir sur la santé et les choix en matière de reproduction et aider à déterminer les perspectives de cohésion sociale et de croissance économique, avec de nouveaux effets sur la santé. Les changements survenus dans l'environnement – pollution et dégradation, changement climatique, conditions climatiques extrêmes – modifient aussi les perspectives de santé et de développement.


Martha Cooper, Still Pictures
En Inde, les femmes portent des pots sur la tête. Les femmes pauvres des zones rurales portent souvent de lourdes charges sur de longues distances, ce qui contribue à leur mauvaise santé.

L'état de l'environnement est un facteur important de la diffusion des maladies transmissibles, qui causent chaque année 20 à 25 % des décès dans le monde. Les maladies sur lesquelles l'environnement influe le plus – maladies infectieuses et parasitaires, infections et maladies respiratoires – compromettent les perspectives de développement, surtout dans les pays pauvres et parmi les pauvres en tout pays. L'eau insalubre et les mauvaises conditions d'assainissement qui y sont associées causent plus de 12 millions de décès par an. La pollution atmosphérique en cause près de 3 millions.

Les changements intervenus dans l'utilisation des sols peuvent créer de nouveaux sites de couvaison des insectes vecteurs de maladies. L'irrigation ou la construction de barrages, par exemple, peuvent favoriser les maladies hydriques : la schistosomiase a pénétré en Égypte et au Soudan après la construction du barrage d'Assouan. Le défrichage des forêts tropicales crée une couche imperméable d'argile où l'eau de pluie peut stagner et les moustiques se multiplier. Chaque année, le paludisme cause plus d'un million de décès et 300 millions de nouveaux cas se déclarent. Il est responsable de 10 % du nombre total de décès dans l'Afrique subsaharienne1.

Selon diverses évaluations, environ 60 % des infections respiratoires aiguës, 90 % des maladies diarrhéiques, 50 % des états respiratoires chroniques et 90 % des cas de paludisme pourraient être évités par de simples interventions dans l'environnement2.

Dans les pays développés, l'état de l'environnement contribue à une proportion plus faible des maladies, mais il y est néanmoins la cause d'épidémies soudaines, surtout dans les communautés médiocrement desservies par les réseaux d'assainissement et mal approvisionnées en eau salubre. Les poussées de diphtérie en Europe centrale et orientale sont le résultat de services de santé en voie de détérioration (notamment du fait de la faible couverture d'immunisation) et reflètent les courants migratoires accrus de groupes de population infectés ou prédisposés au lendemain de bouleversements politiques3.

Les changements intervenus dans l'état sanitaire retentissent directement sur les perspectives de développement et les chances d'éliminer la pauvreté. Ces changements subissent l'influence de facteurs très divers dans l'environnement humain et social.

Changement démographique et santé

Un changement environnemental peut améliorer très sensiblement l'état de santé dans les villes, comme il est arrivé en Europe au XIXe siècle quand l'eau sous conduite et l'épuration des eaux usées ont éliminé la menace ancienne du choléra. À Sri Lanka et dans d'autres pays asiatiques, dans les années 40, l'épandage du DDT et l'élimination des sites de couvaison des moustiques ont momentanément balayé le paludisme. De telles interventions tiennent en échec la maladie dans de nombreux pays en développement, surtout dans les grandes villes, mais la bataille risque d'être finalement perdue en raison de divers facteurs négatifs : croissance démographique, pollution industrielle, détérioration de l'infrastructure et du parc immobilier, et pénurie de ressources.

L'entassement, surtout dans les zones urbaines, favorise la diffusion des infections. Ce sont les pauvres qui vivent le plus entassés en raison du coût du logement et de familles plus nombreuses. La mortalité des nourrissons est au moins quatre fois plus élevée dans les quartiers pauvres et surpeuplés des villes que dans les quartiers plus aisés. Les maladies liées à l'état de l'environnement, en particulier la tuberculose et la typhoïde, contribuent à expliquer ces différences.

Les échanges commerciaux entre les grandes villes, les zones rurales environnantes et les villes moins grandes s'accélèrent avec l'intégration des économies dans le système mondial. L'amélioration des transports à destination de marchés centralisés a aidé à répandre les maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida. Les taux d'infection sont sensiblement plus élevés le long des itinéraires de camions et dans les villes frontières où leurs conducteurs se rassemblent.

La facilité des transports a aussi pour résultat que les maladies voyagent d'une région ou d'un continent à d'autres; des humains, des animaux ou la cargaison leur servent de véhicule. Le choléra a voyagé du Bangladesh au Chili dans les compartiments de ballast d'un cargo. Les explosions de choléra survenues à la suite de catastrophes en Inde se sont étendues par l'intermé- diaire de sujets infectés quittant la zone sinistrée.

La migration vers des terres ouvertes de fraîche date, parfois au titre de programmes de colonisation approuvés et assistés par le gouvernement central4, place souvent les colons au-delà des zones desservies par les systèmes sanitaires, y compris les services de santé en matière de reproduction. Les mesures d'incitation destinées à persuader médecins et infirmières de s'établir dans des localités rurales sont généralement insuffisantes et inefficaces. Il est difficile d'équiper et de réapprovisionner des centres de santé isolés, et ces déficiences détournent les colons de les utiliser.

Dans les établissements voisins des villes, les services sanitaires sont tout aussi médiocres. Les taux de mortalité des jeunes peuvent y être plus élevés que dans des agglomérations rurales établies de plus longue date.

La mortalité maternelle, bien que difficile à mesurer, est sans aucun doute beaucoup plus élevée dans les zones rurales – où moins de naissances sont assistées par un personnel qualifié et où le transport des malades est difficile en cas de complications de la grossesse – que dans les villes, et plus élevée encore dans les colonies rurales de création récente.

Dans ces dernières, les familles nombreuses ont un impact plus grand sur leur environnement immédiat que les familles peu nombreuses. Elles ont besoin de plus grandes quantités de vivres, de combustible et d'eau et, avec les pilleurs de ressources qui s'y ajoutent, leur impact est aussi plus grand.

La pollution et les menaces contre la santé

La pollution atmosphérique tue chaque année environ 2,7 à 3,0 millions de personnes, dont à peu près 90 % dans le monde en développement. Les composantes les plus dangereuses en sont : le dioxyde de soufre (dû à la combustion du pétrole et de charbon à haute teneur en soufre); les matières particulaires (provenant des feux allumés par les ménages, des centrales thermiques, des établissements industriels et des moteurs diesel); l'oxyde de carbone et le dioxyde d'azote (provenant des gaz d'échappement des véhicules à moteur); l'ozone (dû à l'effet de la lumière solaire sur le smog produit par les émissions des véhicules); le plomb en suspension dans l'atmosphère (dû à la combustion de l'essence au plomb ou du char- bon).

La pollution de l'air hors des habitations nuit à plus de 1,1 milliard de personnes et cause la mort d'environ 500 000 par an, surtout dans les villes5. Près de 30 % de ces décès se situent dans les pays en développement. La pollution due aux fines particules est responsable de non moins de 10 % des infections respiratoires chez les enfants européens (et de deux fois plus dans les villes les plus polluées)6. La situation est particulièrement grave dans l'ex-Union soviétique où, si le volume de la production industrielle a diminué, les transports automobiles se sont sensiblement développés.

Les mégapoles à population dense et en croissance rapide des pays en développement exposent leurs habitants à des niveaux de pollution qui dépassent de beaucoup les limites recommandées par l'Organisation mondiale de la santé7.

La limite maximale d'une heure par an pour des concentrations spécifiques (supérieures à 0,1 part par million) et de 30 jours par an pour une exposition généralement forte à l'ozone est régulièrement dépassée à Mexico. En 1991, les limites spécifiques ont été dépassées pendant plus de 1 400 heures, réparties sur 145 jours de l'année seulement. À Santiago et São Paulo, des expositions excessives d'ordre comparable sont couramment observées.

Les mégapoles d'Asie font mieux sous le rapport de l'exposition à l'ozone, mais moins bien encore, par rapport aux normes de l'OMS, pour les matières particulaires en suspension et le dioxyde de soufre (par exemple à Beijing, Delhi, Jakarta, Kolkata et Mumbai). L'exposition est aussi beaucoup trop forte et fré- quente au Caire, à Lagos et à Téhéran.

En de nombreux pays en développement, les propriétaires d'un véhicule à moteur sont de plus en plus nombreux. À Beijing, plus des trois quarts des personnes interrogées lors d'une enquête prévoient d'acheter une voiture dans le proche avenir8. L'Inde a reconnu que les gaz d'échappement contribuent sans cesse davantage à la pollution urbaine. Cependant, les efforts faits à Mumbai pour rendre obligatoire l'utilisation du propane liquide par les taxis se sont heurtés à une forte opposition des chauffeurs et des propriétaires. (De même, les efforts faits pour réglementer les émissions des établissements industriels ont suscité une réaction hostile des petites entreprises.)

La pollution de l'air dans les habitations – suie provenant de la combustion du bois, des excréments animaux, des résidus de récolte et du charbon utilisés pour la cuisson des aliments et le chauffage – nuit à environ 2,5 milliards de personnes, surtout des femmes et des filles, et causerait la mort de plus de 2,2 millions chaque année, dont plus de 98 % dans les pays en développement9.

L'impact de la pollution atmosphérique s'étend au-delà des effets directs sur la santé. La pluie acide est le résultat de la dissolution de produits chimiques dans les précipitations. Elle en aggrave l'effet corrosif sur les bâtiments et structures, et diminue la productivité des terres et voies d'eau qui la reçoivent. Les altérations intervenues dans l'équilibre chimique des sols et de l'eau ont d'immenses effets sur la vie végé-tale et animale. En entravant la photosynthèse, la pollution atmosphérique réduit en outre la production vivrière et le volume du bois d'oeuvre. Une évaluation concernant l'Allemagne fixe à 7,4 milliards de dollars la perte enregistrée dans la production agricole en raison des niveaux élevés de soufre, d'oxydes d'azote et d'ozone10.

Les métaux lourds

Les métaux lourds11 sont relâchés dans l'environnement par les fonderies et autres activités industrielles, et aussi du fait des modes d'évacuation dangereux des déchets industriels et de l'utilisation du plomb dans les tuyaux d'adduction d'eau et l'essence. Les métaux les plus dangereux, quand leur concentration dépasse les niveaux naturels, sont le plomb, le mercure, le cadmium, l'arsenic, le cuivre, le zinc et le chrome. Ils ont divers effets, causant des cancers (arsenic et cadmium), des dommages génétiques (mercure) et portant atteinte au cerveau et aux tissus osseux (cuivre, plomb et mercure).


Shehzad Noorani, Still Pictures
Une femme bangladaise met au jour. Les femmes affaiblies par des problèmes de santé liés à l’état de l’environnement sont plus vulnérables durant la grossesse et l’accouchement.

La pollution par le plomb due à l'essence au plomb (progressivement éliminée aux États-Unis et dans la Communauté européenne au cours des 30 dernières années), aggravée par son utilisation dans des moteurs à faible rendement ou mal entretenus, cause de graves problèmes de santé dans certains pays. Elle contribue `à faire baisser le quotient intellectuel des enfants exposés à ce type de pollution, qui deviennent ensuite des adultes moins productifs.

La contamination nucléaire

Les zones contaminées entourant l'usine nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, offrent l'un des exemples les plus frappants des risques catastrophiques d'un mode d'utilisation dangereux de l'énergie nuclaire12. Plus de 2 millions de personnes, dont 500 000 enfants, en ont immédiatement subi les effets. Les cancers de la glande thyroïde sont devenus beaucoup plus fréquents, leur incidence étant dans certaines zones plus de 100 fois supérieure à la normale. L'impact des cancers de la glande thyroïde et d'autres formes de cancer se fera sentir à plein dans les années à venir. Les 600 000 soldats et civils qui ont nettoyé le site au long de plusieurs années porteront aussi la marque de l'irradiation. Ceux d'entre eux, au nombre de 50 000, qui ont travaillé sur le haut du bâtiment abritant le réacteur pour éteindre l'incendie et construire sa nouvelle chape en ciment ont été les plus gravement exposés et touchés. D'après les recherches, il semblerait que 30 % environ souffrent de troubles de l'appareil génital (en particulier, des taux plus élevés de stérilité et de malformation chez leurs enfants).

De nombreux résidents de la zone redoutent d'avoir des enfants par peur de malformations, d'autant plus que le système sanitaire ne cesse de se dégrader. Les effets observés sont manifestement liés à la proximité et au degré d'exposition. Le nombre de malformations (palais fendu, mongolisme, déformation des membres et des organes) a augmenté de 83 % dans les zones gravement contaminées, de 30 % dans les zones légèrement contaminées et de 24 % dans les zones « indemnes ». La région la plus touchée, dans le Bélarus voisin, a vu augmenter le nombre de cancers d'enfant (plus de 60 %), de maladies du sang (54 %) et de maladies des organes digestifs (85 %).

La contamination du sol a fait baisser la production agricole, détruit les arbres et pollué les eaux. Il faudra prendre grand soin de prévenir la contamination des rivières voisines, qui approvisionnement en eau 35 millions de personnes.

À mesure que l'on prend davantage conscience des impacts que les centrales alimentées par le pétrole, le gaz et le charbon ont sur la santé et le climat, il pourrait être fait davantage appel à l'énergie nucléaire pour produire de l'électricité. Mais de nombreux pays ne possèdent pas encore la capacité d'exploiter et réglementer correctement les centrales nucléaires ni de préparer et mettre en oeuvre des plans d'urgence en cas d'accident.

La santé en matière de reproduction et l'environnement

Les facteurs environnementaux ont un effet direct sur la santé en matière de reproduction et sur la réaction des communautés à la situation existante sous ce rapport. Ils ont aussi un effet sur l'accès aux services et sur leur qualité. Leur impact le plus marqué s'exerce sur les pauvres, qui risquent davantage de vivre près des sources de pollution et d'utiliser des ressources polluées.

Les impacts commencent à la naissance ou même avant. L'exposition à certains produits chimiques utilisés dans l'agriculture et l'industrie, ainsi qu'aux polluants organiques, est à l'origine de fausses couches et de difficultés de développement, de maladies et de la mortalité des nourrissons et jeunes enfants. L'exposition aux radiations nucléaires et à certains métaux lourds a des impacts génétiques. L'exposition à de nouvelles interactions, dont les risques pour l'appareil génital peuvent s'étendre sur plusieurs générations, devient actuellement plus marquée.

L'anémie est courante chez les filles et les femmes souffrant de malnutrition et peut retentir sur l'âge des premières règles. Les grossesses fréquentes ont pour effet d'aggraver l'incidence et le degré de l'anémie.

Les femmes pauvres des zones rurales portent fréquemment de lourdes charges d'eau et de combustible domestique (bois, charbon de bois et autres biomatériaus), souvent sur de longues distances. Dans de nombreuses communautés, les dommages causés à l'environnement ont beaucoup allongé la distance que les femmes doivent parcourir pour trouver du combustible ou de l'eau. Sans parler de leur effet général sur la santé et du risque d'accident, ces lourdes charges contribuent à expliquer la faiblesse du poids et l'insuffisance des réserves de graisse chez les femmes. Au-dessous d'un certain niveau, la faiblesse du poids contribue à l'interruption des périodes et diminue la fécondité.

Les femmes affaiblies par la mauvaise santé et par des maladies infectieuses et respiratoires sont beaucoup plus vulnérables durant la grossesse et l'accouchement, en particulier si elles sont très jeunes, approchent du terme de l'âge procréateur ou ont eu de nombreux enfants. Elles peuvent être aussi plus vulnérables à l'infection par le VIH.

Tâches majeures des services de santé en matière de reproduction

Zones périurbaines et mise en culture de terres à faible rendement. L'urbanisation sauvage au voisinage des villes et la mise en culture de terres nouvelles, souvent de faible rendement, ont pour effet d'augmenter le nombre de personnes qui vivent dans des zones dépourvues des infrastructures nécessaires aux prestations médicales. Le fait que les services de santé en matière de reproduction y soient plus rares aggrave les risques de mortalité maternelle et de grossesses non désirées.

Disponibilité de l'eau. Dans les pays pauvres et les pays en transition où les budgets de santé sont de plus en plus limités, le manque d'eau, ou d'eau salubre, dans les centres sanitaires pose un grave problème. Il est impossible de fournir des soins de santé qui soient de bonne qualité, y compris les soins de santé en matière de reproduction, sans un approvisionnement suffisant en eau salubre.

Charges saisonnières. De nombreuses maladies frappent davantage de personnes durant la saison qui en favorise la diffusion, par exemple les maladies hydriques ou transmises par des insectes durant et après la saison des pluies; les maladies infectieuses durant les périodes fraîches, quand beaucoup restent chez eux ou fréquentent des écoles surpeuplées. De même, les grossesses peuvent suivre un certain rythme lié, par exemple, aux relâches dans le calendrier des travaux agricoles ou à certaines fêtes. Ce rythme retentit sur l'affluence des visiteurs dans les dispensaires et les hôpitaux. Il est nécessaire de mieux gérer le flux des visiteurs et d'améliorer la formation du personnel afin de préserver tout au long de l'année la qualité des services, y compris un temps suffisant pour les entretiens-conseils et le suivi.

L'Exposition aux polluants organiques persistants

La pollution due aux émissions, aux processus industriels, aux engrais, aux pesticides et aux déchets expose à de plus fortes concentrations de produits chimiques et à une plus grande variété de ceux-ci que jamais auparavant. De nombreux produits chimiques qui n'existaient pas voici 50 à 100 ans sont aujourd'hui très répandus dans notre environnement.

Les humains occupent l'échelon le plus élevé de la chaîne alimentaire (ils vivent de produits agricoles et d'animaux, d'oiseaux et de poissons qui eux-mêmes consomment des organismes, de l'eau et des proies contaminés) et sont exposés à de fortes concentrations de polluants. Les effets sur la santé de la plupart de ces produits chimiques, pris isolément ou en combinaison, n'ont pas été étudiés. Leurs impacts possibles sur le développement du foetus et du jeune enfant, en particulier, continuent de poser bien des questions13.

Les pays développés, qui sont les principaux producteurs des nouvelles substances, portent à ce problème une attention extrêmement inégale. La Communauté européenne, par exemple, est généralement plus prudente que les États-Unis en matière de réglementation de nouveaux produits chimiques.

Depuis 1900, l'industrialisation a introduit dans l'environnement près de 100 000 produits chimiques auparavant inconnus. Beaucoup ont pénétré l'air, l'eau, le sol et les aliments – ainsi que le corps humain. On soupçonne aujourd'hui une catégorie de ces produits chimiques, qui perturbe le fonctionnement des glandes endocrines, d'être une cause majeure des troubles de l'appareil reproducteur et de la stérilité14.

Cette catégorie se compose de produits chimiques synthétiques qui, une fois absorbés par le corps humain, gênent la fonction normale des hormones, dont parfois ils altèrent fâcheusement le vo-lume, parfois imitent ou bloquent l'action. Leurs effets négatifs peuvent émousser l'intelligence, amoindrir la résistance aux maladies ou porter atteinte à la fonction reproductive.

À peu près tout le monde a été exposé à cette catégorie de produits chimiques – par contact direct avec des pesticides et autres produits, ou en absorbant de l'eau, des aliments ou respirant de l'air contaminés. Beaucoup sont persistants, s'accumulent dans la graisse et d'autres tissus, de sorte que l'absorption d'aliments gras ou de poissons contaminés peut accentuer le degré d'exposition.

Parmi les produits chimiques qui semblent perturber le fonctionnement des glandes endocrines, certains comptent au nombre des substances les plus communément utilisées dans le monde développé et le monde en développement. Par exemple :

  • Phtalates : plastifiants qui se trouvent dans les polychlorures de vinyle, utilisés dans les sacs en plastique et l'équipement pour injections intraveineuses, ainsi que dans les savons, les laques, les vernis à ongles et les produits de beauté.

  • Polychlorobiphényles (PCB) : autrefois utilisés dans l'équipement électrique et encore présents dans les bassins versants contaminés, les décharges et autres sites d'évacuation des déchets.

  • Dioxines : produits durant l'incinération des déchets et par des processus industriels tels que la fabrication du papier.

  • Au moins 84 pesticides : les plus courants sont notamment les suivants : DDT, lindane, vinclozoline, dieldrine, atrazine, 2-4 D (agent orange), 2,4,5-t, certains pyréthroïdes et malathion. Beaucoup sont désormais interdits aux États-Unis et en Europe, mais encore exportés et utilisés dans le monde en développement. En fait, l'emploi des pesticides et l'exposition des humains à leurs effets augmentent rapidement dans le monde entier.

La recherche sur les effets de ces produits chimiques partout présents n'est pas concluante, mais des indices de plus en plus nombreux établissent leur part dans un large éventail de problèmes, à savoir : la stérilité féminine; les fausses couches; la concentration insuffisante de spermatozoïdes; le cancer des testicules et de la prostate; et autres troubles de l'appareil procréateur comme l'hypospadias (malformation du pénis), la cryptorchidie (non-descente des testicules) et la puberté précoce chez les filles; l'endométriose; et les cancers du sein, des ovaires et de l'utérus. Les enfants qui sont exposés in utero risquent davantage de souffrir de problèmes et de difficultés de développement au niveau de l'apprentissage ou de la cognition.

Quelques découvertes récentes de la recherche :

  • Une étude menée en février 2001 par l'Université de Caroline du Nord (États-Unis) a constaté que les femmes enceintes des communautés agricoles de Californie qui vivent près de zones où certaines pesticides sont épandus courent un risque presque double de perdre l'enfant qu'elles portent. Les décès foetaux sont un résultat de l'exposition durant le premier trimestre de grossesse. Ces constatations intéressent les pays en développement où l'utilisation de produits chimiques est moins strictement réglementée et où des produits chimiques encore plus dangereux, interdits dans le monde développé, sont toujours utilisés dans l'agriculture et dans la lutte contre les maladies.

  • Une étude menée en 1996 dans la région des Grands Lacs (États-Unis et Canada) a établi que les enfants nés de femmes qui avaient mangé du poisson pêché dans les lacs, où on relève des concentrations extrêmement élevées de PCB, accusent un retard du développement moteur et ont un niveau intellectuel très nettement inférieur à la moyenne. Les PCB sont partout présents dans le monde, surtout dans les pays pauvres.

  • En 1997, l'Association internationale pour la recherche sur le cancer a constaté que le lait maternel recelait une forte concentration en dioxines dans 29 des 32 pays étudiés, dont les États-Unis, la Fédération de Russie, la France, le Pakistan et le Viet Nam. L'OMS a demandé que des mesures soient prises pour contrôler et réduire le niveau des dioxines et d'autres composés organochlorés dans l'environnement afin de supprimer ou de réduire au minimum l'exposition à ces substances.

  • Aux États-Unis, une série d'études sur les fillettes, qui ne fait pas l'unanimité, semble indiquer une tendance nationale à l'abaissement continu de l'âge de la puberté. D'autres études montrent que les fillettes exposées à de fortes concentrations de PCB et de DDE (produit résultant de la dissociation du DDT) in utero deviennent pubères 11 mois plus tôt que les autres.

Les données actuelles font ressortir la nécessité de soumettre les produits chimiques à des essais plus complets et rigoureux, comme l'Union européenne le propose actuellement; d'adopter des lois respectueuses du « droit de savoir », qui imposeraient d'informer les individus de la nature des produits chimiques auxquels ils sont exposés; de mieux déceler l'exposition aux substances nocives; et, avant tout, de ré-duire et d'éliminer cette exposition.

Un pas important a été franchi dans cette voie : le Traité des Nations Unies sur les polluants organiques persistants, signé en mai 2000 et qui prendra effet dès sa ratification par 50 pays, vise à contrôler ou éliminer 12 substances toxiques, qui toutes perturbent le fonctionnement des glandes endocrines.

Le VIH/sida et l'environnement

Les causes et conséquences de la crise du VIH/sida sont étroitement liées aux problèmes du développement au sens large, à savoir notamment la pauvreté, la malnutrition, l'exposition à d'autres infections, l'inégalité entre les sexes et l'insécurité des moyens d'existence. L'épidémie, avec son impact direct et dévastateur sur la santé et la famille, complique le problème de la protection de l'environnement, aggrave les difficultés inhérentes au travail agricole et ajoute aux fardeaux des femmes dans les zones rurales.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture a mis en lumière l'impact de l'épidémie sur la viabilité de l'agriculture à long terme. La fragilité de leurs droits de propriété foncière et leur faible accès aux ressources limitent déjà les choix des femmes rurales. Quand le sida a tué les hommes qui étaient chefs de familles agricoles, ces handicaps pèsent encore plus lourds.

Les ménages sont paralysés par la perte de main-d'oeuvre due à l'épidémie. Les taux d'infection sont plus élevés chez les femmes, qui représentent la plus grande partie de la main-d'oeuvre agricole, produisent plus de 80 % des aliments consommés au foyer, collectent et gèrent d'autres ressources vitales pour leur famille.

L'impact est le plus sévère dans les communautés pauvres, où l'agriculture exige une nombreuse main-d'oeuvre car la mécanisation y est peu avancée et les intrants modernes, rares. La terres cesse d'être cultivée; les labours, les semences et l'arrachage de mauvaises herbes sont retardés; les parasites font davantage de dégâts. Une exploitation peut alors privilégier des cultures exigeant moins de main-d'oeuvre et passer des cultures commerciales à l'agriculture de subsistance. La disparition d'agriculteurs expérimentés et d'agents de vulgarisation agricole prive la communauté de leurs connaissances et de leurs talents d'administrateur.

Dans les secteurs gravement touchés, le nombre des enfants survivants et des personnes âgées surchargent les réseaux communautaires de soutien social. Les familles ont le plus grand mal à assurer le fonctionnement des exploitations, ce qui englobe leur part de responsabilité au niveau communal pour la gestion du sol, l'alimentation et l'éducation des enfants, ou les soins aux personnes âgées. La disparition du tenancier masculin peut même remettre en question le droit de jouissance des survivants.

Adultes et enfants atteints du VIH/sida, décembre 2000

L'impact de la pandémie dans les centres urbains limite les perspectives de développement, y compris les programmes de protection de l'environnement. En tuant au milieu de leur vie des citoyens actifs, parmi lesquels des employés d'industries productives et des représentants de professions libérales, par exemple médecins, infirmières et enseignants, la pandémie risque d'annuler l'investissement d'une génération dans le développement économique et social.

Perte de la diversité biologique et santé

La plupart des produits pharmaceutiques les plus efficaces ont été découverts à partir de produits composés d'origine végétale ou animale. On les trouve fréquemment dans les climats tropicaux, où la diversité biologique est la plus grande, et souvent dans les « points chauds de la diversité biologique » où les humains exercent la plus forte pression.

Du fait que les cultures deviennent génétiquement plus homogènes, les ressources vivrières deviennent aussi plus vulnérables à de nouveaux agents pathogènes. La résistance aux parasites et aux variations climatiques diminue si les souches des cultures vivrières courantes ne sont pas assez diverses. Au cas où les cultures en souffriraient, la faim et la maladie en seraient la conséquence inévitable.

Les écologistes ont aussi redécouvert ce que de nombreuses cultures indigènes et les ingénieurs agronomes savent déjà : planter des cultures diverses dans un champ peut accroître sensiblement leur rendement et leur résistance aux parasites. La pression démographique, l'accroissement de la consommation et la recherche d'aliments bon marché ont conduit à pratiquer une agriculture plus intensive. Ce changement a souvent été réalisé au prix d'une plus grande homogénéisation des modes de culture. Si cette tendance se poursuivait, elle pourrait aggraver les risques d'insécurité alimentaire.

De grands espoirs ont été placés dans la création de cultures génétiquement modifiées, conçues pour survivre dans des habitats difficiles (en raison de l'état des sols, du climat ou des parasites). Un ralentissement de la crois-sance démographique, qui s'accorderait avec les choix volontaires des femmes et des hommes, pourrait donner plus de temps aux activités de recherche et d'éducation nécessaires pour garantir que de telles récoltes ne présentent aucun danger et ne menacent pas la viabilité de l'agriculture à long terme; le relâchement de la pression démographique atténuerait aussi le coup que d'éventuels échecs ou retours en arrière pourraient porter.

Les effets du changement climatique

Il n'existe aucune certitude quant aux effets que le changement climatique dû au réchauffement planétaire pourraient avoir sur la santé, mais les données en notre possession font penser que les pays devraient investir davantage dans la santé publique pour faire face aux risques possibles. Le changement environnemental peut avoir pour résultat que les maladies hydriques ou transmises par les insectes se propageront sur une plus grande étendue et avec plus d'intensité. Des épidémies peuvent éclater quand les insectes ou animaux vecteurs se reproduisent en très grand nombre ou émigrent vers de nouveaux sites dont la population n'est pas encore immunisée.

Des températures plus élevées peuvent encourager les insectes hôtes à se reproduire et à gagner des sites plus élevés sur les flancs de collines et les montagnes. Elles peuvent aussi déterminer des changements dans l'extension géographique des insectes hôtes à mesure que des zones auparavant trop fraîches leur deviennent plus accueillantes. Si de nouveaux groupes de population non antérieurement immunisés y sont exposés, il pourrait en résulter de virulentes poussées épidémiques15.

Une variation de température pourrait aussi déplacer les saisons et, par suite, le moment de la transmission saisonnière des maladies. Les changements intervenus dans le calendrier des activités saisonnières (par exemple, récoltes ou semailles) pourraient, par un jeu complexe d'interactions, déplacer les moments d'exposition et les risques liés à la maladie considérée.

Des précipitations plus fortes pourraient déclencher des explosions de maladies transmises par les moustiques, amplifier les inondations (et la diffusion des maladies parasitaires), aggraver la contamination des réserves d'eau par les déchets humains et animaux, ainsi que l'exposition au ruissellement des pesticides et autres produits chimiques16. Des études menées dans une région lacustre du Kenya montrent que le paludisme, les infections respiratoires aiguës et les maladies diarrhéiques enregistrent une très forte poussée deux ou trois mois après de fortes pluies17.


Arnaud Greth, Still Pictures
En Islande, une centrale géothermique produit de l’énergie sans contribuer au réchauffement planétaire. Le changement climatique pourrait accroître la fréquence de diverses épidémies.

Le réchauffement planétaire peut aussi aggraver les risques d'exposition au stress thermique, surtout dans les zones urbaines, qui retiennent la chaleur localement en raison de leur interférence avec les modes d'écoulement de l'air, de la vaste dimension des surfaces réfléchissantes, et de la production de chaleur au niveau local18.

Les températures ou autres phénomènes climatiques extrêmes ont divers effets sur la santé en matière de reproduction, notamment une baisse immédiate et à court terme de la fécondité. Celle-ci est en grande partie le résultat de la remise ou de l'annulation de mariages, de la moindre fréquence des rapports sexuels, et de séparations temporaires plus nombreuses. La fécondité peut augmenter ultérieurement à me-sure que les couples renouent des relations différées ou interrompues, ou réagissent à une amélioration de la situation et à une reprise de l'espoir.

Les catastrophes perturbent aussi les services de santé car l'infrastructure, l'équipement et les médicaments sont perdus, leur accès devient plus difficile et d'autres priorités immédiates s'imposent. La santé en matière de reproduction, dont la maternité sans danger, en est une victime immédiate, car la grossesse n'est pas regardée comme une urgence et la contraception n'occupe pas un rang prioritaire dans les activités de secours. Un séjour prolongé dans des abris temporaires ou des camps de réfugiés expose femmes et filles à des sévices sexuels, à des maladies sexuellement transmissibles et à des grossesses non désirées19.

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