L’état de la population mondiale 2000 Chapitre 5 : Ce que coûte l’inégalité entre les sexes

Fonds des Nations Unies pour la population

Le statut de citoyen de deuxième classe réservé aux femmes comporte un coût financier et social, et les femmes ne sont pas les seules à le payer. Les hommes, et la société en général, le paient également.

Pour cette raison, l’émancipation des femmes est un but fondamental du développement durable. Comme l’a observé Amartya Sen, Prix Nobel, l’"objectif suprême" du développement est de porter à leur plus haut degré les "capacités" individuelles – la liberté de chacun de "mener le genre de vie qu’il apprécie et qu’il a des raisons d’apprécier"1. Ce n’est pas seulement un problème d’économie : comme l’a dit le docteur Nafis Sadik, "une meilleure santé, une meilleure éducation et la liberté de planifier l’avenir de leur famille élargira les choix économiques des femmes, mais aura aussi pour effet d’affranchir leur esprit et d’élever leur moral".

UNICEF/0749/Nicole Toutounji
UNICEF/0749/Nicole Toutounji
Un bidonville en Haïti. Les hommes, et la société en général, paient d’un prix élevé le statut de seconde classe imposé aux femmes.

L’émancipation et l’égalité sont en elles-mêmes des objectifs importants dans le domaine des droits fondamentaux et une analyse exclusivement économique de l’inégalité entre les sexes aboutirait à "réifier" femmes et hommes2. Cependant, on ne saurait ignorer la dimension économique : promouvoir l’égalité entre les sexes, c’est promouvoir aussi la croissance et le développement stable des systèmes économiques, ce qui comporte des avantages sociaux aussi bien qu’économiques au sens strict.

Une grande partie du travail des femmes, rémunéré ou non, a un impact économique, bien que leur contribution soit rarement remarquée ou pleinement quantifiée. Si elle était reconnue pour ce qu’elle est et bénéficiait d’un soutien correspondant, la plus-value ainsi dégagée contrebalancerait tous les coûts ou économies supposés qui découlent de l’inégalité, par exemple le travail agricole non rémunéré des femmes.

L’inégalité entre hommes et femmes ferme des perspectives et leur interdit un profit mutuel. De manière générale, la discrimination :

• Détourne des ressources des activités de femmes, parfois en faveur d’un investissement moins productif dans les hommes;

• Récompense les hommes, mais aussi quelques femmes, en empêchant celles-ci de voir les choix productifs qui leur seraient autrement ouverts;

• Entrave la participation sociale aussi bien qu’économique et exclut des partenariats possibles;

• Réduit l’efficacité des femmes en négligeant de leur prêter appui alors qu’elles affrontent responsabilités, défis et fardeaux;

Encadré 23 : Le développement et les droits de la personne

L’une des clefs du développement durable consistera à reconnaître les coûts de la discrimination, à les rendre visibles aux décideurs et aux familles, et à concevoir des moyens de les éliminer.

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Les coûts de l’invisibilité économique

Les contributions des femmes à l’économie ne sont pas comptées à leur pleine valeur parce qu’elles se situent souvent dans le secteur "informel" où le relevé est moins systématique. Un meilleur système de comptabilité rendrait l’activité économique des femmes plus clairement visible et il serait alors possible de comparer l’avantage de la soutenir avec d’autres possibilités d’investissement.

Les femmes sont souvent oubliées dans l’allocation des ressources. Après le défrichement initial d’une terre pour y pratiquer l’agriculture de subsistance, les femmes font la plus grande partie du travail; mais elles possèdent rarement le sol et c’est aux propriétaires fonciers que vont les prêts et les services d’encadrement. Des programmes d’assistance agricole destinés aux femmes pourraient améliorer sensiblement la production, le revenu et le bien-être de leur famille. D’après une étude, si l’on donnait aux exploitantes agricoles du Kenya le même appui dont bénéficient les hommes, le rendement de leurs terres pourrait augmenter de plus de 20 %3.

En éliminant la discrimination, on augmenterait le revenu national aussi bien que celui des femmes. D’après une étude menée en Amérique latine, la fin de l’inégalité entre les sexes sur le marché du travail pourrait augmenter de 50 % les salaires et traitements féminins, tout en augmentant la production nationale de 5 %4.

Le rôle de gestionnaire des ressources du ménage qui incombe aux femmes a pour effet de magnifier l’impact de l’inégalité économique. Leur accès limité à l’éducation, aux perspectives économiques, au contrôle des ressources et aux services de santé en matière de reproduction a un effet immédiat sur l’état nutritionnel, la santé et le développement des enfants, sur la santé de la mère et sur la taille de la famille5.

Encadré 24 : Le travail des femmes est sous-rémunéré

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Les coûts liés au refus des soins de santé

On a estimé que les améliorations apportées à la santé et à l’état nutritionnel représentaient environ 30 % de la croissance économique de la Grande-Bretagne, par habitant, entre 1780 et 1979. Des études portant sur plusieurs pays simultanément et sur des époques moins anciennes ont donné des évaluations similaires6.

D’autre part, le sous-investissement dans les soins de santé coûte extrêmement cher aux hommes comme aux femmes. L’espérance de vie est plus courte dans les pays pauvres et parmi les pauvres de tous les pays. La mauvaise santé réduit le revenu et aggrave la tension.

Durant les années 90, l’investissement public dans les soins de santé primaires a représenté dans de nombreux pays une proportion moindre qu’auparavant des dépenses budgétaires et les coûts ont été mis à la charge des clients. Mais les pauvres, surtout les femmes, ne sont pas en mesure de payer les redevances et dépendent des services publics.

Il est possible de mesurer l’effet des compressions, notamment de celles liées à la réforme du secteur sanitaire7. En Indonésie, après la crise économique de la fin des années 90, le recours aux soins de santé a diminué, ce qui a eu des conséquences négatives sur la santé de la population, surtout celle des femmes et en particulier des pauvres8. Une expérience menée sous contrôle a démontré que la fréquentation des centres de santé baissait dans les zones où des redevances étaient imposées, que la durée de la convalescence nécessaire après une maladie s’allongeait et que la participation à la population active reculait, en particulier parmi les pauvres, les hommes de plus de 40 ans et les femmes appartenant à des familles de faible niveau économique et éducatif.

Les filles ont une meilleure chance que les garçons de dépasser la première enfance, excepté où la discrimination sexuelle est la plus marquée9. Mais l’écart entre les enfants des familles pauvres et des autres familles est plus prononcé pour les filles : alors que les garçons de familles pauvres meurent 4,3 fois plus souvent que les garçons des autres familles, le même rapport s’établit à 4,8 pour les filles; leur plus grande vulnérabilité résulte probablement du fait qu’elles ont moins de chance de recevoir des soins médicaux10.

Dans les phases ultérieures de la vie, le contraste se présente différemment. Non moins de 19 % des hommes n’appartenant pas à des familles pauvres risquent de mourir entre 15 et 59 ans, contre 9 % des femmes de la même catégorie. Mais le risque de décès dans les familles pauvres, par comparaison aux autres familles, est 2,2 fois plus élevé pour les hommes et 4,3 fois plus élevé pour les femmes. L’accès limité des pauvres aux soins de santé a donc un impact relativement plus fort sur les femmes que sur les hommes. En particulier, les femmes pauvres sont plus exposées à mourir des suites de la grossesse.

Les systèmes de soins de santé font apparaître des rôles sexosociaux différents dans les professions médicales. Les femmes sont en majorité dans le personnel d’infirmerie ou des professions paramédicales, dont les sages-femmes, et dans le personnel des services sanitaires mobiles. La plupart des médecins et des décideurs – ministres, fonctionnaires, praticiens de rang élevé et administrateurs des hôpitaux – sont des hommes; il arrive qu’ils se montrent plus disposés à traiter des problèmes de santé des hommes ou soient plus susceptibles de reléguer à une place secondaire ceux des femmes.

Une part disproportionnée de la recherche médicale a porté sur les maladies les plus meurtrières pour les hommes. Dans la recherche et la mise au point de produits pharmaceutiques, les essais cliniques négligent souvent d’étudier complètement l’efficacité, les effets secondaires et les contre-indications dans le cas des femmes11.

Des facteurs sexospécifiques peuvent nuire à la santé des hommes, en particulier l’idée préconçue déraisonnable que la "virilité" implique notamment une aptitude à résister à la douleur. Cela peut conduire les hommes à différer le moment de consulter un médecin. Or beaucoup de maladies, si elles sont décelées tard, ont atteint un stade plus avancé et exposent davantage à l’incapacité permanente ou à la mort.

Mortalité et morbidité maternelles

Il est impossible d’évaluer raisonnablement le coût d’une vie perdue12. Les maladies et décès maternels affectent de bien des manières les femmes elles-mêmes, et aussi leurs enfants, époux, familles étendues et communautés. Les coûts économiques du décès d’une mère englobent la perte de ses contributions (monétaires et non monétaires) à la famille et à la durabilité du noyau familial, un taux de mortalité accru parmi ses enfants, une charge accrue pour les survivants sur le plan de l’entretien du foyer et des soins aux enfants, et des impacts additionnels sur les communautés et la société13.

Les effets directs sur le bien-être des enfants ont été abondamment illustrés. Les enfants sont plus exposés à mourir si l’un quelconque de leurs parents meurt, mais ils le sont beaucoup plus si c’est la mère. Le décès d’une femme14 a aussi un impact négatif plus marqué sur la croissance des enfants et sur les taux de scolarisation, surtout dans les familles pauvres15; les jeunes enfants sont scolarisés plus tard et ceux qui sont âgés de 15 à 19 ans quittent l’école plus tôt.

Une étude menée en Inde a établi que, quand une femme meurt, la survie de son foyer était souvent mise en question parce que les hommes n’étaient pas habitués à gérer le budget et les problèmes domestiques. Les enfants les plus âgés quittaient souvent l’école pour aider à entretenir la famille ou étaient envoyés vivre avec les grands-parents. Les structures traditionnelles de la famille étendue aident à faire face au décès d’un adulte, mais les familles nucléaires deviennent de plus en plus la norme, surtout dans les villes et parmi la classe moyenne16.

Le coût économique du VIH/sida

Les taux élevés d’infection par le VIH/sida, dus en partie à l’inégalité entre les sexes (Chapitre 2) et à l’absence d’investissements dans la prévention, ont gravement compromis les perspectives économiques et sociales de nombreux pays. Comme les décès frappent avant tout des adultes jeunes ou dans la force de l’âge, beaucoup de travailleurs qualifiés ont disparu, ce qui décime la population active et oblige à consacrer à la formation du personnel une part deux fois plus élevée de ressources trop rares. La communauté internationale a fini par reconnaître tardivement la menace17.

Dans les pays gravement touchés, on évalue à 0,5 % par an la réduction de la croissance du PIB par habitant imputable à la pandémie18. Là où la croissance est déjà lente, cela représente un impact considérable; le système de santé et les pauvres en sont les premières victimes. L’épidémie impose aussi des coûts additionnels immenses au système de santé. Dans certains des pays les plus touchés, les sujets infectés occupent plus de la moitié des lits d’hôpital disponibles.

La pandémie prélève son tribut de différentes manières. Le grippage ou le recul du développement dans les pays à faible revenu est difficile à quantifier et encore plus difficile à réparer. Les réseaux de protection sociale sont soumis à une tension intolérable. Des millions d’orphelins du sida subsistent sans éducation, soins de santé ou nutrition adéquats. Beaucoup ont le plus grand mal à subvenir à leurs propres besoins, à ceux de leurs frères et soeurs et de leur famille adoptive accablée de fardeaux.

Selon les évaluations d’ONUSIDA, la prévention du VIH/sida et les soins aux sujets infectés exigent un milliard de dollars par an rien qu’en Afrique subsaharienne. Le Programme d’action de la CIPD a évalué à 1,3 milliard de dollars cette année, et à 1,5 milliard de dollars en 2010, les coûts mondiaux des éléments clefs d’un programme global de prévention du VIH/sida19.

La violence sexiste

Au niveau mondial, les coûts de la violence et des sévices sexistes sont difficiles à évaluer. Ils recouvrent les coûts directs suivants, par exemple : traitement des effets de la violence sur la santé ; mauvaise santé; journées de travail perdues; application des lois et protection; abri des victimes, dissolution du mariage; pensions alimentaires; et toutes les autres conséquences qu’entraîne le fait de s’adapter ou de se dérober aux violences. Ils comprennent aussi les coûts indirects dus à ce que les femmes sont empêchées de travailler ou d’apporter une contribution quelconque, et aux possibilités d’éducation manquées, notamment quand les fillettes ne sont pas envoyées à l’école pour éviter tout contact avec les garçons.

Dans les communautés pauvres, les coûts se comptent essentiellement par les chances de développement manquées. Ailleurs, les coûts directs sont également importants et souvent substantiels. Certaines évaluations sont disponibles, surtout pour les pays développés. D’après la Banque mondiale, dans les pays industrialisés, agressions et violences sexuelles privent les femmes âgées de 15 à 44 ans de près d’une année de vie en bonne santé sur cinq.

Aux États-Unis, le coût de l’absentéisme, de l’augmentation des dépenses de soins de santé, de la rotation accrue du personnel et de la baisse de la productivité s’élève pour les employeurs à environ 4 milliards de dollars par an20. Au Canada, les coûts sanitaires de la violence contre les femmes s’élèvent chaque année à environ 900 millions de dollars. En Colombie britannique seulement, une étude a évalué certains coûts à 385 millions de dollars par an21.

Ces évaluations englobent les coûts suivants : maintien de l’ordre, incarcération et liberté surveillée, indemnisation pour dommages physiques subis au cours d’une agression, assistance aux victimes et coût des entretiens-conseils, évaluation partielle des soins de santé mentale, aide monétaire aux familles touchées, refuges sûrs et autres lieux de résidence transitoire, durée de travail perdue et traitement médical des hommes auteurs d’agressions. Elles ne comprennent pas les coûts du traitement médical d’urgence (dont le rapport avec les violences exercées est souvent dissimulé par les victimes) ni la prise en compte des effets sur la génération suivante (par exemple, traitement des enfants de mères victimes de sévices et coûts de l’assistance prêtée après la dissolution de relations marquées par la violence).

Des études similaires sont disponibles pour les pays suivants : Allemagne, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse22.

Les coûts psychologiques

La discrimination sexuelle est comparable à un impôt qui coûte aux femmes, leur vie durant, une partie de leur confiance en soi et de leurs capacités. La discrimination sexuelle déjoue les aspirations des femmes et limite leurs perspectives. Elle leur refuse l’expérience à partir de laquelle s’édifient la compétence et la prise en main du destin individuel, et qui rend possible des partenariats égaux avec les hommes.

Les limitations imposées aux femmes peuvent produire un état de "dénuement acquis" caractéristique de la dépression. Beaucoup plus que les hommes, les femmes souffrent de syndromes dépressifs, qui contribuent plus que tout autre état au fardeau de la mauvaise santé23.

Peu d’expériences détruisent autant chez les femmes le sentiment de leur propre valeur que des expériences sexuelles non désirées, surtout si elles se répètent, et leurs conséquences. Les grossesses non désirées et les responsabilités qu’entraîne ensuite l’éducation des enfants créent des obligations non recherchées et limitent les options des femmes. Une grossesse non désirée peut engendrer un ressentiment qui dure toute la vie et se transmet souvent à l’enfant24. Le grand nombre des femmes qui recourent à l’avortement, même quand elles savent qu’il est illégal et probablement dangereux, montre clairement tout ce qu’elles sont prêtes à faire pour éviter cette issue.

Inversement, le potentiel et les choix des hommes sont en fait limités par les attentes trop ambitieuses placées en eux - indépendance et aptitude universelle. Les hommes sentent qu’ils sont supposés prendre des risques physiques, ce que traduit par exemple le fait que tant de jeunes hommes meurent d’accidents de la route, neuvième cause mondiale d’années de vie perdues. Les accidents du travail sont aussi un facteur important de décès et d’incapacité permanente25. Les hommes sont plus nombreux à exercer des emplois comportant un risque physique (par exemple, industries extractives, machinerie lourde et camionnage), mais ils sont aussi plus vulnérables du fait des définitions de la masculinité.

Le coût psychologique de l’inégalité entre les sexes pour les hommes n’a jamais été évalué, ni même pris en considération jusqu’à une date récente. Les rapports de force traditionnels entre les sexes, malgré toutes les limitations qu’ils créent, n’ont peut-être été à l’origine que d’assez peu de conflits psychologiques chez les hommes parce que les normes sociales les valident largement, mais les changements rapides que la plupart des sociétés sont en train de traverser remettent ces normes en question. Le résultat est de susciter le doute, l’incertitude et un conflit intérieur chez les hommes de toutes les générations.

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L’éducation : les coûts de l’écart entre les sexes

Refuser l’éducation aux femmes, c’est ralentir le développement économique et social. Dans les pays où le ratio de scolarisation primaire ou secondaire des filles par rapport aux garçons est inférieur à 0,75, le PNB par habitant est plus bas de 25 % environ que dans les autres pays26. Cela est particulièrement visible dans certaines parties d’Afrique et d’Asie du Sud, où les inégalités sont très marquées. D’autre part, les progrès économiques enregistrés en Asie de l’Est et du Sud-Est ont été facilités et renforcés par le progrès de l’éducation des femmes (voir ci-après).

Encadré 25 : Persistance de l’inégalité entre les sexes dans l’éducation

L’investissement dans l’éducation des femmes est un choix économique efficient. Selon les évaluations, une augmentation de 1 % de la scolarisation secondaire féminine se traduit par une augmentation de 0,3 % de la croissance économique27. La relation entre scolarisation secondaire féminine et croissance économique est également fort nette (quand les analyses prennent en compte la scolarisation secondaire masculine et féminine28, cette relation n’est forte et constante qu’avec la deuxième). Il est établi que la rentabilité économique de l’investissement dans l’éducation des femmes est plus élevée29, entre autres raisons parce que les femmes qui tirent parti de leurs savoir-faire pour augmenter leur revenu investissent davantage dans la santé et l’éducation des enfants30.

Les parents qui sont eux-mêmes instruits investissent plus souvent dans l’éducation de leurs enfants et les mères qui sont elles-mêmes instruites sont favorables à l’idée d’éduquer leurs filles31.

Le taux de scolarisation s’est généralement plus amélioré pour les filles que pour les garçons, de sorte que l’écart entre les sexes sur ce plan est en train de disparaître dans la plupart des régions. Cependant, il est encore marqué dans bien des pays. Dans 22 pays africains et neuf pays asiatiques, le taux de scolarisation des filles est inférieur à 80 % de celui des garçons 32. L’écart est le plus marqué en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, surtout pour l’enseignement secondaire : les filles y représentent moins de 40 % des effectifs de l’enseignement secondaire. Là où l’accès à l’enseignement élémentaire est le plus ouvert, en Afrique australe, en Amérique latine et dans la plus grande partie de l’Asie de l’Est, les filles sont plus nombreuses que les garçons.

Diagramme 6 : Taux bruts d’inscriptions dans l’enseignement secondaire, par sexe et par région

L’accès à l’éducation est plus limité dans les zones rurales pour les deux sexes, mais surtout pour les filles. Au Niger, par exemple, le taux de scolarisation des filles par rapport à celui des garçons est de 80 % dans les villes, mais de 41 % seulement dans les zones rurales33. Ces différences révèlent la valeur moindre que les parents attribuent à l’éducation des filles, en comparaison des activités domestiques qu’elles peuvent remplir, et aussi la rentabilité qu’ils attendent de leurs investissements.

Parfois, les parents ne veulent pas que leurs filles rencontrent des garçons ou des hommes dans la salle de classe ou sur le chemin de l’école, ou bien craignent pour leur sécurité, de sorte que la distance de la maison à l’école constitue un facteur important. Au Pakistan, où les enfants des deux sexes ne fréquentent pas la même école, 21 % des filles des zones rurales – soit plus du double de la proportion des garçons – n’ont pas d’école située à moins d’un kilomètre de leur maison34.

Encadré 26 : Les nouvelles technologies de l’information et l’émancipation des femmes

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Le microcrédit : Investir dans les femmes

L’impact des programmes de microcrédit démontre clairement les avantages de donner aux femmes un accès aux ressources et un contrôle sur leurs choix personnels.

Les plans de microfinancement aident à émanciper les femmes dans leurs familles et leurs communautés en faisant des prêts à faible taux d’intérêt à de petites entreprises gérées par des femmes. Les fonds renouvelables réservés aux femmes bénéficient de l’appui de la Banque mondiale35, d’institutions régionales de prêt, d’organisations nationales de crédit (comme la Banque Grameen) et d’organisations non gouvernementales36.

Ces programmes de prêts se sont avérés financièrement viables (avec des taux de remboursement plus élevés que les prêts commerciaux de type plus classique et avec des taux d’intérêt viables et compétitifs). Ils peuvent aussi constituer un important moyen de communiquer des informations nutritionnelles et sanitaires, y compris concernant la santé en matière de reproduction, et offrir à de futures dirigeantes de communauté l’occasion de se former.

On a montré que les programmes de microcrédit avaient une influence positive sur la santé en matière de reproduction s’ils bénéficiaient de l’appui technique voulu. Les femmes dont le revenu et l’autonomie s’améliorent peuvent être conduites à adopter de nouvelles pratiques de santé et de planification familiale.

Le microcrédit ne peut instaurer à lui seul l’égalité des chances économiques. Les critiques de la Banque Grameen, pionnière du microcrédit, ont suggéré que des hommes contrôlent en fait, et parfois détournent, une partie des prêts destinés aux femmes37. Certains hommes se sentent menacés quand leurs épouses acquièrent une indépendance économique accrue; ils peuvent se livrer à des violences à moins d’être invités à s’associer au plan et à ses avantages. D’autres analyses soulignent que le crédit est également nécessaire pour aider les femmes à s’élever des petites entreprises à des entreprises de plus d’envergure38.

Encadré 27 : Les avantages du microcrédit ne sont pas seulement économiques

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Démographie et sexe : coûts et perspectives

Les perspectives et choix ouverts aux femmes non seulement ont un retentissement sur la fécondité, la santé et la mortalité (Chapitre 2), mais aussi influent considérablement sur l’impact futur de deux autres évolutions démographiques : le nombre sans précédent de jeunes adultes, membres de la population active et d’âge procréateur, et le vieillissement des populations.

La prime démographique

Mettre femmes et hommes en mesure de choisir le nombre de leurs enfants, le moment et l’espacement de leur naissance, accélère la "transition démographique" de taux élevés à de bas taux de fécondité et de mortalité. Les pays industrialisés ont déjà effectué cette transition et elle est largement engagée dans beaucoup d’autres pays. La plupart des pays les moins avancés ne l’ont pas encore abordée.

La transition apporte des avantages économiques tangibles. L’un d’eux est une "prime démographique" momentanée, à l’heure où le nombre des enfants à charge diminue rapidement par rapport à la population active; cette situation donne aux pays la possibilité d’investir davantage dans une croissance économique stimulante. Pour en tirer profit, les pays doivent investir dans l’éducation, la formation et l’emploi des jeunes, ainsi que dans la santé, notamment la santé en matière de reproduction et de sexualité. L’effet de la prime est dilué si la fécondité ne baisse que lentement.

Les économies de plusieurs pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est ont grandi des années 60 à la fin des années 80 à des taux sans précédent, qui ont atteint en moyenne jusqu’à 8 % par an. Ce processus a énormément bénéficié des investissements faits de bonne heure dans la santé et l’éducation, surtout pour les femmes. La fécondité a rapidement baissé et, dans les années 80, ces pays étaient en mesure de recueillir bien des avantages de la prime démographique. Les analyses attribuent 30 % de cette croissance des "tigres d’Asie" à la modification des structures d’âge qui a résulté de la baisse de la mortalité et de la fécondité. Cela représente l’équivalent de 1 525 dollars par tête, ce chiffre mesurant le progrès économique sur une période de 30 ans39.

Malgré les avantages économiques prouvés de l’investissement public dans l’éducation et les soins de santé primaires, ces secteurs ont reçu dans les années 90, en de nombreux pays, une part relative moindre qu’auparavant des dépenses gouvernementales.

Dans les pays à fécondité élevée de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud, l’investissement dans l’éducation et la santé, notamment la satisfaction des besoins de planification familiale non couverts, pourrait aider à engager davantage de pays dans une transition démographique rapide et leur offrir la chance de recueillir la prime démographique à mesure que la fécondité baisse.

L’impact du vieillissement

Durant le XXIe siècle, la structure d’âge de la population mondiale s’allongera progressivement à mesure que la proportion de personnes âgées augmente. Ce phénomène est déjà visible dans les régions développées, où les faibles taux de fécondité et de mortalité sont solidement en place. Il s’affirme rapidement dans les pays où la fécondité a baissé très vite et où l’espérance de vie s’est allongée. Dans les pays où les taux de fécondité et de mortalité sont encore élevés, le vieillissement de la population prendra plus de temps.

Dans les régions développées, à l’heure où les chiffres de la population demeurent stationnaires ou commencent à baisser, les responsables se préoccupent de plus en plus des besoins financiers et sanitaires de populations plus âgées. L’attention se tourne vers les modalités de la retraite des personnes âgées (y compris la possibilité de continuer à travailler), la réforme des systèmes de pension, la révision des programmes de soins de santé et de soins à long terme, et la mise en place de systèmes d’appui communautaire à l’intention des personnes âgées. Le volume accru des pensions du secteur public conduit souvent à s’inquiéter de la possibilité de trouver les ressources budgétaires qu’elles exigent.

Diagramme 7 : Pourcentage des hommes et des femmes (nés entre 1995 et 2000) appelés à atteindre l’âge de 80 ans, par région

Il faut agir contre la discrimination sexuelle tout au long du cycle de vie. Le vieillissement des populations comporte des implications différentes pour hommes et femmes :

Au-dessus de 60 ans, les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes et l’espérance de vie des femmes a augmenté plus vite que celle des hommes. La différence entre l’espérance de vie des hommes et des femmes résulte d’une combinaison de différences biologiques, comme la moindre vulnérabilité des femmes aux maladies cardiaques avant la ménopause, et de données culturelles, comme le risque plus élevé d’accidents du travail couru par les hommes40. Les hommes mariés vivent plus longtemps que les hommes célibataires41.

Les régimes de pension ont été conçus à partir de l’hypothèse que les hommes gagneraient la majeure partie des ressources du ménage. Bien que plus nombreuses, les femmes reçoivent des fonds publics de retraite un secours moindre que les hommes, parce qu’elles ont occupé en moins grand nombre des emplois dans le secteur structuré. Certains pays versaient des prestations aux mères indépendamment de leur apport passé à l’activité économique, mais la plupart ont réduit ou supprimé ces prestations dans le cadre de réformes42. En pratique, les pensions perçues par les femmes sont liées aux contributions de leurs maris. Même quand les femmes ont elles aussi contribué aux régimes de sécurité sociale, il arrive qu’un plafond soit fixé aux prestations du couple à un niveau inférieur au montant intégral que justifieraient les contributions du mari et de la femme, et que les prestations soient réduites hors de toute proportion, voire supprimées, au décès du mari.

Les veuves vivent plus souvent seules que les veufs. Les veuves sont partout plus nombreuses que les veufs parce que les femmes vivent plus longtemps et épousent des hommes plus âgés qu’elles-mêmes. Que ce soit par choix ou par coutume, les femmes se remarient en outre moins souvent que les hommes après la mort du conjoint et vivent souvent seules. En Afrique du Nord, 59 % des femmes âgées de plus de 60 ans sont des veuves. Les veuves sont également nombreuses en Asie centrale, où les taux de mortalité masculine sont élevés43. Dans certains pays en développement, la proportion des femmes âgées qui vivent seules se rapproche de celle qui existe dans les pays industrialisés.

La charge de dispenser des soins aux vieillards retombe plus souvent sur les femmes que sur les hommes. Les femmes s’occupent non seulement de leurs époux et de leurs enfants, mais aussi des membres âgés de la famille. Dans les pays développés, les femmes qui travaillent ont en la matière autant de responsabilités que celles qui ne travaillent pas. Là où le rôle du fils aîné est de prendre soin de ses parents âgés, le fardeau effectif retombe généralement sur sa femme.

Les femmes privées de secours dans leur vieillesse risquent plus que les hommes d’être blâmées de se trouver dans cette situation; et celles qui reçoivent un secours connaissent souvent une situation plus précaire que les hommes. Bien que les femmes vivent généralement plus longtemps que les hommes, les femmes âgées reçoivent souvent un appui moindre de leur famille44 et il est souvent tacitement admis qu’elles ne méritent pas cet appui. Les hommes âgés ont plus souvent sous leur toit des membres de leur famille qui leur viennent en aide, tandis que les femmes sont généralement des hôtes au foyer de leurs enfants45.

Les femmes âgées sont frappées en grand nombre d’incapacité permanente, conséquence des charges dont le poids s’est accumulé tout au long du cycle de vie. Une longévité accrue ne se traduit généralement pas par une augmentation des années d’incapacité permanente vers la fin de la vie46. Cependant, surtout où l’inégalité entre les sexes est très marquée, l’état de santé des femmes âgées se ressent du manque de soins de santé, d’éducation et d’une bonne nutrition durant les phases antérieures de leur vie.

Les femmes âgées risquent plus souvent d’être pauvres que les hommes âgés. L’impact accumulé de rémunérations moins élevées durant leur vie, de pensions moins élevées, d’un statut social moins élevé et d’un accès plus limité à la propriété et à l’héritage explique pourquoi les femmes âgées sont pauvres en beaucoup plus grand nombre. Les femmes âgées célibataires ou veuves sont les plus gravement touchées.

L’attention donnée à ces problèmes durant l’Année internationale des personnes âgées (1999) a fait mieux prendre conscience des données et stimulé le débat sur les politiques et leur élaboration47.

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Comment mesurer les inégalités entre les sexes

Le choix des indicateurs à utiliser pour mesurer le progrès vers les objectifs du développement social reflète les priorités en matière de développement. Une attention accrue a récemment été prêtée à l’égalité entre les sexes et à la protection des droits des femmes. Quand les femmes et leurs droits sont systématiquement sous-évalués, à peu près n’importe quelle mesure spécifique le révélera. Quand les femmes sont des participantes actives et appréciées, leurs contributions sont reconnues quelle que soit la sphère d’activité examinée.

Plusieurs mesures composites sont utilisées pour mesurer le préjugé sexiste. Les variations entre elles sont considérables, mais toutes s’accordent dans une large mesure sur la position relative des pays ou localités.

La plupart des indicateurs types ne révèlent pas correctement la nature, l’étendue ou l’impact des déséquilibres entre les sexes, ni la manière dont ils prennent naissance. Par exemple, la proportion de femmes occupant un emploi rétribué ne tient nullement compte du travail des femmes au foyer ou dans le secteur non structuré. Dans les catégories d’emploi les plus basses, elle révèle que la mobilité sociale des femmes et les perspectives qui leur sont ouvertes demeurent limitées, mais leur participation progressivement accrue à la population active n’indique pas que leurs pouvoirs d’action et de décision augmentent. Ce qu’elle indique, tant pour les femmes que pour les hommes, c’est qu’il n’y a pas d’autre choix que de travailler.

Indices et autres indicateurs

Malgré leurs imperfections, la communauté internationale accepte certaines mesures parce qu’elles donnent un ordre général de grandeur. L’Indicateur sexospécifique du développement humain (ISDH), que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a été le premier à utiliser48, saisit l’état sanitaire et l’accès aux services parce qu’il inclut l’espérance de vie, les perspectives économiques parce qu’il considère le PIB par habitant, et le niveau d’instruction parce qu’il combine le taux d’alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation.

En 1996, le PNUD a introduit deux nouveaux indices pour saisir la nature du développement humain, différenciée par sexe. Le premier, l’Indicateur du développement sexospécifique (IDS) utilise les mêmes composantes que le ISDH, mais les ventile par sexe49. Le deuxième, l’Indicateur de l’habilitation des femmes (IHF), utilise une série de mesures : le nombre de sièges parlementaires occupés par des femmes; la proportion de femmes exerçant des fonctions d’administration et gestion; la proportion de femmes dans les professions libérales et les métiers techniques50 ; et la part de l’épouse dans les revenus gagnés par le couple.

Si ce sont là des indicateurs importants, ils ne mesurent pas l’éventail complet des options ouvertes aux femmes. L’Indicateur de l’égalité entre les sexes (IES), élaboré sous les auspices de l’Institut international de statistique, vise à être plus complet (Tableau 2).

Cependant, tous les pays ne disposent pas des données nécessaires, ce qui a entravé une élaboration complète de cet indice.

Certaines tentatives ont été faites pour mesurer la condition des femmes en utilisant les ensembles de données existants, notamment les enquêtes démographiques et sanitaires (EDS) menées dans plus de 60 pays à la fin de 199951. La vaste gamme des sujets couverts et les descriptions détaillées de ménages permettent de conduire des études très diverses.

L’un de ces indicateurs, le Threshold Measure of Women’s Status (TMWS), identifie six domaines d’intérêt – statut socioéconomique, ménages dirigés par une femme, éducation et éveil culturel, emploi et charge de travail, mariage et maternité, statut reconnu – et définit les seuils de performance satisfaisante en fonction d’indicateurs spécifiques dans chaque domaine52. TMWS est un filet à mailles plus fines que les autres mesures succinctes ou globales. Mais il ne saisit cependant pas de nombreux détails de la prise de décisions au sein des familles; cela supposerait que l’enquête comporte des questions concernant la prise de décisions sur les achats du ménage, par exemple, ou la latitude laissée ou non à une femme de s’éloigner du domicile familial sans autorisation53.

Quand les données permettent de comparer les trois approches, le classement général des pays en fonction du IDS, du IHF et du TMWS est à peu près identique. Mais, pour beaucoup de pays, les indicateurs diffèrent quant aux domaines qui appellent le plus d’attention.

Une analyse, similaire à celles conduites au titre du IHF et du IES, des indicateurs en Afrique subsaharienne a également dégagé une cohérence générale entre les conclusions tirées, mais des variations considérables sont apparues selon les mesures spécifiques et l’analyse n’a pas dégagé de liaisons causales simples entre les différentes mesures54. Par exemple, des niveaux d’instruction relativement élevés n’impliquaient pas clairement un niveau plus élevé de partage du pouvoir politique.

Tableau 2 : Indicateurs de l’égalité entre les sexes

Domaine

     Indicateur(s)

Autonomie physique

• Protection légale contre la violence sexiste et incidence de celle-ci

• Maîtrise de la sexualité

• Maîtrise de la reproduction


Autonomie dans la famille et le ménage

• Liberté du mariage et du divorce

• Droit de garde sur les enfants en cas de divorce

• Pouvoir de prise de décisions et accès aux avoirs du ménage


Pouvoir politique

• Prise de décisions aux niveaux supérieurs au ménage (communes, syndicats, gouvernement, parlement)

• Proportion de femmes dans les hautes fonctions administratives


Ressources sociales

• Accès à la santé

• Accès à l’éducation


Ressources physiques

• Accès à la terre

• Accès au logement

• Accès au crédit


Emploi et revenu

• Répartition du travail rémunéré et non rémunéré

• Éventail des salaires pour hommes et femmes

• Division des emplois dans les secteurs structuré et non structuré par sexe


Utilisation du temps

• Accès relatif au loisir et au sommeil

Identité sexuelle

• Rigidité de la division du travail par sexe

Source : Saskia Wieringa, 1999. "Women’s Empowerment in Japan: Towards an Alternative Index on Gender Equality". Communication présentée au premier Forum mondial sur le développement humain, patronné par le Bureau du Rapport mondial sur le développement humain, Programme des Nations Unies pour le développement, New York, 29-31 juillet 1999.

Autres activités de suivi des progrès

Le FNUAP a identifié un éventail d’indicateurs démographiques, sanitaires et basés sur les programmes qui saisissent les dimensions sexospécifiques des programmes de pays55. Il a aussi retenu des indicateurs définis par un objectif 56, entre autres la réduction de l’écart entre les sexes dans la scolarisation primaire et secondaire; l’accroissement de la proportion de parlementaires femmes; et la hausse des taux d’alphabétisation des femmes adultes.

Le cadre des indicateurs communs du système des Nations Unies est identique, mais choisit pour indicateur la part des femmes dans les emplois non agricoles rétribués au lieu du taux d’alphabétisation des femmes adultes57. Une évaluation des progrès réalisés due au Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) donne à réfléchir : "Jusqu’à présent, six pays seulement réunissent les caractéristiques suivantes : égalité à peu près complète entre les sexes dans la scolarisation secondaire, occupation par les femmes de 30 % au moins des sièges de parlement ou législature, exercice par les femmes de près de 50 % des emplois rétribués dans les activités autres qu’agricoles"58.

La Banque mondiale met aussi au point une série de mesures permettant de dresser le profil sexospécifique des pays. Ce sont les suivantes : proportion des femmes dans la population; espérance de vie propre à chaque sexe; proportion des femmes dans la population active; taux de scolarisation primaire pour chaque sexe et taux d’analphabétisme des jeunes; taux de fécondité; taux d’utilisation des contraceptifs; taux des accouchements assistés par un personnel qualifié; et taux de mortalité maternelle59. La Banque a également publié des descriptions plus qualitatives des problèmes clefs et des progrès réalisés pour un grand nombre de pays divers60.

La réforme du secteur sanitaire, initiative primordiale de la Banque mondiale, est mise en oeuvre en utilisant la mesure des "années de vie corrigées du facteur invalidité" pour décider des priorités. Certains objectent néanmoins que la mesure n’est pas exempte d’un préjugé sexiste, en particulier parce qu’elle n’examine pas quels torts causent aux familles les maladies des femmes, qui sont les principales dispensatrices de soins61.

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