L’état de la population mondiale 2000 Chapitre 4 : Les hommes, les droits en matière de reproduction et l’égalité entre les sexes

Fonds des Nations Unies pour la population

L’égalité entre hommes et femmes est une question qui concerne la société en général, mais elle commence dans la famille. Comprendre la discrimination sexuelle, c’est comprendre les perspectives et les contraintes dans la mesure où elles affectent chacun des deux sexes. Les attitudes et comportements des hommes sont fortement influencés par les images que la société leur impose de ce que doit être un homme.

Shehzad Noorani/Still Pictures
Shehzad Noorani/Still Pictures

Le comportement des hommes au sein de leur famille est fortement influencé par l’image attendue de ce que doit être un "vrai homme".

En particulier, l’idée préconçue que la contraception, la grossesse, l’accouchement et la prévention des maladies sexuellement transmissibles concernent exclusivement les femmes fait que les hommes se soucient encore moins de participer à la protection de la santé en matière de reproduction – aussi bien la leur que celle de leurs partenaires.

Les définitions de la condition masculine se ramènent souvent à des stéréotypes rigides. Dans bien des contextes culturels, par exemple :

• Un "vrai homme" agit, il n’est pas celui sur qui l’on agit : il est exigeant ou agressif dans l’affirmation de ses désirs et dans les efforts déployés pour atteindre ses objectifs. Son domaine d’action propre est économique ou politique, non domestique ou familial;

• Un "vrai homme" est le chef de famille. Il pourvoit aux besoins du ménage, mais il a le droit d’utiliser ses ressources comme il l’entend. Il peut faire passer son plaisir personnel avant les dépenses de la famille;

• Un "vrai homme" est fort. Il ne reconnaît ni n’admet l’incertitude – signe de faiblesse;

• L’émotivité peut être aussi un signe de faiblesse. Un "vrai homme" n’affiche donc qu’un souci limité des souhaits, du plaisir ou du bien-être de son partenaire. Il n’a guère de temps à consacrer aux aspects émotifs, par opposition aux aspects matériels, des rapports humains.

Ces stéréotypes et d’autres semblables ne correspondent pas à la réalité, que ce soit pour les hommes ou pour les personnes à leur charge. Les hommes qui – consciemment ou inconsciemment – conduisent leur vie en fonction de tels stéréotypes se préparent à connaître l’échec, des difficultés dans les rapports familiaux et un niveau de tension excessif.

Dans les cultures où le patriarcat est reconnu pour l’unique structure familiale appropriée, hommes et femmes peuvent être prisonniers d’un schéma de relations et de dépendances qui risque de ne causer que frustration aux uns et aux autres. Une femme sans mari peut n’avoir pas de position sociale, voire ne trouver que difficilement les moyens de survivre; mais, de son côté, un homme peut trouver la vie pénible sans une épouse qui fasse "le travail des femmes" – cultiver les plantes vivrières, préparer les repas et élever les enfants.

Les hommes qui ne sont pas en mesure de déployer les pouvoirs et compétences attendus d’eux risquent de réagir en adoptant une attitude passive et en cherchant un refuge dans les drogues ou l’alcool, en recourant à la violence contre les êtres encore plus faibles ou en étalant jusqu’à l’exagération des airs bravaches et le goût du risque.

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Les rôles des hommes et l’évolution des réalités

En particulier pour les hommes pauvres, peu instruits, sous-employés et marginalisés, toute tentative pour se montrer à la hauteur des idéaux de "masculinité" est fréquemment compromise par de dures réalités, qui changent constamment.

Une analyse détaillée des rapports entre les sexes dans le district Kisii, au Kenya1, montre comment la confiance en soi des hommes peut être ruinée. Dans ce district, la plupart des hommes ne peuvent plus aspirer à posséder de vastes terres et de nombreux troupeaux, à avoir plusieurs épouses et à engendrer beaucoup d’enfants2. En même temps, ils ont une conscience aiguë de la mesure dans laquelle ils sont tributaires du travail accompli par leurs femmes sur leur exploitation, ainsi que du coût croissant de la vie.


UNICEF/0789/Nicole Toutounji
La paternité responsable peut faire progresser l’égalité entre les sexes et améliorer le bien-être des familles.

Ils sont maintenant tenus de payer pour l’éducation et les soins de santé de leurs enfants, qui étaient auparavant gratuits ou ne coûtaient qu’une redevance nominale. Les demandes d’argent et d’appui présentées par leurs épouses rappellent régulièrement aux hommes qu’ils sont désormais moins en mesure de répondre aux attentes3. Leur autorité paternelle est encore affaiblie par l’évolution des circonstances et les valeurs nouvelles : fragmentation du sol, migration accrue vers les villes, diminution du nombre de mariages arrangés en fonction de la fortune de la fiancée, force nouvelle des associations locales de femmes, attentes de leurs enfants qui ont reçu une éducation.

Femmes et hommes ressentent également la tension. Même s’ils en comprennent les causes, ils n’ont pas les moyens d’y faire face. De ce fait, les épouses expriment leur frustration à voix de plus en plus haute; les maris abdiquent leurs responsabilités familiales; de nombreux foyers deviennent le champ d’âpres conflits; et le nombre de "foyers brisés" augmente4.

L’évolution des circonstances produit des tensions comparables dans les foyers d’Amérique latine, où la persistance des idéaux du machismo – conception de la masculinité fondée sur la force de l’homme et le contrôle qu’il exerce – pose des problèmes pour les relations familiales, la socialisation des adolescents et l’épanouissement des femmes5.

Au cours des trois dernières générations, les rôles attendus de l’homme en tant que maître et protecteur du foyer ont changé. Les maris d’aujourd’hui prennent davantage en compte les perspectives et la sexualité de leurs épouses, et la paternité est un élément plus important de l’image qu’ils se font d’eux-mêmes. Un sondage récent d’opinion publique dans deux villes péruviennes, Lima et Callao, a dégagé la conclusion que l’idéal de la paternité fait maintenant une place éminente à l’affection pour les enfants et à la communication avec eux6.

Une étude menée au Pérou a montré que, chaque fois qu’hommes et femmes parlent de leurs rapports, les femmes identifient des modes d’interaction plus divers avec les hommes7. Mais les hommes conçoivent leurs rôles sexuels uniquement en termes de domination ou de passivité. Cette différence entrave la communication et le changement.

Les tensions internes qui sapent les idéaux inaccessibles de performance et de compétence masculines peuvent permettre aux hommes de chercher de nouveaux rôles modèles et de nouvelles formes de comportement.

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La violence

La violence exercée par les hommes contre les femmes est un phénomène de plus en plus reconnu et avoué. Elle résulte d’un ensemble complexe de causes, à savoir notamment les traditions familiales et culturelles, l’effondrement des traditions et institutions protectrices, la frustration des hommes et la perte de leur position de force.

Une analyse de la culture nord-américaine dépeint comme suit la masculinité traditionnelle :

la suppression d’un large éventail de sentiments, besoins et possibilités, comme le plaisir de prendre soin d’autrui, la réceptivité, la sympathie et la compassion, qui sont ressentis comme inconciliables avec le pouvoir masculin. Emotions et besoins ne disparaissent pas, mais leur expression est censurée. La persistance des émotions et besoins non associés à la condition masculine constitue en elle-même une abondante source de craintes. Cette souffrance cachée peut s’exprimer sous forme d’agression contre les autres ou contre soi-même8.

Une étude menée aux Philippines a établi que 13 % des femmes mariées avaient subi des violences physiques de la part de leur mari9. On a constaté que la violence était plus fréquente dans les zones urbaines, quand les hommes étaient sans emploi, dans les ménages où l’épouse estimait les gains de son mari insuffisants, et dans ceux où les femmes gagnaient plus de la moitié du revenu familial10. La probabilité que des violences soient exercées était aussi plus grande dans les ménages où les hommes gardaient la plus grande partie ou la totalité de leurs gains; les hommes qui remettaient la totalité de leurs gains à leurs épouses (comme c’est la coutume) étaient deux fois moins susceptibles de les frapper que les autres.

La violence était la plus rare dans les ménages où les époux communiquaient et partageaient la responsabilité des décisions11. Là où aucune décision n’était prise en commun, 25 % des couples ont signalé que le mari avait frappé sa femme. Là où toutes les décisions étaient prises en commun, l’incidence de la violence familiale tombait à 6 %.

Cette étude affirme qu’il importe d’aider hommes et femmes à communiquer concernant leurs rôles et responsabilités dans la famille – y compris les décisions sur l’usage des contraceptifs et les soins de santé en matière de reproduction – pour consolider les relations, éliminer l’inégalité entre les sexes et réduire le recours à la violence.

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Inégalité entre les sexes et attentes culturelles

On considère comme allant de soi que les changements intervenus dans le domaine public – croissance économique, transformations politiques, nouveaux moyens de communication et de transport – se traduiront par des changements dans les attitudes et comportements individuels. Mais cette attente ne s’étend pas à la vie privée, où interviennent les problèmes fondamentaux de l’identité individuelle et de la famille. La société peut changer, mais les rôles sexosociaux ne sont pas supposés changer avec elle.

Cette anomalie est à la source de la persistance de l’inégalité entre les sexes. De nombreuses cultures maintiennent un système patriarcal traditionnel, où les hommes ont le premier rôle dans la prise de décisions concernant la famille et les relations sociales. Bien que le résultat ne soit généralement pas à leur avantage, les femmes peuvent accepter de garder leur place au sein de la communauté, et en fin de compte d’acquérir le respect dû à une mère ou à une personne de l’ancienne génération.

L’opinion selon laquelle la famille, le foyer et la vie privée sont le domaine où s’exercent l’autorité et l’activité des femmes limite les perspectives ouvertes à celles-ci et les subordonne au contrôle des hommes. Cependant, elle comporte aussi des avantages : elle "protège" les femmes de la violence exercée du dehors, leur attribue une position reconnue et leur offre un champ où exercer leurs capacités et savoir-faire particuliers.


Jorgen Schytte/Sill Pictures
Des parents mexicains. Il importe d’assurer tout au long du cycle de vie l’égalité entre les sexes sur le plan des soins de santé.

Dans de nombreuses cultures, les femmes obtiennent à un stade ultérieur de leur vie, après avoir cessé de porter des enfants, un statut plus élevé et diverses compensations. Cet état de choses peut assurer la soumission des femmes âgées, tandis que l’attente d’avantages futurs peut amener les jeunes femmes à taire leur mécontentement. Une autre possibilité est que la crainte de susciter la désapprobation de la famille ou de la communauté force l’adhésion des femmes, surtout quand cette crainte est renforcée par la menace d’un châtiment physique ou de l’expulsion.

L’arrangement traditionnel renforce chez les hommes le sentiment de posséder pouvoir et compétences. Ce phénomène peut acquérir plus d’importance quand les hommes affrontent des défis externes, par exemple dans les périodes de rapide changement économique et social. Aux hommes qui occupent une condition relativement basse dans leur société, l’exercice d’un contrôle sur les femmes confère une position de force qui leur est refusée dans les autres aspects de leur vie.

Les mythes et les conceptions erronées perpétuent la structure du pouvoir et affaiblissent la position des femmes. Par exemple, dans certaines parties de l’Inde, les membres de la famille encouragent les femmes à manger peu durant la grossesse, dans la conviction qu’elles auront ainsi des bébés plus petits et des accouchements plus faciles12. Des aliments nutritifs, par exemple les oeufs ou le lait, sont parfois associés à des influences supposées néfastes sur la mère ou le foetus. Il existe parfois un préjugé condamnant l’exercice, le travail hors du foyer et même l’éducation, parce qu’ils rendraient les femmes "trop semblables à des hommes". La sexualité féminine est souvent redoutée et fait l’objet d’un mythe bizarre et féroce; la mutilation génitale féminine n’est que la mesure la plus extrême prise pour la contrôler, en deçà du meurtre.

L’ignorance des autres voies possibles et la crainte de l’inconnu renforcent les comportements et attitudes traditionnels et rendent difficile aux hommes d’accepter le changement. Une meilleure information et une franche discussion peuvent faciliter la transition, mais la voie du changement passe de préférence par l’exemple et une direction avisée.

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Appui des hommes à la santé en matière de reproduction et de sexualité

Ayant plus de chance que les femmes d’être alphabétisés et d’accéder avec une relative facilité à l’information, les hommes sont souvent mieux placés qu’elles pour s’informer de la santé en matière de reproduction. Ils ne sont pas intéressés, toutefois, parce que la santé en matière de reproduction – y compris tout ce qui se rapporte à la contraception, à la grossesse, à l’accouchement et aux MST – est considérée comme relevant du domaine des femmes. Les "vrais hommes" ne s’occupent pas de semblables questions. (Même s’ils contractent une infection, c’est une femme qui est blâmée, et c’est quelquefois une femme qui passe pour en être le "remède". La croyance qu’avoir des rapports sexuels avec une vierge peut guérir du sida est la cause d’un nombre indéterminé d’infections chez les jeunes femmes.)

Cela peut changer. Si l’on choisit le moment et la méthode voulus, on peut obtenir des hommes, en leur donnant des informations sur la santé en matière de reproduction, la maternité et les soins aux enfants, qu’ils appuient davantage la grossesse et l’accouchement sans danger, ainsi que l’allaitement naturel13. Un projet mené avec succès en Égypte a montré que les hommes ont un vif désir de savoir ce qu’ils peuvent faire pour aider leurs épouses après une fausse couche et qu’ils souhaitent être informés de la santé en matière de reproduction14.

Le docteur Leela Visaria, qui joue de longue date un rôle actif en Inde dans la politique de santé en matière de reproduction, arrive à la conclusion que "la recherche doit aller au-delà des évaluations de l’incidence et de la prévalence et sonder les rapports de force entre partenaires", y compris le processus de négociation et de prise de décisions15.

Divers efforts ont été faits pour intéresser davantage les hommes à leur propre santé en matière de reproduction et à celle de leurs partenaires. Des approches à base communautaire ont porté sur un large éventail de préoccupations. Plusieurs programmes ont travaillé avec des groupes d’hommes, créant ainsi des occasions de communication plus facile. Les autorités traditionnelles ont été mobilisées pour motiver les hommes. De meilleurs moyens de trouver des informations exactes ont été mis à la disposition des hommes.

Des leçons de l’Inde

Plusieurs projets menés en Inde démontrent la validité générale de certains points s’agissant de faire intervenir les hommes dans les problèmes relatifs à la santé en matière de reproduction16.

Hommes et femmes perçoivent souvent de manière différente les problèmes de santé en matière de reproduction. Des couples d’adolescents mariés ont été interviewés dans le cadre d’une étude17 : les hommes décrivaient les effets positifs du mariage sur leur vie quotidienne, en précisant qu’à leur avis leurs épouses partageaient la même opinion, mais celles-ci avaient une vue plus nuancée du mariage, alors qu’elles s’adaptaient au fardeau de leurs responsabilités multiples.

Les maladies des hommes avaient un effet immédiat en raison de leur impact sur le salaire; les maladies des épouses n’étaient connues que si elles en parlaient à leurs maris ou si le rythme de vie du ménage en était perturbé; les femmes tendaient davantage à dissimuler leurs besoins de santé en raison de la dépense qu’il faudrait engager. Les femmes sentaient qu’une forte pression s’exerçait sur elles pour qu’elles conçoivent dès les premiers temps du mariage. Les hommes ne savaient à peu près rien de la planification familiale et avaient conscience de leur manque d’information.

Les hommes accompagnaient leurs épouses au premier examen médical pour confirmer une grossesse, mais celles-ci n’attendaient pas ou ne souhaitaient pas des visites ultérieures de leurs maris. Le personnel du dispensaire, désireux de protéger les autres femmes, n’encourageait pas ces visites.

Les maris ne se préoccupaient pas des soins de santé des femmes durant la grossesse, si ce n’est pour reconnaître la nécessité d’un régime alimentaire nutritif. S’ils conseillaient aux femmes de réduire le volume de leurs activités, ils ne faisaient généralement rien pour leur venir en aide, sauf dans quelques cas où ils les assistaient dans les besognes du ménage. L’accouchement était vu comme l’affaire des femmes et les hommes n’avaient généralement pas connaissance des problèmes qui se posaient éventuellement.

Le débat sur les problèmes relatifs à la santé en matière de reproduction ouvre une promesse de changement.

Les croyances traditionnelles peuvent compromettre la santé en matière de reproduction. Un projet a établi que les croyances traditionnelles sur le sperme et la sexualité ont conduit à moins se protéger contre les MST. Les croyances traditionnelles relatives à des problèmes tels que la difficulté d’érection ont fait obstacle aux soins de santé en matière de reproduction. La crainte d’être sexuellement insuffisants a conduit une minorité de jeunes hommes à des actes de violence familiale et les a détournés de recourir à la contraception.

Les efforts visant à intéresser les hommes à la santé en matière de reproduction doivent comporter une éducation sur les relations entre les sexes et leurs perspectives communes. L’ONG "Action sociale pour les habitants des zones rurales et les tribus de l’Inde" (SARTHI) a agi dans des contextes traditionnels en vue d’améliorer la condition des femmes et leur santé en matière de reproduction. Il a été établi que les activités initiales de cette ONG concernant la santé des femmes rendaient les hommes mieux informés et plus soucieux des questions sexospécifiques. Contrairement à l’attente, les hommes ne se sentaient pas menacés par les assemblées de femmes et proposaient même de se charger des besognes domestiques pour que leurs épouses puissent y participer. SARTHI a alors commencé d’étendre le programme à des hommes de tout âge et de former des hommes à la fonction de travailleurs sanitaires dans le cadre d’un nouveau programme de santé communautaire servant les hommes et les enfants.

Après plusieurs années, SARTHI a reconnu que ses activités d’émancipation des femmes devaient être accompagnées d’une action tendant à sensibiliser les hommes aux relations entre les sexes et à les affranchir des définitions patriarcales de la masculinité. Une transformation doit intervenir au niveau individuel avant que les travailleurs sanitaires mâles puissent devenir des rôles modèles pour la communauté.

Une autre ONG, le Centre pour une prise de conscience de l’éducation à la santé, de la formation et de la nutrition (CHETNA), a commencé au début des années 90 à faire participer les hommes à ses programmes de santé en matière de reproduction, après s’être aperçue de l’étendue de la domination des maris sur leurs épouses et de l’abandon où ils laissaient celles-ci, ainsi que des effets d’une telle situation sur la santé des femmes; certaines ont dit qu’elles n’étaient pas même libres de décider de la quantité de leurs aliments. CHETNA se préoccupe maintenant en priorité de faire participer les hommes aux soins aux enfants en bas âge, notamment en leur enseignant à surveiller la nutrition et la croissance; d’instruire les adolescents de sexe masculin de la santé en matière de reproduction et de sexualité; et de charger des travailleurs sanitaires qualifiés de sexe masculin de susciter chez les hommes un intérêt pour la santé des femmes.

Ces activités ont démontré que la formation est d’importance cruciale – des hommes insuffisamment formés risquent de perpétuer des comportements et croyances nuisibles – et que les programmes destinés à encourager la participation des hommes doivent faire intervenir des membres de leur famille étendue. Autrement, les hommes pourraient s’exposer à la critique et au ridicule quand ils aident aux travaux ménagers ou assument certaines responsabilités de leurs épouses.

Des adaptations novatrices d’institutions préexistantes peuvent créer de nouvelles possibilités d’effectuer un changement. L’ONG "Éducation au bien-être familial et services connexes" (FWES) organise des clubs d’hommes et de belles-mères afin de prêter appui à la santé en matière de reproduction18. Les hommes débattent de problèmes tels que l’alcoolisme, l’usage du tabac, la malnutrition, la planification familiale et l’alphabétisation des femmes. En Inde, les belles-mères exercent une grande influence dans le ménage; le projet les encourage à promouvoir une nutrition et des soins aux enfants appropriés et à inciter leurs fils à mieux traiter leurs épouses, parce que "seule une mère en bonne santé et heureuse peut avoir un enfant en bonne santé".

Deux centres de santé locaux offrent des services aux adolescents et une boîte aux lettres a été mise à la disposition de ceux qui ont des questions à poser sur le sexe et la procréation. La prise de conscience et les perspectives des jeunes ont sensiblement changé depuis la mise en route du projet, il y a cinq ans. Les garçons posent maintenant moins de questions sur la virginité des filles et davantage sur la participation des hommes à l’éducation des enfants. Des questions relatives aux MST, au sida, à la contraception et aux rapports sexuels sans danger sont aussi fréquemment posées. Les garçons manifestent un intérêt croissant pour les problèmes propres aux filles et sont désormais bien plus susceptibles de poser des questions sur la menstruation. Davantage de jeunes ne voient plus désormais dans les rapports sexuels uniquement le plaisir ou la procréation, mais un aspect de l’"expression d’un amour partagé". Davantage de filles souhaitent partager avec leurs futurs partenaires les besognes domestiques et l’éducation des enfants.

Dans les villages où le projet de FWES est implanté, le taux de scolarisation féminine s’est amélioré et la proportion des nouveau-nés de chaque sexe n’a pas changé, contrairement à ce qui se passe dans les villages voisins, où la scolarisation féminine est en recul et où le nombre de nouveau-nés de sexe féminin a très nettement baissé. Cependant, les clubs n’ont pas pris pied dans d’autres villages et la participation a atteint un niveau constant.

Autres activités d’ONG visant à faire participer les hommes

Au Mali, l’Association de soutien au développement des activités de population a travaillé avec un Centre pour les activités de développement et de population/projet ACCESS afin d’élargir les services de planification familiale à base communautaire et d’encourager la participation des hommes. Avec le soutien des dirigeants traditionnels, des volontaires de sexe masculin ont été formés à distribuer des contraceptifs et à fournir des informations sur la santé en matière de reproduction, y compris la prévention des MST/sida, les comportements à haut risque et l’usage des préservatifs. Le projet a eu pour effet d’intéresser davantage les hommes à la santé des mères et des enfants et a suscité une curiosité accrue pour les méthodes modernes d’espacement des naissances19.

Encadré 22 : Selon ONUSIDA, les hommes peuvent changer le cours de l’épidémie du sida

Au Nicaragua, l’ONG Cantera offre des ateliers sur la masculinité et la sexualité; l’identité sexuelle, le pouvoir et la violence; la manière de désapprendre le machismo; et les aptitudes à la communication. Durant une évaluation conduite en 1997, beaucoup d’hommes ont signalé que les cours de Cantera avaient changé leur vie : deux tiers ont déclaré qu’ils se faisaient désormais une image différente d’eux-mêmes, et plus des deux tiers qu’ils étaient devenus moins violents. Près de la moitié des femmes ont dit que leurs partenaires étaient sensiblement moins violents après leur formation et une autre tranche de 21 %, qu’ils étaient un peu moins violents. Tant les hommes que les femmes ont signalé que les hommes étaient nettement plus responsables sur le plan sexuel20.

Divers programmes mettent l’accent sur les rôles et responsabilités des adolescents de sexe masculin. Au Brésil, l’ONG "Études, information et action civiques" cible les adolescents pères dans une campagne faisant intervenir la radio, la télévision et les bandes dessinées. Save the Children UK a prêté appui à la réalisation de quatre films au Bangladesh, en Inde, au Népal et au Pakistan; le projet "Let’s Talk Men" (Laissons parler les hommes) utilise ces films pour faire prendre conscience des relations entre les sexes, de manière que les garçons adoptent des attitudes plus responsables à l’égard des femmes et des rapports sexuels.

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Un agenda commun

L’effort mené pour faire participer les hommes aux programmes de santé en matière de reproduction prend actuellement un certain élan et des programmes modèles utiles ont été élaborés. Dans la mise au point de ces activités, il importe de concevoir les programmes en veillant à ce qu’ils ne détournent pas des ressources trop rares d’activités bénéficiant aux femmes, comme le craignent certaines ONG féminines. La participation accrue des hommes aux décisions relatives à la santé en matière de reproduction devrait augmenter, et non diminuer, le pouvoir des femmes.

Le fait qu’hommes et femmes aient des besoins différents ne doit pas conduire à se disputer les ressources disponibles. L’objectif commun est le bien-être de tous les membres de la famille.

Les hommes peuvent faire progresser l’égalité entre les sexes et améliorer le bien-être de leur famille par les moyens suivants :

• Protéger la santé de leur partenaire et soutenir ses choix – Adopter un comportement sexuellement responsable; communiquer au sujet des problèmes de santé en matière de reproduction et de sexualité et travailler ensemble à les résoudre; envisager d’adopter des méthodes masculines de contraception (à savoir notamment la vasectomie et les préservatifs); et acquitter le prix du transport au lieu où sont dispensés les services et le coût de ceux-ci;

• Faire face à leurs propres risques de santé en matière de reproduction – Apprendre comment prévenir ou traiter l’infection sexuellement transmissible, l’impuissance, le cancer de la prostate, la stérilité, la dysfonction sexuelle et la tendance à exercer des violences ou sévices;

• S’abstenir de la violence sexuelle eux-mêmes et y faire opposition chez les autres21; et promouvoir des conceptions non agressives de la sexualité masculine et de la masculinité;

• Pratiquer une paternité responsable – Venir en aide à leurs partenaires dans l’éducation des enfants et les tâches ménagères; protéger la santé de leurs enfants et investir dans leur avenir; enseigner à leurs fils le respect des besoins et points de vue des femmes; établir avec leurs filles des relations ouvertes et positives; et fournir à tous leurs enfants des informations exactes et respectueuses de leur personnalité;

• Promouvoir l’égalité entre les sexes, la santé et l’éducation – Soutenir l’éducation et la formation des filles et des femmes; promouvoir la participation des femmes à la santé, à l’éducation et à l’activité économique; faire campagne pour une augmentation du financement des services sociaux de base et travailler à améliorer la qualité des programmes; et exiger que l’éducation à la vie familiale soit enseignée dans les écoles.

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